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Éditorial

Dans cette édition, nous rendons compte de la victoire révolutionnaire des Aînées pour le climat à la Cour européenne des droits de l’homme et donnons un aperçu des nombreuses affaires judiciaires en cours dans le monde. Nous expliquons pourquoi le vote de la loi sur l’électricité est si important et pourquoi la loi sur le CO2 qui a été adoptée et la mise en œuvre de la loi sur le climat sont trop faibles.

L’Allemagne va de l’avant avec les énergies renouvelables, mais freine toujours des quatre fers sur les lois européennes importantes (le FDP nous salue). D’importantes nouvelles lois européennes comme la loi sur la chaîne d’approvisionnement et la loi sur la restauration de la nature ont certes été adoptées, mais elles ont été considérablement affaiblies. Les énergies renouvelables se développent rapidement dans le monde entier et le président Biden va de l’avant avec les véhicules électriques.

Alors que la politique avance tantôt en avant, tantôt en arrière, le réchauffement climatique s’accentue nettement. Et la circulation océanique menace de s’effondrer, ce qui aurait des conséquences catastrophiques. Les femmes souffrent particulièrement du réchauffement, et s’y adapter devient de plus en plus difficile. C’est justement parce que tout cela est si effrayant que nous avons besoin de courage pour espérer. C’est pourquoi nous concluons la rubrique Actif contre le désespoir avec des idées inspirantes issues de la philosophie et de la politique.

Suisse

Les Aînées pour le climat gagnent leur procès

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) reproche à la Suisse de ne pas protéger suffisamment les femmes âgées contre le changement climatique (le communiqué de presse de la CEDH en français et en anglais.) La Cour a donné raison à la plainte de l’association Klima-seniorinnen, qui estimait que leur droit à la vie et à la vie privée et familiale n’était pas respecté parce que la Suisse n’atteignait pas les objectifs de réduction des émissions. Voici les principaux points de l’arrêt :

Le tribunal se prononce également sur la politique climatique de la Suisse :

L’arrêt est un cas de référence qui a de l’importance pour les 46 Etats du Conseil de l’Europe. Il s’agit de la première affaire climatique portée devant la CEDH. Il n’est pas possible de faire appel de cette décision. L’arrêt est particulièrement important car il indique la voie à suivre pour les futures décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, mais aussi des autorités judiciaires nationales à travers l’Europe, dans les affaires climatiques en cours et à venir. D’autres affaires climatiques soumises à la Cour européenne avaient été ajournées jusqu’à ce que la Grande Chambre se prononce sur le cas suisse.

Quelles sont les conséquences concrètes de l’arrêt ? Le représentant de la Confédération devant la CEDH, Alain Chablais, a estimé que l’arrêt obligeait la Suisse à prendre des mesures. L’organisation environnementale Greenpeace Suisse, qui a soutenu les Ainées pour le climat, estime également que la Suisse doit agir. Les objectifs climatiques actuels doivent être améliorés afin de protéger suffisamment les droits de l’homme. Le jugement est un signal d’alarme pour le Conseil fédéral et le Parlement.

Les réactions au jugement sont diverses ; un aperçu ici dans le Tages-Anzeiger. Le PS et les Verts se voient confirmés dans l’idée que la Suisse doit faire plus pour lutter contre le changement climatique. Le PRD ne voit pas la nécessité d’agir et l’UDC demande que la Suisse se retire du Conseil de l’Europe. Des juristes s’opposent à cette interprétation des partis bourgeois. Le professeur de droit Sebastian Heselhaus de l’université de Lucerne souligne dans le Blick que le jugement est contraignant. “La Suisse doit faire plus pour la protection du climat”. C’est également ce que confirme l’Office fédéral de la justice, qui a clairement indiqué que le jugement devait être appliqué. Evelyne Schmid, professeure de protection des droits de l’homme (droit international) à l’université de Lausanne, estime que l’État a un devoir à remplir. “La politique, c’est-à-dire le Conseil fédéral, mais aussi les parlements et les gouvernements au niveau fédéral, cantonal et communal, doivent maintenant agir”, déclare-t-elle à Watson.

Dans une première analyse juridique, des avocats allemands soulignent que le tribunal crée de facto une nouvelle action collective pour la protection des droits de l’homme face à la crise climatique. En outre, le tribunal pose pour la première fois des exigences matérielles et procédurales à un “concept global de protection du climat” protégeant les droits de l’homme.

La votation sur la loi sur l’électricité polarise les esprits

La votation sur la loi sur l’électricité (loi fédérale sur la sécurité de l‘approvisionnement en électricité grâce aux énergies renouvelables, acte modificateur unique), qui aura lieu le 9 juin, promet d’être serrée. La loi, sur laquelle le Conseil national et le Conseil des Etats se sont mis d’accord à l’automne 2023, doit fixer des objectifs contraignants de développement des énergies renouvelables jusqu’en 2035. Les défenseurs du paysage (Bündnis Natur & Landschaft Schweiz, Verein Freie Landschaft Schweiz et Fondation Franz Weber) avaient lancé un référendum contre cette mesure.

Avec la loi sur l’électricité, les nouvelles énergies renouvelables, principalement le soleil et le vent, doivent fournir 35 térawattheures (TWh) d’électricité par an d’ici 2035, et 45 TWh d’ici 2050. Actuellement, les besoins annuels en électricité de la Suisse s’élèvent à 60 TWh. En contrepartie, des assouplissements sont prévus en matière de protection de la nature : Dans les régions qui se prêtent à l’exploitation de l’énergie solaire et éolienne, les installations énergétiques doivent avoir la priorité sur la protection de l’environnement et d’autres intérêts nationaux. Vous trouverez un aperçu du projet dans le Blick.

Le Conseil fédéral et les grands partis politiques ont soutenu la loi, à l’exception de l’UDC. Les délégués de cette dernière ont décidé en mars de voter non. Le conseiller fédéral Albert Rösti, qui soutient la loi, avait tenté en vain, lors de l’assemblée de l’UDC, de faire approuver la loi en invoquant une meilleure sécurité d’approvisionnement et une plus grande indépendance. L’automne dernier encore, une majorité du parti avait soutenu la loi. La conseillère nationale UDC Magdalena Martullo-Blocher, qui a participé au changement d’opinion, a déclaré qu’il n’était pas possible de garantir un approvisionnement en électricité sûr avec des installations solaires et des éoliennes, “car il faut toujours du soleil ou du vent”. Plus d’informations sur SRF, dans le Tages-Anzeiger ici et ici (paywall) et dans la NZZ ici et ici (paywall).

Le Tages-Anzeiger met en garde contre une sous-estimation des opposants à la loi et rappelle la votation sur la loi CO2 , que l’UDC avait fait échouer sans le soutien d’autres partis. Toujours dans le Tages-Anzeiger (paywall), on peut lire comment la votation suscite des discussions parmi les écologistes. Dans le Zeit (paywall), Georg Klingler, spécialiste du climat chez Greenpeace, et Hans Weiss, défenseur du paysage, se livrent à un débat sur la loi sur l’électricité.

Les arguments des partisans (comité OUI de tous les partis et de l’économie ainsi que l’alliance des grandes organisations environnementales) :

Arguments des opposants à la protection du paysage :

L’objectif de développer rapidement la production d’électricité renouvelable d’ici 2035 est réalisable d’un point de vue technologique, économique et écologique. C’est la conclusion d’une étude de l’Université de Genève, financée par un programme de recherche de la Confédération. Les gains d’efficacité et l’augmentation de la consommation d’électricité par les voitures électriques et les pompes à chaleur ont été pris en compte. L’étude part en outre du principe que les centrales nucléaires seront arrêtées en Suisse d’ici 2035. La majeure partie de l’augmentation concerne les installations solaires. Pour atteindre l’objectif de développement, des investissements annuels de 1,4 à 1,7 milliard de francs seraient nécessaires. Plus d’informations dans la NZZ.

Avec la nouvelle loi CO2 , la Suisse n’atteint pas son objectif climatique

Lors de la session de printemps, le Conseil national et le Conseil des Etats se sont mis d’accord sur une nouvelle loi CO2 qui manque de courage. Le Conseil des Etats s’est imposé sur les points controversés. La loi fixe pour la période 2025-2030 la manière dont la Suisse doit réduire de moitié les gaz à effet de serre par rapport à 1990, conformément à l’accord de Paris sur la protection du climat. Pour atteindre cet objectif, la Suisse aurait dû passer à la vitesse supérieure en matière de politique climatique. Au lieu de cela, elle a renoncé à prendre des mesures supplémentaires (un aperçu dans le Tages-Anzeiger et chez das Lamm) :

La Suisse est le seul pays à miser aussi fortement sur les réductions d’émissions à l’étranger. Jusqu’à présent, la Confédération a signé des accords avec onze pays. Ils stipulent que les émissions de CO2 économisées en Thaïlande, au Ghana, au Pérou ou en Géorgie, par exemple, peuvent être prises en compte par la Suisse. De nombreux projets de protection climatique à l’étranger ne tiennent pas leurs promesses et souvent, ils ne sont pas supplémentaires et auraient donc été réalisés même sans soutien. C’est là que Jürg Füssler, de l’entreprise de conseil en environnement INFRAS et expert sur le marché des certificats, met en évidence les défauts des compensations à l’étranger, où se situent les problèmes.

Les critiques des spécialistes et des associations de protection de l’environnement à l’encontre de la loi sur le CO2 adoptée sont donc nombreuses.

Reto Knutti, chercheur en climatologie à l’ETHZ, estime que les mesures prises pour atteindre les objectifs de réduction de CO2 sont insuffisantes. Il fait remarquer qu’il n’y a plus de compensation bon marché à l’étranger dans un monde net zéro, car tous les Etats doivent stopper les émissions de CO2 . L’association économique swisscleantech déplore que la loi sur le CO2 contredise la loi sur la protection du climat adoptée l’année dernière. Celle-ci prescrit une trajectoire linéaire de réduction des émissions de CO2 , les objectifs intermédiaires devant être atteints en premier lieu par des réductions d’émissions dans le pays. Dans le Tages-Anzeiger et la NZZ, l’association avait expliqué les avantages de la réduction dans le pays.

La NZZ (paywall) commente : “La voie particulière de la Suisse en matière de protection du climat mène à l’erreur”. La quantité de certificats que la Suisse doit acheter (40 à 50 millions de tonnes de CO2 d’ici 2030) rend difficile le choix et le suivi sérieux des projets de compensation. Le WWF exige que la Suisse se retire des affaires de compensation. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici dans le Tages-Anzeiger.

Le Parlement s’est montré un peu plus ouvert à la réforme sur un point : il a approuvé un postulat demandant que la taxe CO2 soit à l’avenir remboursée à la population de manière plus visible. Jusqu’à présent, les crédits sont accordés une fois par an avec la facture de primes des caisses maladie. Cela n’est pas perçu par beaucoup. Dans le but d’augmenter l’acceptation de cette taxe d’incitation, le Conseil fédéral doit maintenant examiner une nouvelle méthode de remboursement.

Critique de la mise en œuvre de la loi sur le changement climatique

En janvier 2024, le Conseil fédéral avait mis en consultation l’ordonnance relative à la loi sur la protection du climat (OCI). Celle-ci met en œuvre la loi sur le climat et l’innovation (LCl), acceptée par le peuple en juin 2023. La consultation dure jusqu’au 1er mai et l’ordonnance devrait entrer en vigueur début 2025. L’Association suisse pour la protection du climat critique le fait que la LCI soit édulcorée sur des points centraux. Ainsi, le Conseil fédéral renonce à des règles contraignantes pour la place financière et se contente à la place de tests volontaires. Et ce, bien que la LCI stipule que la Confédération veille à ce que la place financière suisse apporte sa “contribution effective” à la protection du climat. En ce qui concerne l’aviation, le Conseil fédéral ne précise pas non plus si, pour atteindre les objectifs climatiques, il entend prendre en compte uniquement les émissions de CO2 ou l’impact climatique global des avions (qui est environ trois fois plus important). Selon la volonté du Conseil fédéral, les compagnies aériennes peuvent décider de la procédure qu’elles choisissent.

L’initiative pour un fonds climatique, lancée par le PS et les Verts, a été déposée en février. Elle demande que 0,5 à 1 % du produit intérieur brut soit versé chaque année dans un fonds climatique. Ce fonds doit permettre de promouvoir une politique énergétique et climatique socialement équitable. Actuellement, cela représenterait 4 à 8 milliards de francs par an. Concrètement, cet argent doit servir à soutenir les énergies renouvelables, l’assainissement des bâtiments et les véhicules électriques, et à développer les transports publics. La biodiversité et les formations initiales et continues doivent également être encouragées. Plus d’informations dans la NZZ (paywall) et le Tages-Anzeiger.

Après l’adoption de la loi sur la protection du climat, l’association Protection du climat Suisse prévoit de lancer une nouvelle initiative populaire. L’association justifie cette démarche par le fait que les mesures prises jusqu’à présent par la Suisse ne sont pas suffisantes. Le contenu de l’initiative doit être élaboré en collaboration avec les personnes intéressées. Un sondage doit fournir les premiers éléments de réponse. Plus d’informations dans le Blick.

Les agriculteurs et le changement climatique

Marcel Dettling, agriculteur et nouveau président de l’UDC, se révèle être un négationniste du climat dans une interview accordée à la NZZ am Sonntag (paywall). Selon lui, le climat n’a cessé de changer “au fil des siècles”. Il met en outre en doute l’influence de l’homme sur le changement climatique ; selon lui, ce dernier ne peut d’ailleurs plus être arrêté. Le climatologue Reto Knutti corrige les faits sur Linkedin. Plus d’informations sur SRF et Watson.

Le conseiller fédéral Guy Parmelin a veillé à ce que les agriculteurs suisses puissent continuer à faire le plein sans payer d’impôts. Selon les recherches de la NZZ am Sonntag (paywall), le conseiller fédéral UDC a stoppé un projet visant à supprimer les subventions qui vont à l’encontre de la politique climatique suisse. Sur proposition de Parmelin, le Conseil fédéral approuve le maintien de la subvention controversée. Il y a six ans déjà, le Contrôle fédéral des finances avait critiqué le remboursement de l’impôt sur les huiles minérales prélevé sur les carburants.

Il y a aussi des agriculteurs qui prennent au sérieux la menace du changement climatique. Un groupe d’agriculteurs des cantons de Zurich, Schwyz, Genève, Neuchâtel et Vaud s’en prend à la Confédération pour son inaction en matière de protection du climat. Les agriculteurs, représentés par le réseau des avocats du climat, ont déposé une plainte en ce sens auprès du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Selon eux, la politique climatique insuffisante menace la liberté économique et la garantie de propriété des agriculteurs. En effet, les périodes de sécheresse plus fréquentes et plus longues, dues au changement climatique, limitent la productivité des sols. Les paysans ont demandé au DETEC de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher de telles violations de leurs droits fondamentaux. Plus d’informations sur Watson.

Au lieu de provoquer des émissions de CO2 , l’agriculture peut stocker les gaz à effet de serre dans le sol. Le programme Agroimpact vise à rendre les fermes plus respectueuses du climat. L’agriculture régénérative, qui consiste à utiliser moins d’engrais et à labourer pour constituer plus d’humus, y joue un rôle important. Plus d’informations dans la NZZ.

L’hiver dernier a également été beaucoup trop chaud

Les températures exceptionnellement élevées persistent. L’hiver 2023/2024 a été le plus doux jamais enregistré depuis le début des mesures en 1864. Selon MétéoSuisse, la température moyenne de décembre 2023 à février 2024 atteint 0,9 °C. Cela représente 2,8 °C de plus que les valeurs moyennes de 1991-2020 (période normale). Par rapport à la période de référence préindustrielle 1871-1900, l’hiver a été 2,9 °C plus chaud. Les trois mois ont été trop doux. L’écart a été particulièrement important en février, avec un plus de 4,6 degrés par rapport à la norme. Pour en savoir plus, consultez MétéoSuisse et le Tages-Anzeiger.

Le développement des énergies renouvelables suscite le débat

Quelle est la part d’électricité solaire dans ta commune ? Quelle est la consommation d’électricité par rapport à la localité voisine ou à la Suisse ? Et combien de voitures électriques sont en circulation ? Les réponses à ces questions sont fournies par le Energie Reporter d’Energie Suisse. Il permet d’observer et de comparer l’évolution de l’avenir énergétique au niveau communal. En ce qui concerne le développement des énergies renouvelables, les projets solaires et éoliens continuent de faire parler d’eux.

Electricité solaire : Actuellement, 47 projets solaires alpins sont encore en cours de planification, comme le montre une liste de l’Association des entreprises électriques suisses (état au 26 mars 2024). Ce sont sept de moins que fin janvier. L’un des projets retirés était prévu à Oberiberg, SZ. Les électeurs y avaient rejeté une installation dans la région d’Ybrig (plus d’informations sur Watson). Un deuxième concerne la station de sports d’hiver de Splügen-Tambo ; EWZ y a suspendu les travaux de planification suite aux critiques des milieux touristiques (Südostschweiz). Et Axpo ne poursuit pas un projet solaire à Glaris Sud, dans la région de Friiteren, notamment en raison des dangers naturels et parce que des espèces d’oiseaux menacées auraient été affectées.

Une demande de permis de construire a été déposée pour huit des installations prévues, comme le montre un aperçu de l’Office fédéral de l’énergie. Des associations de protection de l’environnement ont déposé des recours contre deux d’entre elles : celle située dans la région du Gantrisch, près de l’alpage de Morgeten (Tages-Anzeiger, paywall), et celle de Gondo, VS (Südostschweiz).

A Saanen, un projet rejeté par les électeurs devrait être relancé sous une forme légèrement réduite, rapporte le Thuner Tagblatt (paywall). Dans cet article de journal, on trouve également un aperçu des douze projets solaires encore prévus dans l’Oberland bernois. Et au lac de Walenstadt, les entreprises électriques du canton de Zurich et les St.Gallisch-Appenzellische Kraftwerke AG ont repris la planification d’un projet solaire dans une ancienne carrière. Il y a dix ans, les entreprises avaient déjà suivi le projet, mais celui-ci avait été stoppé. La carrière fait partie de l’Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels (IFP) ; une expertise de la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage avait classé l’installation solaire prévue comme une atteinte grave à la nature digne de protection au bord du Walensee. Selon la loi révisée sur l’énergie (Solarexpress), les installations solaires ne sont pas exclues dans les zones IFP. Le projet, qui doit fournir de l’électricité à 2700 ménages, se heurte à une résistance, rapporte le Blick. Plus d’informations dans le Südostschweiz (paywall).

Comment expliquer la résistance aux installations solaires dans les régions de montagne ? Parce que les Alpes sont conquises et que l’argent des entreprises d’électricité n’attire plus, explique Romed Aschwanden du WWF Zoug dans le journal Zeit. Les installations peuvent nuire au tourisme, et en même temps, on construit davantage d’installations photovoltaïques en plaine. Pour l’Aargauer Zeitung (paywall), cela est dû en premier lieu à la méfiance de la population de montagne envers les entreprises d’électricité. Et dans une interview avec la NZZ (paywall), Ruedi Kriesi, qui promeut la construction de grandes installations solaires en montagne avec la communauté d’intérêts (IG) Solalpine, estime que le temps a été trop court pour aller chercher la population locale sur le plan émotionnel. De plus, les organisations de protection de la nature se livrent à une critique fondamentale.

Energie éolienne : un autre projet d’énergie éolienne a subi un revers. Dans le cas du parc éolien “Bel Coster” prévu dans le Jura vaudois, le Tribunal fédéral a déclaré invalide le plan d’affectation intercommunal. Le projet doit maintenant être remanié et des clarifications supplémentaires concernant la protection des oiseaux et des eaux doivent être effectuées au préalable. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

A Hinwil, ZH, la population a accepté une modification du règlement de construction et de zone qui rend impossible la construction d’éoliennes sur le territoire de la commune. Selon la règle, les éoliennes devraient se trouver à un kilomètre des propriétés habitées ou partiellement habitées. Cette disposition doit encore être approuvée par la direction cantonale des travaux publics. Il n’est pas certain qu’elle le fasse. En effet, l’Office cantonal du développement territorial a fait savoir au préalable que les prescriptions communales en matière de distance entre les éoliennes ne sont pas considérées comme pouvant être approuvées. Des personnes proches de l’UDC ont déposé des interventions comparables pour des distances minimales dans différentes communes du canton de Zurich. Pour en savoir plus, consultez ici et ici le Tages-Anzeiger.

Existe-t-il des possibilités pour que les éoliennes soient acceptées par la population locale ? Oui, par exemple en permettant aux citoyens d’y participer. Dans ce modèle, la majorité d’une installation éolienne appartient aux habitants. La valeur ajoutée reste dans le village, les participants peuvent participer aux décisions. De tels projets sont prévus à Escholzmatt, LU, et à Wikon, AG. En Allemagne, plusieurs “parcs éoliens citoyens” de ce type ont déjà été réalisés. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici sur SRF et dans le Zofinger Tagblatt (paywall). 

L’écologiste Robert Wade propose une autre voie dans la NZZ (paywall). Les énergies renouvelables comme le vent et le soleil devraient être utilisées comme des biens communs. Le droit d’utiliser le vent serait alors la propriété des pouvoirs publics. A l’instar des modèles citoyens, la population locale en profiterait également. Aujourd’hui, ce sont uniquement les propriétaires terriens qui reçoivent de l’argent des entreprises d’électricité. Wade fait référence à l’exemple de l’Irlande, où la constitution stipule que toutes les ressources naturelles, y compris l’air et toute forme d’énergie potentielle, appartiennent à l’État.

Pénurie d’électricité, accord européen sur l’électricité et
centrales nucléaires

En automne 2022, le Conseil fédéral avait décidé de construire une centrale à gaz de réserve à Birr, dans le canton d’Argovie. Elle est raccordée au réseau depuis mars 2023 et serait utilisée en cas de pénurie d’électricité. Le contrat avec GE Gas Power court encore jusqu’en avril 2026, les coûts pour la durée de trois ans s’élèvent à 470 millions de CHF. Le Tribunal administratif fédéral a décidé que le Conseil fédéral n’aurait pas dû accorder d’autorisation d’exploitation à la centrale. Il a donné raison à une riveraine qui, avec le soutien de la Grève du climat Suisse, s’était opposée à cette décision en raison du bruit et des nuisances environnementales. Le tribunal constate que le Conseil fédéral n’a pas pu expliquer sur la base de quelles hypothèses il avait supposé une grave situation de pénurie. Des références générales à la situation politique en Europe ou à des centrales nucléaires à l’arrêt en France n’ont pas suffi. Plus d’informations sur SRF, Wochenzeitung et Tages-Anzeiger.

Si la centrale de Birr doit continuer à être utilisée comme réserve, le Conseil fédéral devra mieux justifier pourquoi cela est nécessaire. Cela ne devrait toutefois pas être plus facile. Car au moins cet hiver, la Suisse a eu plus qu’assez d’électricité en hiver, comme l’a analysé le président du PVL Jürg Grossen. Ainsi, d’octobre 2023 à mars 2024, il y a eu plus d’exportations d’électricité vers l’Europe que d’importations. Selon Grossen, cela est dû à des barrages bien remplis et à des températures douces, mais aussi à une consommation d’électricité en baisse et au développement de l’énergie solaire. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Les centrales de réserve compliquent les négociations avec l’UE sur un accord sur l’électricité. En effet, si les exploitants de centrales qui ne fonctionnent pas reçoivent de l’argent, cela pourrait enfreindre le droit des aides d’Etat de l’UE. Selon la volonté de l’UE, l’électrification et la décarbonisation doivent coûter le moins possible. Si les centrales de réserve surdimensionnées sont indemnisées, cela irait à l’encontre de l’objectif. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici dans la NZZ (paywall).

Pourtant, la Confédération continue de miser sur de telles centrales d’urgence. Un appel d’offres pour la période à partir de 2026, lorsque les contrats avec Birr et d’autres centrales plus petites arriveront à échéance, s’est terminé fin mars. Le groupe électrique Axpo a participé à l’appel d’offres. Il veut construire une centrale à gaz à Auhafen, sur le territoire de la commune de Muttenz. Axpo a annoncé que la centrale fonctionnerait avec un combustible synthétique neutre en CO2. C’est actuellement un vœu pieux : de tels combustibles n’étant pas disponibles pour le moment, on utiliserait du gaz naturel. Avec une puissance de 340 mégawatts, elle correspond à la centrale de Birr. Pour en savoir plus, voir ici et ici dans le Tages-Anzeiger.

Parallèlement, Axpo a annoncé qu’elle étudiait une prolongation de la durée de vie de la centrale nucléaire de Beznau. Beznau a été mise en service en 1969 et est la plus ancienne installation au monde. Jusqu’à présent, Axpo voulait arrêter définitivement la centrale nucléaire vers 2030. La Fondation suisse de l’énergie estime que les projets d’Axpo sont inutiles et dangereux. D’ici deux ans, le développement de l’énergie solaire et éolienne aura déjà remplacé la production des centrales nucléaires de Mühleberg, Beznau 1 et 2. Pour en savoir plus, voir SRF, Tages-Anzeiger (paywall), Sonntagszeitung (paywall) et NZZ (paywall).

Avec les plans d’Axpo, un postulat du président du PLR Thierry Burkart, adopté par le Conseil des Etats lors de la dernière session, gagne en actualité. L’intervention demande au Conseil fédéral d’examiner quelles “conditions-cadres réglementaires et financières” devraient être créées pour que les centrales nucléaires existantes puissent être exploitées le plus longtemps possible. Dans l’optique de la sécurité d’approvisionnement, la construction de nouvelles centrales nucléaires doit également être examinée. Plus d’informations sur SRF et dans la NZZ (paywall).

Des représentants du ministère français des Affaires étrangères se sont récemment exprimés auprès de journalistes internationaux en faveur d’une forme indirecte d’investissement dans de nouvelles centrales nucléaires. Le pays, qui veut construire 14 nouveaux réacteurs, a suggéré que des pays comme la Suisse, qui ne réalisent pas eux-mêmes de nouvelles centrales nucléaires mais importent de l’électricité nucléaire de France, participent aux coûts. La Fondation suisse de l’énergie considère les déclarations de la France comme une tentative de faire supporter à d’autres Etats les coûts excessifs du secteur nucléaire.  La France construira les centrales nucléaires de toute façon. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et la NZZ am Sonntag.

Mauvaises incitations en matière de consommation d’énergie

Selon la Constitution, la Confédération doit veiller à une utilisation économe de l’énergie. Comme le montre une étude commandée par la Fondation suisse de l’énergie (SES), c’est souvent le contraire qui se produit : de nombreuses dispositions légales encouragent la consommation d’énergie au lieu de la réduire. L’enquête menée par le bureau de conseil EBP a identifié plus de 100 incitations erronées. Si ces incitations erronées étaient éliminées, il serait possible d’économiser beaucoup d’énergie. Rien que pour sept domaines étudiés de manière approfondie, on pourrait économiser jusqu’à 10 TWh par an. Cela correspond à près de 5% de la consommation totale d’énergie en Suisse. Il s’agit de ces sept incitations erronées:

La SES exige que le Conseil fédéral, le Parlement et l’administration fédérale corrigent immédiatement les importantes incitations erronées et orientent systématiquement la législation de la Confédération vers la sécurité d’approvisionnement, les objectifs de protection du climat et les économies d’énergie. Plus d’informations sur SRF, ee-news et NZZ (paywall).

Le virage climatique de l’aviation soulève des questions

L’aviation peut-elle atteindre la neutralité climatique d’ici 2050 ? Oui, indique le Conseil fédéral dans un rapport. Il arrive à la conclusion que l’objectif fixé dans la loi sur la protection du climat peut être atteint. Mais en partant de l’hypothèse douteuse que le trafic aérien n’augmentera plus d’ici 2050. Le rapport a choisi “une représentation indépendante de l’évolution de la demande” et examine le potentiel de réduction des émissions de CO2 par rapport à la situation de départ en 2019. Cela signifie que la croissance attendue de l’aviation est niée. Les autorités internationales prévoient en Europe une augmentation allant jusqu’à 3% par an. En Suisse, le trafic aérien a augmenté de 8,5% par an entre 1990 et 2019.

Le Conseil fédéral voit la principale mesure technique pour réduire les émissions de CO2 dans l’utilisation de carburants d’aviation durables ; les avions à hydrogène et électriques ne pourraient réduire les émissions que de manière marginale d’ici 2050. Leur production est toutefois très gourmande en énergie et ils ne sont pas disponibles à grande échelle jusqu’à nouvel ordre. Actuellement, les carburants d’aviation durables ne couvrent que 0,2% des besoins annuels de l’industrie aéronautique. Le Conseil fédéral admet lui aussi qu’il faudra plus de temps que jusqu’en 2050 pour remplacer complètement les carburants fossiles. Il part du principe que 10% à 23% maximum des émissions de CO2 d’origine fossile ne pourront pas être évités. Celles-ci doivent être extraites de l’atmosphère et stockées. Les effets dits “non CO2 ” causés par le trafic aérien (notamment la formation de traînées de condensation) ne sont pas pris en compte.

Swiss mise elle aussi sur le captage et le stockage du CO2 . La compagnie aérienne a signé un contrat avec la start-up Climeworks de l’ETHZ. Les entreprises n’ont donné aucune indication sur la quantité de CO2 filtrée ni sur les coûts.  Aujourd’hui, l’élimination d’une tonne de CO₂ coûte entre 600 et 1000 dollars. Pour donner un ordre de grandeur, une personne se rendant à New York en classe économique génère ainsi environ 2 tonnes de CO2 . Ceci montre également à quel point Swiss prend la protection du climat au sérieux : La compagnie aérienne maintient les vols intérieurs controversés entre Genève et Zurich, comme l’a expliqué le patron de Swiss, Dieter Vranckx, dans une interview au “Sonntagsblick” ; le Tages-Anzeiger en dit plus à ce sujet.

Lufthansa, la société mère de Swiss, a récemment conclu un accord avec Climeworks pour compenser un total de 40 000 tonnes de CO2 sur quatre ans. A titre de comparaison, le groupe aérien a émis l’an dernier 23 millions de tonnes de CO2 . Swiss et Lufthansa sont les premières compagnies aériennes pour lesquelles Climeworks veut capter du CO2 . L’entreprise a déjà conclu des contrats avec 170 entreprises clientes, dont Swiss Re, UBS, JP Morgan et Microsoft. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et la NZZ (paywall).  

Les voitures émettent plus de CO2 que les fabricants ne le disent

Les voitures à essence et diesel émettent en moyenne environ 20% de CO2 de plus par kilomètre que ce qu’indiquent les constructeurs (Tages-Anzeiger ici et ici (paywall). C’est la conclusion d’une étude portant sur 600 000 voitures nouvellement immatriculées dans l’espace européen en 2021. L’écart est particulièrement important pour les modèles hybrides plug-in : ils émettent en moyenne trois fois et demie plus de CO2 parce que les conducteurs ne rechargent que rarement la batterie et remplissent plutôt le réservoir d’essence. 

La Suisse est également à la traîne en ce qui concerne les véhicules électriques. D’ici 2025, une voiture neuve sur deux devrait être une voiture à prise. L’association de la mobilité électrique Swiss E-Mobility estime que cet objectif sera nettement manqué. La barre des 50% par an ne sera atteinte qu’en 2029. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que les stations de recharge à domicile font défaut et qu’elles ne sont pas suffisamment encouragées par les pouvoirs publics, estiment les spécialistes du secteur. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall). En 2023, 21% des voitures neuves vendues étaient des voitures purement électriques, 9,2% des hybrides plug-in. Le secteur s’attendait à une croissance plus forte. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall).

Comment le marché financier s’oppose à la protection du climat

Les banques et les assurances suisses assument-elles leur responsabilité climatique ? C’est la question à laquelle répond une étude de Greenpeace. La réponse est non : le secteur financier ne profite pas suffisamment des possibilités de s’engager pour une meilleure protection du climat lors des assemblées générales des entreprises dont il détient des actions. Les banques et les assurances contreviendraient ainsi à leurs promesses de faire pression, en tant qu’investisseurs actifs, pour une orientation plus durable des entreprises. Ainsi, l’UBS a presque toujours voté dans le sens des entreprises et a par exemple refusé de restreindre le financement de projets d’extraction de pétrole et de gaz. Pour en savoir plus, voir le média en ligne tippingpoint et la RTS. Cette année encore, Greenpeace veut lancer, avec d’autres organisations, l’initiative populaire pour une place financière durable, afin de mettre le secteur sur la voie du climat.

La Confédération pourrait obliger le secteur financier à protéger davantage le climat. Mais le Conseil national a refusé, lors de la session de printemps, de donner plus de compétences au Conseil fédéral pour rendre les flux financiers des banques et des assurances plus respectueux du climat. Une motion de Gerhard Andrey allant dans ce sens a été rejetée. Le secteur financier peut ainsi continuer à se donner des règles volontaires sur la manière dont il entend atteindre les objectifs climatiques de Paris. Jusqu’à présent, les banques et les assurances n’ont fait que peu de progrès avec leurs règles. Alliance Sud, le WWF et Greenpeace critiquent la décision du Conseil national.

Les entreprises dont la Banque nationale suisse détient des actions ont émis 10,2 millions de tonnes de CO2 l’année dernière. Deux autres millions de tonnes proviennent des obligations d’entreprises détenues par la BNS. Cela correspond à environ un quart des émissions nationales de la Suisse. Ces chiffres sont tirés du dernier rapport sur la durabilité de la BNS. Dans sa politique de placement, la BNS ne tient pas compte de critères de politique climatique, mais s’en tient exclusivement à des objectifs de politique monétaire et de politique de change. Ce n’est qu’en matière d’émissions internes que la BNS se fixe des objectifs climatiques. Ainsi, les émissions de CO2 doivent être réduites de 50% d’ici 2030 par rapport à l’année de référence 2017. En 2023, les émissions s’élevaient à 2860 tonnes de CO2 ; les voyages en avion des collaborateurs et la fabrication des billets de banque ont notamment pesé dans la balance. Cela correspond à environ 0,02% des gaz à effet de serre générés par les placements financiers. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

Une étude parue dans Communications Earth & Environment montre que la Banque nationale devrait tenir compte des risques climatiques dans sa politique monétaire. Les chercheurs démontrent que le changement climatique peut mettre en danger la stabilité des prix, l’une des tâches principales des banques nationales. Plus d’informations dans un post Linkedin de Georg Klingler de Greenpeace.

Politique climatique internationale

Le monde entier en procès pour le climat

Les Aînées suisses pour le climat ne sont pas les seules à vouloir plus de protection du climat : de plus en plus souvent, on se bat pour plus de protection du climat dans les salles d’audience du monde entier. Nous résumons ici quelques-uns des cas juridiques les plus passionnants :

Plus de 30 plaintes contre l’industrie pétrolière américaine

Il y a six ans, des villes californiennes ont commencé à traîner en justice des compagnies pétrolières. Elles reprochent à ces entreprises d’avoir trompé le public pendant des décennies en niant ou en minimisant les dangers de la crise climatique. A ce jour, une trentaine de plaintes de ce type ont été déposées aux Etats-Unis par des villes, des Etats et des tribus indigènes. Ils veulent ainsi obtenir que l’industrie pétrolière paie pour les coûts du changement climatique.

Pour s’en protéger, les compagnies pétrolières ont tenté de transférer les plaintes vers des tribunaux fédéraux, nettement plus favorables aux entreprises. L’année dernière, la Cour suprême des États-Unis a toutefois refusé à trois reprises d’entendre les arguments en faveur d’un transfert de ces affaires. La tactique de retardement des compagnies pétrolières a donc échoué pour le moment et les affaires judiciaires peuvent se poursuivre. Plus d’informations dans Grist.

Les États américains veulent demander des comptes aux compagnies pétrolières

Les actions civiles mentionnées ci-dessus sont certes importantes, mais le système judiciaire américain est lent et prend souvent des décisions qui vont dans le sens de l’industrie. L’Etat fédéral du Vermont veut maintenant emprunter une nouvelle voie pour contraindre l’industrie pétrolière à payer les énormes dégâts causés par les inondations de l’été dernier. Les catastrophes climatiques doivent à l’avenir être traitées comme des décharges de déchets toxiques. La loi Superfund des Etats-Unis exige que les entreprises chimiques qui ont pollué un site doivent payer pour la dépollution complète. Le Vermont veut désormais appliquer cette loi aux dommages climatiques. Plusieurs autres Etats veulent procéder de la même manière. Sans surprise, l’industrie pétrolière a promis d’aller en justice si elle devait être tenue responsable de ses dommages. Plus d’informations sur E&Enew et Grist.

Un grossiste en viande poursuivi en justice – la viande végétalienne aussi

Le géant brésilien de l’alimentation JBS, le plus grand grossiste en viande au monde, a été poursuivi par le procureur général de New York pour avoir trompé le public sur son impact environnemental afin d’augmenter ses ventes. Le groupe a promis d’atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2040. Mais cela était trompeur, car le groupe voulait en même temps augmenter la production de viande et n’avait en outre pas pris en compte dans son objectif climatique les émissions dues à la déforestation de l’Amazonie et à ses chaînes d’approvisionnement. JBS a été associé à plusieurs reprises à la déforestation illégale de l’Amazonie. Plus sur Reuters.

Ce n’est pas contre la viande, mais contre les substituts de viande végétaliens que l’on veut agir en Suisse. Début 2023, le Département fédéral de l’intérieur a déposé un recours auprès du Tribunal fédéral. Il ne doit plus être permis que les substituts de viande végétaliens soient appelés “viande”, par exemple “Planted Chicken”. Si le Tribunal fédéral décidait dans les mois à venir d’interdire l’animal dans les noms de produits végétaliens, la Suisse serait le premier pays à prendre une telle mesure, mais des efforts similaires sont en cours dans d’autres pays. En 2017, les juges suprêmes de l’UE ont déjà prononcé une telle interdiction dans le cas des produits laitiers. La République en parle en détail.

Autres nouvelles sur le thème de la viande : les banques américaines sapent leurs propres engagements climatiques en finançant des groupes de viande, de produits laitiers et d’aliments pour animaux, selon un rapport des Amis de la Terre. Plus d’informations dans le Guardian.

Une compagnie aérienne coupable de greenwashing

Un tribunal néerlandais a décidé que la compagnie aérienne KLM avait donné une “image trop rose” de la durabilité du transport aérien. L’affaire a été portée devant la justice par des organisations environnementales dans le cadre de la réglementation européenne sur la publicité mensongère. Le jugement ne contient toutefois pas d’invitation à corriger les déclarations, mais seulement une demande à KLM d’être “honnête et concrète” dans ses futures communications. Plus d’informations sur DW.

Un climatologue gagne un procès en diffamation

Le célèbre climatologue Michael Mann a obtenu plus d’un million de dollars américains dans un procès contre deux auteurs de blogs conservateurs. Les blogueurs avaient remis en question les recherches de Mann et l’avaient comparé à un violeur d’enfants condamné. Le jugement pourrait servir d’avertissement à ceux qui attaquent les scientifiques du climat. Plus d’informations sur Nature.

De plus en plus de pays quittent le traité sur la Charte de l’énergie

La Grande-Bretagne s’est retirée du traité sur la Charte de l’énergie, suivant ainsi l’Allemagne, la France, l’Espagne et d’autres pays européens. L’accord commercial multilatéral a été conclu en 1994 afin d’encourager les investissements occidentaux dans les secteurs énergétiques des anciens pays soviétiques.  Parallèlement, l’accord permet aux investisseurs de poursuivre les gouvernements en justice si des changements dans la politique énergétique risquent d’affecter leurs bénéfices.  Les groupes pétroliers en ont profité pour freiner la transition énergétique. Ainsi, le groupe énergétique allemand RWE se réfère au traité pour poursuivre en justice le gouvernement néerlandais en raison de son projet d’abandon de la production d’électricité à partir du charbon. La Suisse est toujours membre du Traité sur la Charte de l’énergie, pour en savoir plus, cliquez ici et ici.

Les obstacles au plan de Biden pour les véhicules électriques

Aux États-Unis, le transport produit plus d’émissions que tout autre secteur. Le gouvernement Biden a introduit de nouvelles limites d’émissions afin de promouvoir l’électrification des transports. Pour que les nouvelles limites d’émissions de gaz soient respectées, il faudrait que 56% des nouvelles voitures vendues d’ici 2032 ne produisent pas d’émissions et que 16% supplémentaires soient des voitures hybrides.

La nouvelle réglementation est ambitieuse, car la part des véhicules électriques dans les ventes de voitures neuves est aujourd’hui d’à peine 8% aux Etats-Unis. Cependant, plusieurs facteurs pourraient faire échouer le plan de Biden. Les véhicules électriques font désormais partie du combat culturel américain. Un sondage Gallup montre que 71% des républicains n’achèteraient pas de voiture électrique, contre seulement 17% des démocrates. Donald Trump s’exprime de plus en plus brutalement sur les véhicules électriques et leur impact sur l’économie américaine. Il affirme qu’ils “détruisent” l’industrie automobile américaine et qualifie les véhicules électriques de “tueurs” d’emplois.

Selon un rapport du Sierra Club, deux tiers des concessionnaires automobiles américains ne vendent pas de véhicules électriques. Plusieurs raisons expliquent la résistance des concessionnaires : Les marges bénéficiaires pour les VE sont plus faibles. Plus important encore, les concessionnaires réalisent près de la moitié de leurs bénéfices avec l’entretien des véhicules. Il y a moins de pièces pour les véhicules électriques, ils doivent aller beaucoup moins souvent à l’atelier et sont moins chers à entretenir que les voitures et les camions à énergie fossile.

L’industrie pétrolière s’oppose également aux nouvelles valeurs limites. On s’attend à ce qu’une coalition d’entreprises fossiles et d’avocats républicains porte plainte contre la nouvelle réglementation.

Malgré les nombreux obstacles, la nouvelle réglementation est une étape importante. Les véhicules électriques sont le segment qui connaît la plus forte croissance sur le marché automobile américain. On s’attend à ce qu’une vague de modèles moins chers et plus performants arrive sur le marché dans les années à venir.  Plus dans le NY Times (paywall).

Les investissements dans les énergies renouvelables augmentent

Les investissements dans la transition énergétique atteindront un niveau record de 1,8 billion de dollars en 2023, selon le dernier rapport de BloombergNEF. C’est certes trois fois plus qu’en 2019, mais ce n’est toujours pas suffisant pour atteindre l’objectif climatique de 1,5 degré.

La plus forte croissance a été enregistrée dans le domaine des transports électrifiés. La Chine a investi le plus avec 676 milliards de dollars (38% du total mondial). L’UE, les États-Unis et le Royaume-Uni investissent ensemble encore plus que la Chine en 2023. En Allemagne, la deuxième plus grande économie de l’OCDE, la part des énergies renouvelables dans la consommation totale d’électricité a considérablement augmenté en 2023, passant d’environ 45 % à près de 53 %. L’objectif du gouvernement d’atteindre une part de 80 % d’énergies renouvelables d’ici 2030 reste à portée de main, mais le développement de l’énergie éolienne doit être accéléré. Dans les pays en développement, le manque d’investissement reste important. Plus d’informations sur BloombergNEF, renewableenergyworld.com et le World Economic Forum.

Politique climatique européenne

Les énergies renouvelables ont le vent en poupe dans toute l’UE

L’UE va de l’avant avec les énergies renouvelables. En 2023, les émissions de CO2 dans le secteur de l’électricité ont diminué de 19% par rapport à l’année précédente et, avec une part de 44%, la barre des 40% de la production d’électricité verte a été franchie pour la première fois. C’est ce que montre le nouveau rapport du think tank indépendant Ember. La production d’électricité à partir du charbon s’est effondrée de plus d’un quart et l’énergie éolienne a pour la première fois produit plus d’électricité que les centrales à gaz. La directrice du programme Brown avertit que l’heure n’est pourtant pas à la complaisance et que l’accent doit être mis davantage sur le développement plus rapide de l’énergie éolienne et solaire.

Le “German Vote” fait s’effriter la crédibilité de l’Allemagne

Sans la voix de l’Allemagne, il est difficile d’obtenir la majorité nécessaire selon le droit européen pour faire passer de nouveaux projets de loi européens. Ces derniers temps, il est souvent arrivé que l’Allemagne approuve des mesures pendant les négociations en trilogue (outre le Parlement européen et le Conseil de l’UE, des représentants de la Commission européenne sont également impliqués). Mais peu avant les votes décisifs au Conseil de l’UE, l’Allemagne a fait marche arrière et s’est abstenue. De facto, une telle abstention équivaut à un vote négatif. Ces derniers mois, c’est surtout le FDP, le plus petit parti au gouvernement, qui a souvent mis son veto à la dernière minute, notamment en ce qui concerne la législation sur l’environnement et le climat (par ex. concernant les valeurs limites de CO2 pour les camions ou le règlement européen sur les emballages). Cela irrite les autres États membres, car l’Allemagne n’est plus un partenaire fiable et les processus législatifs sont inutilement prolongés. Ce comportement est appelé le “German Vote” dans le langage courant. Pour en savoir plus, voir ZDF et Handelsblatt.

La loi européenne sur la chaîne d’approvisionnement arrive

La loi européenne sur la chaîne d’approvisionnement vise à introduire des normes à l’échelle européenne pour le respect de l’environnement, du travail et des droits de l’homme par les entreprises. Malgré un compromis en décembre 2023, l’Allemagne a de nouveau fait marche arrière début février, poussée par le FDP. Selon le FDP, la proposition de compromis est trop bureaucratique et contraignante pour les entreprises européennes. Ce nouveau “vote allemand” a provoqué des remous dans toute l’Europe quelques jours seulement avant le vote final au Conseil. Néanmoins, un nouveau compromis a pu être trouvé en mars, même sans l’accord de l’Allemagne. Plus d’informations sur le processus dans la FAZ.

Mais par rapport à la proposition initiale de la Commission et au compromis âprement négocié de décembre 2023, le projet a été considérablement affaibli : seules les entreprises employant plus de 1000 personnes et réalisant un chiffre d’affaires de plus de 450 millions d’euros devront à l’avenir s’assurer que les droits et les normes de l’UE sont respectés tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Les organisations environnementales ont vivement critiqué cet affaiblissement ainsi que le rôle du gouvernement fédéral dans ce contexte. Le Deutscher Naturschutzring a rassemblé une analyse des critiques et des informations complémentaires. Des organisations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International ont également clairement critiqué le gouvernement fédéral.

Les entreprises fossiles doivent participer au financement climatique

La conférence mondiale sur le climat de cette année, qui se tiendra en novembre à Bakou, en Azerbaïdjan, se concentrera principalement sur les discussions relatives au financement international du climat. La question centrale est de savoir combien les pays industrialisés prospères devraient payer aux pays plus pauvres du Sud mondial pour faire face aux effets dévastateurs de la crise climatique. Dans un communiqué de presse commun, les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont prononcés en faveur de la recherche de sources de financement nouvelles et innovantes, notamment dans l’industrie fossile ou les secteurs à fortes émissions, afin de soutenir le financement climatique dans le Sud. En outre, les pays relativement riches comme la Chine ou les pays du Moyen-Orient devraient également contribuer au financement climatique, selon les ministres de l’UE. Selon l’OCDE, les besoins financiers des pays pauvres s’élèvent à plus de mille milliards d’euros par an. Pour en savoir plus, consultez Reuters et E3G.

Le Parlement européen est élu pour la 10e fois

Du 6 au 9 juin 2024, quelque 360 millions de citoyens européens seront appelés à élire leurs représentants au Parlement européen. Les derniers sondages indiquent que les partis de droite, en particulier, peuvent s’attendre à obtenir plus de voix. Euractiv et Politico compilent les derniers sondages électoraux. Les partis de droite et d’extrême droite sont sceptiques, voire clairement opposés à une protection ambitieuse de l’environnement et du climat. Selon les derniers résultats de l’Eurobaromètre, seules 16 % des personnes interrogées ont cité “la protection du climat et de l’environnement” comme thème le plus important pour l’UE. Pour en savoir plus, voir Clean Wire Energy. Cela correspond à une réduction de moitié par rapport à l’enquête Eurobaromètre réalisée avant les élections européennes de 2019. Il ne s’agit donc plus que du quatrième thème le plus important. Le numéro un est le thème de la migration, suivi de la situation internationale et de l’inflation. Les associations environnementales comme le WWF tentent d’obtenir plus de soutien en menant des campagnes publiques sur le thème de l’environnement. La définition d’un objectif climatique pour l’année 2040 et les mesures politiques appropriées pour sa mise en œuvre sont attendues comme des priorités de la politique climatique pour la prochaine législature de l’UE.

Allemagne

Objectifs d’émissions 2023 respectés, mais…

Mi-mars, le ministre de la protection du climat Habeck a présenté les chiffres des émissions pour l’année 2023. Les émissions totales ont baissé de plus de dix pour cent par rapport à l’année précédente, grâce au fort développement des énergies renouvelables. Les associations environnementales déplorent que ce succès ne soit guère dû à des changements structurels, mais surtout à un hiver doux et à une économie affaiblie par des crises comme la guerre en Ukraine (voir DNR). Comme on pouvait s’y attendre, les secteurs du bâtiment et des transports ont une nouvelle fois manqué les objectifs annuels. Selon les nouvelles prévisions, il est potentiellement possible d’atteindre les objectifs de 2030 grâce à une nouvelle législation. Toutefois, l’objectif d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2045 n’est pas encore en vue. Les secteurs du bâtiment et des transports y contribuent de manière significative. La DUH a vivement critiqué le rapport.

Les installations solaires nécessitent moins de surface non construite  

Il est souvent difficile de réaliser de nouvelles installations solaires sur des surfaces libres, car il y a souvent des conflits d’utilisation avec l’agriculture ou avec la protection de la nature. Une nouvelle étude de l’Öko-Institut montre que les objectifs de développement de l’énergie solaire pourraient être atteints même sans installations sur des surfaces libres. Des installations PV sur des surfaces préexistantes et déjà imperméabilisées (p. ex. toits, parkings, bordures, zones industrielles) pourraient couvrir l’augmentation nécessaire. Une large coalition d’associations environnementales demande depuis des années que l’on se concentre davantage sur ces surfaces et que l’on introduise par exemple une “norme pour les toits solaires” ambitieuse (voir DNR).

Le Climate Action Network Europe (CAN Europe) a publié début avril un rapport comparatif sur le développement de l’énergie solaire sur les toits dans l’UE. Dans l’ensemble, la tendance en matière de développement de l’énergie solaire est positive.

Un an après : L’Allemagne sans électricité nucléaire

Le 15 avril, le premier anniversaire de l’abandon de l’énergie nucléaire en Allemagne approche. Après de longues tergiversations, les trois dernières centrales nucléaires allemandes encore en service ont été arrêtées en avril 2023. Les craintes de black-out, de hausse des prix de l’électricité ou de retour de l’électricité produite à partir de charbon ne se sont pas vérifiées. En Allemagne, les nouveaux tarifs d’électricité n’ont pas été aussi avantageux depuis longtemps – ils sont même moins chers qu’avant le début de la guerre en Ukraine (voir FAZ) – et la part des énergies renouvelables dans le mix électrique ne cesse d’augmenter. Ainsi, en 2023, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité était déjà de 56%. Pour en savoir plus, consultez l‘Office fédéral des statistiques.

Faire avancer la transformation pour la grande industrie

Le gouvernement fédéral veut accélérer la transformation des grandes installations industrielles vers la neutralité climatique grâce à ce que l’on appelle des contrats de protection climatique : Le gouvernement prend en charge une partie des coûts de transformation et les entreprises les remboursent dès que les investissements sont rentabilisés. Tant les associations économiques que les associations de protection de l’environnement et du climat saluent l’introduction de cet instrument comme un élément supplémentaire pour atteindre la neutralité climatique. Plus d’informations sur Tagesschau.de et sur Klimaschutzverträge.info.

La crise climatique visible

Le réchauffement climatique s’accélère

Il est de plus en plus évident que le réchauffement de la planète s’accélère. Entre 1970 et 2008, la Terre s’est réchauffée d’environ 0,18 °C tous les dix ans. Au cours des quinze dernières années, de 2009 à 2023, le rythme a presque doublé, passant à 0,3 °C. 

Cependant, il y a toujours eu des inquiétudes scientifiques selon lesquelles le réchauffement accru de ces dernières années était également dû principalement à des facteurs naturels, tels que certaines activités volcaniques et El Nino, ainsi que des événements de taches solaires accrus. Or, le professeur Housefather, un physicien climatique renommé, a démontré, en se basant sur les dernières estimations des spécialistes de l’atmosphère, que l’accélération du réchauffement est exclusivement due aux émissions de gaz à effet de serre.

Les derniers chiffres de l’agence américaine pour l’étude du climat NOAA montrent que les concentrations mondiales de CO2 , de méthane et de N2 O – les trois principaux gaz à effet de serre – ont atteint des valeurs record l’année dernière. La teneur en CO2 de l’atmosphère est supérieure de 50% aux valeurs préindustrielles, celle du méthane de 160%.

Avec la réduction de la pollution de l’air – des aérosols qui d’une part nuisent à la santé, mais qui d’autre part refroidissaient l’atmosphère – le réchauffement s’accélère davantage. Plus sur Carbon Brief.

Des températures toujours beaucoup trop élevées

En 2023, la température moyenne mondiale était supérieure de 1,45 degré à son niveau pré-industriel (1850 à 1900). C’est ce que montre le rapport “State of the Global Climate” de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Des valeurs record ont été atteintes pour de nombreux indicateurs climatiques tels que les températures de surface, le réchauffement et l’acidification des océans ou l’élévation du niveau de la mer. “Les sirènes retentissent pour tous les indicateurs importants. Et les changements s’accélèrent”, a déclaré le secrétaire général de l’ONU António Guterres.  Plus d’informations sur SRF et le Tages-Anzeiger (paywall).

Des températures bien trop élevées ont également été mesurées début 2024. De juin 2023 à mars 2024, les températures moyennes à la surface des terres et des océans ont dépassé les records précédents pendant les dix mois, comme le montrent les derniers chiffres de Copernicus, le service européen de surveillance du changement climatique. La température moyenne mondiale pour les douze derniers mois, d’avril 2023 à mars 2024, est supérieure de 1,58 degré à la moyenne préindustrielle. Plus d’informations ici et ici dans le NY Times (paywall) et dans le Zeit.

Les océanographes observent avec inquiétude l’augmentation de la température des océans. Cette augmentation est particulièrement marquée dans l’Atlantique Nord, comme le montrent les données de l’agence américaine pour le climat NOAA. Plus d’informations dans le NY Times (paywall) et la NZZ (paywall).

Le graphique suivant montre à quel point cette évolution est exceptionnelle : Source : NZZ / https://climatereanalyzer.org/clim/sst_daily/

Un reportage du NY Times (paywall) sur l’Afghanistan illustre les conséquences de la sécheresse. Le pays est particulièrement menacé par le changement climatique. En l’absence de pluie depuis plusieurs années, la population de régions entières est déplacée. Des millions d’enfants souffrent de malnutrition et aucune amélioration n’est en vue.

Le changement climatique rend les vagues de chaleur plus probables et modifie en même temps leur déroulement. Une étude publiée dans Science montre que les vagues de chaleur se propagent plus lentement et durent donc plus longtemps. Au cours de chaque décennie entre 1979 et 2020, la vitesse de propagation des vagues de chaleur s’est ralentie d’environ huit kilomètres par jour. Elles durent désormais en moyenne quatre jours de plus. Cela a un impact important sur la santé humaine, soulignent les auteurs de l’étude. Plus les vagues de chaleur se maintiennent longtemps à un endroit, plus les personnes sont exposées longtemps à des températures potentiellement mortelles. Plus d’informations dans le NY Times (paywall).

L’adaptation au climat devient plus difficile

Les efforts actuels pour faire face aux effets de la crise climatique dans le monde entier ne sont pas suffisants. Et ce que l’on appelle l’écart d’adaptation (différence entre les mesures nécessaires et celles déjà mises en œuvre) ne cesse de se creuser, comme le montre le dernier rapport du GIEC. Une étude de CarbonBrief montre désormais clairement que les mesures d’adaptation perdent nettement de leur efficacité dans un climat de plus en plus chaud.

Les chercheurs se concentrent sur les options d’adaptation en rapport avec la pénurie d’eau dans l’agriculture. Si la température mondiale augmente de 2 degrés, l’effet des mesures d’adaptation diminue d’un quart. En cas d’augmentation de 4 degrés, les mêmes mesures ne sont plus que deux fois moins efficaces. Parmi les mesures étudiées figurent le choix d’espèces végétales mieux adaptées ou la réduction du travail du sol.

Les résultats montrent qu’une adaptation climatique efficace n’est possible que si des mesures ambitieuses sont prises en même temps pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. L’adaptation au climat n’est pas une alternative à la réduction et ne doit pas être utilisée comme prétexte pour retarder les efforts de réduction des gaz à effet de serre, soulignent les auteurs de l’étude. Plus d’informations sur CarbonBrief.

Nouvelles de la science du climat

La circulation océanique vitale va-t-elle bientôt basculer ?

La dérive nord atlantique (en anglais “Atlantic Meridional Overturning Circulation” (AMOC)) permet à d’énormes quantités d’eau de circuler dans l’Atlantique et de réguler ainsi également le climat. Le Gulf Stream, si important pour le climat européen, fait partie de ce système de circulation. Depuis quelques années déjà, les scientifiques observent que cette circulation perd de sa force. Une nouvelle étude publiée dans Science Advances confirme que l’AMOC se dirige vers un point de basculement. Si ce point est dépassé, elle s’effondrera.

Les conséquences seraient catastrophiques. En Europe du Nord, de la Grande-Bretagne à la Scandinavie, on assisterait par exemple à un refroidissement des températures hivernales de 10 °C à 30 °C en un siècle. En l’espace d’une ou deux décennies, le climat deviendrait complètement différent. En outre, la ceinture de précipitations tropicales se déplacerait considérablement. Ces effets, et bien d’autres encore, d’un effondrement de l’AMOC sont connus depuis longtemps, mais n’avaient pas encore été montrés dans un modèle climatique aussi détaillé.

En 2023, une étude publiée dans Nature concluait que le point de basculement pourrait très probablement (niveau de confiance de 95%) être atteint dès 2025 et 2095. La nouvelle étude soutient ces résultats et confirme également les préoccupations antérieures selon lesquelles les modèles climatiques surestiment systématiquement la stabilité de l’AMOC.

Stefan Rahmsdorf, spécialiste du climat et des océans, commente : “Au vu des conséquences, le risque d’un effondrement de l’AMOC doit être évité à tout prix. La question n’est pas de savoir si nous sommes sûrs que cela se produira. La question est que nous devons l’exclure avec une probabilité de 99,9 %. Une fois que nous aurons un signal d’alarme clair, compte tenu de l’inertie du système, il sera trop tard pour faire quoi que ce soit”.

Stefan Rahmsdorf explique plus en détail les points de basculement dans Republik : Monteriez-vous dans un avion qui a une probabilité de 10 pour cent de s’écraser ? De nombreux rapports mettent en garde avec insistance contre les points de basculement, comme le rapport de l’OCDE sur les points de basculement climatiques de décembre 2022 et le rapport sur les points de basculement mondiaux publié en décembre 2023. Pour en savoir plus, voir aussi Real Climate et le Tagesanzeiger (paywall).

Comment fonctionne la dérive nord atlantique :

L’eau chaude de surface provenant de l’équateur circule vers les hautes latitudes. Là, l’eau rencontre des vents forts et des températures froides de l’air, qui la rendent plus froide et plus dense. Ces eaux froides et denses descendent dans les profondeurs de l’océan, puis sont à nouveau transportées vers le sud en profondeur, créant ainsi une boucle en forme de tapis roulant.

L’augmentation des pluies, la fonte des glaces du Groenland et l’eau de fonte des glaciers sur les continents diluent l’Atlantique Nord. Cela entraîne une baisse de la salinité et de la densité de l’eau de mer : elle devient plus légère et descend donc beaucoup plus lentement vers les profondeurs. Or, c’est précisément ce mouvement de descente qui est un moteur décisif de l’AMOC. S’il s’affaiblit de plus en plus, la circulation s’arrête. La dernière fois que cela s’est produit, c’était il y a environ 12’000 ans, et cela avait alors déclenché une période glaciaire en Europe.

Illustration de Caesar et al., Nature 2018

Les femmes souffrent davantage du changement climatique

La chaleur extrême rend certaines des femmes les plus pauvres du monde encore plus pauvres. C’est la conclusion d’une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Pour ce faire, les données météorologiques et de revenu de 24 pays à revenu faible et moyen ont été analysées. Certes, le stress dû à la chaleur est coûteux pour tous les ménages ruraux. Mais pour les ménages dirigés par une femme, les conséquences sont plus graves. Ainsi, les ménages dont le chef est une femme perdent 8% de plus de leur revenu annuel que les autres ménages.

L’une des raisons est que les effets de la crise climatique accentuent les inégalités existantes chez les femmes. Elles sont moins nombreuses à posséder des terres. Par conséquent, elles ont moins accès à des services essentiels tels que le crédit, l’assurance récolte et les services de conseil agricole qui les aident à s’adapter au changement climatique.

Selon l’étude de la FAO, les femmes sont également plus touchées par les effets à long terme du réchauffement climatique : Si la température moyenne augmente d’un degré, les ménages dirigés par des femmes perdent 34% de revenus en plus que les autres ménages. Les ménages féminins sont également plus touchés par les inondations. Plus d’informations dans le Guardian et le NY Times (paywall).

La déforestation et l’impact complexe des forêts sur le climat

La déforestation se poursuit

Selon le World Resources Institute (WRI), une surface presque aussi grande que la Suisse a été déboisée l’année dernière dans le monde entier. Cela correspond à dix terrains de football par minute. Au Brésil et en Colombie, la déforestation a heureusement nettement diminué, de 36% et 49% respectivement par rapport à l’année précédente. Néanmoins, le Brésil fait toujours partie, avec la République démocratique du Congo et la Bolivie, des trois pays qui abattent le plus de forêts tropicales. Ensemble, ces trois pays ont été responsables de plus de la moitié de la destruction totale dans le monde l’année dernière. Plus d’informations dans le Guardian.

Les forêts peuvent avoir un effet rafraîchissant ou réchauffant   

Une étude de Nature datant de 2021 a montré que la plupart des zones boisées sont plus nuageuses. Cela fait baisser les températures, car davantage de lumière solaire est réfléchie. Un nouvel article de Nature met en évidence un autre effet rafraîchissant : Dans les forêts, l’évaporation de l’eau est augmentée par la transpiration, ce qui refroidit l’environnement. Le reboisement peut donc à la fois capter le CO2 et faire baisser les températures locales.

Mais l’impact des forêts sur le climat est complexe. Une autre étude montre que le reboisement des forêts permet certes de stocker du CO2 , mais qu’il peut aussi réchauffer l’environnement, surtout si la surface de la terre est devenue plus sombre à cause de la nouvelle forêt. L’effet dit d’albédo, ainsi que les effets sur l’ozone, le méthane et les aérosols, font que l’effet climatique net du reboisement est, selon les cas, de 15 à 30 % inférieur à celui de la simple prise en compte du CO2 stocké.  Plus d’informations sur The Conversation et sur Inside Climate News.

Nos forêts aussi sont menacées

Les forêts de nos régions sont également menacées. Cela n’est pas seulement dû à une exploitation accrue, à la chaleur et à la sécheresse, mais aussi à l’attaque de parasites tels que les scolytes ou les buprestes des hêtres, ainsi que de parasites et de champignons. Si les arbres sont affaiblis par des extrêmes climatiques, ils ne peuvent plus se défendre aussi bien contre eux. Il faut maintenant étudier quelles espèces pourront à l’avenir prospérer dans nos forêts. Pour en savoir plus, consultez le site de l’Öko-Institut.

Les scientifiques de l’Öko-Institut ont également une position claire sur la question de savoir si le bois des forêts doit continuer à être utilisé pour la production d’énergie. “Il faudrait vraiment y mettre fin. Du point de vue des gaz à effet de serre, il est toujours préférable de stocker le carbone, dans les forêts – si elles sont saines – ou sous forme de produits en bois à longue durée de vie”, explique le Dr Klaus Hennenberg. “En outre, les émissions liées à la combustion du bois sont nettement plus élevées que celles du gaz naturel ou du mazout, avec 367 kilogrammes de CO2 par kilowattheure d’énergie produite. Dans ce cas, elles sont respectivement de 202 et 288 kilogrammes de CO2 par kilowattheure. Nous devons d’abord sortir des énergies fossiles et ensuite de la combustion du bois – d’ailleurs aussi parce qu’elle produit des particules fines qui nuisent à la santé”. Une alternative judicieuse à l’énergie du bois serait par exemple la pompe à chaleur, qui fonctionne à l’électricité renouvelable. Pour en savoir plus, consultez l’Öko-Institut.

Actif contre le désespoir

Beaucoup d’entre nous se sentent toujours désespérés par le poids des mauvaises nouvelles et la lenteur des changements politiques. Le désespoir et le “c’est trop tard de toute façon” ne nous font pas seulement nous sentir mal. Cela nous démotive également pour passer à l’action. C’est ce que montre une nouvelle étude menée auprès de 60 000 personnes du monde entier.

C’est également l’avis du célèbre chercheur américain Michael Mann dans son nouveau livre. Ce ne sont pas seulement les négateurs du climat, mais aussi les désespérés qui saperaient la protection du climat. Le chercheur en sciences atmosphériques Adam Sobel explique que la peur de l’avenir et de la crise climatique fait désormais partie de la condition humaine. L’important, selon lui, est de continuer à s’engager.

Grâce à la démocratie directe de la Suisse, nous pouvons (et devons !) toujours nous engager activement. Les initiatives et votations suivantes sont d’actualité :

L’application CO 2-Footprint Coach te permet d’analyser et de réduire ton empreinte carbone.

Last but not least, une citation tirée d’un article de Barbara Bleisch et de quatre autres philosophes dans le Tagesanzeiger (paywall). Ils ont testé les principaux arguments du débat sur le climat :

“Le moment et surtout l’ampleur de nombreuses conséquences du changement climatique ne sont en effet pas du tout fixés. Dans le meilleur des cas, nous pourrions encore réussir à maintenir une grande partie de la planète habitable et à assurer un avenir prospère pour nous et les autres espèces. Dans le pire des cas, nous laisserons derrière nous une Terre durablement dévastée. La différence entre ces scénarios est énorme et suffit amplement à justifier une action décisive”.

Éditorial

L’édition de février s’est elle aussi allongée. Dans ce numéro, nous expliquons en détail comment la loi sur le CO2 est une occasion manquée de protéger le climat de manière ambitieuse. Et à quel point les approches discutées autour de la promotion des énergies renouvelables sont différentes. Nous expliquons les enjeux mondiaux des élections dans de nombreux pays. Nous attirons l’attention sur les émissions oubliées du secteur militaire,  les records climatiques de 2023 et la fonte rapide des glaciers aux pôles.  Nous résumons les nouveaux récits du déni climatique. Nous mettons également en perspective les nouveaux objectifs climatiques de l’UE. Nous présentons des solutions farfelues et indiquons des options d’action face à la crise climatique.  

Suisse

La loi CO2 reste édentée

La loi révisée sur le CO2 doit fixer pour la période 2025-2030 les instruments avec lesquels la Suisse réduit de moitié les gaz à effet de serre par rapport à 1990, conformément à l’accord de Paris sur la protection du climat. Lors de la session de décembre, le Conseil national a adopté une version un peu moins décourageante que le Conseil des États auparavant. Ainsi, une plus grande partie des réductions d’émissions doit être réalisée à l’intérieur du pays. La construction d’infrastructures de recharge pour les voitures électriques doit être soutenue par les recettes de la taxe sur les carburants. Comme le Conseil des Etats, le Conseil national veut renoncer à une augmentation de la taxe sur le CO2 ainsi qu’à une taxe sur les vols en jet privé. Plus d’informations sur srf.ch.

Lors de la prochaine session d’hiver (26.2. au 15.3.2024), le Conseil des Etats traitera pour la deuxième fois de la loi CO2 . Si l’on s’en tient à la volonté de la commission consultative (CEATE), le Conseil des Etats campe sur ses positions et ne se rallie pas au Conseil national. Le Conseil des Etats rejette un objectif de réduction en Suisse, ce qui entraînerait encore plus de certificats étrangers. Et il ne veut pas non plus entendre parler d’un soutien financier pour les stations de recharge. Plus d’informations sur cash.ch.

Dans la NZZ (paywall), Marcel Hänggi, père de l’Initiative des glaciers, explique pourquoi un objectif national ambitieux doit être ancré dans la loi sur le CO2 . La loi sur la protection du climat (LC), qui a été acceptée par le peuple en été 2023, fixe des objectifs de réduction concrets à partir de 2031. A partir de cette date, les réductions devront être réalisées dans le pays. Les objectifs ne peuvent toutefois être atteints que si les émissions baissent suffisamment dans le pays dès 2030. Dans le cas contraire, c’est-à-dire en renonçant à un objectif national, les objectifs ne seraient pas atteints et la volonté populaire serait ainsi bafouée, explique Hänggi.

Avant même que le Conseil national et le Conseil des Etats ne se soient mis d’accord sur la loi révisée sur le CO2 , les Chambres se penchent déjà sur une initiative pour une “nouvelle loi sur le CO2 légère et efficace”. C’est sous ce titre que Gerhard Pfister, président du parti du centre, avait déposé une initiative parlementaire. Elle prévoit une taxe d’incitation sur toutes les émissions de gaz à effet de serre à partir de 2030, donc également sur l’essence et le diesel. En janvier, la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie (CEATE) du Conseil des Etats a rejeté de justesse cette intervention. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici dans le Tages-Anzeiger.

Comment la loi sur le
changement climatique est-elle mise en œuvre ?

En été 2023, la loi sur la protection du climat (LC) a été acceptée dans les urnes. Le Conseil fédéral a maintenant présenté l’ordonnance avec laquelle il entend réaliser les programmes d’encouragement prévus à hauteur de 3,2 milliards de francs. Selon le projet mis en consultation, les prescriptions devraient entrer en vigueur début 2025. En ce qui concerne le soutien au remplacement du chauffage, l’accent doit être mis sur les immeubles collectifs, car l’aide cantonale est trop peu efficace dans ce domaine. Le remplacement des chauffages électriques inefficaces par des systèmes de chauffage renouvelables constitue une deuxième priorité. En revanche, le Conseil fédéral a reporté les mesures visant à permettre à l’administration fédérale de remplir le rôle de modèle exigé par la LC.

En automne déjà, l’Association suisse pour la protection du climat (qui avait retiré l’initiative sur les glaciers au profit de la loi sur la protection du climat) avait critiqué la lenteur de la mise en œuvre de la loi. Elle craint maintenant que la LC soit édulcorée sur des points centraux.

Encore un vote sur la politique énergétique et d’autres
initiative pour le climat

Le peuple sera appelé à se prononcer sur l’introduction de la “loi fédérale sur la sécurité de l’approvisionnement en électricité grâce aux énergies renouvelables” (acte modificateur unique). L’Alliance Nature & Paysage Suisse, l’Association Paysage Libre Suisse et la Fondation Franz Weber ont déposé mi-janvier suffisamment de voix pour le référendum. Le réseau Carnot-Cournot, un groupe de réflexion composé de partisans de l’énergie nucléaire, a également récolté des signatures contre la loi.

En automne, le Conseil national et le Conseil des Etats s’étaient mis d’accord sur des objectifs contraignants de développement des énergies renouvelables d’ici 2035 et, en contrepartie, sur un assouplissement de la protection de la nature. Les organisations qui ont récolté les signatures soulignent qu’avec l’acte modificateur unique, l’intérêt pour la construction de grandes installations énergétiques passe systématiquement avant la protection de la nature et du paysage. Cela est en contradiction avec la Constitution. Plus d’informations à ce sujet dans le Tages-Anzeiger et ici et ici (paywall) dans la NZZ.  Dans l’hebdomadaire, on peut lire pourquoi les Verts du canton des Grisons estiment que les paysages alluviaux sont ainsi menacés et pourquoi ils rejettent la loi. Dans la NZZ (paywall), Hans Weiss, pionnier de la protection du paysage et l’une des têtes du comité référendaire, explique pourquoi il combat le décret sur le manteau.

La loi sera soumise au vote le 9 juin. Les partisans avancent d’ores et déjà leurs arguments. L’acte modificatif est une étape essentielle pour un approvisionnement énergétique sûr et renouvelable. Il permet de respecter les objectifs climatiques et garantit des conditions-cadres fiables ainsi qu’une sécurité de planification. Plus d’informations dans la NZZ (paywall), auprès de la Fondation suisse de l’énergie, du WWF et de l’association energie-wende-ja.

Il faudra encore attendre environ deux ans avant de voter sur une autre initiative climatique : l’initiative populaire “pour un avenir” de la Jeunesse socialiste suisse (JS). Les signatures nécessaires ont été déposées début février. L’initiative populaire veut introduire un impôt sur les successions de 50%. L’initiative vise les personnes très fortunées – l’impôt ne doit être prélevé qu’à partir d’un montant exonéré de 50 millions de CHF. Les initiants estiment que cela permettrait de mettre à disposition environ six milliards de CHF par an pour lutter contre la crise climatique et restructurer l’ensemble de l’économie. La dernière votation sur un impôt national sur les successions a eu lieu en 2015. A l’époque, 71% des votants avaient refusé de prélever une taxe de 20% sur les héritages et les donations. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Chaleur record et ses
conséquences
En 2023, la Suisse a connu la deuxième année la plus chaude depuis le début des mesures. La température annuelle moyenne a été supérieure de 1,4 degré à celle de la période allant de 1991 à 2020, selon le bulletin climatique 2023 de MétéoSuisse. Par rapport à la période de 1961 à 1990, la température annuelle a augmenté de 2,6 degrés.

La population suisse perçoit les changements climatiques, comme le montre une enquête de l’Office fédéral de la statistique. 41% des personnes interrogées jugent les changements importants, 48% les jugent légers. Les femmes ressentent plus fortement le changement climatique que les hommes.

Le réchauffement climatique a fait monter la limite pluie/neige en Suisse. Au cours des 150 dernières années, elle est montée de 200 à 700 mètres, particulièrement en hiver, écrit le Tages-Anzeiger (paywall). Entre 1871 et 1900, la limite moyenne pluie/neige en hiver se situait encore à l’altitude des villes de Berne, Bâle ou Zurich. Entre-temps, elle a grimpé jusqu’à l’altitude d’Einsiedeln (883 mètres au-dessus du niveau de la mer). En été également, les couches d’air se réchauffent jusqu’à des altitudes élevées. Ainsi, l’isotherme zéro degré au-dessus de la Suisse a atteint en août l’altitude record de 5298 mètres. Pour déterminer l’altitude de l’isotherme zéro degré, des ballons météorologiques sont lancés depuis 1954 depuis Payerne. Pour en savoir plus, consultez MétéoSuisse.

Un reportage du NY Times montre comment le réchauffement, la sécheresse croissante en été et la fonte des glaciers affectent l’agriculture de montagne en Suisse (paywall).

2200 décès évitables dus aux particules fines et au dioxyde d’azote

En Suisse, la pollution de l’air entraîne chaque année la mort de milliers de personnes. Si notre pays respectait les directives actuelles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière de qualité de l’air, plus de 2200 de ces décès pourraient être évités chaque année. Cela correspond à environ 23’850 années de vie perdues. C’est la conclusion d’un rapport de l’Institut tropical et de santé publique (Swiss TPH) commandé par l’Office fédéral de l’environnement. En outre, quelque 9000 cas de maladies pulmonaires chroniques, 5000 cas de démence et 1100 cas d’asthme chez les adultes pourraient être évités chaque année.

L’étude est motivée par le renforcement des directives de l’OMS en matière de qualité de l’air pour les particules fines et le dioxyde d’azote. Les nouvelles valeurs, en vigueur depuis 2021, ont été adaptées sur la base de nouvelles connaissances scientifiques. La Suisse ne les a pas encore mises en œuvre. Les valeurs limites d’immission actuelles de l’ordonnance sur la protection de l’air s’alignent sur les directives de l’OMS de 2005. Les poussières fines proviennent des chauffages au bois dans les ménages, de l’industrie, du trafic motorisé (moteurs à combustion et usure des pneus) et de l’agriculture. Les oxydes d’azote sont générés par les moteurs diesel, l’agriculture (ammoniac) et l’industrie. En 2023, la Commission fédérale de l’hygiène de l’air avait recommandé d’adopter les valeurs indicatives de l’OMS. Selon l’OFEV, il faudra toutefois attendre quelques années avant que cette recommandation soit appliquée. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Doutes sur la réduction volontaire des émissions de CO2 par l’industrie

Selon la loi sur le CO2 en vigueur, les entreprises en Suisse qui consomment beaucoup d’énergie peuvent se faire exempter de la taxe sur le CO₂. La condition est qu’elles se fixent un objectif de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Or, un rapport du Contrôle fédéral des finances montre que les objectifs ne sont “pas assez ambitieux”.  De plus, les mêmes exigences s’appliquent depuis le début de ce régime d’exception, bien que la taxe sur le CO₂ ait été augmentée plusieurs fois dans le même temps. Une réduction de 12% des émissions de CO₂ a été convenue avec les entreprises participantes. Celle-ci a certes été dépassée avec une baisse de 19%. Mais durant la même période, l’ensemble de l’industrie suisse a émis 20% de CO₂ en moins. C’est pourquoi le Contrôle des finances conseille de renforcer les exigences imposées aux entreprises participantes.

Economiesuisse et d’autres associations économiques rejettent cette critique. La réduction de CO2 de l’ensemble de l’industrie ne tient pas compte du fait que des entreprises ont délocalisé leur production à l’étranger ou l’ont abandonnée. La fermeture de la raffinerie de Collombey, qui a émis beaucoup d’émissions, en est un exemple. Le Contrôle des finances rejette les critiques des associations.

Le constat du Contrôle des finances est également pertinent car, avec la révision de la loi sur le CO2 , toutes les entreprises peuvent désormais participer au programme d’exemption de la taxe. Plus d’informations ici, ici et ici (paywall) dans le Tages-Anzeiger, dans la NZZ et sur srf.ch.

L’approvisionnement en électricité toujours en ligne de mire

La Suisse veut multiplier par six la production d’électricité à partir du soleil, du vent, du bois et du biogaz d’ici 2035. Des chercheurs des universités de Genève et de Berne ainsi que des EPF de Lausanne et de Zurich ont analysé comment cet objectif peut être atteint. Leur étude met en évidence trois stratégies permettant de couvrir les besoins futurs en électricité tout en créant des milliers d’emplois. Dans les trois possibilités, l’électricité solaire représente la plus grande part (70-88%). Une variante se concentre sur les sites les plus productifs et mise davantage sur l’énergie éolienne. Une autre comprend également, dans une plus large mesure, des installations de biomasse. Selon la stratégie, les investissements annuels nécessaires se situent entre 0,5 et 2,1 milliards de francs. La variante avec une plus grande part d’éolien serait la plus avantageuse, celle avec plus de biomasse la plus chère.

A court terme, le Conseil fédéral propose une autre voie pour garantir l’approvisionnement en électricité. Il mise sur des centrales de réserve à combustible fossile. Les contrats que la Confédération a conclus pour des installations à Birr, Cornaux et Monthey courent jusqu’en 2026. Un nouvel appel d’offres est en cours pour la période suivante. Mais l’intérêt des entreprises d’électricité est faible, le risque financier étant trop important. Le Conseil fédéral est maintenant allé dans le sens des entreprises. A l’avenir, les exploitants des centrales de réserve ne devront pas payer eux-mêmes l’étude de projet et les prestations préalables nécessaires ; les coûts seront pris en charge par les consommateurs. Les spécialistes et les activistes du climat soutiennent que les centrales de réserve fossiles sont inutiles et contredisent la loi sur la protection du climat adoptée par le peuple. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Electricité solaire : en 2023, la construction de nouvelles installations photovoltaïques en Suisse s’est encore accélérée. Selon l’association professionnelle Swissolar, 40% de puissance en plus ont été installées par rapport à l’année précédente. Cela permet une production d’électricité d’environ 6 TWh pour l’année en cours, ce qui correspond à environ 10% de la consommation d’électricité en Suisse. La croissance a concerné aussi bien les petites que les grandes installations. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Le développement des installations solaires alpines est moins rapide. Le Parlement a voulu l’accélérer avec l’offensive solaire. Pour obtenir les subventions promises, qui peuvent atteindre 60% des investissements, les installations doivent fournir de l’électricité d’ici fin 2025. Selon une liste de l’Association des entreprises électriques suisses, 54 projets solaires alpins sont en cours de planification. Mais seuls sept d’entre eux ont fait l’objet d’une demande de permis de construire, comme le montre un aperçu de l’OFEN. Depuis 2023, la population des communes d’implantation a approuvé 16 projets de construction, tandis que plus d’une dizaine de projets ont été rejetés, écrit l’Aargauer Zeitung.

Le ministre de l’énergie Albert Rösti a maintenant déclaré dans le Tages-Anzeiger que le délai pourrait être prolongé. Il a déclaré qu’on trouverait “certainement une solution pour que les projets puissent être réalisés avec les subventions”. Les détracteurs de l’offensive solaire issus de l’UDC sont d’avis qu’une décision du Parlement est nécessaire pour une prolongation.

Trois autres projets solaires ont subi un revers : Les assemblées communales de Surses (GR), Hasliberg (BE) et Albinen (VS) ont rejeté des projets de parcs solaires. A Surses/Savognin, la centrale électrique de la ville de Zurich voulait produire de l’électricité pour 20’000 ménages sur une surface de plus de 90 terrains de football. La NZZ voit dans ce refus un “symbole des difficultés de la politique climatique suisse” ; plus d’informations dans le Tages-Anzeiger. Dans la station de ski d’Hasliberg, une installation était prévue pour 4500 ménages, à Albinen pour 17’000 ménages ; plus d’informations dans le Bund (paywall), nau.ch et energate.

Deux projets solaires dans les Grisons ont franchi une étape : aucune opposition n’a été déposée contre les demandes de permis de construire pour les centrales solaires de Klosters et de Laax ; la décision de construire des autorités est attendue pour la fin de l’été, écrit le Südostschweiz (paywall). En revanche, plusieurs organisations de protection de l’environnement ont déposé une opposition contre l’installation dans la région de Gantrisch (Alp Morgeten) (Tages-Anzeiger, paywall).

Le Tages-Anzeiger espère que le rejet des projets solaires conduira la Confédération à stopper l’offensive solaire et à développer les installations PV sur les bâtiments existants. Dans la NZZ, Boris Previsic, de l’institut de recherche uranais Kulturen der Alpen, explique pourquoi il estime que les installations solaires alpines sont judicieuses et pourquoi il veut supprimer les petites centrales hydroélectriques afin d’enrayer la perte de biodiversité. Le Tages-Anzeiger (paywall) montre l’ampleur du potentiel de l’électricité solaire le long des autoroutes.

Le développement de l’énergie hydraulique estégalement retardé. En ce qui concerne le projet de lac de retenue du Trift, les deux organisations environnementales Aqua Viva et Grimselverein ont déposé un recours contre l’octroi de la concession. Elles argumentent que la zone entourant le plus grand lac glaciaire naturel de Suisse doit être inscrite à l’inventaire fédéral des zones alluviales d’importance nationale et donc placée sous protection. Plus d’informations dans le Beobachter et sur srf.ch.

En revanche, l’énergie éolienne doit aller de l’avant. Depuis le 1er février 2024, l’Offensive Energie Eolienne est en vigueur. Le Conseil fédéral a décidé d’adapter l’ordonnance sur l’énergie en conséquence. En juin 2023, le Parlement s’était mis d’accord sur la loi fédérale urgente qui accélère les procédures d’autorisation pour les installations éoliennes d’intérêt national (Windexpress). Désormais, ce sont les autorités cantonales qui délivrent les autorisations de construire, et non plus les communes comme jusqu’à présent. Les recours au Tribunal fédéral ne sont plus recevables que pour les questions juridiques d’importance fondamentale. Plus d’informations sur nau.ch.

Comme le montre srf.ch, onze projets éoliens actuellement en cours de planification et de procédure d’autorisation pourraient bénéficier du Windexpress. S’ils étaient réalisés, ils permettraient d’alimenter en électricité près de 150 000 ménages. Cela correspond à la moitié de l’augmentation visée par le Windexpress. Mais selon les spécialistes de la branche, la loi ne permettra pas de réaliser de nouvelles installations ; les procédures sont encore trop longues.

L’Association suisse pour un paysage libre veut empêcher que les règles d’autorisation soient simplifiées. Les défenseurs du paysage ont lancé une initiative populaire visant à inscrire dans la Constitution que les “communes concernées et fortement touchées” doivent obligatoirement voter sur les projets éoliens. Une deuxième initiative de l’association demande d’interdire les nouvelles éoliennes prévues en forêt ou à une distance de 150 mètres maximum de la forêt ou de surfaces légèrement boisées. Une clause rétroactive est également prévue : Les installations construites après le 1er mai 2024 et qui ne répondent pas aux nouvelles exigences doivent être démolies. Les associations environnementales comme le WWF et Greenpeace rejettent ces initiatives et craignent un nouveau retard dans la transition énergétique. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall) et le Solothurner Zeitung (paywall). La NZZ am Sonntag (paywall) dresse le portrait d’Elias Vogt, président de l’association “Freie Landschaft Schweiz”.

Les éoliennes représentent un danger pour les oiseaux. Mais quel est l’impact sur les populations d’oiseaux par rapport à celui des installations d’extraction de pétrole et de gaz ? C’est la question à laquelle répond une nouvelle étude publiée dans “Environmental Science & Technology”, pour laquelle un recensement des oiseaux aux États-Unis entre 2000 et 2020 a été analysé. Durant cette période, l’énergie éolienne et les installations d’extraction de pétrole et de gaz se sont massivement développées. L’étude montre que les nouveaux forages de pétrole ou de gaz réduisent considérablement la population d’oiseaux. En revanche, les chercheurs n’ont constaté aucun effet négatif pour les éoliennes, que ce soit sur la taille des populations d’oiseaux ou sur le nombre d’espèces d’oiseaux présentes. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Les 100’000 signatures requises pour une initiative populaire sur l‘énergie nucléaire ont été récoltées. Intitulée “Du courant pour tous, à tout moment (stopper le black-out)”, l’initiative vise à lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires décidée par le peuple en 2017. L’initiative a été lancée par le Club suisse de l’énergie. Derrière elle se trouve la famille Aegerter avec le milliardaire Daniel, son frère et ses parents. Un portrait de la famille et de son combat pour l’énergie nucléaire est à lire dans la NZZ am Sonntag (paywall). Le président de l’association-cadre de la branche électrique suisse rejette l’initiative. Une discussion sur le nucléaire n’apporte rien, il faut davantage d’énergie renouvelable, a-t-il déclaré à la NZZ am Sonntag (paywall). Plus d’informations dans 20 minutes.

L’énergie produite à partir
d’hydrogène est-elle propre ?

L’hydrogène permet de faire rouler des véhicules et de remplacer directement le gaz naturel et le charbon dans les processus industriels qui nécessitent une énergie importante. L’Europe veut promouvoir cette source d’énergie, la Suisse cherche à se connecter à un réseau d’hydrogène transnational. Ainsi, l’exploitant du gazoduc suisse, Flux Swiss, veut utiliser son réseau pour l’hydrogène. Une demande en ce sens a déjà été déposée auprès de l’UE, rapporte la NZZ. Swiss Flux demande que la Confédération et l’UE participent aux investissements nécessaires à la conversion.

Mais cette technologie comporte des risques, comme l’explique Anthony Patt, professeur à l’ETHZ pour la protection et l’adaptation au changement climatique, dans un article. Pour la production d’hydrogène vert, la variante la plus propre, on utilise de l’énergie renouvelable. Ce processus est toutefois très inefficace. Lorsque l’hydrogène est utilisé pour produire de la chaleur ou de l’électricité, plus de la moitié de l’énergie utilisée est perdue. Une utilisation directe de l’électricité, par exemple par des pompes à chaleur dans le secteur du bâtiment, est donc beaucoup plus efficace. Si l’hydrogène est produit à partir de gaz naturel, il présente un mauvais bilan climatique. Mais les capacités de production d’hydrogène vert dépendent directement de la quantité d’électricité renouvelable disponible. “Nous devrions tous être prudents avec l’hydrogène”, exige le professeur de l’ETH, “et ne l’utiliser que là où il n’y a pas de meilleures alternatives”. Il s’agit avant tout de processus industriels nécessitant des températures très élevées, mais pas du secteur du bâtiment ou des voitures. Plus d’informations dans la NZZ (paywall). Follow the Money raconte comment les lobbyistes ont vendu l’hydrogène comme solution aux personnalités politiques européennes.

Comment la démolition de
bâtiments nuit au climat

Année après année, des milliers de maisons sont démolies en Suisse, et la tendance est à la hausse. Cela n’a pas seulement des conséquences sociales, mais aussi écologiques. Le magazine en ligne Republik et le réseau de recherche “Correctiv” réalisent une série à ce sujet. Elle montre que les nouvelles constructions de remplacement (démolition et reconstruction d’un bâtiment) réduisent certes les besoins en énergie et les émissions de gaz à effet de serre lors de l’exploitation des bâtiments. Mais en même temps, les nouvelles constructions nécessitent de grandes quantités de matériaux de construction, dont la production requiert beaucoup d’énergie et de ressources, ce que l’on appelle l’énergie grise. De plus, la démolition de bâtiments existants génère des quantités considérables de déchets : Le bâtiment et le génie civil sont responsables de plus de 80% de la production totale de déchets en Suisse. Un tiers des émissions de CO2 d’un bâtiment sont dues à la construction, deux tiers à l’exploitation. Sur la base de projets de construction concrets, il est calculé que la rénovation de bâtiments existants est rentable d’un point de vue écologique.

Extension controversée de l’autoroute et politique des transports socialement
acceptable

L’Association Transports et Environnement (ATE) et l’association Umverkehr ont déposé un référendum contre l’extension de l’autoroute. Lors de la session d’automne 2023, le Parlement avait approuvé 5,3 milliards de francs pour élargir certains tronçons de l’A1 à six ou huit voies. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et sur srf.ch.

Indépendamment de la votation attendue cet été ou cet automne sur l’extension de l’autoroute, le Parlement a déjà décidé que d’autres étapes d’extension devraient suivre. Après le Conseil national, le Conseil des Etats a également approuvé en décembre une motion visant à élargir l’A1 à au moins six voies sur toute sa longueur entre Berne et Zurich et entre Lausanne et Genève. Le ministre des transports Albert Rösti a parlé “d’un signal pour l’avenir”. Le Parlement décidera des différents projets d’extension et le peuple également, si un référendum est à nouveau lancé contre les décisions. Plus d’informations sur srf.ch et nau.ch.

Au 30 septembre 2023 – l’Office fédéral de la statistique choisit toujours cette date de référence – 6,45 millions de véhicules routiers motorisés circulaient en Suisse. Les trois quarts d’entre eux sont des voitures de tourisme. Cela correspond à une augmentation d’environ 40’000 unités par rapport à l’année précédente. Si les véhicules supplémentaires étaient alignés pare-chocs contre pare-chocs, on obtiendrait une colonne de 175 km de long. Le nombre de nouvelles immatriculations a augmenté de 12% pour atteindre 256’000. Dans un cas sur cinq, il s’agissait d’une voiture purement électrique. Les véhicules hybrides rechargeables (hybrides plug-in) ont représenté 9% de toutes les nouvelles immatriculations.

Que faut-il pour que la politique climatique soit socialement acceptable ? C’est ce que montre Caritas Suisse dans une prise de position sur les transports. Si une taxe sur le CO2 devait être introduite sur l’essence et le diesel, une grande partie des recettes devrait être redistribuée à la population. Les personnes à bas revenus seraient ainsi récompensées pour leur comportement respectueux du climat. Pour soutenir les ménages financièrement plus faibles, Caritas suggère la création d’un fonds social climatique. Celui-ci pourrait être alimenté par les recettes des systèmes d’échange de quotas d’émission ou par un éventuel mobility pricing. Il faudrait en outre introduire des tarifs sociaux pour les transports publics afin que les personnes en situation financière précaire puissent profiter des offres respectueuses du climat. A cet égard, la CarteCulture de Caritas pourrait servir de justificatif.

Étude Helion sur le comportement environnemental

Dans quelle mesure les Suisses estiment-ils que leur comportement est respectueux du climat ? Qu’est-ce qui les empêche de vivre de manière plus écologique ? Et où faut-il mettre l’accent dans la politique climatique ? Les réponses sont fournies par une étude de l’institut de recherche Sotomo. L’entreprise solaire Helion, une filiale de l’importateur automobile AMAG, a commandé cette enquête représentative auprès de 3000 personnes. Elle montre que la population veut plus de rapidité dans les mesures contre le changement climatique et pour la mise en œuvre du tournant énergétique. Les énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire sont développées trop lentement.

La majorité des personnes interrogées (56%) estime qu’elles se comportent de manière plus respectueuse du climat que le reste de la population suisse. Les personnes âgées de 18 à 35 ans ont une empreinte CO2 plus importante que le reste de la population. Cela s’explique par le fait que les jeunes prennent en moyenne nettement plus l’avion. Plus d’informations à ce sujet dans le Tages-Anzeiger et sur srf.ch.

Décisions de la Confédération et des cantons en matière de climat

Les consommateurs doivent être informés si des denrées alimentaires ont été importées par avion. C’est ce que demande une initiative parlementaire. Les fruits, les légumes, le poisson et la viande seraient concernés. Le transport aérien de denrées alimentaires a une forte empreinte environnementale. L’organisation environnementale WWF et la Fondation pour la protection des consommateurs saluent l’obligation de déclaration. Elle est rejetée par la CI Commerce de détail, qui représente les intérêts de Migros, Coop et Denner. Les petits commerçants sont également contre ; ils craignent une charge administrative supplémentaire. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Depuis début février, le célèbre modèle climatique et météorologique ICON est à la disposition de toutes les personnes intéressées sous une licence “open source”. Cela a été rendu possible par une équipe de recherche d’Allemagne et de Suisse avec la participation de l’Empa. Ils souhaitent ainsi rendre la science plus transparente et déclencher de nouvelles impulsions dans la recherche.

Le conseil municipal de Zurich veut capturer et stocker le CO2 des boues d’épuration. Cela doit contribuer à ce que la ville atteigne la neutralité climatique d’ici 2040. Il est prévu de sécher et d’incinérer les boues d’épuration. Le CO2 qui en résulte doit être filtré, liquéfié et transporté vers le nord de l’Europe pour y être stocké à long terme dans le fond marin. Le conseil municipal et les électeurs décideront des investissements nécessaires de 35 millions de francs et des coûts annuels de 14 millions de francs. La nouvelle installation devrait être mise en service dès 2028. Plus d’informations sur srf.ch et dans la NZZ.

Politique climatique internationale

Année électorale mondiale

Plus de 40 pays, dans lesquels vit environ la moitié de la population mondiale – dont les États-Unis, l’Inde et l’Afrique du Sud – vont élire leurs dirigeants cette année. Voici l’essentiel en ce qui concerne la politique climatique :

États-Unis et Royaume-Uni : la politique climatique en jeu

Les républicains et les démocrates sont très éloignés les uns des autres en ce qui concerne la crise climatique. Alors que le président Biden a signé la principale loi américaine sur le climat, l’Inflation Reduction Act, l’ancien président Trump, qui sera très probablement le candidat républicain, a fait sortir les États-Unis de l’accord de Paris. Les républicains ont préparé une stratégie globale intitulée Projet 2025 si Trump récupère la Maison Blanche. Le plan prévoit d’annuler les lois sur le climat et de stimuler la production de combustibles fossiles. Plus d’informations dans le Guardian.

Le climat pourrait également jouer un rôle dans les élections en Grande-Bretagne. Ils sont devenus un point de discorde central entre le parti travailliste et le parti conservateur au pouvoir, qui est à la traîne dans les sondages. Le Premier ministre Rishi Sunak a supprimé certaines des mesures les plus ambitieuses de la politique climatique du pays. Plus d’informations sur le Guardian et sur Carbon Brief.

Inde, Indonésie et Afrique du Sud : l’avenir du charbon

En Afrique du Sud, les élections pourraient influencer la rapidité avec laquelle le pays se tourne vers les énergies renouvelables. Un affaiblissement de la position de force de l’African National Congress (ANC) au pouvoir pourrait accélérer le développement des énergies renouvelables. L’actuel ministre de l’énergie – l’un des leaders les plus puissants du parti – défend farouchement l’utilisation du charbon dans le pays. De nombreux électeurs sont en colère contre l’ANC parce qu’il n’est pas en mesure de gérer une crise énergétique.

Les élections en Indonésie et en Inde semblent laisser moins de place à l’alternance. L’actuel Premier ministre Narendra Modi sera probablement réélu et pourra poursuivre sa politique favorable au charbon.

En Indonésie, aucun des candidats à la présidence n’a présenté de plan de transition vers les énergies renouvelables. Le pays est de loin le plus grand exportateur de charbon au monde.

Mexique, Venezuela et Russie : du pétrole sur le bulletin de vote

La campagne présidentielle de Claudia Sheinbaum au Mexique est un exercice d’équilibre entre la protection du climat et la dépendance de son pays au pétrole. L’actuelle maire de Mexico est certes une climatologue, mais elle est aussi une protégée de López Obrador, dont le gouvernement tente de renforcer le rôle du secteur pétrolier. Sheinbaum, considérée comme la favorite des élections de juin, a promis de s’engager pour la protection du climat. On ne sait toutefois pas dans quelle mesure l’héritage pétrolier d’Obrador influencera sa politique.

L’industrie pétrolière figure également sur les bulletins de vote au Venezuela et en Russie, où elle donne de la force aux dirigeants autoritaires. La réélection de Vladimir Poutine – et son désintérêt pour la protection du climat – semble inéluctable.

Le Venezuela a certes libéré cinq prisonniers politiques en octobre, mais le principal candidat de l’opposition n’est toujours pas autorisé à se présenter. Cela peut paraître contradictoire, mais investir dans le secteur pétrolier vénézuélien pourrait contribuer à l’assainir. L’industrie pétrolière publique est dans un état désastreux et n’est pas en mesure de respecter les mesures de sécurité minimales, avec des conséquences désastreuses pour l’environnement. Plus d’informations dans le New York Times (paywall).

Biden stoppe temporairement les autorisations d’exportation de GNL

L’administration Biden a temporairement suspendu les autorisations d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). Elle prévoit de prendre en compte l’impact sur le climat lors du nouvel examen. Le représentant de la Maison Blanche pour le climat, Ali Zaidi, a indiqué que la décision de la COP28 sur les combustibles fossiles et les voix des jeunes étaient les principales raisons de cette décision.

Cette décision concerne le projet controversé Calcasieu Pass 2, qui permettrait aux Etats-Unis, déjà premier exportateur de gaz naturel au monde, d’expédier encore plus de gaz naturel liquéfié à l’étranger. Les militants pour le climat se battent depuis des mois contre ce projet sur la côte de Louisiane.

Le gouvernement Biden est également critiqué par les activistes climatiques qui s’opposent à l’approbation du projet de forage Willow en Alaska et du pipeline Mountain Valley en Virginie occidentale. Plus d’informations dans le New York Times (paywall).

La consommation américaine de charbon tombe à un niveau record

Les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 1,9 % aux États-Unis en 2023. La raison principale est la baisse des émissions de charbon, qui ont diminué d’environ 8 %. Les compagnies d’électricité ont fermé plus d’une douzaine de centrales à charbon et les ont remplacées par du gaz naturel ainsi que par de l’énergie éolienne et solaire. La baisse des émissions est bien en deçà de ce qui serait nécessaire. Pour le reste de la décennie, les émissions annuelles doivent diminuer plus de trois fois plus vite qu’en 2023 afin d’atteindre l’objectif climatique du pays pour 2030. Plus dans le New York Times (paywall).

Les énergies renouvelables se développent, mais pas assez vite

https://lh7-us.googleusercontent.com/Z3unfMPBnqpxEhiRzJnfvhLFfk-XHed79tFNF3Dk32F22iA6MUs5m8W67oh5rmX1IINc0ZQX3NTktfVKMcq0nUl-zLUHgr9Ue-DgPMFebnNI6Hob_hhBCpAerygfK_0X5T0XO7mVITFBDaR_szPiTV4Selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’expansion des énergies renouvelables a atteint un nouveau record en 2023, avec près de 510 GW. Par rapport à 2022, ce volume a doublé. La croissance a été principalement tirée par l’expansion en Chine, mais aussi en Europe, aux États-Unis et au Brésil. Le photovoltaïque a représenté les trois quarts de l’augmentation totale.

Avec les mesures existantes (un scénario de l’AIE qui ne suppose aucune mesure supplémentaire, mais qui met en œuvre toutes les mesures convenues jusqu’à présent), près de 3700 GW de nouvelles capacités seront ajoutés entre 2023 et 2028 (dont 60% seraient créés en Chine). C’est à peu près autant que toutes les capacités renouvelables existantes en 2022. Si ce rythme est maintenu jusqu’en 2030, la capacité mondiale en énergies renouvelables sera multipliée par 2,5 d’ici 2030. C’est beaucoup, mais pas assez pour respecter l’objectif de triplement convenu à Dubaï.

Parmi les nombreux défis, l’AIE cite le manque d’investissements dans les infrastructures de réseau, ce qui entraîne des goulets d’étranglement dans le réseau. De plus, il y a un manque de possibilités de financement abordables dans les pays émergents et en développement en dehors de la Chine.

Le rapport Global Energy Monitor montre que l’énergie solaire et éolienne dans les pays d’Asie du Sud-Est a connu une croissance de 20% en 2023. La région atteindra assez certainement son objectif de produire 35% de son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2025, voire le dépassera. Le Vietnam fait figure de pionnier et dispose de plus de deux fois la capacité solaire et éolienne de tous les autres pays d’Asie du Sud-Est réunis. Malgré cette augmentation rapide, la demande en électricité croît encore beaucoup plus vite. Par conséquent, les capacités en combustibles fossiles de la région sont toujours en croissance.

Empreinte climatique militaire

De nombreux médias ont fait état d’un nouveau rapport selon lequel les 60 premiers jours de la guerre israélienne dans la bande de Gaza, en réponse à l’attaque du Hamas du 7 octobre, ont généré des émissions de CO2 équivalentes à la combustion d’au moins 150 000 tonnes de charbon. Cela met en évidence une lacune importante dans les accords sur le climat.

Les émissions de gaz à effet de serre causées par les guerres et le secteur militaire sont toujours largement ignorées. Dans les derniers rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – qui totalisent plus de 8 000 pages – le secteur militaire est mentionné exactement trois fois et aucune information n’est disponible sur l’ampleur de ces émissions militaires.

Selon une estimation datant de 2022, l’armée est l’un des plus gros consommateurs de combustibles fossiles au monde et est responsable, selon les estimations, de 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il s’agit probablement d’une sous-estimation, car les grandes armées telles que la Chine, l’Arabie saoudite, la Russie et Israël ne fournissent pas de rapports sur leurs émissions, tandis que d’autres (par exemple, les pays de l’UE) n’en fournissent qu’une partie.

Les émissions militaires à l’étranger sont exclues du protocole de Kyoto de 1997 et également de l’accord de Paris de 2015 – au motif que les données sur la consommation d’énergie des armées pourraient menacer la sécurité nationale.

Des scientifiques et des groupes environnementaux veulent augmenter la pression sur l’ONU et forcer les armées à publier toutes leurs émissions et à mettre fin à l’exemption de longue date. Plus d’informations sur Reuters, Scientists for Social Responsibility, ECDPM et Die Zeit.

Déforestation rapide dans la région du Cerrado au Brésil

La déforestation dans le Cerrado brésilien a augmenté de 43% l’année dernière. Cette immense savane tropicale joue un rôle important dans le stockage du CO2 et dans le régime des eaux en Amérique du Sud.  Selon les données du gouvernement brésilien, plus de 7 800 km² ont été déboisés l’année dernière. Cela correspond à la superficie des cantons de Berne et de Zurich réunis. C’est un revers pour le président Lula qui, depuis son entrée en fonction en janvier dernier, s’est engagé à réduire la destruction de la forêt tropicale.

L’optimisme en Amazonie s’estompe, car Lula s‘éloigne de ses priorités climatiques et fait avancer les plans d’une autoroute asphaltée à travers le cœur de l’Amazonie occidentale. Les routes accélèrent massivement la déforestation. Une étude publiée en novembre estime que la construction de la route asphaltée augmenterait la déforestation de 60% d’ici 2100. Plus dans le Financial Times (paywall).

Politique climatique européenne

Nouvel objectif climatique intermédiaire

La Commission européenne veut réduire d’ici 2040 un total de 90% des gaz à effet de serre par rapport à 1990. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’UE exige une réduction des émissions au moins équivalente, idéalement de 95%. L’organisation faîtière de nombreuses associations environnementales au niveau de l’UE, CAN Europe, exige même 100%. Entre-temps, une opposition se forme sur la manière de mettre en œuvre l’objectif – par exemple sur le rôle du captage, de l’utilisation et du stockage du CO2 (voir Euractiv). Le think tank Climate Analytics qualifie l’objectif 2040 d’insuffisant, car l’objectif de réduction pour 2030 n’est pas augmenté. Cela serait nécessaire pour respecter l’objectif de 1,5 degré. En outre, les experts critiquent le fait que l’abandon nécessaire des énergies fossiles n’est pas pris en compte de manière adéquate et que la réduction effective des émissions sans le secteur “utilisation, changement et foresterie des terres” n’est que de 84% d’ici 2040. Pour en savoir plus, consultez le site de la Commission européenne.

Au plus bas : la Norvège autorise l’exploitation minière controversée en eaux profondes

Le Parlement norvégien a approuvé les plans du gouvernement visant à faire de la Norvège le premier pays au monde à autoriser l’exploitation minière très controversée en eaux profondes sur une surface plus grande que la Grande-Bretagne. Ainsi, des matières premières, principalement des métaux rares comme le cobalt et le manganèse, seront à l’avenir exploitées sur les fonds marins de la mer de Norvège, sous prétexte de protéger le climat (les matières premières sont notamment utilisées pour la décarbonisation).

Map showing the proposed area for deep sea mining

Source : BBC

L’UE et la Grande-Bretagne ont actuellement interdit cette pratique, rapporte la BBC. 120 hommes et femmes politiques européens ont adressé une lettre ouverte aux décideurs norvégiens afin d’attirer leur attention sur les risques pour l’environnement, la nature et le climat. La Norvège change ainsi de feuille de route. En 2018, le gouvernement du pays appelait encore, dans le cadre du High Level Panel for a Sustainable Ocean Economy, à une protection minutieuse des mers et déclarait vouloir gérer de manière durable toutes les surfaces maritimes de sa zone d’influence d’ici 2025. Plus d’informations sur Nature.

Le nouveau gouvernement polonais s’attaque à la protection du climat

Ces dernières années, la Pologne, dirigée par le parti national-conservateur PiS, s’est régulièrement distinguée par une politique énergétique et climatique rétrograde. Désormais, le nouveau gouvernement, une large alliance autour de Donald Tusk, soutient le nouvel objectif climatique pour 2040 conformément aux recommandations du Conseil européen du climat d’au moins 90% de réduction des gaz à effet de serre par rapport à 1990. Plus d’informations sur Politico. Le succès du nouveau gouvernement polonais en matière de protection du climat et de transition énergétique sera visible dans les mois à venir. Clean Energy Wire fournit à ce sujet une analyse détaillée des objectifs et des défis.

Moins de greenwashing dans l’UE à partir de 2026

Le Parlement européen a approuvé le règlement interdisant à partir de 2026 les “allégations vertes”, c’est-à-dire les désignations telles que “neutre pour le climat” ou “respectueux de l’environnement”) basées sur la compensation. Une méthode souvent utilisée pour prétendument compenser les émissions de CO2 consiste à planter des arbres, sans que des critères spécifiques tels qu’un monitoring soient mis en place. L’interdiction est principalement motivée par le fait que la publicité avec ces désignations est trompeuse et induit les consommateurs en erreur. À l’avenir, les produits ne pourront porter ces mentions que s’ils ont été certifiés par un système fiable tel que l’écolabel européen. Plus d’informations sur le site du Guardian et du BEE.

Allemagne

Le budget est prêt

Après une lutte acharnée, le Bundestag s’est mis d’accord début février sur le budget fédéral 2024. Les lacunes de financement pour les mesures de protection climatique ont été le point crucial. Suite à un jugement de la Cour constitutionnelle fédérale, les fonds initialement prévus pour la lutte contre la pandémie de Covid-19 ne pouvaient pas être utilisés pour la protection du climat, de sorte qu’il a fallu chercher de nouveaux moyens de financement. Le gouvernement fédéral a notamment pu se mettre d’accord pour augmenter la taxe sur les billets d’avion pour les vols de transit et pour imposer des conditions plus strictes au “Bürgergeld”. Le budget fédéral, qui s’élève désormais à 477 milliards d’euros, comprend des investissements de plus de 70 milliards d’euros et un nouvel endettement de 39 milliards d’euros, rapporte le Tagesschau.

Le frein à l’endettement souvent évoqué est respecté. Le budget doit encore être approuvé par les Länder au Bundesrat. Les partis de l’Union, la CDU et la CSU, ont toutefois retardé son adoption. Plus d’informations auprès du gouvernement fédéral. L’Alliance climatique allemande, organisation faîtière de nombreuses associations environnementales et sociales, critique le “budget d’austérité” et demande une nouvelle réglementation du frein à l’endettement afin de transformer l’économie.

Les protestations des agriculteurs paralysent les centres-villes

Une partie des plans d’économie du gouvernement fédéral prévoyait de supprimer les avantages fiscaux en vigueur depuis des décennies pour le “diesel agricole” – des subventions pour l’utilisation du diesel dans l’agriculture. Cela a déclenché début janvier des protestations massives des agriculteurs dans toute la République fédérale (voir RBB24). Ils étaient des milliers à protester avec leurs tracteurs dans de nombreux centres-villes et sur les autoroutes pour le maintien de l’allègement fiscal lié aux énergies fossiles. Cela a entraîné des problèmes de circulation à grande échelle. Malgré les protestations, le gouvernement fédéral va supprimer progressivement cet avantage fiscal d’ici 2026 (voir Handelsblatt). De nombreux groupes de droite et d’extrême droite s’étaient également mêlés aux agriculteurs (une analyse à ce sujet chez Correctiv). Entre-temps, le parquet enquête sur des soupçons de coercition après que des manifestants aient empêché le ministre de l’Économie Habeck de quitter un ferry au cours d’un voyage privé.

Inondations historiques dans le nord de l’Allemagne

Dans le nord de l’Allemagne, les inondations le long des grands fleuves comme la Weser et l’Elbe ne sont pas rares. Mais des inondations telles que celles qui se sont produites autour de la nouvelle année n’ont jamais été d’une telle ampleur, a souligné le ministre-président de Basse-Saxe, Stephan Weil (SPD). Il y voit les conséquences de la crise climatique croissante (voir Zeit Online). Cette région située au nord-ouest de l’Allemagne a été particulièrement touchée. Les inondations ont été provoquées par de fortes précipitations persistantes. Depuis le début des relevés météorologiques, aucun mois de décembre n’a été aussi pluvieux dans le nord de l’Allemagne. On a mesuré près de 45% de précipitations en plus que d’habitude, écrit le ministère de l’environnement de Basse-Saxe. La chaîne de télévision NDR a préparé des photos de l’ampleur de la catastrophe ainsi que des données et des faits.

Une taxe sur le CO2 plus élevée et un nouveau refus de l’argent pour le climat

Dans le cadre du compromis sur le budget fédéral, le prix du CO2augmentera de cinq euros de plus que prévu initialement. Depuis le 1er janvier 2024, une taxe de 45 euros par tonne est prélevée sur la consommation de matières premières fossiles (mazout, gaz naturel, essence et diesel), contre 30 euros auparavant. Cela génère des recettes supplémentaires et doit inciter davantage à passer à des technologies respectueuses du climat. En contrepartie, la discussion a porté sur l’utilisation de l’argent climatique comme remboursement du prix du CO2 dans les secteurs du bâtiment et des transports. Il incombe au ministre des Finances Lindner de mettre au point un mécanisme permettant de verser l’argent climatique. En tout état de cause, aucun remboursement des recettes n’est actuellement prévu dans le budget. Lindner a de nouveau souligné qu’il était peu probable que l’argent du climat puisse être versé au cours de la législature actuelle. Plus d’informations sur RP online. Greenpeace a entre-temps fait sensation avec une action et demande, avec d’autres associations environnementales et sociales, que les citoyens soient soulagés par l’argent du climat.

La stratégie du gouvernement fédéral en matière de centrales électriques fait sensation

La coalition « feu tricolore » a pu se mettre d’accord début février sur la stratégie tant attendue en matière de centrales électriques. Les plans du ministre de l’Économie Habeck ont été fortement limités. Au lieu des 24 gigawatts initialement prévus, il est désormais prévu de construire 10 gigawatts de nouvelles centrales au gaz naturel, qui devront être converties à l’hydrogène vert entre 2035 et 2040. Celles-ci seront principalement réservées aux périodes de pointe, c’est-à-dire lorsque la demande d’électricité est particulièrement élevée et que les énergies renouvelables ne suffisent pas à la couvrir. L’objectif déclaré du gouvernement fédéral est de produire idéalement 100% de l’électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2035. Les sociétés d’exploitation de ces centrales à gaz reçoivent de l’argent de l’Etat si elles retiennent des capacités de production – de fait, ces centrales seront à l’arrêt la plupart du temps. Sur les 20 prochaines années, les coûts sont estimés à 16 milliards d’euros. L’UE doit encore approuver ces plans. Si les groupes énergétiques saluent cette stratégie, elle suscite l’inquiétude des associations environnementales. Une partie de la stratégie consiste à autoriser à l’avenir le “Carbon Capture and Storage” (CCS), c’est-à-dire le captage et le stockage du CO2, par exemple dans les fonds marins, pour le gaz naturel fossile. Les associations environnementales s’y opposent. Elles craignent les lock-in fossiles (la dépendance aux matières premières fossiles) et les dommages causés à la nature. Et elles estiment que la réalisation des objectifs climatiques est menacée. Une évaluation de la stratégie est disponible sur le site de Klimareporter.

La crise climatique visible

Le pic de température en 2023 bat tous les records

Ein Bild, das Text, Diagramm, Schrift, Karte enthält.

Automatisch generierte Beschreibung2023 a été de loin l’année la plus chaude depuis le début des relevés il y a environ 150 ans. Les températures sur la Terre ont été en moyenne de 1,48 degré plus élevées qu’à l’époque préindustrielle, montrent les analyses de Copernicus, le service climatique de l’UE. Le précédent record de 2016 a été dépassé de 0,14 °C à 0,17 °C. Le mois de janvier 2024 a également été plus chaud que jamais (axios.com).

Source : BBC

CarbonBrief a rassemblé les données les plus récentes sur les océans, l’atmosphère et la température de surface de la Terre. Voici les principaux résultats :

–       En 2023, les températures se situaient entre 1,34 °C et 1,54 °C au-dessus des valeurs préindustrielles.

–       Entre juin et décembre, des records de température ont été battus chaque mois dans le monde entier.

–       Le mois de septembre a battu de 0,5 °C le précédent record pour ce mois.

–       Il s’agit de la première année où la température moyenne mondiale des terres a dépassé de plus de 2 °C le niveau préindustriel.

–       Dans 77 pays – dont la Chine, le Brésil, le Bangladesh, l’Allemagne, le Japon, le Mexique, la Corée du Sud et l’Ukraine – cette année a été la plus chaude depuis le début des relevés. Ces pays comptent 2,3 milliards d’habitants, soit environ 30% de la population mondiale.

–       En 2023, les températures moyennes mondiales à la surface des océans étaient pour la première fois supérieures de plus de 1 °C aux valeurs préindustrielles.

–       Le niveau de la mer a atteint un niveau record. Depuis 1900, il a augmenté de 20 centimètres ; au cours des trois dernières décennies, la hausse s’est nettement accélérée.

L’ampleur du réchauffement a surpris les climatologues. “Ce que nous avons vu en 2023 dépasse toutes les dimensions”, déclare Gavin Schmidt, du Goddard Institute for Space Studies de la Nasa, à titre représentatif. “Ce qui s’est passé l’année dernière est sans précédent et nous inquiète”. Les chercheurs sont en train de décrypter les causes de ce saut de température. Il s’agit notamment de l’augmentation des gaz à effet de serre (ils ont atteint un pic en 2023), du phénomène météorologique El Niño, de l’éruption du volcan Hunga Tonga et également de la faible émission de soufre par l’industrie navale et de la réduction des émissions d’aérosols en général. Plus d’informations dans le Guardian, le NY Times (paywall) et le Tages-Anzeiger (paywall).

En 2023, le réchauffement s’est rapproché de la limite haute fixée par l’accord de Paris sur le climat, à savoir 1,5 °C. Certes, l’accord ne définit pas explicitement le dépassement de l’objectif climatique, mais le Conseil climatique de l’ONU et de nombreux experts considèrent cet objectif comme une moyenne sur 20 ans. Si la valeur est dépassée au cours d’une année, cela ne signifie pas que l’objectif n’a pas été atteint. Néanmoins, ce record de température confirme que la politique climatique actuelle a échoué et qu’une nouvelle approche est nécessaire. Plus d’informations dans Foreign Policy (paywall).

La fonte des glaciers aux pôles s’accélère énormément

Dans le dernier journal climatique, nous avons déjà parlé en détail de la fonte des glaciers aux pôles. Les glaciers du Groenland rétrécissent aujourd’hui deux fois plus vite que dans les années 1980, comme le montre une nouvelle étude publiée dans Nature Climate Change. Depuis 2000, les températures dans l’Arctique ont également augmenté deux fois plus vite que la température moyenne mondiale.

Une nouvelle étude montre que la calotte glaciaire du Groenland perd en moyenne 30 millions de tonnes de glace par heure. C’est 20 % de plus que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Il s’agit de la première étude qui a également déterminé le recul des glaciers sous la surface de l’océan. Les techniques utilisées jusqu’à présent n’ont pu déterminer que les pertes de glace qui se retrouvent dans l’océan et font monter le niveau de la mer. Elles ne pouvaient toutefois pas expliquer le recul des glaciers, qui se trouvent déjà en grande partie sous le niveau de la mer dans les fjords étroits entourant l’île.

Les auteurs craignent que l’eau douce supplémentaire qui s’écoule dans l’Atlantique Nord ne menace la stabilité de la circulation atlantique. Une partie de ce système de circulation est le Gulf Stream, si important pour le climat européen. Il transporte de l’eau chaude vers les côtes européennes. L’eau douce dilue l’eau de surface de la mer, diminue la salinité et donc la densité de l’eau. En raison de cette densité plus faible, l’eau descend plus lentement en profondeur, où elle redescend vers le sud. Or, c’est précisément ce mouvement d’abaissement qui est un moteur décisif de la circulation atlantique, qui perd déjà en force. Selon une étude publiée il y a quelques années, elle est actuellement plus faible qu’au cours des 1600 dernières années. Cela pourrait également réduire la capacité des océans à absorber le CO2, car la circulation transporte les eaux de surface riches en CO2 vers les eaux profondes. Plus d’informations sur le Groenland dans le Guardian et Klimareporter. Le Guardian propose un bon article de synthèse sur la situation dans l’Antarctique.

Nouvelles de la science du climat

Les négationnistes climatiques utilisent de nouveaux récits

Le négationnisme climatique sur YouTube a radicalement changé ces dernières années, comme le montre une nouvelle étude du Center Countering Digital Hate. Les chercheurs ont recueilli les transcriptions de plus de 12 000 vidéos YouTube liées au climat, publiées entre 2018 et 2023.

Dans le passé, le déni s’est concentré sur deux fausses affirmations : “Le réchauffement climatique n’a pas lieu” et “L’homme n’est pas responsable du réchauffement climatique et du changement climatique”.

Les récits négationnistes actuels se concentrent sur trois points : 1) “Les solutions climatiques ne fonctionneront pas”, 2) “La science du climat et le mouvement climatique ne sont pas fiables”, 3) “”Les effets du réchauffement climatique sont bénéfiques ou inoffensifs”. En 2018, ces schémas narratifs ne représentaient encore « que » 35 % de toutes les contributions des négationnistes sur YouTube. Aujourd’hui, ils en représentent la grande majorité (70 %).

Les négationnistes du climat ont accès à un vaste public mondial via des plateformes numériques. Ils peuvent ainsi affaiblir de plus en plus le soutien public aux mesures de protection du climat, en particulier chez les jeunes spectateurs. Une enquête du Pew Research Center a révélé que YouTube est la plateforme de médias sociaux la plus utilisée aux États-Unis par les jeunes de 13 à 17 ans.

Environ un tiers des jeunes américains pensent que le réchauffement climatique est “utile ou inoffensif”, que “la politique climatique fait plus de mal que de bien”. Ils pensent également que “la science du climat et le mouvement climatique ne sont pas fiables” et que le changement climatique est “une escroquerie destinée à contrôler et à opprimer les gens”. 45% des garçons adolescents ont déclaré que “les politiciens exagèrent l’urgence de la politique climatique”. Et 34% de tous les adolescents et 23% des adultes américains ont déclaré : “La Terre entre dans une nouvelle ère glaciaire”. Pour en savoir plus, consultez le communiqué de presse du CCDH dans cette étude publiée dans Nature.

Les grandes cultures avec plus de variétés réduisent les émissions, augmentent les
revenus et rendements

En combinant la culture des céréales avec d’autres produits de récolte, les rendements pourraient être augmentés de près de 40%. En même temps, près de 10% de carbone en plus serait séquestré dans le sol et les émissions nettes de gaz à effet de serre seraient réduites de plus de 90%. Ces résultats étonnants proviennent d’une grande expérience de terrain de six ans dans la Grande Plaine du Nord de la Chine, une région qui couvre 70% des terres arables du pays et produit 23% des céréales. Il s’agit de l’une des régions les plus intensivement cultivées au monde.

Les chercheurs ont notamment testé l’ajout de patates douces et de légumineuses comme les arachides et le soja. La diversification des variétés cultivées dans la région permettrait d’augmenter la production de céréales de 32%, et grâce aux légumineuses fixant l’azote, le besoin en engrais synthétiques serait réduit de 3,6 millions de tonnes.

Les agriculteurs des plaines du nord de la Chine pourraient compenser près de 6% des émissions annuelles de gaz à effet de serre du pays rien qu’en cultivant davantage de plantes différentes. En outre, les agriculteurs gagneraient en moyenne 20% de plus.  Pour en savoir plus, consultez Anthropocene Magazine et Nature Communications.

Le pâturage est pire pour le climat

Les bovins élevés en pâturage représentent 33% de la production mondiale de viande bovine. Une nouvelle étude montre que les animaux nourris à l’herbe ont une empreinte climatique nettement plus élevée que ceux qui sont nourris avec des aliments concentrés. Les auteurs n’ont pas seulement pris en compte les émissions liées à la production de fourrage, les émissions de méthane des vaches et les émissions liées à la production directe. Ils ont également pris en compte le “coût d’opportunité du CO2 ” : le CO2 qui a été perdu lors de la conversion d’un habitat naturel (par ex. la forêt) en pâturages. Selon l’étude, ces coûts représentent plus de la moitié de l’empreinte. Elle est en moyenne 40% plus importante que celle de la viande d’animaux nourris avec des aliments concentrés.

Le pâturage sur des sols compactés, érodés et surfertilisés est particulièrement néfaste. Les sols suisses ne sont pas non plus en bon état. De nombreuses études démontrent que tous les types de viande de bœuf et de produits laitiers sont plus nocifs pour l’environnement que les alternatives végétaliennes. Si l’on renonçait à la viande et que l’on renaturait les pâturages, il serait possible de stocker davantage de CO2.

Malgré la clarté des études, les groupes de viande et de produits laitiers n’hésitent pas à commercialiser leurs produits comme étant respectueux du climat. Des groupes comme McDonald’s, Tyson Foods et Nestlé se sont fixés des objectifs climatiques ambitieux, sans pour autant vouloir réduire de manière significative leurs ventes de viande et de produits laitiers. Parallèlement, ces grandes entreprises mènent un lobbying intensif et souvent très efficace pour influencer la législation agricole et climatique. Pour en savoir plus, consultez le Washington Post et Anthropocene Magazine.

Des idées folles pour la protection du climat

De plus en plus de personnes prennent conscience des grands dangers de la crise climatique. De plus en plus de scientifiques et de start-up bricolent donc des solutions dignes de la science-fiction.

Les scientifiques sont très préoccupés par l’état des pôles, comme le montre une nouvelle approche d’un groupe de glaciologues. Ils proposent de construire de gigantesques “rideaux” sous-marins afin d’empêcher l’eau de mer chaude d’accélérer la fonte. Certains scientifiques doutent de la faisabilité de ce projet et affirment que la géo-ingénierie dans l’Antarctique pourrait nuire à l’écosystème marin. Les partisans affirment toutefois que “toutes les idées de géo-ingénierie sont folles, jusqu’à ce que l’on pense à ce qui pourrait se passer si nous ne faisions rien”. Plus d’informations sur Nature (paywall).

Un groupe d’astronomes et de physiciens mène des recherches sur un parasol géant dans l’espace. Celui-ci doit être placé entre la Terre et le Soleil de telle sorte qu’environ 2% du rayonnement solaire n’atteigne jamais la Terre. Les scientifiques veulent maintenant construire un prototype afin de tester la faisabilité du concept. Le parasol, qui devrait être à peu près aussi grand que l’Argentine, ne pourrait pas être lancé en tant qu’unité unique en raison de son poids immense, mais il faudrait construire un réseau de petits parasols. Plus d’informations dans le New York Times (paywall).

Un autre groupe veut trouver une solution contre les proliférations d’algues de plus en plus fréquentes. Le grand tapis d’algues brunes qui se forme régulièrement dans le Golfe du Mexique offre refuge et nourriture aux animaux marins. Mais les proliférations d’algues ont perdu leur équilibre. En raison du réchauffement climatique, les pluies s’intensifient et entraînent des inondations plus fréquentes. L’humus et l’eau riche en nutriments issus de l’agriculture intensive sont ainsi emportés vers la mer. Durant l’été 2018, le tapis d’algues s’étendait de la côte ouest de l’Afrique jusqu’au Golfe du Mexique sur 8000 kilomètres et comprenait environ 20 millions de tonnes d’algues sargasses. Les tapis d’algues se décomposent dans la mer ou s’échouent sur les côtes où elles pourrissent. Comme les algues contiennent des métaux lourds, notamment de l’arsenic, elles ne peuvent pas être utilisées comme engrais ou aliments. Mais les tapis d’algues stockent beaucoup de CO2, , selon les estimations, 3 millions de tonnes. Des chercheurs et une start-up veulent désormais collecter les algues à l’aide de robots et les stocker au fond de la mer à 2000-4000 m de profondeur. Plus d’informations dans le Guardian et le Tages Anzeiger (paywall).

On craint souvent que les projets de géo-ingénierie détournent l’attention des mesures de protection du climat plus importantes et plus réalistes. Une nouvelle étude montre qu’il est peu probable que le fait de parler de géo-ingénierie dans le discours public conduise au rejet de mesures plus larges de protection du climat. Mais la question reste de savoir quelle est l’influence de l’opinion publique dans les décisions relatives à la géo-ingénierie. Souvent, les intérêts particuliers sont plus influents, craint l’un des auteurs de l’étude. Plus d’informations dans le magazine Anthropocene.

Vérifier l’intensité en CO2 sur une nouvelle carte électrique

Un site web très cool montre l’intensité en CO2 de la production d’électricité dans les différents pays européens.

Actif contre le désespoir

Options d’action face à la crise climatique

Dans le magazine en ligne Republik, l’écrivaine, historienne et activiste américaine Rebecca Solnit dresse une liste de dix suggestions sur la manière dont nous pouvons aborder la crise climatique avec espoir : Parce que les révolutions prennent du temps, mais qu’elles se produisent parfois beaucoup plus rapidement que prévu. Et aussi parce que l’échec peut être étonnamment fructueux. Son dernier livre, “Not Too Late“, s’adresse aux personnes qui cherchent des réponses et des possibilités d’action face à la crise climatique.

Initiative solaire : PV obligatoire pour les nouvelles constructions

Produire des installations PV là où l’on a le plus besoin d’énergie. C’est ce que veut l’initiative solaire du parti des Verts. Elle demande l’obligation d’installer des panneaux solaires sur les nouveaux bâtiments. Sur les bâtiments existants, de l’électricité devra être produite dans les 15 ans suivant l’acceptation du projet. L’initiative populaire sera bientôt lancée. Les personnes qui souhaitent la soutenir dès maintenant peuvent s’inscrire en tant que sympathisant(e) en cliquant sur ce lien.

Merci et salutations chaleureuses de la part d’Anja, Thomas et Sebastian !

N’hésite pas à faire suivre le journal climatique. Si tu n’es pas encore sur la liste de distribution, tu peux t’abonner ici :

https://bit.ly/Klimazeitung

Éditorial

Ce numéro est particulièrement volumineux. Cela s’explique par le fait qu’en novembre s’est tenue la 28e conférence internationale sur le climat (COP28), la plus importante négociation internationale sur la crise climatique. La COP est toujours précédée de nombreuses nouvelles publications, appels et initiatives qui sont lancés. Tous dans l’espoir d’obtenir un meilleur résultat lors des négociations. Nous avons résumé pour vous les résultats des négociations et les études et rapports les plus importants. Bien sûr, comme toujours, vous trouverez également un résumé de la politique climatique suisse et de la politique climatique à l’étranger. Pour que vous ne soyez pas complètement abattus après toutes ces (globalement) mauvaises nouvelles, nous voulons désormais terminer notre journal climatique par une rubrique contre le désespoir. Vous y trouverez des conseils contre le blues climatique et des informations sur la manière dont vous pouvez vous engager.

Suisse

Que faut-il attendre du nouveau Parlement en ce qui concerne la loi sur le CO2 ?

Comme prévu, les élections fédérales ont entraîné d’importants changements au Parlement. Les Verts et les Verts libéraux ont perdu au total douze sièges au Conseil national et au Conseil des Etats. Il y a quatre ans, ces deux partis avaient gagné 26 sièges. Cette année, c’est l’UDC qui a réalisé les plus gros gains avec 9 sièges supplémentaires, tandis que le PS a progressé de deux sièges.

Les analyses des élections montrent que : Le fossé ville-campagne s’est creusé (Tages-Anzeiger), l’UDC a fortement progressé, notamment en Suisse romande, tandis que les Verts y ont beaucoup perdu (Tages-Anzeiger et NZZ, paywall), et les agriculteurs ont encore accru leur influence (Tages-Anzeiger). 

Le glissement vers la droite se manifeste surtout au Conseil national (graphiques de l’Office fédéral de la statistique, OFS), les déplacements sont moins importants au Conseil des Etats (OFS). Pour que les Verts, les Verts libéraux et le PS puissent s’imposer au Conseil national, ils ont besoin de presque toutes les voix du parti du centre, calcule le Tages-Anzeiger (paywall).

L’impact des élections sur la politique climatique suisse se fera sentir en premier lieu avec la loi sur le CO2. Sa révision a été rejetée par le peuple en 2021. Au cours de la dernière semaine de la session d’hiver, le Conseil national débattra de la loi qui fixe les objectifs climatiques de 2025 à 2030. La question centrale est de savoir si le Conseil national corrige les décisions prises en automne par le Conseil des États. Celui-ci s’était contenté d’incitations pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Un tiers de la réduction de CO2 doit être obtenu à l’étranger grâce à des certificats de protection climatique controversés et souvent inefficaces.

La Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie (CEATE) du Conseil national a légèrement amélioré la variante du Conseil des Etats sur quelques points. Ainsi, elle veut ancrer une limite supérieure de 25% pour les réductions d’émissions à l’étranger. Une nouvelle taxe doit être prélevée sur les vols en jet privé et en jet d’affaires. Et l’installation de stations de recharge, par exemple dans les immeubles collectifs et sur les parkings publics, doit être encouragée financièrement. Comme le Conseil des États, la commission du Conseil national veut renoncer à une augmentation de la taxe sur le CO2. La redistribution actuelle de deux tiers à la population et aux entreprises ne devrait pas être modifiée. Plus d’informations sur watson.ch et swisscleantech.

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Le référendum contre l’arrêté manteau aura-t-il lieu ?

La probabilité que les électeurs votent sur l’arrêté manteau a augmenté. Après la nouvelle Alliance Nature & Paysage Suisse, c’est au tour de la Fondation Franz Weber de soutenir le référendum contre la “Loi fédérale sur la sécurité de l’approvisionnement en électricité grâce aux énergies renouvelables”. Cette loi, adoptée par le Conseil national et le Conseil des Etats lors de la session d’automne, fixe des objectifs contraignants pour le développement des énergies renouvelables et assouplit les dispositions relatives à la protection de la nature. Ainsi, les installations énergétiques dans les régions qui se prêtent à l’exploitation de l’énergie solaire et éolienne doivent avoir la priorité sur la protection de l’environnement et d’autres intérêts nationaux. La Fondation Franz Weber s’oppose à la destruction de la nature et du paysage et souhaite que le Parlement établisse, dans un deuxième temps, un équilibre entre la promotion des énergies renouvelables et la protection de la nature et du paysage. L’Association suisse pour un paysage libre combat également l’arrêté manteau. Les organisations ont jusqu’au 18 janvier 2024 pour récolter les 50’000 signatures nécessaires. Les grandes organisations de protection de la nature ainsi que la Fondation suisse pour l’énergie ne soutiennent pas le référendum, car il retarderait le tournant énergétique. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et la NZZ (paywall).

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Vers la neutralité climatique grâce au stockage de CO2 dans la mer ?

Le Conseil fédéral considère qu’il est “inévitable” d’exporter à l’avenir le CO2 produit en Suisse à l’étranger et de le stocker dans les fonds marins. Seules ces technologies à émissions négatives permettraient d’atteindre les objectifs climatiques. Afin d’éliminer les déchets sous forme de CO2 à l’étranger, le Conseil fédéral veut ratifier un amendement correspondant au Protocole de Londres. La convention internationale de 1972 protège les mers contre la pollution due à l’immersion de déchets et d’autres substances. Afin de permettre le stockage du CO2 dans les fonds marins, le protocole avait été adapté en 2009.

La Confédération part du principe qu’en 2050, malgré l’objectif du zéro net, environ 12 millions de tonnes de CO2 seront produites, ce qui correspond à un quart des émissions actuelles de CO2 de la Suisse. La majeure partie de ces émissions doit être captée directement à la source, par exemple dans les cimenteries ou les usines d’incinération des ordures ménagères. La technologie sous-jacente du “Carbon Capture and Storage” – la capture et le stockage du CO2 – est encore peu éprouvée à ce jour. Le Conseil fédéral estimant que les capacités de stockage du CO2 en Suisse sont trop faibles, l’accent est mis sur l’exportation.

Les représentants des usines d’incinération des ordures ménagères et des cimenteries saluent la décision du Conseil fédéral, car elle augmente la sécurité de la planification et du droit. L’Alliance pour le climat, qui regroupe plus de 140 organisations, souligne que la Suisse doit réduire de grandes quantités d’émissions évitables afin d’atteindre ses objectifs climatiques. Les fonds marins ne peuvent pas résoudre ce problème. Plus d’informations sur srf.ch, et ici et ici (paywall) dans le Tages-Anzeiger.

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La Confédération mise davantage sur les compensations liées au CO2 – malgré les critiques

Le Conseil fédéral a déjà conclu des accords climatiques avec 15 pays afin que la Suisse puisse comptabiliser les émissions de CO2 réalisées à l’étranger dans son objectif de réduction. Les plus récents de ces accords ont été signés avec le Chili, le Kenya et la Tunisie (voir la liste actuelle). Le magazine du Tages-Anzeiger (paywall) examine à la loupe quelques-uns des projets financés par la Suisse. Il en ressort que certains projets, comme les installations de biogaz au Malawi, n’économisent que peu de CO2, car beaucoup ne fonctionnent pas ou pas correctement. D’autres, comme les fours de cuisson au Pérou ou les bus électriques en Thaïlande, ne remplissent pas un critère important pour être comptabilisés en Suisse : ils ne sont pas additionnels. Cela signifie qu’ils auraient été financés même sans l’argent de la Suisse. Caritas Suisse a fait une analyse critique des fours de cuisson au Pérou.

Suite à l’article sur South Pole paru dans le New Yorker (paywall), la situation du leader mondial de la compensation volontaire des émissions de CO2, dont le siège est à Zurich, s’est encore aggravée. D’abord, l’entreprise de certification Vera a annoncé qu’elle suspendait le projet phare de South Pole au Zimbabwe, Kariba, et qu’elle enquêtait sur les reproches formulés dans le New Yorker. Puis South Pole a stoppé la vente des certificats Kariba, et peu après, le cofondateur et chef de l’entreprise, Renat Heuberger, ainsi que Bastien Girod, responsable des solutions climatiques pour l’Europe de l’entreprise et conseiller national des Verts, ont démissionné. Plus d’informations sur srf.ch (ici et ici) et dans le Tages-Anzeiger.

Les entreprises qui se présentent comme climatiquement neutres dans leur publicité à l’aide de certificats CO2 doivent revoir leurs pratiques. La Commission Suisse pour la Loyauté (CSL), un organe d’autorégulation du secteur de la communication, a accepté deux plaintes de la Fondation pour la protection des consommateurs. La fondation avait dénoncé le fait que des affirmations publicitaires telles que “climatiquement neutre” (dans le cas d’un fournisseur de mazout) ou “climatiquement positif” (pour un fabricant d’aliments pour bébés) étaient trompeuses. Les publicités avec des promesses climatiques sont trompeuses, constate la CSL. Pour prendre sa décision, elle s’appuie sur le code de la publicité de la Chambre de commerce internationale. Celui-ci remet en question, outre les affirmations climatiques, les modèles commerciaux des entreprises qui proposent des compensations climatiques. Si des entreprises contreviennent au jugement de la Commission pour la loyauté, celle-ci ne peut pas prendre de sanctions. Le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) dispose en revanche de cette compétence. La Fondation pour la protection des consommateurs y avait également déposé des plaintes. Le Seco n’a pas encore donné de réponse. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall).

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Les installations solaires alpines à l’aube d’une phase décisive

On voit maintenant à quelle vitesse le Solarexpress progresse : Dans certaines communes, des décisions ont été prises concernant les projets et des demandes de permis de construire ont été déposées pour les premiers projets. Parallèlement, de nouveaux projets continuent d’être présentés. On trouve de bons articles de synthèse dans la Berner Zeitung, sur srf.ch, dans le Tages-Anzeiger, la NZZ et la Südostschweiz (paywall).

Lors des votations au niveau communal, on peut observer le schéma suivant : Lors des assemblées communales (avec vote ouvert), l’approbation est plus élevée que lors des votations (anonymes) aux urnes. Et les petites communes disent souvent plus clairement oui, la contribution aux finances communales jouant ici probablement un rôle.

Les projets suivants ont été approuvés lors d’assemblées communales : à Grengiols, VS (électricité pour 40’000, voir Tages-Anzeiger) ; Lütschental, BE (3000 ménages, Berner Zeitung, paywall) ; Adelboden (3000 ménages, ee.news) ; Lenk, BE (3000 ménages, Berner Zeitung, paywall) ; Schattenhalb, BE (4500, Berner Zeitung, paywall) ; Laax (2200 ménages, Südostschweiz) ; Klosters (3500 ménages, Südostschweiz, paywall) ainsi qu’à Tujetsch, Disentis, Samedan et Poschiavo (Südostschweiz, paywall).

Ces projets ont été rejetés lors d’assemblées communales : Illanz/Glion, GR (électricité pour 14’000 ménages, Südostschweiz) ; Disentis, GR (10’000 ménages, Südostschweiz, paywall) et Saanen (15’000 ménages, Berner Zeitung, paywall).

Actuellement, trois installations solaires alpines sont mises à l’enquête publique en Suisse (état au 12 décembre 2023, l’OFEN fournit un aperçu actuel). Elles ont déjà été approuvées par les communes. Oberwil, BE (Alp Morgeten, électricité pour 3000 ménages, oppositions de la Fondation pour la protection et l’aménagement du paysage, du Club alpin suisse et de Mountain Wilderness, Sonntagszeitung paywall) ; Scuol, GR (20’000 ménages, Südostschweiz) ; Sedrun, GR (6300 ménages, Tages-Anzeiger).

En outre, quelques nouveaux projets ont été présentés : à Grindelwald, BE (deux sites, de l’électricité pour 7000 ménages au total, Berner Zeitung) ; Lauterbrunnen, BE (3000 ménages, Berner Zeitung) ; Urnerboden, GL (3000 ménages, Tages-Anzeiger). Voici un aperçu de l’Association des entreprises électriques suisses de toutes les installations photovoltaïques prévues et d’autres projets visant à développer les énergies renouvelables.

Pour que les installations photovoltaïques alpines construites dans le cadre du projet Solarexpress soient indemnisées par la Confédération à hauteur de 60% des coûts d’investissement, elles doivent injecter au moins 10% de l’électricité prévue dans le réseau d’ici fin 2025. Des conseillers nationaux du PLR, du centre et du PS veulent maintenant prolonger ce délai de trois ans, jusqu’en 2028, comme le rapporte la NZZ am Sonntag (paywall). L’intervention devrait être votée lors de la session d’hiver en cours.

Mais la pression du temps, le refus de la population ou l’opposition des associations environnementales ne sont pas les seuls facteurs qui remettent en question les installations solaires alpines. Le plus grand obstacle pour la plupart des projets est la rentabilité, peut-on lire dans la NZZ. “Malgré les subventions, la construction et l’exploitation économique de ces installations sur les surfaces libres des hautes Alpes seraient difficiles”.

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Nouveau parc éolien, énergie nucléaire et un modèle controversé de mix électrique

Le premier parc éolien du canton a été inauguré en novembre à Sainte-Croix, dans le canton de Vaud. Il aura fallu 25 ans entre la première étude de faisabilité et l’ouverture. Les six éoliennes installées fournissent de l’électricité à environ 5000 ménages. Avec le parc éolien de Sainte-Croix, la Suisse compte 47 éoliennes en service, contre plus de 1300 en Autriche. Plus d’informations sur ee.news.ch.

En automne, le conseiller aux Etats et président du PLR Thierry Burkart avait déposé un postulat dans lequel il demandait au Conseil fédéral de rédiger un rapport afin d’examiner, entre autres, la construction de nouvelles centrales nucléaires. Le Conseil fédéral a décidé d’accepter le postulat. Il ne s’agit pas d’un précédent pour lever l’interdiction actuelle de construire de nouvelles centrales nucléaires. Mais le Conseil fédéral lance ainsi une discussion à ce sujet. Plus d’informations dans l’Aargauer Zeitung (paywall) et la Sonntagszeitung. Dans la NZZ, le patron d’Axpo, Christoph Brand, explique clairement que la construction de nouvelles centrales nucléaires n’est actuellement pas rentable d’un point de vue économique. Compte tenu des risques financiers importants, des subventions publiques sont nécessaires. Celles-ci pourraient même être plus élevées que celles pour les installations solaires alpines, pour lesquelles la Confédération prend en charge jusqu’à 60% des coûts d’investissement.

Avec Power Switcher, le groupe énergétique Axpo met à disposition un instrument permettant de modéliser le mix électrique du futur. Les personnes intéressées peuvent créer leurs propres scénarios. Axpo a ainsi créé deux scénarios propres, avec pour objectif un approvisionnement en électricité respectueux du climat et garanti, tout en étant le moins dépendant possible des importations d’électricité en hiver. L’un des scénarios mise sur le développement de l’énergie nucléaire.

La NZZ (paywall), qui a été la première à rendre compte de l’outil d’Axpo, conclut sur la base de la modélisation que de nouvelles centrales nucléaires sont nécessaires pour un approvisionnement fiable en électricité si la Suisse ne veut pas compter sur des importations importantes d’électricité ou d’hydrogène. Les installations PV dans les Alpes et sur les toits ne seraient en revanche pas rentables. L’association “energie-wende-ja” arrive à une autre conclusion. Selon elle, le Power Switcher prend en compte des coûts trop élevés pour le photovoltaïque et trop bas pour le nucléaire. De plus, la conclusion de la NZZ est erronée. L’association économique swisscleantech le souligne également.

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La Suisse est-elle en train de rattraper son retard en matière d’hydrogène ?

L’hydrogène peut apporter une contribution importante à la réduction nette à zéro des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, dans le monde entier et en Suisse également. La condition est qu’il soit produit à partir de sources d’énergie renouvelables et non fossiles. Dans ce contexte, la Suisse est dépendante des importations de l’étranger, comme le souligne le Conseil fédéral dans son rapport “Hydrogène. Etat des lieux et options d’action pour la Suisse”. Pour que cela soit possible, un “accès à l’infrastructure européenne du réseau d’hydrogène est central”. Le Conseil fédéral part du principe que les importations seront possibles à partir de 2035.

L’hydrogène sera utilisé là où il n’existe aucune autre alternative renouvelable. Selon le Conseil fédéral, entre autres pour la production de chaleur industrielle à haute température, dans les transports terrestres, aériens et maritimes ou comme stockage saisonnier d’énergie pour la production d’électricité. swisscleantech estime que ces données sont insuffisantes. L’association demande que l’on étudie beaucoup plus précisément où l’hydrogène doit être utilisé. Jusqu’à ce que l’hydrogène puisse être importé, il devrait être limité aux processus industriels qui nécessitent beaucoup d’énergie. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

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Concertation sur l’extension des autoroutes et les nouvelles approches de la mobilité

Le référendum lancé par l’Association transports et environnement (ATE) et l’association Umverkehr contre l’extension de l’autoroute a abouti. Lors de la session d’automne, le Parlement avait accordé 5,3 milliards de francs pour élargir l’A1 à six ou huit voies sur certains tronçons. Une votation populaire sur l’extension aura donc lieu en 2024. Lors de la récolte des signatures nécessaires, il est apparu clairement que de nombreuses personnes ne comprenaient pas pourquoi la Confédération voulait investir des milliards dans des autoroutes en pleine crise climatique et détruire des pans entiers de précieuses terres cultivables, indiquent les organisations environnementales. Plus d’informations dans le Blick.

A partir du 1er janvier 2024, les propriétaires de voitures électriques paieront eux aussi un impôt sur les automobiles et contribueront ainsi à l’entretien des routes nationales et du fonds pour le trafic d’agglomération. Le Conseil fédéral a décidé de supprimer l’exonération fiscale et de mettre les véhicules électriques sur un pied d’égalité avec les véhicules diesel et essence. Avec la diffusion croissante des véhicules électriques, les pertes fiscales ont augmenté. Au premier semestre 2023, une voiture neuve importée sur quatre était purement électrique. Sur 100 voitures immatriculées en Suisse, 3 sont actuellement des véhicules purement électriques. Plus d’informations à ce sujet dans la NZZ. Une analyse des données du Tages-Anzeiger (paywall) confirme que la part des véhicules électriques est plus élevée dans les communes aisées que dans le reste de la Suisse.

Dans les négociations internationales, la Suisse s’engage à limiter les subventions en faveur des énergies fossiles. Toutefois, le Conseil fédéral l’y autorise toujours. Il a ainsi décidé que les tracteurs et les dameuses continueraient à se faire rembourser l’impôt sur les huiles minérales pour le diesel (environ 80 centimes par litre). Les entreprises forestières, la pêche professionnelle et les entreprises de transport concessionnaire en profitent également. Chaque année, ces branches sont subventionnées à hauteur de 65 millions de francs. Plus d’informations sur nau.ch et dans le Tages-Anzeiger.

A quoi ressemble une mobilité respectueuse du climat ? Des chercheurs de l’ETH sont en train de la développer pour la ville de Zurich. Les premiers résultats du projet “E-Bike-City” montrent que l’espace réservé aux voitures serait nettement réduit. Dans ce scénario, près de la moitié des voies de circulation seraient réservées aux vélos, vélos électriques et trottinettes électriques. Les véhicules à moteur ne circuleraient plus que sur des routes à sens unique sur de nombreux tronçons. L’objectif est également de rendre les routes plus sûres pour les cyclistes. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

L’association Umverkehr veut obtenir des changements similaires par la voie politique et a déposé à cet effet des “initiatives pour le climat urbain” dans plusieurs villes et communes. A Saint-Gall, une contre-proposition du parlement de la ville a été adoptée. Celui-ci prévoit de créer 200 000 m² d’espaces verts supplémentaires et de la place pour les piétons, les cyclistes et les transports publics. A Bâle, la demande populaire a été rejetée fin novembre. Le PS et les Verts avaient argumenté en vain qu’il s’agissait d’une mesure indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique qui nuit à la santé. Les partis bourgeois se sont opposés aux restrictions du trafic automobile et à la suppression de places de stationnement. Plus d’informations dans le Basler Zeitung et le Tages-Anzeiger.

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Le Tribunal fédéral annule deux jugements contre des activistes climatiques

Les activistes climatiques qui avaient bloqué le hall d’entrée d’un centre commercial à Fribourg en 2019 ne seront pas condamnés. Le Tribunal fédéral a confirmé une décision du Tribunal cantonal qui avait annulé une condamnation en première instance. Le Ministère public de Fribourg avait fait recours contre cette décision. Le Tribunal fédéral est arrivé à la conclusion que la pression exercée sur des tiers lors de l’action n’était pas suffisante pour condamner les personnes qui y ont participé pour contrainte. Pendant le blocage, les visiteurs auraient pu entrer et sortir du centre commercial par d’autres entrées et sorties. La liberté de réunion exige que l’Etat fasse preuve d’une certaine tolérance lors de rassemblements non autorisés mais non violents. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et la NZZ (paywall). 

Le Tribunal fédéral a également acquitté des militants écologistes dans un deuxième cas. Ils avaient occupé pendant plusieurs mois une colline près d’Eclépens, VD. Ils voulaient ainsi empêcher le groupe cimentier Holcim d’y extraire des roches pour la production de ciment. En mars 2021, la police cantonale vaudoise a évacué la colline, mais les activistes n’ont pas décliné leur identité. Ils ont été condamnés par le Ministère public à des peines de prison ferme allant jusqu’à trois mois et à des amendes. Le Tribunal fédéral reproche maintenant au ministère public et aux tribunaux vaudois d’avoir refusé aux participants le droit à un procès. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

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La BNS critiquée pour sa participation à des entreprises de fracturation hydraulique

La Banque nationale suisse détient des participations dans près de 70 entreprises qui extraient du pétrole ou du gaz par fracturation ou qui transportent des combustibles fossiles extraits par fracturation. Les investissements de la BNS dans ces entreprises s’élèvent à neuf milliards de dollars américains. C’est ce que révèle un rapport de la Coalition BNS, un regroupement d’organisations et de particuliers sous l’égide de l’Alliance pour le climat. La BNS ne s’exprime pas sur les différents placements, mais justifie les investissements dans les entreprises par le fait qu’elle se retire en contrepartie des entreprises de charbon. La coalition exige que la BNS s’en tienne à ses propres critères et se retire de la fracturation. Plus d’informations sur Bloomberg (paywall).

Afin d’obliger la Banque nationale à protéger davantage le climat, cinq conseillers nationaux ont déposé des initiatives parlementaires identiques. Ils demandent que la BNS soit obligée par la loi de prendre en compte les risques climatiques et environnementaux dans sa politique monétaire. La Commission de l’économie du Conseil national a rejeté l’intervention avec la voix prépondérante de son président. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

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Décision de la Confédération et des cantons en matière de climat

Le Conseil fédéral veut réviser la stratégie d’adaptation au changement climatique. Parallèlement, un nouveau plan d’action doit être élaboré pour la période allant jusqu’à 2030. Un rapport de contrôle sur la mise en œuvre du plan d’action actuel montre que les mesures prises jusqu’à présent sont efficaces. La contribution à la réduction des risques liés au climat est jugée moyenne à grande. En outre, 50 projets ont été soutenus, dont les solutions sont très utiles. Il s’agit par exemple de la détection précoce de la sécheresse, de la surveillance des dangers naturels, du développement de bases pour le développement des forêts ou de recommandations pour la protection contre la chaleur.

Saint-Gall met à disposition un crédit spécial de 59 millions de francs pour poursuivre et développer les programmes actuels de promotion de l’énergie. C’est ce que prévoit un contre-projet à l’initiative pour un fonds de protection climatique du PS, qui a été acceptée par les votants. Avec son initiative, le PS voulait créer un fonds doté de 100 millions pour promouvoir les systèmes de chauffage durables et l’assainissement énergétique des bâtiments. L’initiative a été rejetée. Plus d’informations dans le Tagblatt.

Le canton de Zurich tire un bilan intermédiaire positif de la loi sur l’énergie, en vigueur depuis septembre 2022, qui encourage le remplacement des chauffages fossiles par des systèmes neutres pour le climat. Plus de 800 chauffages ont été remplacés, un tiers par des pompes à chaleur à sonde géothermique et un tiers par des pompes à chaleur air-eau, 15% par des raccordements au chauffage à distance. La part des nouveaux chauffages fossiles s’élève encore à 4% ; plus de la moitié d’entre eux sont autorisés pour une durée limitée, jusqu’à ce qu’un raccordement au chauffage à distance soit disponible sur le site. Auparavant, les chauffages existants avaient été majoritairement remplacés par des systèmes fossiles.

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Politique climatique internationale

Good COP, bad COP

La 28e conférence internationale sur le climat s’est tenue cette année à Dubaï. Le président de la COP, Sultan Al Jaber, avait déjà fait l’objet de nombreuses critiques avant la conférence, car il est également le chef de l’entreprise pétrolière et gazière Adnoc, qui veut continuer à investir dans de gigantesques opérations pétrolières et gazières. Le nombre de lobbyistes pétroliers présents n’a donc jamais été aussi élevé.

La COP28 a-t-elle été un succès ? Tout dépend du point de vue que l’on adopte. Au vu des nombreux conflits et guerres, des fossés qui se creusent régulièrement au sein des pays, c’est un petit miracle que 200 pays se réunissent chaque année pour trouver des solutions de manière démocratique et consensuelle. Chaque année, c’est un grand combat. Un tour de force pour tous ceux qui participent aux négociations. Et cette année encore, quelques bonnes décisions ont été prises. De ce point de vue, la COP28 a été un succès. Mais si l’on pose la question de savoir si les pays ont pris des décisions permettant d’améliorer l’avenir de tous et de s’attaquer réellement à la crise climatique, la réponse est clairement non. Voici le plus important :

De l’argent pour les victimes : beaucoup s’attendaient à ce qu’un point central de la dispute soit le financement d’un fonds pour les dommages et les pertes, qui aiderait les pays en développement à faire face aux conséquences du changement climatique – mais dès le premier jour, les pays riches ont promis 700 millions de dollars pour le fonds.  Mais les règles convenues pour le fonds sont plus faibles qu’espéré. Une objection de dernière minute de la délégation américaine au texte consensuel a forcé une modification du mécanisme de financement, qui “invite” seulement les pays riches à contribuer au nouveau fonds, mais ne les oblige pas à le faire.

L’abandon des énergies fossiles est explicitement mentionné dans le texte final pour la première fois depuis 30 ans. Un premier projet d’accord de la COP28, ne demandait qu’une réduction volontaire de la production et de la consommation de combustibles fossiles et a été critiqué comme étant “totalement insuffisant”. Après une série de réunions entre diplomates de haut niveau, Sultan Al Jaber a annoncé un nouvel accord : Pour la première fois, le monde s’est mis d’accord sur l’abandon des combustibles fossiles. Bien qu’il s’agisse d’un grand pas, nombreux sont ceux qui ne sont pas satisfaits du résultat : L’accord accorde au gaz naturel un rôle central en tant que carburant de transition et reste vague sur la date à laquelle cet abandon des énergies fossiles devrait avoir lieu.

Développer les énergies renouvelables : Les pays se sont mis d’accord pour tripler la capacité des énergies renouvelables d’ici 2030 et pour augmenter l’efficacité énergétique de 4 % chaque année. Il est donc tout à fait normal que les objectifs généraux de réduction soient désormais étayés par des mesures concrètes. En marge de la COP28, 23 pays se sont également engagés à tripler la capacité énergétique nucléaire mondiale d’ici 2050 par rapport à 2023. Il s’agit notamment des États-Unis, du Canada, du Japon, de la Corée du Sud, des Émirats arabes unis, du Royaume-Uni et de la France.

L’objectif de réduction pour 2035 est fixé : d’ici là, les émissions mondiales doivent avoir diminué de 60% et chaque pays doit apporter une contribution appropriée. Début 2025 au plus tard, tous les États doivent soumettre à l’ONU leurs nouveaux plans de protection du climat (NDC) pour cette période et expliquer comment ils comptent atteindre l’objectif.

Le financement du climat reste un sujet difficile. Patrick Hofstetter, expert en protection climatique du WWF, déclare à ce sujet : “Pour pouvoir atteindre les objectifs communs et pour une meilleure protection contre les conséquences de la crise climatique, les pays en voie de développement ont besoin de toute urgence du soutien des pays industrialisés riches. C’est pourquoi un accord doit être conclu lors de la prochaine conférence sur le climat à Bakou, en Azerbaïdjan, qui prévoit une augmentation significative du financement international pour le climat. Comme la Suisse ne remplit déjà pas ses obligations, des fonds supplémentaires doivent être générés le plus rapidement possible. Une solution serait de faire payer les responsables de la crise”.

Plus d’informations sur la COP28 chez Klimareporter, SRF, Greenpeace, de nombreux articles dans le Guardian et un article très détaillé dans Carbon Brief.

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La Chine et les Etats-Unis signent un pacte sur le réchauffement climatique

Les États-Unis et la Chine ont signé un pacte pour lutter ensemble contre le réchauffement climatique. L’accord prévoit de tripler la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables d’ici 2030, mais ne contient que des déclarations insuffisantes sur l’efficacité énergétique et ne dit rien sur l’énergie nucléaire. Les deux pays se sont engagés à réaliser cinq mégaprojets de CSC (capture et stockage du carbone) d’ici 2030. La Chine a en outre déclaré qu’elle fixerait des objectifs de réduction pour toutes les émissions de gaz à effet de serre – une amélioration par rapport aux objectifs actuels qui ne prennent en compte que les émissions de CO2. Plus d’informations dans le New York Times (paywall) et le gouvernement américain

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Les émissions de la Chine vont baisser en 2024

Les émissions de CO2 de la Chine ont explosé au cours des dernières décennies. Mais selon une analyse de Carbon Brief, les émissions de la Chine devraient diminuer en 2024. On ne sait pas encore si cette baisse sera durable. Alors que les émissions de CO2 sont reparties à la hausse en 2023 après avoir atteint leur niveau le plus bas pendant la stratégie “zéro carbone”, les énergies renouvelables ont été développées à un niveau record. Parallèlement, la Chine continue à construire de nombreuses nouvelles centrales à charbon. Les experts s’attendent à un bras de fer entre l’industrie du charbon du pays et les nouveaux groupes d’intérêt pour les énergies renouvelables. Si la Chine continue à développer ses capacités en matière d’énergies renouvelables à ce rythme, elle pourrait connaître une baisse continue de l’utilisation des combustibles fossiles et des émissions.

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Les exportations de GNL des États-Unis sont aussi mauvaises que celles de charbon

Jusqu’en 2016, les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis étaient interdites en Europe. Depuis, les exportations ont rapidement augmenté, en partie en raison de la croissance rapide de la production de gaz de schiste. Aujourd’hui, les États-Unis sont le plus grand exportateur de GNL. Le gouvernement américain du président Biden a prévu de développer massivement les infrastructures d’exportation de GNL. Jusqu’à présent, sept grands terminaux d’exportation ont été construits et au moins 20 autres sont prévus.

Un nouveau document détermine dans un calcul de cycle de vie les émissions de gaz à effet de serre du GNL exporté. La plus grande source d’émissions est le méthane non brûlé qui s’échappe lors de l’extraction ou du transport. Mais les émissions de CO2 dues à l’extraction du gaz de schiste, très gourmande en énergie, jouent également un rôle important. L’analyse réfute l’argument selon lequel le GNL génère moins d’émissions que le charbon : dans tous les scénarios étudiés, les émissions totales de gaz à effet de serre du GNL sont supérieures à celles du charbon, de 24% à 274%.

Le World Energy Outlook 2023 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) est plein d’espoir. Il montre que la croissance de la consommation de gaz s’est considérablement ralentie et que la demande va soit stagner soit diminuer. Cela signifie que certaines des nombreuses installations d’exportation de GNL en cours de construction seront confrontées à un surplus de gaz. Plus d’informations dans le New Yorker et le Guardian.

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Une catastrophe climatique majeure toutes les trois semaines aux États-Unis

Le cinquième bilan climatique national des Etats-Unis montre que la crise climatique cause chaque année des dommages directs de 150 milliards de dollars dans tout le pays, et la tendance est à la hausse. Entre 2018 et 2022, le pays a connu 89 catastrophes climatiques qui ont causé plus d’un milliard de dollars de dommages, dont des sécheresses, des inondations, de fortes tempêtes et des incendies de forêt. Cela correspond à une catastrophe toutes les trois semaines. Le gouvernement américain a annoncé plus de 6 milliards de dollars pour financer les infrastructures, l’énergie propre et la résilience climatique. Plus dans Nature (paywall).

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Les banques ont injecté plus de 150 milliards de dollars dans les entreprises fossiles en 2022

Une nouvelle base de données sur le site web carbonbombs.org présente 425 projets d’extraction de charbon, de pétrole et de gaz. Chacun de ces projets émettra plus d’un milliard de tonnes de CO2 sur toute sa durée de vie. A titre de comparaison, c’est plus de 20 fois plus que ce que la Suisse a émis en 2022.

Près de 300 de ces installations sont déjà en service. Au moins 128 de ces “bombes à carbone” ne sont pas encore en service. Au cours de leur cycle de vie, elles émettront au total près de 300 milliards de tonnes de CO2. Ces émissions de gaz à effet de serre pourraient encore être évités. 

Deux des mines de charbon prévues appartiennent à Glencore, le géant suisse des matières premières dont le siège est à Baar, ZG. Glencore continue de tirer un grand profit du charbon. L’année dernière, le bénéfice d’exploitation ajusté rien que pour sa mine la plus importante, El Cerrejón dans le nord de la Colombie, s’est élevé à 3,6 milliards de dollars.

Entre 2016 et 2022, les banques, principalement aux États-Unis, en Chine et en Europe, ont accordé des financements à ces entreprises et projets fossiles pour un montant de 1,8 trillion de dollars. En 2022, cela représentait plus de 150 milliards de dollars. Il s’agissait en grande partie de financements généraux d’entreprises et non de crédits directs pour des projets d’extraction de combustibles fossiles. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall) et le Guardian. 

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Les gouvernements s’accordent sur l’élimination progressive de l’éclairage fluorescent

Lors de la COP5 de la Convention de Minamata sur le mercure, 147 gouvernements se sont mis d’accord pour interdire toutes les lampes fluorescentes à partir de 2027. L’accord, s’il est pleinement mis en œuvre, permettra d’éviter l’émission de 2,7 gigatonnes de CO2 d’ici 2050, l’éclairage LED étant beaucoup plus efficace sur le plan énergétique. De plus, 158 tonnes de mercure en moins seront rejetées dans l’environnement, à la fois par les ampoules elles-mêmes et par les émissions évitées des centrales électriques au charbon. Plus d’informations de clasp et CAN International.

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Les perspectives énergétiques mondiales 2023 de l’AIE

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié en octobre son World Energy Outlook 2023. Les principaux messages sont les suivants:

Un nouveau rapport de Climate Analytics montre en outre que les émissions mondiales de gaz à effet de serre pourraient commencer à baisser dès l’année prochaine si les taux de croissance actuels de l’énergie solaire et éolienne et des véhicules électriques se maintiennent. L’étude prévoit un pic pour le charbon en 2023, pour le gaz en 2024 et pour le pétrole en 2025.

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Criminalisation des protestations climatiques

L’année dernière, les médias ont beaucoup parlé des autocollants et des manifestations pour le climat. Souvent, les actions et les activistes ont été présentés comme des extrémistes et la cause des protestations, l’urgence de la crise climatique ayant été reléguée au second plan. Ce n’est pas un hasard. Le réseau mondial Atlas, influent mais peu connu, regroupe des centaines d’organisations et de groupes de réflexion conservateurs, libéraux et néo-libéraux. Le réseau Atlas s’engage stratégiquement pour que les protestations climatiques soient présentées comme extrêmes et dangereuses dans les médias, la politique et la justice. Dans le podcast Drilled, la journaliste climatique Amy Westervelt se penche sur la criminalisation des protestations climatiques. Plus d’informations à ce sujet dans la WOZ.

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Politique climatique européenne

Accord sur la directive relative aux bâtiments

Peu avant la fin de l’année, le Parlement européen et les États membres de l’UE se sont mis d’accord sur l’un des derniers dossiers en suspens du programme “Fit for 55”, la directive européenne sur les bâtiments (EPBD). Le secteur du bâtiment doit être soumis à des exigences plus strictes en matière d’efficacité et de protection climatique dans toute l’Europe. Les normes d’efficacité minimales pour les bâtiments particulièrement inefficaces ont été au cœur des débats houleux. Selon la proposition de la Commission européenne, ces normes auraient exigé que les bâtiments résidentiels et non résidentiels très inefficaces soient progressivement rénovés d’ici une année de référence afin d’économiser davantage d’énergie et donc de coûts. Dans la décision finale, les exigences ont toutefois été considérablement affaiblies. Les organisations environnementales craignent que les objectifs d’efficacité affaiblis ne garantissent pas une protection suffisante contre le changement climatique et la pauvreté énergétique (voir CAN Europe ou NABU). La directive révisée prévoit également l’introduction progressive de l’obligation d’utiliser l’énergie solaire dans toute l’UE ainsi que l’interdiction de subventionner les chauffages fossiles à partir de 2025 et de les exploiter à partir de 2040. Pour en savoir plus, consultez Euractiv.

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La France refuse de payer les pénalités pour erreur climatique

En 2020, la France aurait dû atteindre une part de 23% d’énergies renouvelables dans sa consommation totale d’énergie. Le gouvernement français s’y était déjà engagé en 2009 suite à une directive européenne. Cet objectif n’a pas été atteint. Le non-respect des directives de l’UE fait désormais peser la menace de “pénalités” – mais Paris refuse et entre en confrontation avec la Commission européenne, comme on peut le lire dans Le Monde. La France devrait acheter des parts d’énergies renouvelables aux pays qui ont dépassé leurs objectifs. Selon les estimations, les coûts s’élèveraient à environ 500 millions d’euros, selon la ministre de l’Energie Pannier-Runacher. Reste à savoir si la France est désormais menacée d’une procédure d’infraction devant la Cour de justice de l’UE.

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Malgré une baisse des émissions : L’objectif climatique de l’UE n’est pas en vue

Dans un nouveau rapport, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) prévoit que les émissions de l’UE auront certes baissé en 2022 par rapport à l’année précédente, mais que l’objectif de réduction de 55% par rapport à 1990 ne sera pas atteint en 2030. Les efforts consentis jusqu’à présent par les États membres dans le cadre de plus de 3.000 mesures différentes ne permettraient d’atteindre qu’une réduction de 43% des émissions. Si les mesures encore prévues sont mises en œuvre, une réduction de 48% serait possible – mais il y a tout de même un écart de sept points de pourcentage par rapport à l’objectif 2030. Jusqu’à présent, l’UE a émis 31% de gaz à effet de serre en moins qu’en 1990. L’année prochaine, les États membres devront soumettre de nouveaux plans nationaux pour l’énergie et le climat (PNEC). Selon l’AEE, ces plans sont essentiels pour atteindre les objectifs de protection du climat.

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Défis croissants pour le marché de l’électricité grâce aux énergies renouvelables

Même si le rythme de la protection du climat en Europe est trop lent, comme décrit ci-dessus, les énergies renouvelables pour la production d’électricité continuent de se développer. Cela pose de nouveaux défis au marché de l’électricité de l’UE, comme le souligne un rapport de l’AEE. En 2030, 42,5 % de l’électricité produite dans l’UE devrait provenir de sources renouvelables. Les États membres doivent désormais flexibiliser leurs systèmes électriques en raison de la fluctuation de l’alimentation en électricité et développer le transport transfrontalier de l’électricité.

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Les flux financiers européens continuent de réchauffer le climat

L’organisation ActionAid International a publié un nouveau rapport à l’occasion du lancement de la 28e conférence mondiale sur le climat à Dubaï. Il en ressort que les entreprises et les institutions financières basées dans l’UE sont responsables d’une grande partie des financements nuisibles au climat – bien que l’UE s’engage au niveau international pour de nouveaux flux financiers orientés vers la protection du climat. Ainsi, depuis l’accord historique de Paris, un total de 327 milliards de dollars américains aurait été injecté dans les pays en voie de développement pour financer des activités dans le domaine des combustibles fossiles et de l’agriculture industrielle, ce qui va à l’encontre de la protection du climat.

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Qui sont les plus gros pollueurs du système européen d’échange de quotas d’émission ?

Une nouvelle analyse de Carbon Market Watch montre que seules 30 entreprises européennes sont responsables de plus de la moitié des émissions du système européen d’échange de quotas d’émission (ETS). Dans le cadre du système ETS, les grandes entreprises industrielles et le secteur de l’énergie achètent aux enchères des droits d’émission. Ceux-ci sont progressivement réduits afin de parvenir à une réduction constante des gaz à effet de serre. Mais des droits d’émission gratuits sont également octroyés, ce qui permet aux entreprises industrielles de rester compétitives par rapport à leurs concurrentes hors de l’UE.

Le secteur de l’énergie est certes responsable de la majorité des émissions, mais il paie également pour ses droits d’émission. Les entreprises de secteurs tels que la production d’acier, de ciment ou de produits pétrochimiques reçoivent toutefois d’énormes quantités de droits d’émission gratuits. Par exemple, le géant de l’acier ArcelorMittal a reçu en 2022 des certificats d’émission gratuits d’une valeur de 3,7 milliards d’euros, tandis que le géant du ciment Heidelberg a reçu 1,9 milliard d’euros. L’organisation demande donc qu’à l’avenir, pour atteindre les objectifs climatiques, on ne distribue plus de droits de pollution gratuits et que toutes les entreprises paient.

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Allemagne

Une décision épique de la Cour constitutionnelle fédérale conduit l’Allemagne à la crise budgétaire

Le 15 novembre, la Cour constitutionnelle fédérale a décidé que les fonds non utilisés pour lutter contre la pandémie de Covid-19 ne pouvaient pas être réaffectés à la protection du climat. Le groupe parlementaire CDU/CSU avait porté plainte, car cela serait contraire à la Loi fondamentale et aux règles d’endettement qui y sont définies. Ces 60 milliards d’euros auraient dû être affectés au Fonds pour le climat et la transformation, qui devait financer différentes mesures de lutte contre la crise climatique – par exemple le financement de chauffages respectueux du climat ou des investissements dans l’infrastructure ferroviaire. Cela fait trébucher les négociations budgétaires et est considéré par l’opposition comme une “claque” pour le gouvernement fédéral. Il n’est pas possible de contracter de nouvelles dettes en raison du frein à l’endettement ancré dans la Loi fondamentale. Le gouvernement fédéral a donc dû revoir ses plans pour le prochain budget fédéral. Quatre semaines après le jugement, le chancelier Scholz, le vice-chancelier Habeck et le ministre des Finances Lindner se sont mis d’accord sur une nouvelle proposition. Les grands projets de transformation pour l’industrie devraient être maintenus comme prévu. Les associations sociales ont critiqué le fait que des économies seraient faites ailleurs, principalement au détriment des citoyens. Pour financer les dépenses, le prix national du CO2 pour le chauffage et le carburant sera augmenté et les subventions nuisibles au climat seront réduites dans une faible mesure. Des représentants de l’économie allemande, du marché financier et de la société civile allemande ont lancé un appel ouvert au gouvernement fédéral pour que le financement de la protection du climat et de la transformation soit assuré à long terme. Plus d’informations sur ZEIT Online, Tagesschau et une analyse détaillée sur Lage der Nation.

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Il faut davantage de protection du climat dans les bâtiments et les transports

La loi fédérale sur la protection du climat (KSG) stipule qu’en cas de non-respect des limites d’émission annuelles, des “programmes d’urgence” comprenant des mesures appropriées doivent être immédiatement adoptés afin que le secteur concerné retrouve le chemin du climat. Le secteur du bâtiment a déjà manqué trois fois de suite ses objectifs, le secteur des transports deux fois. Les ministères compétents ont certes défini des programmes d’urgence, mais ceux-ci sont insuffisants, comme l’a déjà souligné le Conseil d’experts pour les questions climatiques – un organe chargé d’examiner et de contrôler la mise en œuvre de la LCC – dans une expertise.

L’association allemande pour l’environnement et la protection de la nature (Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland) et l’association allemande pour l’aide à l’environnement (Deutsche Umwelthilfe) ont alors attaqué le gouvernement fédéral en justice et ont obtenu gain de cause : Les programmes d’urgence sont insuffisants et ne répondent pas aux exigences de la loi sur la protection du climat. Le gouvernement fédéral est désormais tenu d’apporter des améliorations immédiates et de présenter des mesures politiques supplémentaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le jugement peut toutefois encore être contesté par les ministères concernés et n’a donc pas encore force de loi. D’autres actions en justice, par exemple concernant le programme global de protection du climat 2023 du gouvernement fédéral, sont encore en attente. Là aussi, on doute que les mesures proposées répondent aux exigences du KSG. Pour en savoir plus, consultez ZDF ou RND.

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BMWK présente sa stratégie industrielle

Sur la voie de la neutralité climatique, il est indispensable que l’industrie allemande se décarbonise également pour atteindre un bilan net nul. Fin octobre, le ministère de l’Économie et de la Protection du climat (BMWK) a présenté sa nouvelle stratégie industrielle. Le ministre Habeck s’est clairement prononcé en faveur du maintien du site industriel à l’avenir. La stratégie décrit les défis de la transformation et propose des mesures pour assurer la pérennité de l’industrie à moyen et long terme.

Les associations environnementales comme le WWF déplorent que le système européen d’échange de quotas d’émission continue d’être considéré comme l’instrument phare de la transition. Dans l’ensemble, il manque un “grand ensemble”, selon l’organisation environnementale. Il faudrait notamment accélérer la suppression des subventions nuisibles au climat et lier les aides publiques à la transformation à des conditions. La Fédération de l’industrie allemande et la Chambre de commerce et d’industrie allemande critiquent le fait que les obstacles bureaucratiques devraient être réduits et que la compétitivité sur les marchés internationaux devrait être mieux garantie.

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De grands pas vers l’approvisionnement en hydrogène

Pour s’affranchir des combustibles fossiles, l’hydrogène est essentiel pour l’industrie lourde qui travaille à très haute température. Les plans du gouvernement fédéral pour le réseau central d’hydrogène ont été publiés mi-novembre. Ils visent à lancer la construction de conduites d’hydrogène dans le cadre de la transition énergétique. Il est prévu de reconstruire ou de construire plus de 9 700 kilomètres de réseau d’ici 2032, principalement pour alimenter les grandes entreprises industrielles qui dépendent de l’hydrogène et qui utilisent encore aujourd’hui des combustibles fossiles. L’importation d’hydrogène via la mer du Nord doit ainsi être assurée. Plus de la moitié du réseau doit être exploité par la transformation de conduites de gaz existantes. Les coûts totaux sont estimés à près de 20 milliards d’euros. Pour en savoir plus, consultez le Tagesschau et le Zeit Online ainsi que le site de la FNB.

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La crise climatique visible

Un quart de la population mondiale a souffert de la chaleur extrême l’année dernière

Au cours des 12 derniers mois, la température moyenne mondiale a été de 1,32 degré Celsius supérieure à la valeur de départ préindustrielle. Il s’agit de la température la plus chaude que notre planète ait connue depuis 125 000 ans. La majeure partie de ce réchauffement, environ 1,28 degré, est due à l’influence humaine. Les variations naturelles causées par des processus météorologiques tels qu’El Niño y ont beaucoup moins contribué.

Une personne sur quatre a été exposée à des vagues de chaleur extrêmes, persistantes et dangereuses l’année dernière. En Afrique, les conditions météorologiques extrêmes ont tué au moins 15 000 personnes en 2023. Plus sur Climate Central report, Carbon Brief, Copernicus Climate Change Service bulletin, Nature (paywall).

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La fonte des glaciers du Groenland et de l’Antarctique s’accélère considérablement

Groenland

Les glaciers du Groenland rétrécissent aujourd’hui deux fois plus vite que dans les années 1980, comme le montre une nouvelle étude publiée dans Nature Climate Change. Depuis 2000, les températures dans l’Arctique ont également augmenté deux fois plus vite que la température moyenne mondiale.

Les glaciers périphériques des montagnes côtières ont reculé deux fois plus vite entre 2000 et 2021 qu’avant le début du siècle, selon une étude publiée dans Nature Climate Change. La glace qui fond dans la mer depuis le Groenland est l’un des facteurs qui contribuent le plus à l’élévation du niveau de la mer dans le monde. Les glaciers périphériques constituent un système d’alerte précoce pour le reste de la neige et de la glace du Groenland. Ces glaciers ne représentent qu’environ 4% de la couverture glaciaire totale du Groenland, mais sont responsables d’environ 14% de la perte de glace sur l’île. Cela pourrait changer si la calotte glaciaire elle-même devenait instable.

La côte nord du Groenland est soutenue par des plateformes de glace flottantes qui empêchent les glaciers appartenant à l’inlandsis de s’écouler dans l’océan Arctique. Selon une autre étude publiée dans Nature Communications, le volume de ces plateformes glaciaires a diminué de plus de 35% depuis 1978. La glace fond principalement par le bas à mesure que l’océan se réchauffe. Trois plateformes de glace au nord du Groenland se sont déjà presque entièrement effondrées, toutes au cours des 20 dernières années. Après cette fonte, la perte de glace du glacier derrière la plate-forme a plus que doublé. Plus d’informations sur Spektrum, NY Times (Paywall), Coastal Care.

Antarctique occidental

L’Antarctique est presque deux fois plus grand que l’Australie. De nouveaux résultats de recherche indiquent que le continent se réchauffe deux fois plus vite que ce qu’indiquaient jusqu’à présent les modèles climatiques utilisés dans les rapports climatiques de l’ONU. Le courant marin profond de l’Antarctique, qui influence le climat tout autour du globe, ralentit déjà en raison de la fonte des eaux. Cet effet pourrait s’accentuer dans les décennies à venir.

L’ampleur de la fonte qui se produira au cours de ce siècle n’est désormais plus sous le contrôle de l’humanité, selon une nouvelle étude publiée dans Nature Climate Change. Les chercheurs ont utilisé un modèle informatique à haute résolution de la mer d’Amundsen pour effectuer l’évaluation la plus complète à ce jour du réchauffement dans cette région. Leurs résultats indiquent qu’une fonte importante de l’Antarctique occidental est garantie au cours de ce siècle, quelle que soit la vitesse à laquelle le monde renonce aux combustibles fossiles qui alimentent le changement climatique. L’analyse montre que la banquise flottante de la mer d’Amundsen fondra trois fois plus vite au cours de ce siècle qu’au siècle dernier. Comme au Groenland, la perte de cette glace signifie que les calottes glaciaires sur terre peuvent glisser plus rapidement dans l’océan.

La calotte glaciaire de l’Antarctique occidental perd environ 80 milliards de tonnes de glace par an. Certains indices du passé laissent penser que la rupture de l’Antarctique pourrait être beaucoup plus rapide que prévu et plus sporadique et violente que régulière et prévisible. L’Antarctique occidental contient suffisamment de glace pour faire monter le niveau de la mer jusqu’à 5 mètres. Mais nous ne savons pas quelle quantité va fondre et à quelle vitesse. Plus d’informations sur SRF, Klimareporter, Guardian, Tages-Anzeiger (paywall), The Conversation.

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Menace des forêts par les incendies et les sécheresses

Canada

Au Canada, les incendies de forêt ont brûlé cette année une surface presque quatre fois plus grande que celle de la Suisse (plus de 180’000 km2 ).  Près de 1,5 milliard de tonnes de CO2  ont été libérées- plus que les émissions du Canada et de l’Allemagne réunies. En raison de décennies de déforestation industrielle à grande échelle, d’une mauvaise gestion des forêts et du réchauffement climatique, les forêts émettent désormais 180 millions de tonnes de CO2  chaque année depuis le début des années 2000, au lieu de l’absorber et de le stocker, comme le montre une nouvelle analyse inquiétante. Bien que le Canada se présente volontiers comme un pays vert et respectueux de l’environnement, il continue de miser sur le développement de l’industrie fossile : il construit des pipelines, se moque de l’idée de laisser les combustibles fossiles dans le sol et arrête régulièrement les activistes climatiques. Plus d’informations sur SRF et Spektrum.de.

Amazonie

La forêt amazonienne, par laquelle transite un cinquième de l’eau douce mondiale, souffre d’une énorme sécheresse qui dure depuis des années. Depuis le début de l’année, des incendies de forêt ont ravagé plus de 46’000 km2 de l’Amazonie, une surface plus grande que la Suisse. L’air est devenu dangereux pour la santé de millions de personnes en raison des gigantesques dégagements de fumée et, parallèlement, les grands fleuves s’assèchent à une vitesse record. Les conditions plus sèches accélèrent à leur tour la destruction de la forêt tropicale la plus grande et la plus riche en espèces du monde. Plus d’informations sur MSN et le New York Times (paywall).

Toundra arctique

De nouvelles recherches indiquent que la toundra arctique, qui était un puits de carbone, est en train de devenir une source d’émissions de méthane. Lorsque le pergélisol dégèle, le carbone fixé dans le sol peut s’échapper dans l’atmosphère sous forme de méthane. Des études ont montré que la probabilité de points chauds de méthane augmente d’environ 30 % dans les endroits où des incendies de forêt se sont déclarés au cours des 50 dernières années. Cette probabilité passe à près de 90% lorsque le feu est adjacent à l’eau. Plus d’informations sur Environmental Research.

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Nouvelles de la science du climat

CO2 concentration aussi élevée qu’il y a 3 millions d’années

Selon l’Organisation météorologique mondiale, la concentration de CO₂ dans l’atmosphère a atteint 417,9 ppm (parties par million – particules de CO₂ par million de particules) en 2022. La concentration est désormais 50% plus élevée que le niveau préindustriel. Des concentrations de CO₂ aussi élevées ont été observées pour la dernière fois il y a trois à cinq millions d’années. La température moyenne mondiale était alors de deux à trois degrés plus élevée et le niveau de la mer était de 10 à 20 mètres plus haut. Plus dans le Süddeutsche (paywall).

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Nous explosons notre budget CO 2

Une nouvelle étude publiée dans Nature sur l’objectif de 1,5 degré part du principe que le budget CO2 lié à la consommation n’est que de moitié environ par rapport aux estimations précédentes. La nouvelle étude utilise des données plus récentes et des modèles améliorés. Si nous voulons que le réchauffement climatique ne dépasse pas 1,5 degré, avec une probabilité de 50%, l’humanité ne peut plus émettre que 247 milliards de tonnes de CO₂. Ensuite, les émissions devront avoir diminué jusqu’à un niveau net de zéro. Au niveau mondial, environ 40 milliards de tonnes de CO2 sont actuellement émises chaque année, et la tendance est toujours à la hausse. Cela signifie que le budget restant sera épuisé dans environ six ans. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall), la BBC et le NY Times (paywall).

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Une nouvelle étude montre que le climat est probablement beaucoup plus sensible

Le Dr James Hansen est synonyme de science du climat. Sa déclaration devant le Congrès américain en 1988 a attiré l’attention du public sur ce sujet à l’époque. Son dernier document part du principe que le climat est beaucoup plus sensible au CO2 qu’on ne le pensait jusqu’à présent. Le document présente plusieurs aspects.

Sensibilité climatique : La sensibilité climatique est une estimation de l’ampleur du réchauffement de la planète si la teneur en CO2 de l’atmosphère doublait par rapport à la moyenne préindustrielle. Actuellement, l’atmosphère contient presque exactement 50 % de CO en plus. Pendant des décennies, l’estimation centrale était de trois degrés Celsius ; cela signifie qu’un doublement de la teneur en CO2 entraîne un réchauffement de trois degrés. Hansen et ses co-auteurs ont maintenant calculé, sur la base de nouvelles données, un réchauffement de 4,8 degrés Celsius.

Accélération de la crise : En outre, les auteurs constatent une accélération du réchauffement. Certains autres scientifiques ont remis en question cette affirmation, d’autres, dont les auteurs d’un rapport faisant autorité sur l’état du climat, ont également constaté une accélération.

Meilleure qualité de l’air = plus de réchauffement climatique : dans le monde entier, la qualité de l’air s’est nettement améliorée depuis de nombreuses années grâce à une réglementation plus stricte. C’est une bonne chose, car les polluants atmosphériques tuent chaque année des millions de personnes. Mais une partie des particules fines refroidit le climat : elles bloquent le rayonnement solaire, ce qui neutralise une partie du réchauffement que nous provoquons. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime le refroidissement à environ 0,5 degré Celsius en moyenne. Hansen et ses collègues donnent une estimation nettement plus élevée. Les aérosols pourraient refroidir la planète de 1,5 degré Celsius. Si la pollution atmosphérique et donc la teneur en particules fines diminuent, le monde se réchauffe d’autant plus vite. Plus l’influence de ces particules est grande, plus les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites de manière drastique pour stabiliser la température globale.  “Nous espérons avoir tort”, a commenté l’un des coauteurs de l’étude. Plus d’informations dans le Guardian, Insideclimatenews. Le Dr Hansen et ses co-auteurs ont tenu une conférence de presse au cours de laquelle ils ont expliqué en détail les résultats de l’étude.

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Les plus riches sont les principaux responsables du changement climatique

Les 1% les plus riches du monde sont responsables de plus d’émissions de CO2 que les 66% les plus pauvres. Leurs émissions proviennent de super yachts, de jets privés, de villas, de vols spatiaux ainsi que d’investissements dans des entreprises qui extraient des combustibles fossiles. Un nouveau rapport d’Oxfam estime que les émissions produites par les 1 % les plus riches en 2019 pourraient suffire à causer la mort de 1,3 million de personnes en raison de la chaleur entre 2020 et 2100.

Mais il n’y a pas que les super-riches. Nous en faisons aussi partie. Les 10 % les plus riches sont responsables de la moitié de toutes les émissions mondiales et sont donc la clé pour mettre fin à la crise climatique. Parmi les 10 % les plus riches du monde, on trouve la plupart des classes moyennes des pays industrialisés, c’est-à-dire tous ceux qui gagnent plus de 40 000 USD par an. Plus d’informations dans le Guardian ici, ici et ici et sur SRF.

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Des médecins et des climatologues mettent en garde

Dans la revue “BioScience”, des scientifiques ont une fois de plus publié un cri d’alarme. La publication culmine avec l’avertissement que vers la fin de ce siècle, la patrie de trois à six milliards d’êtres humains pourrait être rendue pratiquement inhabitable par des vagues de chaleur et le manque de nourriture. Les auteurs considèrent que les valeurs extrêmes de l’année 2023 font partie d’une série de 35 “signes vitaux” de la Terre. De même, le InterconnecteInterconnected  Disaster  Risks  report 2023 de l’Université des Nations Unies conclut que le monde se dirige rapidement vers des points de basculement à plusieurs endroits.

Le rapport 2023 du Lancet examine les relations entre la santé et le changement climatique dans cinq domaines clés et fournit l’évaluation la plus récente de ces relations. Parallèlement, les professionnels de la santé ont publié un éditorial commun dans plus de 200 revues médicales en octobre. Ils y appellent à reconnaître que le changement climatique et la perte de biodiversité sont indissociables et doivent être abordés ensemble. C’est la seule façon de préserver la santé humaine et d’éviter une catastrophe mondiale. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) doit déclarer l’urgence sanitaire mondiale. Il s’agit du niveau d’alerte le plus élevé de l’OMS, qui ne s’applique actuellement qu’à la menace de la poliomyélite. Plus dans le Guardian ici et ici , l’ONU, ZDF, Spektrum et Süddeutsche Zeitung.

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De nouveaux rapports de l’ONU révèlent d’énormes lacunes dans la protection du climat

Les trois nouveaux rapports d’écart de l’ONU mettent en évidence les lacunes dramatiques qui doivent être comblées dans la protection du climat.

Rapport sur l’écart des émissions

Le rapport Emissons Gap du PNUE classe les mesures prises dans le monde l’année dernière pour lutter contre le changement climatique. Il conclut que, bien que certains progrès aient été réalisés, le monde est toujours en train de se diriger vers un réchauffement d’environ 2,7 °C d’ici 2100. Selon le rapport, le monde est également sur le point de dépasser l’objectif de 1,5 °C fixé par l’accord de Paris. Pour en savoir plus, consultez Carbon Brief et Klimareporter.

Rapport sur l’écart de production
Rapport sur l’écart d’adaptation

Les conséquences du réchauffement climatique dans le monde sont indéniables et les coûts augmentent rapidement. Le rapport Adaptation Gap Report du PNUE évalue dans un nouveau rapport le coût des dommages causés par le changement climatique. La conclusion est décevante. Les financements internationaux pour la protection contre les vagues de chaleur, les inondations et les sécheresses ne représentent que 5 à 10 % des besoins actuels et ont même diminué ces dernières années, alors que les phénomènes météorologiques extrêmes ne cessent d’augmenter. Le professeur Saleemul Huq, éminent chercheur en adaptation décédé en octobre, a résumé la situation mondiale en ces termes : “Nous sommes désormais dans l’ère des pertes et des dommages causés par le changement climatique. Chaque jour, chaque semaine, chaque mois et chaque année, la situation va s’aggraver partout à partir de maintenant. Chaque pays sera affecté, et chaque pays est, dans une certaine mesure, non préparé”. Plus sur SRF, Guardian, New York Times (paywall).

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Les poissons : les protecteurs cachés du climat

Pour finir, une chose étonnante : les poissons mésopélagiques, qui vivent dans les océans entre 200 et 1.000 mètres de profondeur environ, apportent une contribution importante, encore trop peu étudiée, au stockage du carbone. Chaque jour, environ 90 % de tous les poissons (en poids) de l’océan migrent des profondeurs vers la surface pour se nourrir. Ce faisant, ils consomment d’énormes quantités de plancton. Ils le digèrent et le rejettent en profondeur, où il tombe au fond de l’océan et se fixe dans les sédiments. Les scientifiques veulent maintenant découvrir combien de carbone ces poissons stockent avant que ces zones plus profondes ne soient également victimes de la pêche. Plus d’informations dans Hakei Magazine.

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Actif contre le désespoir

“L’avenir est fait de courage”, écrit Ronja von Wurmb-Seibel dans son livre “Wie wir die Welt sehen – Was negative Nachrichten mit unserem Denk machen und wie wir sich befreit davon” (2022). Pour que vous ne soyez pas complètement abattus par toutes ces mauvaises nouvelles, nous voulons désormais terminer notre journal climatique par une rubrique contre le désespoir. Vous y trouverez des conseils contre le blues climatique et des informations sur la manière dont vous pouvez vous engager.

En bonne compagnie

Et ils sont très nombreux à s’engager. Le journal en ligne Republik a par exemple lancé une nouvelle initiative pour le climat : Republik – Challenge accepted : La crise climatique est là. La situation est grave. Ensemble, nous nous penchons sur la question : Comment sortir de cette crise ? De manière curieuse, critique et constructive. Avec des articles, des débats, des événements en continu.

https://www.republik.ch/challenge-accepted

Devenir actif

En ce moment, les initiatives populaires suisses suivantes sont en cours.

Merci et meilleures salutations de la part d’Anja et Thomas !

N’hésite pas à faire suivre le journal climatique. Si tu n’es pas encore sur la liste de distribution, tu peux t’abonner ici : https://bit.ly/Klimazeitung

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Suisse

Les citoyens ont également voté pour la loi sur le climat

Mi-juin, la loi sur la protection du climat, le contre-projet indirect à l’initiative sur les glaciers, a été acceptée par 59% des votants. L’analyse Vox de l’institut de recherche GFS Berne montre que la loi a désormais également été approuvée par la majorité des électeurs proches du PLR (66%) et du centre (64%). Dans les milieux du centre et du PLR, le besoin urgent d’agir dans le domaine de la protection de l’environnement et du climat a été une raison fréquente de voter oui. Avec 42,5 %, la participation a été nettement plus faible qu’en 2021 lors de la votation sur la loi CO2 (59,7 %), qui avait été rejetée. Selon GFS Bern, la participation était surtout nettement plus faible chez les personnes qui se positionnent à droite, voire à l’extrême droite. Plus d’informations sur srf.ch.

La mise en œuvre de la loi sur la protection du climat pourrait toutefois être retardée. Le conseiller fédéral Rösti ne veut pas que la loi sur la protection du climat entre en vigueur avant 2025, ce que critiquent les initiateurs de l’initiative sur les glaciers. Ils estiment que l’ordonnance nécessaire pourrait déjà être adoptée d’ici avril 2024. Celle-ci doit notamment concrétiser la manière dont les subventions pour le remplacement des chauffages fossiles et le développement de nouvelles technologies seront versées. Plus d’informations dans le Blick.

Dans le magazine du Tages-Anzeiger (paywall), Marcel Hänggi, co-initiateur de l’initiative pour les glaciers et membre de l’équipe de campagne pour la loi sur la protection du climat, écrit sur sa rencontre avec le conseiller national UDC Michael Graber, qui a dirigé la campagne du non. Il y expose à quel point leurs points de vue divergent sur des faits fondamentaux concernant le changement climatique, mais reconnaît néanmoins des points communs.

Le Conseil des Etats est découragé par la loi sur le CO2

Dans le cadre de la loi sur le CO2 , le Conseil des Etats se contente d’incitations pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Il renonce à des interdictions et à des taxes plus élevées pour atteindre l’objectif. C’est ce que le Conseil fédéral avait déjà proposé dans son message sur la loi. Après le non de justesse à la loi sur le CO2 en 2021, le Conseil fédéral a misé sur une protection du climat aussi indolore que possible, avec des subventions et des incitations.

Le Conseil des Etats a fait de nouvelles concessions par rapport à la proposition du Conseil fédéral (voici les mesures en détail). Ainsi, un tiers de la réduction de CO2 devrait être atteint avec des certificats de protection climatique à l’étranger. Le Conseil fédéral avait proposé un plafond de 25%. Diverses études montrent que ces projets n’ont généralement que peu ou pas d’effet. Le site Tages-Anzeiger (paywall) calcule que la part qui devrait être compensée à l’étranger est même d’environ 60% si l’on ne considère que les années 2025 à 2030, c’est-à-dire la durée de validité de la nouvelle loi sur le CO2 .

Le Conseil des Etats veut également moins de protection climatique sur d’autres points. Ainsi, les voitures nouvellement immatriculées en 2030 pourront émettre à hauteur de 45% des émissions de gaz à effet de serre de 2021. La commission consultative avait demandé une réduction de 75%, le Conseil fédéral de 55%. Le Programme Bâtiments devrait ainsi disposer de moins d’argent provenant de la taxe sur le CO2 . En outre, il est prévu de renoncer à la promotion des stations de recharge pour les voitures électriques dans les immeubles collectifs et les entreprises. Plus d’informations sur srf.ch, Tages-Anzeiger, Wochenzeitung (paywall) et nau.ch.  Le magazine en ligne Lamm explique la loi CO2 dans une série de podcasts en trois parties.

La proposition du Conseil des Etats suscite des critiques. Dans le Blick, Reto Knutti, chercheur en climatologie à l’ETHZ, prévient que les mesures approuvées par le Conseil des Etats ne permettront pas d’atteindre les objectifs climatiques à long terme. L’association économique swisscleantech critique également les mesures décidées par le Conseil des Etats, les jugeant insuffisantes. Selon elle, le Conseil mise sur des compensations à l’étranger, alors que la population a accepté en juin la loi sur la protection du climat. L’association demande au Conseil national, qui va maintenant considérer la loi, de fixer un objectif national et de renforcer l’incitation par une augmentation progressive de la taxe CO2 sur les combustibles.

Alors que le Conseil des Etats veut renoncer aux interdictions, les cantons misent sur cet instrument : selon le Tages-Anzeiger, ils veulent interdire les nouveaux chauffages à énergie fossile au plus tard à partir de 2030. C’est ce que propose la Conférence des directeurs cantonaux de l’énergie (EnDK). Cette mesure fait partie d’une révision globale des modèles de prescriptions énergétiques pour les cantons.

Critique croissante des compensations de CO2

Alors que le Conseil des Etats mise davantage sur les compensations à l’étranger dans le cadre de la loi sur le CO2 , les critiques à l’encontre de cet instrument se multiplient. Des chercheurs de l’ETH reprochent à la Suisse d’encourager des échecs connus en matière de développement afin d’atteindre ses objectifs climatiques. Ils examinent un programme dirigé par la Suisse au Malawi, en Afrique du Sud-Est, qui implique des installations de biogaz chez des producteurs laitiers. Celles-ci doivent transformer le fumier de vache en biogaz, qui peut être utilisé pour la cuisson ou la production d’électricité. Les émissions ainsi économisées peuvent être créditées à la Suisse. La Suisse a conclu des accords similaires à celui avec le Malawi avec plus de dix autres pays, dont le Pérou, le Ghana, le Sénégal et le Vanuatu (voir ici la liste complète). Les chercheurs mettent en garde contre le fait que de telles installations de biogaz sont encouragées depuis des années par de nombreuses organisations, alors qu’elles tombent en panne après peu de temps dans la majorité des cas. Elles manquent d’eau, de ressources, ou de savoir-faire pour les exploiter et les entretenir. Plus d’informations à ce sujet dans la NZZ (paywall).

2023 ne sera probablement pas une élection climatique

Il y a quatre ans, les Verts et les Vert’libéraux ont gagné ensemble 26 sièges supplémentaires a Conseil national et au Conseil des Etats. Cela ne se reproduira pas le 22 octobre, lorsque les élections fédérales auront lieu. Selon le baromètre électoral de la RTS publié le 11 octobre, l’UDC (2,5 points de pourcentage) et le PS (1,5) gagnent du terrain. Les Verts (-3,5), les Vert’libéraux et le PLR (1 point chacun) perdront des voix. Les 32’000 personnes interrogées ont cité les primes d’assurance maladie (51%), le changement climatique (36%) et l’immigration (35%) comme les trois principaux défis politiques. Le sondage électoral réalisé par Tamedia à la mi-septembre a dressé un tableau similaire. Selon l’analyse de la NZZ (paywall), la répartition des sièges au Conseil national et au Conseil des Etats n’entraînera toutefois qu’un changement relativement léger vers la droite.

En 2019, quelque 100’000 personnes ont participé à la manifestation pour le climat à Berne juste avant les élections. Cette année, fin septembre, ils étaient environ 60’000 à réclamer davantage de protection du climat. En vue des élections, l’Alliance pour le climat, qui a organisé la manifestation, a exigé “un parlement qui prenne la crise climatique au sérieux”. Plus d’informations sur srf.ch.

La Fondation suisse de l’énergie (Schweizerische Energie-Stiftung, SES) a analysé les positions des six principaux partis en matière de politique énergétique. A l’exception de l’UDC, le tournant énergétique a été adopté par tous les partis. La SES constate toutefois l’absence de certains thèmes dans les programmes électoraux et les prises de position des partis. Ainsi, les partis ne se prononcent ni sur le démantèlement du réseau de gaz fossile ni sur un calendrier contraignant de fermeture des centrales nucléaires. Les Verts sont également le seul parti à miser sur la suffisance pour atteindre les objectifs climatiques.

Décret manteau : plus d’énergie renouvelable et de pression sur l’environnement

Lors de la session d’automne, le Conseil national et le Conseil des Etats se sont mis d’accord sur l’acte modificateur unique (loi fédérale sur la sécurité de l’approvisionnement en électricité grâce aux énergies renouvelables). Des objectifs contraignants de développement des énergies renouvelables sont ainsi fixés. Les nouvelles énergies renouvelables, principalement le solaire et l’éolien, doivent fournir 35 térawattheures (TWh) par an d’ici 2035, et 45 TWh d’ici 2050. Actuellement, les besoins annuels en électricité de la Suisse s’élèvent à 60 TWh. En contrepartie, la pression exercée sur la nature va augmenter. Dans les régions qui se prêtent à l’exploitation de l’énergie solaire et éolienne, les installations énergétiques devront avoir la priorité sur la protection de l’environnement et d’autres intérêts nationaux. La protection des biotopes d’importance nationale sera affaiblie par des dispositions d’exception, concrètement sur les tronçons à débit résiduel dans les zones alluviales protégées à l’échelle nationale et sur les contreforts des glaciers.

Les députés se sont également mis d’accord sur les deux points qui ont fait l’objet de divergences jusqu’à la fin : le débit résiduel et l’obligation d’installer des panneaux solaires. L’obligation de l’énergie solaire pour les nouvelles constructions a été rejetée, seuls les grands toits et les façades devront à l’avenir être équipés de panneaux solaires. Le PS et les Verts s’étaient engagés en vain en faveur d’une obligation générale d’installer des panneaux solaires sur les toits et les façades des nouvelles constructions et des rénovations de grande échelle. Les centrales hydroélectriques ne pourront réduire les débits résiduels qu’en cas de menace de pénurie d’électricité.

Pour parvenir à un compromis, le PBD comme la gauche ont dû faire des concessions. Le conseiller national du centre Nicolo Paganini a bien résumé l’ambiance : “A la fin des négociations, personne n’est malheureux, mais personne n’est non plus totalement satisfait”. Plus d’informations sur srf.ch, le Tages-Anzeiger, la NZZ (paywall) et la Wochenzeitung.

L’association économique swisscleantech salue le fait que le Parlement ait “posé les jalons d’un approvisionnement en électricité sûr et renouvelable”. La Fondation suisse de l’énergie (SES) soutient également la loi, mais regrette les reculs en matière de protection de la nature.

Une centrale à accumulation mentionnée dans l’acte modificateur unique fera l’objet de discussions : le projet Gornerli près de Zermatt. Avec 14 autres installations, il devrait permettre de disposer de plus d’électricité en hiver. La Fondation pour la protection du paysage a déjà annoncé dans la NZZ (paywall) qu’elle combattrait par tous les moyens ce projet qui empiéterait sur l’une des dernières zones glaciaires intactes.

L’Alliance Nature & Paysage Suisse veut lancer un référendum contre l’acte modificateur unique. Hans Weiss, ancien directeur de la Fondation pour la protection et l’aménagement du paysage, et Philippe Roch, ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, sont les membres fondateurs de la nouvelle organisation. Ils ont jusqu’au 18 janvier pour récolter 50 000 signatures. L’alliance critique le fait que le décret manteau viole la Constitution. L’intérêt public de la protection du paysage serait à l’avenir moins important que la construction de grandes installations de production d’électricité. Ils se sont appuyés sur les déclarations du professeur Alain Griffel, spécialiste du droit public à l’université de Zurich – un portrait de lui dans la NZZ am Sonntag (paywall). Les grandes organisations de protection de la nature ne veulent pas soutenir le référendum.

Électricité solaire : une initiative, de nouveaux projets et un refus du Valais

Les Verts veulent introduire l’obligation d’installer des panneaux solaires, à laquelle le Parlement a renoncé dans l’acte modificateur unique, par le biais d’une initiative populaire. L’initiativesolaire” lancée en août exige qu’un an après son adoption, des modules PV soient installés sur les nouvelles constructions et les rénovations de toitures. Après 15 ans, une installation solaire doit également être installée sur les maisons existantes en Suisse. Font exception les cas où l’installation est incompatible avec la protection des monuments ou disproportionnée pour d’autres raisons. Selon le Tages-Anzeiger (paywall), le PS soutient la proposition.

L’Association des entreprises électriques suisses (AES) a compilé le fait que 36 installations solaires alpines sont déjà prévues (état fin août). Elles veulent toutes profiter des fonds fédéraux du “Solar-Express”. Selon le Tages-Anzeiger (paywall), Axpo veut créer un parc solaire à Hoch-Ybrig, dans le canton de Schwyz. Sur une surface de 12 terrains de football, 12 gigawattheures d’électricité devraient être produits chaque année, ce qui correspond à la consommation de 2600 ménages. Les services industriels d’Interlaken étudient une installation solaire nettement plus grande sur le lac de Brienz : pour produire environ 100 gigawattheures d’électricité solaire, il faudrait installer des modules photovoltaïques flottants sur une surface de 250 terrains de football, écrit le Berner Zeitung (paywall). A Meiringen-Hasliberg, le fournisseur d’énergie bâlois IWB prévoit, selon le Berner Zeitung, une installation qui devrait fournir de l’électricité à 4500 ménages. Et à Savognin GR, l’EWZ veut construire une installation pour fournir de l’électricité à 20 000 foyers, selon le Tages-Anzeiger (paywall).

Les premiers projets ont entre-temps reçu l’accord des communes d’implantation. Selon le Tages-Anzeiger, une courte majorité des électeurs de Scuol (GR) a approuvé le projet d’installation solaire alpine “ScuolSolar”. L’installation, dont le coût s’élève à 100 millions de francs, doit fournir de l’électricité à 20 000 ménages. A Poschiavo (GR), les électeurs se sont également prononcés de justesse en faveur d’une installation au col de la Bernina. Là aussi, 20 000 ménages devraient bénéficier d’une production d’électricité solaire. Les associations de protection de l’environnement s’opposent au projet, qui se situe entre un marais d’importance nationale et une réserve naturelle nationale. Entre-temps, les deux entreprises d’électricité Repower et EWZ, qui avaient d’abord manifesté leur intérêt, se sont retirées. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall) et dans la NZZ (paywall).

Le refus de l’électorat valaisan d’accélérer les autorisations pour les grandes centrales solaires alpines a fait les gros titres et suscité de nombreuses discussions. Les Verts avaient lancé un référendum contre la loi adoptée par le parlement cantonal. Cette votation était un premier test pour le “Solar-Express” décidé au pas de charge par le Parlement. Le non indique que beaucoup craignent la construction de centrales solaires dans un environnement montagneux intact, sans qu’il soit possible de déposer des recours.

Le non valaisan à la loi sur l’énergie solaire a été l’occasion pour les partisans de l’énergie nucléaire d’exiger une prolongation de la durée de vie des installations existantes ainsi que la construction de nouvelles centrales. Plus d’informations à ce sujet dans le Tages-Anzeiger (ici et ici), la NZZ (paywall) et la Wochenzeitung.

A propos de l’énergie nucléaire : une étude de l’ETHZ sur l’approvisionnement en électricité de la Suisse, commandée par l’association économique Economiesuisse, a suscité le débat. L’étude se base sur l’hypothèse que d’ici 2025, les énergies solaire et éolienne fourniront environ 30% de moins que ce qui a été estimé par les politiques. Pour la NZZ (paywall), l’étude montre que l’approvisionnement en électricité sera d’autant plus avantageux, stable et sûr que les quatre centrales nucléaires existantes fonctionneront longtemps. La tendance de l’étude est également positive en ce qui concerne la construction d’une nouvelle centrale nucléaire. Dans le Tages-Anzeiger (paywall), Christian Schaffner, coauteur de l’étude, est en désaccord. Dans les scénarios étudiés, le développement des énergies renouvelables, en particulier du photovoltaïque, est le pilier central. La construction d’une nouvelle centrale nucléaire serait la variante la plus chère et comporterait de grandes incertitudes quant aux coûts de construction et au calendrier.

Critique des centrales de réserve fossiles

Le Conseil fédéral veut qu’en plus des centrales hydroélectriques, de nouvelles centrales de réserve, des groupes électrogènes de secours et des installations de couplage chaleur-force puissent participer à la réserve d’électricité. La loi sur l’approvisionnement en électricité doit être adaptée en conséquence ; la consultation à ce sujet est ouverte jusqu’au 20 octobre 2023. La Fondation suisse de l’énergie (SES) et le WWF rejettent les adaptations proposées. Les deux ONG critiquent le fait que le Conseil fédéral se concentre sur l’extension des centrales électriques fossiles et qu’avec le projet de loi, il ouvre la porte à l’exploitation de ces centrales. La crise climatique ne permet pas d’investir davantage dans l’infrastructure énergétique fossile. De plus, la Suisse dispose déjà aujourd’hui d’une énorme puissance de réserve sans centrales fossiles de réserve. La SES et le WWF critiquent en outre le fait que le Conseil fédéral veuille renoncer aux ventes aux enchères pour réduire la consommation. L’association energie-wende-ja rejette également la révision et critique le fait que des investissements soient ainsi réalisés pour des capacités de réserve non nécessaires. Les moyens financiers pourraient être utilisés de manière plus appropriée pour le développement de la production d’électricité renouvelable et des technologies et capacités de stockage, dont le besoin est urgent.

Des milliards pour l’extension des autoroutes

Le réseau autoroutier suisse doit être développé à hauteur de 5,3 milliards de francs. Le Parlement s’est mis d’accord sur ce point lors de la session d’automne. L’A1 doit être élargie à huit voies entre Berne-Wankdorf et Schönbühl (BE), à six voies entre Schönbühl et Kirchberg (BE) et entre Le Vengeron (GE) et Nyon (VD). Des tunnels autoroutiers seront en outre construits à Saint-Gall, Schaffhouse et Bâle. Les partisans ont soutenu que cela permettrait d’éviter les embouteillages. Une minorité a évoqué en vain les résultats de la recherche sur la mobilité, selon laquelle la conduite automobile devient plus attrayante à court terme grâce à des capacités supplémentaires. Mais par la suite, davantage de personnes utiliseraient la voiture, ce qui provoquerait à nouveau des embouteillages. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall) et dans la NZZ (paywall).

L’Association Transports et Environnement (ATE) et l’association Umverkehr ont lancé un référendum contre l’extension des autoroutes. L’extension est obsolète et trop chère. Ils estiment qu’après l’approbation de la loi sur la protection du climat, il convient plutôt de marquer un temps d’arrêt dans la construction routière. Le délai pour récolter 50’000 signatures pour le référendum s’étend jusqu’au 18 janvier 2024. Plus d’informations sur watson.ch.

Un autre tronçon de l’A1 sera élargi à six voies à partir du printemps 2024 : celui entre Luterbach et Härkingen dans le canton de Soleure. En 2015, le Conseil fédéral avait fixé les conditions de l’élargissement. En décembre 2020, le Département des transports a rendu une décision d’approbation des plans, ce qui correspond à une autorisation de construire. Des recours ont été déposés auprès du Tribunal administratif fédéral, qui les a rejetés ou n’en a accepté qu’une partie, comme l’a indiqué l’Office fédéral des routes (OFROU).

Le principe de transparence des coûts ne s’applique pas au trafic routier, comme l’a montré une nouvelle fois un débat au Grand Conseil zurichois. Il y a onze ans, un député GLP avait demandé par le biais d’une initiative parlementaire que la transparence des coûts soit appliquée au trafic routier. L’intervention a été clairement rejetée, comme l’écrit la NZZ (paywall). Les nouveaux calculs de l’Office cantonal de la mobilité sur les coûts externes du trafic routier n’ont rien changé. Rien que dans le canton de Zurich, les dommages climatiques et environnementaux, les atteintes à la santé, les pertes de récoltes dans l’agriculture ainsi que les dommages aux bâtiments représentent un peu plus de 1,2 milliard de CHF de coûts non considérés. Si ces coûts étaient répercutés sur les taxes de circulation, comme le demandait l’initiative, l’impôt sur les véhicules à moteur passerait de 400 francs en moyenne par voiture aujourd’hui à 2000 francs par an.

Températures record et recul des glaciers

L’été 2023 a été en Suisse le cinquième plus chaud depuis le début des mesures en 1864. La moyenne des températures de juin à août a été supérieure de 1,6 °C à la norme 1991-2020 dans l’ensemble du pays, comme le constate MétéoSuisse dans son bulletin climatique. Par rapport à la période préindustrielle 1871-1900, des températures supérieures de 2,3 °C ont été mesurées en été. Ce qui est frappant, c’est l’accumulation d’étés chauds ces dernières années : 2015, 2017, 2018,2019, 2022 et maintenant 2023.

L’automne a également commencé beaucoup trop chaud : le mois de septembre a été le plus chaud en Suisse depuis le début des mesures, écrit MétéoSuisse. La moyenne nationale était de 14,3 °C. C’est 3,8 °C de plus que la norme 1991-2020. Les spécialistes du climat parlent d’un saut quantique. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et sur srf.ch. Un temps anticyclonique ensoleillé et persistant durant la première moitié du mois de septembre a contribué à ce résultat; plus d’informations sur ce fameux anticyclone Omega dans le Tages-Anzeiger (paywall).

Cette année encore, les températures records ont eu raison des glaciers. En 2023, ils ont perdu 4% de leur volume, comme le montrent les derniers chiffres de la Commission suisse pour l’observation de la cryosphère. Il s’agit du deuxième plus fort recul depuis le début des mesures. L’année précédente, la perte avait atteint 6%. Au cours de ces deux années extrêmes, les glaciers suisses ont donc perdu 10% de leurs glaces. Les raisons de la fonte des glaciers de cette année sont les mêmes que celles de l’année précédente : peu de neige en hiver et des températures plus élevées en été. Pour en savoir plus, consultez le Tages-Anzeiger (ici et ici), la NZZ (paywall) et le Spiegel.

Grèves climatiques ont conduit à des changements de comportement

Près d’un tiers des Suisses ont changé leurs habitudes quotidiennes suite à la grève climatique Fridays for Future lancée par Greta Thunberg. Une étude de l’EPFL montre qu’environ 30% des personnes interrogées ont changé leurs habitudes de transport, d’achat et de recyclage suite aux protestations. Pour cette étude, quelque 1200 personnes âgées de 18 à 74 ans n’ayant pas participé aux grèves ont été interrogées à la suite des manifestations d’octobre et de novembre 2019. Les chercheurs voulaient ainsi déterminer si le mouvement avait entraîné des changements concrets de comportement. Les personnes interrogées ont déclaré avoir davantage cherché des alternatives à la voiture pour se rendre au travail et avoir mangé plus souvent végétarien. Selon les auteurs de l’étude, les résultats montrent que les protestations ont rendu les gens plus conscients de l’impact de leur comportement sur l’environnement et que des changements importants sont en cours au niveau individuel. Plus d’informations dans le Blick et sur Euronews.

La Confédération veut promouvoir une alimentation non-animale

La Confédération s’engage pour une alimentation plus respectueuse du climat. La “Stratégie Climat pour l’agriculture et l’alimentation 2050” vise à soutenir les mesures d’adaptation du secteur agroalimentaire au changement climatique et de réduction des gaz à effet de serre. Aujourd’hui, les aliments sont responsables d’environ un quart des gaz à effet de serre émis par les ménages. D’ici 2050, les gaz à effet de serre générés par l’alimentation par habitant devraient être réduits de deux tiers par rapport à 2020. Les émissions de gaz à effet de serre de la production agricole nationale doivent être réduites d’au moins 40% par rapport à 1990. La stratégie renonce aux interdictions et mise plutôt sur l’information et la sensibilisation. Cela doit notamment permettre de réduire la consommation de viande en Suisse. Les organisations de protection de l’environnement critiquent l’horizon temporel de 2050 et doutent que les mesures proposées soient suffisantes. L’Union des paysans craint que la Confédération ne tente de limiter la production animale et d’orienter la consommation. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et la NZZ (paywall).

Politique climatique internationale

La protection du climat progresse, mais trop lentement

Huit ans après la conclusion de l’Accord de Paris, des progrès ont été réalisés en matière de protection du climat, mais ils sont loin d’être suffisants. Le nouveau rapport Global Stocktake synthesis (inventaire mondial) de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) examine dans quelle mesure les pays ont tenu leurs promesses en matière de climat. Lors de l’adoption de l’Accord de Paris, les pays se sont mis d’accord pour se réunir tous les cinq ans à partir de 2023 afin d’évaluer les mesures de protection du climat des pays et de négocier s’il convient de renforcer les efforts. Le nouveau rapport s’inscrit dans ce processus.

Par rapport aux prévisions faites avant l’adoption de l’Accord de Paris, ce dernier a conduit à la définition de nouvelles contributions déterminées au niveau national (CDN) qui réduiraient considérablement le réchauffement futur. Mais cela ne suffit pas pour atteindre les objectifs à long terme de l’Accord de Paris. Selon le rapport, le monde se dirige vers un réchauffement d’environ 2,5 degrés d’ici 2100 avec les engagements climatiques actuels – à condition que les pays s’y tiennent. Pour en savoir plus, consultez le New York Times (paywall) et Climate Change News.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), les coûts sociaux et économiques des effets de la crise climatique devraient pousser certains pays à un haut niveau de dette publique. Le FMI a publié un rapport à ce sujet. Celui-ci appelle les gouvernements à taxer les émissions de gaz à effet de serre et à accorder un “rôle plus décisif” au financement privé afin de lever des fonds pour la réduction nécessaire des émissions et pour couvrir les coûts croissants des pertes et dommages liés à la crise climatique.

Résultat mitigé pour le sommet du G20

Le sommet du G20 a débuté un jour seulement après la publication du rapport de synthèse de la CCNUCC sur l’inventaire mondial. Les résultats de la réunion ont été mitigés. Parmi les points positifs, les plus grandes économies se sont mises d’accord pour tripler les capacités d’énergie renouvelable d’ici 2030. Parallèlement, il a été constaté que les pays en voie de développement ont besoin d’un financement rentable pour la transition énergétique. L’admission de l’Union Africaine – une coalition de 55 États – en tant que membre permanent du G20 a également été importante. Cela signale une plus grande représentation de l’hémisphère Sud au sein du forum international.

Les pays ne sont toutefois pas parvenus à se mettre d’accord sur une formulation relative à l’abandon des combustibles fossiles. Dans la déclaration de Delhi, les pays sont invités à “accélérer les efforts visant à éliminer progressivement la production toujours aussi intense d’électricité à partir de charbon”. Les chefs d’État et de gouvernement s’étaient déjà mis d’accord sur exactement la même phrase lors de leur dernière réunion à Bali il y a dix mois.

Un nouveau rapport d’Oxfam compare les objectifs climatiques des pays du G20 et conclut que les pays à hauts revenus du G20 et de l’UE ont des objectifs climatiques bien inférieurs à une part équitable des réductions d’émissions requises au niveau mondial. Cela remet en question l’affirmation du G-7 selon laquelle ses plans d’émission sont suffisants et que la responsabilité principale incombe aux pays à revenus moyens. Plus d’informations dans la Déclaration des leaders de New Delhi, sur Climate Change News et DownToEarth.org.

Le pape parle clairement

Le pape François a publié une mise à jour de son encyclique sur l’environnement de 2015 (Laudate  deum). Il y met en garde contre les dommages irréversibles qui sont déjà infligés aux humains et à la planète. Il y déplore qu’une fois de plus, ce sont les pauvres et les plus faibles du monde qui paient le plus lourd tribut. “Nous devons surmonter la mentalité qui se montre préoccupée mais qui n’a pas le courage d’apporter des changements essentiels. Nous ne sommes plus en mesure d’arrêter les énormes dégâts que nous avons causés. Il nous reste à peine le temps d’éviter des dommages encore plus tragiques”, a-t-il ainsi averti . Plus sur Associated Press.

L’industrie des énergies fossiles reçoit 13 millions de dollars de subventions chaque minute

Le Fonds monétaire international (FMI) rapporte que les énergies fossiles ont bénéficié de 7 trillions (soit 1 000 000 000 000) de dollars de subventions publiques dans le monde en 2022. 20% de ce montant sont des subventions directes, telles que des réductions de prix pour les consommateurs, qui ont doublé depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. 80% du montant calculé sont des subventions dites “implicites”. Il s’agit de coûts que les consommateurs ne paient pas directement, comme les dommages à la santé et à l’environnement. Les subventions accordées aux industries du pétrole, du gaz et du charbon représentent aujourd’hui 7% du PIB mondial et dépassent de loin les 4% que le monde consacre à l’éducation. Plus d’informations du FMI et du Guardian.

La politique climatique contradictoire des États-Unis

Dans la dernière newsletter sur le climat, nous avons évoqué la politique énergétique et climatique de la Chine. La politique climatique des Etats-Unis est elle aussi marquée par des contradictions et des oppositions. Jamais les Etats-Unis n’ont produit autant de pétrole qu’en ce mois de septembre. En parallèle, le président Biden a qualifié le changement climatique de “menace existentielle” et a annoncé la création d’un corps de protection du climat. Une prévision d’Oil Change International montre que les États-Unis seront responsables de plus d’un tiers de l’expansion totale des combustibles fossiles prévue d’ici 2050. Ces contradictions ne sont pas nouvelles. Lorsque les États-Unis ont participé aux négociations de l’accord de Paris en 2015, ils ont levé l’interdiction d’exporter du pétrole brut le même mois. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole et le premier exportateur de gaz naturel liquéfié. Mais en raison de la croissance fulgurante de l’extraction du gaz de schiste, les États-Unis produisent aussi nettement moins d’électricité à base de charbon. De ce fait, les émissions du pays ont baissé de près de 20 % depuis 2005.

L’Inflation Reduction Act est de loin l’investissement le plus important que le pays ait jamais réalisé dans les énergies renouvelables. Pourtant, même les prévisions les plus optimistes quant aux effets de la loi ne permettent guère d’espérer une diminution de la production de combustibles fossiles au cours de la prochaine décennie. C’est la raison pour laquelle tant les activistes climatiques de plus en plus frustrés que les politiciens plus modérés adoptent une ligne beaucoup plus conflictuelle vis-à-vis de l’industrie des combustibles fossiles, comme le montre la dernière action en justice pour le climat en Californie (voir article suivant). Plus d’informations dans le New York Times (paywall).

La Californie porte plainte contre les “mensonges de Big Oil”

L’Etat américain de Californie poursuit en justice les groupes pétroliers et gaziers et veut les faire participer aux coûts du changement climatique. Selon la plainte, elles mènent depuis 50 ans une campagne de désinformation visant à dissimuler l’impact des énergies fossiles sur le climat. La Californie poursuit en justice cinq multinationales du pétrole (Exxon, Shell, BP, Conoco Phillips et Chevron), ainsi que l’association professionnelle American Petroleum Institute. L’objectif est de créer, avec les éventuelles pénalités payées par les entreprises, un fonds qui couvrira les coûts des catastrophes environnementales lorsqu’il est prouvé qu’elles surviennent ou sont aggravées par les conséquences du changement climatique, comme les incendies de forêt ou les inondations. Les multinationales du pétrole n’ont jamais eu d’adversaire aussi puissant : la Californie sera bientôt la quatrième puissance économique (après les Etats-Unis, la Chine et le Japon). Elle est en outre le premier Etat producteur de pétrole à porter plainte contre les entreprises. Plus sur Klimareporter.

Des jeunes gagnent un procès sur le climat aux Etats-Unis

Aux États-Unis, un groupe de jeunes du Montana âgés de 5 à 22 ans a gagné un procès sur le climat. Le jugement garantit un “droit constitutionnel fondamental à un environnement propre et sain, dont le climat fait partie”. L’État du Montana possède l’une des constitutions les plus avancées des États-Unis, qui garantit le droit à un environnement propre. Les jeunes ont porté plainte contre une révision de la loi environnementale du Montana. Le gouvernement républicain avait fait passer une révision de la loi qui interdisait aux autorités publiques de prendre en compte les émissions de gaz à effet de serre ou le changement climatique lors de l’approbation de grands projets énergétiques. Le juge a estimé que cette révision était anticonstitutionnelle.

C’est la première fois qu’un tribunal américain décide qu’un gouvernement a violé les droits des enfants en ignorant le changement climatique. Il existe 23 États qui ont inscrit des droits similaires dans leur constitution, de sorte que ce jugement pourrait ouvrir la voie à une série de contestations similaires au niveau des États. Le jugement n’est pas encore définitif et l’état du Montana peut faire appel. Pour en savoir plus, voir APNews, ARD Tagesschau, Washington Post et The Nation.

De plus en plus de plaintes pour le climat dans le monde

Dans le monde entier, les procédures juridiques pour manque de mesures de protection du climat ont nettement augmenté ces dernières années. La plupart se sont déroulées et se déroulent encore aux Etats-Unis, mais plusieurs ont également eu lieu en Allemagne, comme l’a montré une étude du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) en juillet. En 2022, près de 2200 actions en justice pour le climat ont été entendues. En 2017, ce chiffre s’élevait à 900. Une grande partie des plaintes n’a pas été acceptée ou a été rejetée par les tribunaux, mais des jugements importants ont été rendus en faveur des plaintifs, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas. Plus d’informations sur Klimareporter.

Le Brésil renforce son objectif climatique et augmente sa production de pétrole

Au Brésil aussi, la politique climatique est contradictoire. Le gouvernement brésilien s’est déclaré prêt à revenir sur l’affaiblissement de l’objectif climatique entrepris par l’ancien président Jair Bolsonaro et à travailler sur un nouvel objectif climatique amélioré. Parallèlement, le pays est en train de devenir le quatrième producteur mondial de pétrole. La production de pétrole du pays ne cesse d’augmenter. Le pays dispose d’importantes réserves et intensifie ses activités d’exploration et de forage. Pour en savoir plus, consultez Oil Price.com.

Les Équatoriens stoppent l’exploitation pétrolière dans le parc national de Yasuní

Les électeurs équatoriens ont voté, lors d’un référendum historique, pour l’arrêt de tous les nouveaux forages pétroliers dans le parc national amazonien Yasuní. Le vote sur le Yasuní a été le résultat de deux décennies de travail de fond des activistes et des organisations autochtones. Ainsi, 726 millions de barils de pétrole resteront sous terre dans le parc national Yasuní. Le parc national est l’une des régions les plus riches en biodiversité de la planète et abrite les communautés Tagaeri et Taromenane, deux des dernières communautés autochtones au monde qui n’ont aucun contact avec le monde extérieur. Plus d’informations dans le Guardian, chez Conservation et APNews.

La compensation climatique reste critiquée

Les projets qui protègent les forêts existantes (REDD+) sont ceux qui génèrent le plus de certificats sur le marché volontaire du carbone – environ un quart de tous les crédits à ce jour. Dans le cadre de ces projets, les gouvernements, les organisations, les communautés et les individus dans les zones forestières (principalement dans les régions tropicales de l’hémisphère Sud) sont payés pour des activités qui préservent la forêt et évitent des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, de nombreuses études et rapports montrent qu’une grande partie de ces projets ne sont que peu utiles au climat.

Un exemple est le projet Tumring, qui vise à protéger une zone de forêt tropicale dans l’un des principaux hotspots de biodiversité du Cambodge. Un nouveau rapport d’Unearthedt révèle toutefois clairement que la forêt de Tumring est déboisée à une échelle bien plus importante que ne le montrent les documents officiels. Le rapport fait également état d’une série d’autres projets REDD de faible qualité.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Science montre que des millions de certificats issus de tels projets forestiers (approuvés par Verra, le leader mondial en matière de certification) sont en grande partie sans valeur. S’ils sont utilisés pour des compensations, ils peuvent aggraver le réchauffement climatique, car les acheteurs ne prennent pas de mesures de protection du climat et atteignent malgré tout leurs objectifs climatiques sur le papier. Carbon Market Watch a publié un examen détaillé des principales méthodes REDD+ utilisées sur le marché volontaire du carbone et parvient à une conclusion similaire.

Les investisseurs qui spéculent sur les crédits carbone pourraient perdre des milliards. En effet, de plus en plus d’études scientifiques montrent que de nombreux crédits carbone qu’ils achètent n’ont aucune valeur écologique et ne sont donc pas revendus.

Malgré cela, les investissements dans de tels projets de compensation REDD+ sont toujours importants. Blue Carbon, une entreprise basée à Dubaï et présidée par un membre de la famille royale des Émirats arabes unis, a signé un protocole d’accord avec le Zimbabwe pour générer des certificats carbone REDD+ d’une valeur d’un milliard de livres Sterling sur environ 20 % des terres du Zimbabwe. L’entreprise a également signé des protocoles d’accord avec la Tanzanie et la Zambie. Et au Liberia, Blue Carbon veut acquérir 10% de la masse terrestre du pays et gérer plus d’un million d’hectares de forêts tropicales pendant 30 ans.

Plus d’informations sur le Guardian, Greenpeace et Climate Change News. L’Oeko Institut a publié six fiches d’information utiles sur différents types de projets sur le marché du carbone. D’autres fiches d’information seront publiées d’ici la fin de l’année 2023. Carbon Brief a rassemblé des études de cas sur la manière dont les projets de compensation affectent les peuples indigènes et les communautés locales.

Politique climatique européenne

Le règlement d’urgence a-t-elle fait progresser les énergies renouvelables ?

Dans le cadre de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine et de la crise des énergies fossiles qui en a résulté, le règlement d’urgence a été adopté fin 2022 par l’UE. Point central de ce règlement : le développement des énergies renouvelables doit être relancé beaucoup plus rapidement grâce à des procédures d’autorisation simplifiées.

SolarPower Europe a maintenant évalué les progrès pour 16 États membres. Le résultat est mitigé. Alors que l’Allemagne et le Portugal sont relativement bien placés, les progrès sont très limités en Bulgarie et aux Pays-Bas. Des obstacles importants subsistent, notamment en ce qui concerne la mise en œuvre de la directive sur les énergies renouvelables (RED III) récemment adoptée.

Seuls 10 des 27 Etats membres de l’UE ont atteint un niveau de développement de l’énergie éolienne compatible avec l’accord de Paris sur le climat, écrit l’organisation de protection de la nature WWF dans un nouveau rapport. D’ici 2030, les capacités de développement devront être doublées et la consommation d’énergie réduite afin de respecter les objectifs.

Personnel controversé : Hoekstra succède à Timmermanns

Avant l’élection d’un nouveau Parlement européen en juin prochain et l’entrée en fonction d’une nouvelle Commission européenne, un changement explosif a eu lieu début octobre au sein de l’équipe dirigeante de la Commission. Le Parlement européen a confirmé que le chrétien-démocrate Wopke Hoekstra, ancien ministre néerlandais des Finances et des Affaires étrangères, succédera à Franz Timmermanns au poste de commissaire au climat.

Mais avant cela, les critiques ont fusé de la part des défenseurs du climat. Hoekstra a longtemps travaillé comme cadre dans la compagnie pétrolière Shell et ne s’est jamais occupé de questions climatiques par le passé. Avant le vote, Hoekstra a répondu pendant trois heures aux questions critiques des parlementaires européens. En tant que commissaire européen chargé du Climat, il représentera entre autres l’UE lors de la prochaine conférence mondiale sur le climat. Les dossiers en cours du “Green Deal” ne sont toutefois pas négociés par Hoekstra, mais par le commissaire et vice-président de la Commission, Maroš Šefčovič. Voir ZEIT Online et Tagesschau.

Des jeunes vont au tribunal

Six jeunes Portugais ont porté plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) contre 32 gouvernements au total, dont les 27 États membres de l’UE, le Royaume-Uni, la Norvège, la Turquie, la Russie et la Suisse. Principal grief : l’action des gouvernements contre la crise climatique est trop lente et viole leurs droits humains. Il s’agit du plus grand procès sur le climat devant la CEDH.

Les six avocats des plaintifs font face à un total de 80 avocats des États. CAN Europe a décrit le procès, qui a débuté fin septembre, comme celui de David contre Goliath. Nous verrons si la plainte aboutit lors du verdict attendu en 2024. Plus d’informations sur Euractiv.

Allemagne

La loi sur le chauffage a été adoptée – la planification thermique reste à faire

En septembre, le Bundestag et le Bundesrat ont donné leur accord final à la loi sur l’énergie des bâtiments (Gebäudeenergiegesetz, GEG), familièrement appelée loi sur le chauffage. Elle entrera en vigueur en janvier 2024. Cette loi doit permettre à long terme de rendre le chauffage des bâtiments neutre pour le climat. La ZDF a établi ici un aperçu des chauffages qui seront encore autorisés à l’avenir. Entre-temps, l’Öko-Institut a calculé pour le ministère de la protection du climat que, selon le comportement des consommateurs finaux, la loi permettra d’économiser un peu moins de 40 millions de tonnes de CO2 d’ici 2030, tandis que les émissions annuelles du secteur s’élévent dernièrement à 112 millions de tonnes de CO2 . Le Conseil d’Experts pour les questions climatiques (Expertenrat für Klimafragen) a attesté que la GEG et d’autres mesures prévues par le gouvernement fédéral ne suffiront pas à combler le déficit de protection du climat en 2030 – c’est-à-dire le montant total des objectifs non atteints – dans le secteur.

Comme la GEG doit être étroitement liée à la loi sur la planification thermique (Wärmeplanungsgesetz, WPG), de nombreuses directives ne s’appliqueront de toute façon qu’à partir de 2028. La WPG est en cours de procédure parlementaire et devrait entrer en vigueur d’ici la fin de l’année. Vous trouverez d’autres articles sur le site du Bayerischer Rundfunk ou du Wirtschaftswoche.

Le débat budgétaire s’intensifie

Traditionnellement, le Bundestag se penche sur le budget fédéral pour l’année à venir lors de la première semaine de session après la pause estivale. Au cours de cette “semaine budgétaire”, le ministre des Finances Lindner a examiné le projet d’économies. Le budget fédéral doit être réparti en 25 plans distincts, à partir desquels les institutions importantes ou les ministères seront financés. Lindner veut ainsi réduire les budgets. Ainsi, les dépenses du ministère de l’Économie et de la Protection du climat devraient être réduites de 14,5 milliards d’euros à moins de 11 milliards d’euros. Les détracteurs critiquent toutefois la politique d’austérité ainsi que le recours à des budgets dits secondaires. Plus d’informations sur l’évolution du budget fédéral sur T-Online.

Le WWF Allemagne critique en outre le fait que le projet de budget ne contienne jusqu’à présent aucun critère pertinent pour les investissements publics dans la perspective d’une transformation nette zéro. L’organisation environnementale demande ainsi que, premièrement, l’accent soit mis sur la transformation dans la planification budgétaire. Ainsi, au moins 46 milliards d’euros d’investissements publics seraient nécessaires pour financer la protection nationale du climat. Deuxièmement, le budget devrait combler le déficit de financement pour le climat et la biodiversité. Troisièmement, les subventions de l’État nuisibles à l’environnement et au climat, qui s’élèvent à 68 milliards d’euros par an, doivent être supprimées et réutilisées. À titre de comparaison, le budget total devrait s’élever à environ 445 milliards d’euros en 2024. Plus d’informations sur le site du Bundestag et du Tagesschau.

Les feux de signalisation sur une trajectoire ambitieuse

Une nouvelle étude de la fondation Bertelsmann montre que, malgré les mauvais sondages et les nombreuses querelles, le gouvernement Ampel a déjà réalisé ou au moins abordé environ deux tiers des 453 promesses du contrat de coalition. Le contrat de coalition contient 50% de “véritables promesses” de plus que celui du gouvernement précédent (grande coalition) et est donc considéré comme très ambitieux. Au ministère de l’Économie et de la Protection du climat, 40% des promesses sont déjà pleinement réalisées – seules 22% ne le sont pas encore. Le bilan est donc supérieur à la moyenne par rapport à d’autres ministères.

La crise climatique visible

L’Amazonie émet de plus en plus de CO2

L’Amazonie a commencé à rejeter du CO2 . En 2021, des échantillons d’air ont montré que l’absorption de CO2 par la forêt tropicale avait diminué et que certaines zones étaient devenues une source de CO2 . La combinaison du réchauffement climatique et d’une déforestation drastique pourrait accélérer l’assèchement de l’Amazonie et créer un véritable risque d’incendie pour la forêt tropicale. Le feu pourrait être un point de basculement décisif de la forêt amazonienne, en privant de grandes parties de l’Amazonie de ses arbres. Bien que le feu ne soit pas vraiment présent dans les forêts tropicales, il y joue un rôle croissant lorsque la forêt est endommagée, amoindrie ou totalement disparue. Plus d’informations sur Nature et le PIK.

L’été des extrêmes : est-il trop tard ?

Le mois dernier a été le mois de septembre le plus chaud au monde. Et 2023 est en passe de devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec une augmentation de 1,4 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Dans de nombreux pays, l’été a été marqué par la chaleur, les incendies et les inondations. Comment faut-il classer ces phénomènes météorologiques extrêmes ? Un point de basculement a-t-il déjà été franchi ? Le Guardian a interrogé 45 scientifiques de renom à ce sujet.

Ils expliquent que le réchauffement global observé jusqu’à présent est tout à fait conforme aux prévisions scientifiques des trois dernières décennies, même s’il semble désormais que les événements aient pris une tournure inquiétante. Les chercheurs soulignent que le monde n’a pas encore franchi le “point de basculement” vers un changement climatique incontrôlable. Certains mettent toutefois en garde contre le fait que ce point se rapproche de plus en plus.

Les scientifiques soulignent également que les phénomènes météorologiques extrêmes de ces derniers mois ne sont que la “pointe de l’iceberg”. D’ici une décennie seulement, 2023 pourrait être une année normale, si aucune mesure drastique de protection du climat n’est prise.

Voici quelques citations des spécialistes consultés :

La professeure Julie Arblaster de l’université Monash, Australie : “Les variations d’une année à l’autre, dues à la variabilité naturelle, signifient que les températures mondiales augmentent comme un escalier et non comme une ligne droite, et nous voyons un grand bond en avant cette année”.

Dr Friederike Otto de l’Imperial College London, Grande-Bretagne : “Le temps change comme les scientifiques l’attendaient et le prévoyaient, mais nos sociétés et nos écosystèmes sont plus vulnérables aux changements, même mineurs, que ce que l’on pensait jusqu’à présent, et les dégâts sont donc plus importants”.

Le professeur Malte Meinshausen de l’Université de Melbourne, en Australie, a déclaré : “Les prévisions de la science climatique sont assez robustes depuis des décennies. Malheureusement, l’obstination de l’humanité à émettre des quantités toujours plus importantes de gaz à effet de serre s’est également révélée assez robuste. Si nous ne stoppons pas rapidement le réchauffement climatique, les événements extrêmes auxquels nous assistons cette année feront pâle figure face à ceux à venir”.

L’écrasante majorité des chercheurs a indiqué une mesure décisive : réduire les combustibles fossiles à zéro. Plus sur le Guardian

Nouvelles de la science du climat

Un rapport de l’UNICEF met en garde : les enfants en déplacement forcé

Un rapport du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) montre qu’entre 2016 et 2021, plus de 43 millions d’enfants dans 44 pays ont été contraints de se déplacer en raison de phénomènes météorologiques provoqués par le changement climatique. 95 % des déplacements ont été causés par des inondations et des tempêtes. Cela correspond à environ 20 000 enfants qui sont déplacés chaque jour. Il ne s’agit là que de la “pointe de l’iceberg”, car beaucoup plus d’enfants sont probablement concernés. Le nombre d’enfants déplacés par la sécheresse est “radicalement sous-déclaré”, car ces déplacements sont moins soudains et donc plus difficiles à recenser. Les pays qui comptent le plus d’enfants déplacés sont la Chine, l’Inde et les Philippines. Pour en savoir plus, consultez le site TAZ .

Les villes se développent le plus rapidement dans les zones inondables

Dans de nombreux pays, les villages et les villes situés dans des zones à haut risque d’inondation connaissent la croissance la plus rapide. Il s’agit d’une tendance inquiétante, d’autant plus que le changement climatique aggrave les catastrophes liées aux inondations dans le monde. L’Asie de l’Est présente le pourcentage le plus élevé d’habitations situées dans des zones à risque d’inondation, soit plus de 18 %. Le développement dans les zones inondables est principalement motivé par la rareté des terres dans des zones plus sûres. Plus sur Nature.

Rapport actualisé de l’AIE sur l’objectif de 1,5 degré

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié sa version mise à jour du scénario 1,5ºC. Elle tient compte de la reprise économique après la pandémie COVID-19, de la “croissance exceptionnelle” des technologies d’énergie renouvelable, de l’augmentation des investissements dans les combustibles fossiles et des “émissions obstinément élevées”.

L’AIE appelle à au moins tripler la capacité totale des énergies renouvelables pour atteindre 1,5 TW ou plus d’ici 2030 et réitère son appel aux pays prospères pour qu’ils accélèrent leur transition énergétique. “Dans le scénario net zéro actualisé, un énorme développement des énergies renouvelables piloté par les politiques publiques entraîne une baisse de 25% de la demande en combustibles fossiles d’ici 2030 et une diminution de 35% des émissions par rapport au pic de 2022”, écrit l’AIE.

Étant donné que la demande en combustibles fossiles diminuerait de 80% d’ici 2050, “aucun nouveau projet pétrolier ou gazier à long terme ne serait nécessaire, pas plus que de nouvelles mines de charbon, des extensions de mines ou de nouvelles centrales électriques au charbon dont la puissance ne serait pas réduite”. Le scénario montre également une forte augmentation des véhicules électriques et des pompes à chaleur. Il faut toutefois continuer à investir dans certains projets pétroliers et gaziers afin d’éviter des pics de prix ou des pénuries d’approvisionnement.

L’AIE met en garde contre le fait que les pays qui n’accélèrent pas la transition énergétique d’ici 2030 s’appuient trop sur les technologies d’élimination du CO2 , qui sont coûteuses et n’ont pas été testées à grande échelle. “Pour maintenir en vie l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, le monde doit rapidement s’unir”, a déclaré Fatih Birol, le chef de l’AIE. “Une forte coopération internationale est essentielle pour réussir. Face à l’ampleur du défi, les gouvernements doivent séparer le climat de la géopolitique”. Plus sur l’AIE et Energymix.

Six des neuf frontières planétaires ont été franchies

La capacité de résistance de notre planète diminue : Six des neuf limites de la capacité de résistance de la planète ont été dépassées. C’est deux de plus qu’en 2015, comme le montre une nouvelle étude publiée dans Science. Les limites planétaires dépassées sont celles du réchauffement climatique, de la biosphère, de la déforestation, des cycles de l’azote, des polluants et de l’eau douce. La pression sur ces systèmes et cycles terrestres ne cesse de croître. “La Terre est un patient qui ne va pas bien”, déclare le co-auteur Johan Rockström, directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique (PIK), cité dans un communiqué de l’institut. “Nous ne savons pas combien de temps nous pourrons dépasser de cette manière des limites décisives avant que les effets n’entraînent des changements et des dommages irréversibles”. Plus d’informations sur scinexx, Stockholmresilience.org et Watson.

Azote pour le Stockholm Resilience Centre, basé sur une analyse dans Richardson et al 2023.

Suisse

Oui à la loi sur le climat. Mais quelle est la suite des événements?

Le 18 juin 2023, les électeurs suisses ont accepté la loi sur la protection du climat- comme contre-projet indirect à l’initiative sur les glaciers. 59% ont approuvé la loi, la participation s’est élevée à 42,5% (plus d’infos dans les résultats officiels de la Chancellerie fédérale). Comme le montre l’analyse Vox de l’institut de recherche GFS Berne, la loi a également trouvé une majorité auprès des sympathisants du centre (64%) et du PRD (66%). Comme raison de voter oui, beaucoup ont cité un “besoin urgent d’agir dans le domaine de la protection de l’environnement et du climat”, peut-on lire sur srf.ch.

L’objectif zéro net d’ici 2050 est ainsi ancré dans la loi. La loi prévoit en outre des contributions d’encouragement pour le remplacement des chauffages fossiles et le développement de nouvelles technologies. La Suisse est ainsi le premier pays à s’engager à atteindre l’objectif de zéro émission nette lors d’une votation populaire. Mais il faudra encore attendre un certain temps avant que les fonds pour le remplacement des chauffages ne soient versés. L’ordonnance correspondante devrait entrer en vigueur début 2025, a déclaré le conseiller fédéral Albert Rösti sur srf.ch.

Dans un article de Republik, Marcel Hänggi, le père de l’initiative pour les glaciers, dresse un bilan personnel de son engagement au cours des sept dernières années et demie. Un texte qui vaut la peine d’être lu, axé sur le marketing politique, les personnages clés, les compromis et sur la manière de trouver des majorités pour la politique climatique.

Immédiatement après le vote, un débat médiatique animé a commencé sur les mesures nécessaires pour atteindre l’objectif net zéro et augmenter la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables. La discussion porte notamment sur la construction d’éoliennes, l’obligation d’utiliser l’énergie solaire pour les bâtiments et les stations de recharge pour les voitures électriques. Le Tages-Anzeiger et le Zeit fournissent un bon aperçu, d’autres informations sont disponibles dans des articles de Republik et das Lamm. Le Tages-Anzeiger (paywall) montre en outre dans quatre scénarios comment la Suisse peut réussir sa transition énergétique.

Les cantons ont également un devoir à remplir, comme l’explique clairement Roberto Schmidt, président de la Conférence des directeurs de l’énergie, dans un entretien avec le Tages-Anzeiger. Il est prévu que les cantons renforcent en août une partie des modèles de prescriptions pour les bâtiments. L’introduction d’une obligation d’installer des panneaux solaires sur les grandes surfaces de toitures est nécessaire.

Pendant ce temps, l’UDC et le PLR exigent la construction de nouvelles centrales nucléaires. De plus, les centrales nucléaires existantes doivent fonctionner plus longtemps, comme le demande entre autres le conseiller aux Etats PLR Ruedi Noser, qui s’était engagé dans le comité d’initiative pour l’initiative des glaciers. L’idée de soutenir avec des fonds publics les mises à niveau nécessaires des centrales nucléaires existantes est donc à nouveau en discussion. Plus d’informations à ce sujet dans la NZZ (paywall) et le Tages-Anzeiger. Ce que signifie la dépendance vis-à-vis des centrales nucléaires pour la sécurité d’approvisionnement a été débattu lors d’une manifestation organisée par la Fondation suisse de l’énergie.

Les groupes électriques Alpiq et Axpo ont déjà clairement fait savoir qu’ils estimaient que le risque financier de nouvelles centrales nucléaires très coûteuses était trop élevé, comme on peut le lire sur srf.ch. Et la population s’oppose également à la construction de nouvelles centrales nucléaires, comme l’a montré le sondage post-votation. Seuls 30% des personnes interrogées se prononcent en faveur de cette solution, comme l’écrit le Tages-Anzeiger. 45% sont favorables à une prolongation de la durée d’exploitation des centrales nucléaires existantes. Avec 57%, c’est l’obligation d’installer des panneaux solaires sur les nouveaux bâtiments qui recueille la plus grande adhésion. Ces résultats confirment ceux d’un sondage de l’Association des entreprises électriques suisses, pour lequel environ 1000 électeurs ont été interrogés en avril 2023 (plus d’informations dans le Tages-Anzeiger).

Le magazine WOZ lance un débat sur la croissance économique et la redistribution. Si la croissance économique reste inchangée, la réalisation de l’objectif net zéro est menacée. Le magazine Beobachter demande une compensation sociale afin que les personnes à faible revenu ne soient pas davantage mises sous pression par les coûts des futures mesures de protection du climat.

Refus des droits de douane sur le climat, mais taxes d’incitation à nouveau à l’ordre du jour

Le Conseil fédéral s’oppose à l’introduction d’un droit de douane climatique suisse. En raison des risques réglementaires et commerciaux, il s’oppose à l’introduction, au même rythme que l’UE, d’un mécanisme de compensation des émissions de CO2 (Carbon Border Adjustment Mechanism, CBAM). Avec cet instrument, l’UE veut limiter le risque que les entreprises délocalisent leur production dans des pays tiers où la législation sur la protection du climat est moins stricte. Une phase de test commencera début octobre de cette année dans l’UE, et l’introduction progressive de taxes d’importation est prévue à partir de 2026. Avec son rapport négatif, le Conseil fédéral s’oppose à plusieurs interventions du Parlement qui demandent l’introduction d’un tel instrument. Plus d’informations dans la NZZ (paywall) et chez Lamm.

En revanche, un autre instrument de protection du climat est à nouveau en discussion : les taxes d’incitation. La Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie du Conseil national (CEATE) a approuvé une motion visant à soumettre toutes les émissions de gaz à effet de serre à une taxe d’incitation, donc également les carburants. Le président du centre Gerhard Pfister, qui a déposé la motion, veut ainsi obtenir que les émissions de gaz à effet de serre reçoivent un prix conforme au principe de causalité. Les recettes de la taxe doivent être intégralement reversées à la population et aux entreprises. La commission de l’environnement sait également à quel point une mise en œuvre est difficile. L’objectif n’est pas de “bouleverser brutalement le mix d’instruments qui a fait ses preuves, mais de mener une discussion approfondie sur l’efficacité et l’acceptation des mesures de politique climatique”. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

Recul des émissions de CO2 et le problème des vaches

En 2022, la Suisse a émis moins de CO2 que l’année précédente. Dans le domaine des transports, les émissions des carburants essence et diesel ont baissé de 1,1% par rapport à 2021. L’Office fédéral de l’environnement explique ce recul par la part croissante des véhicules électriques dans le trafic routier et par le changement de comportement en matière de mobilité suite à la pandémie de Covid-19. Le WWF attribue le fait que les émissions ne diminuent pas plus fortement au fait que le parc automobile qui arrive sur les routes en Suisse est particulièrement lourd et le plus émetteur d’Europe. Les émissions de CO2 des combustibles (principalement le pétrole et le gaz) ont diminué de 4,9% en données corrigées des variations climatiques. L’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments et l’utilisation croissante d’énergies renouvelables pour le chauffage ont notamment contribué à cette évolution. Plus d’informations sur srf.ch.

Outre les transports et les bâtiments, l’agriculture contribue également de manière significative aux émissions de CO2 , notamment en raison de l’élevage et des rejets de méthane, un gaz climatique très puissant, qui en découlent. Désormais, la Confédération verse des paiements directs aux agriculteurs laissant vivre leurs vaches laitières un ou deux ans de plus, comme le rapporte la NZZ am Sonntag (paywall). Comme les vaches ne produisent pas de lait durant les premières années de leur vie, mais émettent déjà de grandes quantités de gaz à effet de serre, le bilan climatique devrait s’en trouver amélioré.

D’autres États envisagent la voie opposée : le gouvernement irlandais a proposé d’abattre plus de 200 000 vaches afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture irlandaise. En Suisse, Franzsika Herren veut réduire le nombre d’animaux par le biais de l’initiative sur l’alimentation. La demande populaire a été déposée à la mi-juin, comme le rapporte le Tages-Anzeiger (paywall). La Bernoise avait déjà lancé l’initiative sur l’eau potable, qui avait été rejetée par le peuple en 2021. La nouvelle initiative veut obliger la Confédération à prendre des mesures pour promouvoir un mode d’alimentation basé sur des aliments végétaux.

L’Union suisse des paysans (USP) veut éviter que le nombre d’animaux soit réduit. Pour ce faire, elle a rédigé un rapport sur les effets climatiques du méthane. L’USP s’appuie sur une étude de l’Académie suisse des sciences naturelles sur l’impact climatique des gaz à effet de serre de courte durée de vie, en premier lieu le méthane. Les auteurs concluent que la formule de conversion utilisée aujourd’hui sous-estime fortement l’effet du méthane sur le climat à court terme, c’est-à-dire pour les prochaines décennies, mais qu’elle le surestime à long terme. Selon la formule proposée, les émissions actuelles de méthane de l’agriculture, converties en équivalents CO2 , seraient six à sept fois moins importantes. Les climatologues indiquent toutefois que les émissions de méthane devront être réduites d’au moins 50 % d’ici 2050 afin de limiter le réchauffement à 1,5 degré. Cela nécessite également une réduction du cheptel. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall).

Les installations de biogaz qui traitent le fumier et le lisier permettent de limiter les émissions de méthane. Dans une prise de position, l’association économique swisscleantech demande de meilleures conditions-cadres pour de telles installations. Concrètement, l’utilisation énergétique et matérielle des biodéchets doit devenir obligatoire, dans la mesure où elle est techniquement possible et économiquement supportable. De plus, il faudrait fixer des objectifs de développement et des compensations obligatoires, et exempter les gaz renouvelables de la taxe sur le CO2 . Les gaz renouvelables importés de l’étranger doivent également être reconnus.

Comment le Parlement et le Conseil fédéral veulent développer les énergies renouvelables

Le Parlement n’est pas d’accord sur la manière dont les énergies renouvelables doivent être développées : Le Conseil national et le Conseil des Etats ne sont pas encore parvenus à un compromis sur l’acte modificateur de la politique énergétique. La loi combine la révision de la loi sur l’énergie et la révision de la loi sur l’approvisionnement en électricité, et doit régler le développement de l’approvisionnement en énergie. Les divergences portent sur l’obligation d’utiliser l’énergie solaire. La Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie du Conseil national (CEATE) maintient que l’obligation d’installer des modules photovoltaïques doit être introduite pour toutes les nouvelles constructions ainsi que pour les transformations et rénovations importantes. Le Conseil des Etats avait rejeté l’obligation d’installer des panneaux solaires lors de la session d’été.

Les deux Chambres ont également des positions différentes en ce qui concerne les débits résiduels des centrales hydroélectriques. La CEATE du Conseil national demande que les prescriptions relatives aux débits résiduels pour les centrales hydroélectriques existantes puissent être assouplies sous certaines conditions. En cas de menace de pénurie, le Conseil fédéral doit pouvoir réduire les débits résiduels à un minimum. Lors de la session d’été, le Conseil des Etats avait décidé que cette mesure pouvait être prise non seulement en cas de pénurie, mais aussi lorsque cela s’avérait nécessaire pour atteindre les objectifs de production. Plus d’informations sur energate.ch.

Les députés s’accordent à dire que la construction de centrales électriques dans des biotopes d’importance nationale et dans des réserves d’oiseaux d’eau et d’oiseaux migrateurs doit rester exclue. En revanche, la construction doit être possible dans les nouvelles zones d’avancée des glaciers et dans les plaines alluviales alpines. Plus d’informations sur le débat relatif à l’arrêté fédéral sur srf.ch, NZZ (paywall) et watson.ch.

Après le “Solarexpress”, le Parlement a également adopté le “Windexpress”, une loi urgente visant à accélérer les projets d’énergie éolienne avancés. Lors de la session d’été, le Conseil national et le Conseil des Etats se sont mis d’accord pour simplifier les procédures d’autorisation des projets éoliens. Désormais, ce sont les autorités cantonales qui délivreront le permis de construire, et non plus les communes comme c’est le cas actuellement. Un recours au Tribunal fédéral ne serait plus possible que de manière limitée. Les facilités sont valables pour les grandes installations éoliennes, et ce jusqu’à ce qu’une puissance supplémentaire de 600 mégawatts d’énergie éolienne soit installée dans toute la Suisse. Aucun référendum n’a été annoncé à ce jour ; le délai étant fixé au 5 octobre 2023. Pour en savoir plus, voir nau.ch et la Sonntagszeitung (paywall).

En plus de “Solarexpress” et “Windexpress”, le Conseil fédéral veut encourager le développement de la production d’électricité avec le “décret d’accélération”. Celui-ci prévoit de simplifier les procédures pour la planification et la construction de grandes centrales solaires, éoliennes et hydrauliques d’intérêt national. Il a transmis au Parlement le message relatif à la modification de la loi sur l’énergie. Le décret d’accélération prévoit de regrouper toutes les étapes nécessaires en une seule procédure : Plan d’affectation, permis de construire, autorisation spéciale, expropriation éventuelle et viabilisation. La voie de recours doit également être modifiée : au niveau cantonal, seul un recours auprès du tribunal cantonal supérieur serait désormais possible. Les organisations locales et cantonales ne pourraient plus déposer de recours contre de tels projets. En revanche, les cantons et communes d’implantation ainsi que les organisations actives au niveau national comme le WWF ou Pro Natura continueraient à avoir le droit de recourir. Plus d’informations dans la NZZ (paywall), l’Aargauer Zeitung et sur srf.ch.

Le développement non planifié des énergies renouvelables en Suisse viole la Convention alpine européenne, déclare le directeur de l’organisation de protection des Alpes Cipra International dans l’hebdomadaire. Co-signé par la Suisse en 1991, ce traité constitue la base juridique permettant de protéger les écosystèmes alpins sensibles et les identités culturelles régionales.

Le développement des énergies renouvelables peut-il se faire dans le respect de l’environnement ?

Un groupe d’étude de l’ETH Zurich veut lancer un débat de fond sur la manière de réaménager l’espace alpin face au changement climatique et à la transition énergétique. Rien que la fonte des glaciers mettra à nu 800 kilomètres carrés d’ici la fin du siècle, soit une surface aussi grande que le canton de Neuchâtel. Il n’y a pas de discussion sur ce qu’il en adviendra. Sous la direction de l’architecte paysagiste Günther Vogt et du chercheur alpin Thomas Kissling, des étudiants en architecture ont élaboré des scénarios de l’évolution future. Le groupe d’étude demande que les priorités d’utilisation ne soient plus définies à l’avenir selon des critères purement commerciaux. L’utilisation doit plutôt être intensifiée là où se trouvent déjà de nombreuses infrastructures. En contrepartie, les régions inaccessibles ayant une grande valeur paysagère, comme la région du Trift dans l’Oberland bernois, doivent être exclues de toute exploitation commerciale. Le projet, qui n’a pas encore été publié, est présenté en détail dans das Magazin. Des informations de fond sur le thème “Profiler les paysages alpins” sont disponibles auprès du département d’architecture de l’ETH.

Chiffres et projets concernant les nouvelles installations solaires, éoliennes et géothermiques

L’énergie solaire gagne en importance en Suisse. En 2022, la capacité de production installée a augmenté de 58% par rapport à l’année précédente. Selon l‘Office fédéral de l’énergie, l’électricité solaire a ainsi couvert environ 7% des besoins en électricité de la Suisse. La production annuelle des installations photovoltaïques mises en place dans tout le pays s’est élevée à 3800 gigawattheures d’électricité, ce qui correspond à environ la moitié de la production de la centrale nucléaire de Gösgen. L’état d’avancement du développement de l’énergie solaire dans les différentes communes peut être consulté sur tagesanzeiger.ch (paywall).

Toutefois, pour atteindre les objectifs de développement, d’énormes efforts restent nécessaires. Le scénario “Perspectives énergétiques 2050+” de la Confédération prévoit presque dix fois plus d’électricité solaire en 2050. Avec l’arrêté actuellement en discussion au Parlement, une grande partie de ce développement devrait déjà être atteint d’ici 2035. Pour l’année en cours, l’association professionnelle Swissolar s’attend à une construction d’installations photovoltaïques aussi importante qu’en 2022. Le développement est toutefois freiné par la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Pour en savoir plus, consultez le Tages-Anzeiger et la NZZ (paywall).

Malgré sa croissance, la Suisse fait toujours partie des derniers de la classe en Europe en ce qui concerne le développement des énergies renouvelables. Selon la nouvelle évaluation de la Fondation suisse de l’énergie (SES), seuls la Roumanie, la République tchèque, la Slovénie, la Slovaquie et la Lettonie produisent moins d’électricité solaire et éolienne par habitant. Sur les 28 pays étudiés, la Suisse se situe comme l’année dernière en 23e position. Le Danemark et la Suède, qui sont en tête du classement, produisent sept à huit fois plus d’électricité par habitant à partir de l’énergie solaire et éolienne que la Suisse.

Projets solaires : L’assemblée communale de Laax a approuvé l’installation solaire alpine près de la station de montagne de Vorab, comme l’écrit le Südostschweiz. L’entreprise d’électricité Repower, en collaboration avec la commune et l’entreprise de remontées mécaniques, veut ainsi alimenter 2200 foyers en électricité par an. Les projets de la centrale électrique de la ville de Zurich (EWZ) sont nettement plus importants. Le fournisseur d’électricité veut produire dans les prochaines années de l’électricité solaire alpine pour 58 000 ménages. Un projet doit être réalisé dans le domaine skiable de Savognin, sur le territoire de la commune de Surses. Une deuxième installation est prévue dans la commune de Rheinwald. L’autorisation des deux communes concernant ces projets est encore attendue. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

On peut lire dans Republik ce qui pousse un paysan de montagne à lancer un projet d’installation solaire alpine. Le projet Morgeten Solar vise à alimenter 3000 foyers en électricité sur l’alpage du même nom dans le Simmental.

L’un des obstacles à la réalisation des installations est le raccordement au réseau. En raison de l’absence de lignes électriques, un deuxième grand projet en Valais a déjà été fortement redimensionné après Grengiols Solar : Vispertal Solar. Seule la moitié des 800’000 modules solaires initialement prévus sera probablement réalisée, écrit la Sonntagszeitung (paywall). Et la NZZ (paywall) montre la nécessité et les obstacles à l’extension du réseau électrique suisse.

Des projets éoliens : les entreprises d’électricité du canton de Zurich (EKZ), l’EWZ et les services municipaux de Winterthur veulent réaliser ensemble des installations éoliennes. Sous le nom de “Zurich Wind”, le développement, le financement, la construction et l’exploitation doivent être regroupés dans le canton de Zurich. Avec cette coopération, les fournisseurs d’électricité réagissent au plan du ministre de l’énergie Martin Neukom concernant l’énergie éolienne. D’ici 2050, le canton veut couvrir environ 7% des besoins en électricité du canton avec de l’énergie éolienne locale. La nouvelle stratégie éolienne prévoit 120 éoliennes réparties sur plus de 40 sites. Les milieux proches de l’UDC ont déposé des initiatives individuelles dans de nombreuses communes du canton de Zurich pour s’opposer à ces plans et introduire des règles de distance minimale. L’UDC veut atteindre le même objectif au niveau cantonal avec une initiative parlementaire. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici dans le Tages-Anzeiger.

A Muttenz (BL), la population a approuvé la construction d’une éolienne. L’éolienne devrait à l’avenir alimenter 800 foyers en électricité, soit environ un dixième de la commune. Il y a deux ans, le projet avait été rejeté par l’assemblée communale. Mais un gymnasien, qui fait aujourd’hui de la politique pour les Verts libéraux, avait permis un deuxième vote en lançant une pétition. Plus d’informations sur bazonline.ch et bzbasel.ch.

Les opposants locaux au projet de géothermie profonde dans le Jura se défendent avec des moyens brutaux. Selon le Tages-Anzeiger (paywall), des dégâts matériels, des actes de sabotage et des menaces de mort ont été proférées contre des responsables. Dans la commune de Haute-Sorne, 6000 ménages doivent être alimentés en électricité produite à partir de la chaleur du sous-sol jurassien. Le projet est soutenu par la Confédération. Des forages d’essai sont actuellement en cours et sont surveillés 24 heures sur 24.

Consommation d’énergie, plans d’urgence et nouvelle initiative sur l’hydrogène

La douceur de cet hiver a entraîné une baisse de la consommation énergétique. Par rapport à l’année précédente, la consommation a baissé de 3,9%, comme le montrent les derniers chiffres de l’Office fédéral de l’énergie. Outre les conditions météorologiques, la campagne d’économie d’énergie de la Confédération et la hausse des prix de l’énergie ont également contribué à la réduction de la consommation d’énergie. La consommation de carburant dans les transports aériens et automobiles a légèrement augmenté, mais est restée inférieure à celle de 2019, avant la pandémie de Covid-19.

Pour cette même raison, l’approvisionnement en électricité et en gaz a été suffisant. Néanmoins, la Confédération a pris d’autres mesures pour garantir l’approvisionnement en énergie. Avec la réserve de force hydraulique, les exploitants de centrales sont tenus de retenir de l’eau qui peut être utilisée en cas de pénurie. Jusqu’en juillet, deux appels d’offres ont déjà été conclus à cet effet. Des contrats ont été conclus jusqu’en 2026 avec des centrales de réserve à Birr (AG), Cornaux (NE) et Monthey (VS), qui peuvent produire de l’électricité à partir de gaz et de pétrole. L’Office fédéral de l’énergie veut s’assurer cette puissance de réserve pour 15 années supplémentaires. L’appel d’offres à cet effet a été lancé fin juillet. Le mouvement “Grève du climat” a annoncé son opposition à cette décision. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et sur srf.ch.

En ce qui concerne l’hydrogène dit vert, la Suisse risque de rater le coche de l’Europe. Un réseau de pipelines de plus de 50 000 kilomètres est prévu dans l’UE afin de mettre en place un approvisionnement énergétique climatiquement neutre. Il est possible que ces conduites passent à côté de la Suisse, comme le montrent la NZZ am Sonntag (paywall) et le Tages-Anzeiger (paywall). Les cantons reprochent au Conseil fédéral son inaction et demandent qu’il adopte rapidement une stratégie pour l’hydrogène.

La Suisse doit produire elle-même de l’hydrogène vert. C’est l’objectif d’un projet des deux écoles polytechniques fédérales ETHZ et EPFL, soutenu par le mécène Hansjörg Wyss. Les coûts estimés du projet s’élèvent à 100 millions de francs dans une première phase. L’électricité excédentaire doit servir à produire de l’hydrogène en été. Avec le CO2 séparé des processus industriels, il est prévu de produire du méthanol vert ou du méthane, qui se stockent mieux que l’hydrogène. Le projet sera lancé début 2024 et des installations de démonstration seront exploitées à partir de 2028. La compagnie aérienne Swiss et l’entreprise énergétique Alpiq comptent parmi les premiers partenaires industriels. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

La mobilité décarbonée au même rythme que l’UE

Le Conseil fédéral ne veut pas d’un arrêt prématuré de la vente des véhicules à essence et diesel. C’est ce qu’il indique clairement dans son rapport en réponse au postulat “Permettre un trafic sans émissions fossiles d’ici 2050”. Au lieu de cela, le passage à un trafic neutre en CO2 doit se faire “au même rythme et de manière analogue aux mesures de l’UE”. Le rapport mentionne des valeurs cibles de CO2 plus strictes, c’est-à-dire des prescriptions d’émissions de CO2 pour les nouveaux véhicules, qui seront poursuivies et adaptées de manière analogue à l’UE. Le Conseil fédéral l’avait déjà indiqué dans son message sur la révision de la loi sur le CO 2. Si l’UE introduit comme prévu des objectifs d’émissions zéro pour les nouveaux véhicules à partir de 2035, cela rendrait également impossible la vente de voitures à essence et diesel en Suisse, montre l’Aargauer Zeitung.

La révision de la loi sur le CO2 doit en outre donner au Conseil fédéral la compétence de fixer un quota pour l’adjonction de carburants renouvelables. Cela devrait permettre de réduire de 5 à 10 % les émissions de CO2 dues au trafic. Il en résulterait des coûts supplémentaires de trois à six centimes par litre. Début juillet, la commission de l’environnement du Conseil des Etats a commencé à débattre de la loi sur le CO2 . L’UDC et le TCS en ont profité pour critiquer dans la Sonntagszeitung la possible augmentation du prix des carburants.

Comme chaque été, les embouteillages au Gothard font la une des journaux. Des conseillers nationaux du centre, des Verts et du PLR ont animé le débat en déposant une motion. Ils demandent que la traversée du tunnel du Gothard soit payante. Le péage devrait coûter le plus cher à Pâques, à l’Ascension, à Pentecôte, et en été. Le Parlement avait déjà rejeté des propositions similaires par le passé. Plus d’informations sur srf.ch et dans la NZZ am Sonntag (paywall), NZZ (paywall). Le Tessin a réagi avec indignation à la nouvelle proposition d’une taxe sur le tunnel du Gothard, comme le rapportent le Tages-Anzeiger (paywall) et nau.ch. Dans un sondage représentatif réalisé par Tamedia et “20 Minuten”, 69% des personnes interrogées étaient favorables à une taxe routière.

Où la Suisse viole les limites planétaires

La Suisse dépasse les limites planétaires dans différents domaines. C’est ce que montre une étude réalisée par l’entreprise de recherche econcept sur mandat de Greenpeace. Pour ce faire, les nuisances environnementales liées à la consommation en Suisse et à l’étranger ont été examinées tout au long du cycle de vie des produits et évaluées par rapport aux limites planétaires. Dans quatre des six dimensions écologiques, la charge pour les écosystèmes est nettement dépassée : pour le changement climatique, la perte de biodiversité, la consommation d’eau, et l’azote rejeté par l’agriculture dans les eaux et l’atmosphère. Les limites sont atteintes en ce qui concerne la consommation de terres et le phosphore (dû à l’utilisation d’engrais). Si les limites planétaires sont dépassées, la stabilité des écosystèmes et donc notre base de vie sont menacées.

Certes, des gains d’efficacité ont pu être réalisés ces dernières années dans différents domaines grâce au développement technique. Ces effets ont été partiellement annulés par l’augmentation des quantités consommées. Pour inverser la tendance, les auteurs écrivent qu’un changement social est nécessaire. Pour ce faire, ils décrivent huit approches différentes et évaluent leur contribution à la transformation vers une vie socialement équitable dans les limites de la planète. Celles-ci vont de la politique de suffisance à au modèle économique du Donut, en passant par l’assemblée des citoyens et l’économie circulaire. L’étude n’indique pas de voie royale, mais plutôt que différentes approches pourraient être combinées en fonction de l’objectif.

Plainte pour greenwashing, South Pole toujours sous le feu des critiques

La Fondation pour la protection des consommateurs a déposé une plainte auprès du Secrétariat d’Etat à l’économie pour concurrence déloyale contre huit entreprises. Il s’agit de Swisscom, Coca-Cola Suisse, le loueur de voitures Avis et le zoo de Zurich. La protection des consommateurs reproche à ces entreprises d’induire les consommateurs en erreur en “enjolivant les choses et en faisant des affirmations sans fondement en matière de respect du climat”. En outre, une plainte pour publicité déloyale a été déposée auprès de la Commission Suisse pour la Loyauté contre trois des entreprises. La fondation souhaite ainsi endiguer la diffusion inflationniste de déclarations sur la neutralité climatique de produits et de services.

De nombreuses promesses climatiques sont réalisées par le biais d’une compensation de CO2 . Différentes études montrent que ces certificats n’atteignent pas leurs promesses. Un document de travail récent de l’ETH Zurich, de l’Université de Cambridge et de l’Université de Harvard arrive à la conclusion que 88% des projets de compensation volontaire existants ne contribuent pas à la réduction des émissions. Pour ce faire, ils ont examiné des études pour lesquelles plus de 2000 projets de ce type avaient été évalués.

En Suisse, il n’existe à ce jour aucune réglementation sur le greenwashing, contrairement aux pays voisins. Le Parlement européen veut interdire l’utilisation de slogans tels que “neutre en carbone”. Plus d’informations à ce sujet dans le Tages-Anzeiger et sur Infosperber.

Les projets forestiers font depuis longtemps l’objet de critiques. 90% d’entre eux ne contribuent pas à la réduction des gaz à effet de serre, ont rapporté le Guardian ici et ici, ainsi que le Zeit (paywall) il y a quelques mois. Depuis, la pression sur South Pole, leader mondial des compensations volontaires de CO2 dont le siège est à Zurich, s’est encore accrue. Les premières entreprises qui voulaient améliorer leur bilan climatique avec l’aide de South Pole ont mis fin à leur collaboration. D’autres comme Nespresso, Lavazza et Booking.com ont retiré de leurs sites web les références au projet Kariba, le projet phare de South Pole.

Dans la région de Kariba au Zimbabwe, 750’000 hectares de forêt doivent être protégés, ce qui correspond à près d’un cinquième de la superficie de la Suisse. Pour cette surface, South Pole a vendu des certificats CO2 pour au moins 100 millions de dollars. Des enquêtes approfondies de la SRF, du Zeit et du collectif de recherche néerlandais “Follow the Money” montrent à quel point les flux financiers sont opaques et combien peu de l’aide promise parvient à la population rurale. Plus de 300’000 personnes vivent dans la région. Dans le Tages-Anzeiger, Bastion Girod, chef des affaires européennes de South Pole et conseiller national des Verts, explique pourquoi il continue à miser sur des projets forestiers et à collaborer également avec des groupes pétroliers et gaziers. Plus d’informations sur srf.ch et dans la NZZ (paywall). Dans une série de podcasts en quatre parties, SRF met en lumière le modèle commercial de la compensation climatique, voici l’épisode 1.

Condamnations politiques contre des activistes climatiques et autres actions

Lors de procès contre des activistes climatiques, les tribunaux rendent des jugements politiques. C’est la conclusion d’une étude des universités de Berne et de Lausanne, pour laquelle 150 jugements concernant des protestations climatiques ont été analysés. La résistance non violente est traitée par les juges comme un crime et non comme un délit. La plupart du temps, les protestataires sont condamnés pour contrainte. Selon les auteurs de l’étude, les tribunaux accorderaient plus de poids à la propriété privée et à la liberté de mouvement qu’à la liberté d’expression et de réunion. Plus d’informations sur Le Courrier (paywall) et watson.ch.

Les membres de l’organisation de protestation “Renovate Switzerland” ont bloqué la circulation par d’autres actions, notamment le lendemain de la votation gagnée sur la loi sur la protection du climat. Les mesures qui y sont liées ne suffiraient pas à protéger l’avenir des jeunes, selon eux. Dans le Tages-Anzeiger, Felix Anderl, spécialiste des conflits, explique pourquoi une démocratie saine a besoin de telles protestations et pourquoi la liberté de réunion et d’expression est essentielle dans une démocratie. Le service de renseignement de la Confédération met en garde contre la radicalisation du mouvement climatique, rapporte watson.ch. Et la NZZ (paywall) se penche sur la question de savoir pourquoi les personnes bloquant la circulation en se collant une main au sol sont devenues pour beaucoup l’image de l’ennemi.

Dans une nouvelle enquête, 120 experts en sociologie, en sciences politiques et dans des disciplines connexes ont été interrogés sur ce qui fait le succès des mouvements sociaux. Près de 70% des universitaires interrogés ont estimé que les tactiques de protestation perturbatrices étaient “assez importantes” pour le succès d’un mouvement. De nombreux experts considèrent même l’utilisation stratégique de tactiques de perturbation non violentes comme centrale pour le succès d’un mouvement. Les résultats vont à l’encontre de l’opinion publique, car la majorité de la population pense que les protestations perturbatrices nuisent aux objectifs des activistes. Selon les experts, les protestations climatiques perturbatrices peuvent déclencher des changements culturels à long terme, malgré l’indignation et les revers à court terme. La perturbation de la vie quotidienne est souvent le meilleur moyen d’attirer l’attention des médias, d’augmenter la visibilité d’une cause et d’encourager les changements politiques et économiques. Plus d’informations dans le Guardian.

Le 30 septembre, une manifestation nationale pour le climat aura lieu à Berne. L’Alliance pour le climat, qui organise l’événement, souhaite ainsi attirer l’attention sur la menace que représente la crise climatique et réclamer une justice climatique, peu avant les élections nationales du 22 septembre.

Décisions de la Confédération et des cantons en matière de climat

Selon la NZZ am Sonntag (paywall), la Confédération veut plus que doubler les subventions pour les agriculteurs afin qu’ils puissent adapter leurs exploitations au changement climatique. Les subventions devraient s’élever à environ 185 millions de CHF par an. S’y ajoutent des prêts sans intérêt de plus de 400 millions de CHF. L’argent doit être utilisé pour la construction d’installations d’irrigation en cas de sécheresse et d’installations de drainage contre les fortes précipitations. Il est également prévu de subventionner la modernisation des étables afin de réduire les fuites d’ammoniac nuisibles au climat.

Le Conseil fédéral veut développer la recherche sur les questions énergétiques et climatiques. Il a mis en consultation une proposition de fonds supplémentaires pour l’instrument d’encouragement de la recherche en cours SWEET (SWiss Energy research for the Energy Transition). Jusqu’à présent, un crédit de 136,4 millions de CHF était disponible pour la période de 2021 à 2032. Désormais, une deuxième tranche de 135 millions de CHF (de 2025 à 2036) doit être attribuée. Cette somme doit permettre de répondre aux questions relatives à la sécurité de l’approvisionnement énergétique de la Suisse, notamment en ce qui concerne le stockage de l’électricité estivale et la décarbonisation de l’économie.

La ville de Zurich veut augmenter les subventions pour le remplacement des chauffages au mazout et au gaz, comme le rapporte le Tages-Anzeiger. A l’origine, le parlement de la ville avait accordé 13,5 millions de CHF à cet effet. Mais la demande de ces fonds est désormais plus importante que prévu. C’est pourquoi le conseil municipal demande 6,5 millions de CHF supplémentaires pour le programme.

En septembre, les habitants de la ville de Zurich voteront sur l’initiative “Stadtgrün”. Celle-ci demande que la ville consacre au moins 1% des recettes fiscales annuelles de la ville de Zurich (actuellement environ 30 millions de CHF) à la végétalisation des places et à la plantation d’arbres afin de lutter contre la chaleur dans la ville. Les contre-propositions à l’initiative, qui seront également soumises au vote, prévoient des moyens annuels de 11 millions (130 millions jusqu’en 2035). Plus d’informations dans la NZZ et sur nau.ch.

Politique climatique internationale

La production d’électricité renouvelable connaît une croissance record

La hausse des prix des combustibles fossiles et les préoccupations en matière de sécurité énergétique poussent à l’expansion mondiale du photovoltaïque et de l’éolien, comme le montrent les derniers chiffres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’expansion mondiale des énergies renouvelables augmentera d’un tiers en 2023 pour atteindre plus de 440 GW en 2023, soit la plus forte croissance absolue jamais enregistrée. En Europe, les énergies renouvelables se développent rapidement et sont en première ligne pour faire face à la crise énergétique. Aux États-Unis et en Inde, de nouvelles mesures politiques contribueront également à une augmentation considérable au cours des deux prochaines années. Entre-temps, la Chine consolide sa position de leader et contribuera à près de 55% de l’augmentation mondiale de la capacité en énergies renouvelables, tant en 2023 qu’en 2024. En 2024, la capacité totale des énergies renouvelables dans le monde atteindra 4500 GW, soit l’équivalent de la production totale d’électricité de la Chine et des États-Unis.  Plus d’informations sur l’AIE. D’autres études et prévisions sur la croissance exponentielle des capacités solaires, éoliennes et de batteries sont disponibles chez RMI et Systems Change Lab.

Les pays négocient une meilleure protection de l’Amazonie

Une conférence des États amazoniens s’est tenue au Brésil pour la première fois depuis 14 ans. Elle avait pour objectif de concilier le développement économique et la protection de la forêt tropicale. Les deux tiers de la superficie de l’Amazonie se trouvent au Brésil. Le reste s’étend sur des parties de la Colombie, du Pérou, du Venezuela, de la Bolivie, du Guyana, de la Guyane française, du Suriname et de l’Équateur.

En ouverture du sommet, le Brésil a annoncé. Le président Lula da Silva a annoncé l’arrêt total de la déforestation au Brésil d’ici 2030. Lula avait déjà annoncé, lors de son entrée en fonction, qu’il allait renforcer la lutte contre la déforestation illégale et, ces derniers mois, la déforestation a déjà nettement diminué.

Avant le début du sommet, les représentants des communautés indigènes ont demandé une meilleure protection de leurs droits fonciers, y compris l’interdiction de nouvelles exploitations pétrolières en Amazonie. Celles-ci sont controversées : alors que Lula est tout à fait ouvert à de nouvelles exploitations pétrolières, le chef d’État colombien Petro s’est prononcé en faveur d’une réduction de celles-ci. Dans la déclaration finale du sommet sur l’Amazonie, il a été convenu entre autres d’une alliance amazonienne pour lutter contre la déforestation et d’un système commun de contrôle aérien contre les défrichements illégaux. Les Etats n’ont toutefois pas réussi à se mettre d’accord sur des objectifs contraignants ni sur une interdiction de nouveaux forages. Plus d’informations dans le journal Zeit (paywall) ici et ici.

Le G20 déçoit une fois de plus

Les ministres de l’énergie et du climat du groupe de pays du G20 se sont réunis en juillet en Inde pour discuter des objectifs climatiques et énergétiques. Ces réunions ont été considérées au préalable comme des étapes décisives sur la voie de la prochaine négociation sur le climat (COP28 à Dubaï). Les rencontres se sont toutefois terminées sans consensus sur la sortie globale des énergies fossiles et sans objectif pour les énergies renouvelables. L’attitude de blocage de la Russie et de l’Arabie saoudite a été particulièrement critiquée. Plus d’informations dans le Zeit (paywall) et Euronews.

La Chine mise sur le charbon et les énergies renouvelables. Comment cela s’accorde-t-il ?

On argumente souvent en disant : “Oh, à quoi bon faire quelque chose, regardez la Chine”. Mais le rôle de la Chine est complexe, comme le montre un commentaire de Li Shuo, spécialiste de la Chine et du climat, dans le Guardian. Il est vrai que la Chine est le plus grand consommateur d’énergie et émetteur de gaz à effet de serre au monde. Mais la Chine est aussi le plus grand producteur d’énergies renouvelables.

La capacité solaire de la Chine s’élève actuellement à 228 gigawatts (GW). C’est plus que le reste du monde réuni. La capacité éolienne chinoise est également la plus importante au monde, avec 310 GW. Avec 750 GW supplémentaires de nouveaux projets éoliens et solaires dans le pipeline, la Chine atteindra son objectif de 1 200 GW pour 2030 cinq ans plus tôt.

L’énorme croissance de la Chine dans les domaines de l’énergie éolienne et solaire et des véhicules électriques est le résultat d’une politique industrielle agressive. Celle-ci se caractérise par un soutien étatique conséquent, des chaînes d’approvisionnement bien intégrées, la concurrence, l’innovation et les économies d’échelle de cet immense pays. La domination de la Chine dans le domaine des technologies propres soulève des questions importantes pour les autres pays. Les pays occidentaux sont-ils prêts à prendre des mesures économiques et politiques d’une ampleur comparable pour faire progresser leur production de technologies propres ? Les pays peuvent apprendre de la Chine, même si les solutions ne peuvent pas être simplement copiées.

Le succès de la politique chinoise en matière de technologies propres est toutefois davantage lié à sa stratégie économique qu’à la protection du climat. C’est la promotion de la croissance et des infrastructures qui a donné un coup de fouet au secteur de l’énergie propre de la Chine. Et c’est exactement la même logique qui pousse au développement de l’utilisation du charbon. Rien que pour le premier trimestre 2023, les gouvernements provinciaux chinois ont approuvé au moins 20 GW de nouveaux projets de charbon.

Le défi pour la Chine est de continuer à faire progresser ses technologies décarbonées, mais d’abandonner le charbon. La diplomatie climatique pourrait être décisive à cet égard. La Chine doit sans cesse être invitée par les pays occidentaux à modifier sa politique en matière de charbon. En juillet, le représentant américain pour le climat John Kerry s’est de nouveau entretenu avec son homologue chinois Xie Zhenhua. La coopération entre les États-Unis et la Chine dans le domaine du climat a longtemps eu lieu malgré les tensions géopolitiques, mais les discussions avaient été gelées après la visite de Nancy Pelosis à Taïwan en 2022. Deux autres rencontres sont prévues avant la COP28. Plus d’informations dans le Guardian, sur Infosperber et sur Climate Change News.

Le secteur maritime se fixe de nouveaux objectifs climatiques, mais ils sont insuffisants

La navigation internationale est à l’origine d’environ 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’Organisation maritime internationale (OMI) a adopté début juillet une nouvelle stratégie climatique. Le secteur ne doit désormais plus émettre de gaz à effet de serre nets “d’ici ou vers 2050”. Il s’agit d’une nette amélioration par rapport à l’ancienne stratégie climatique de 2018, qui prévoyait de réduire de moitié les émissions de la navigation d’ici 2050.

Des objectifs intermédiaires ont en outre été adoptés pour 2030 et 2040. En 2030, les émissions devraient être inférieures de 20% à celles de 2008, et en 2040, une réduction de 70% devrait être atteinte. Ces objectifs représentent un progrès, mais ils sont encore nettement trop bas, comme le montrent les calculs de la Science Based Target Initiative.

Les pays industrialisés et de nombreux pays en développement ont demandé des objectifs nettement plus ambitieux. Ils ont reçu le soutien d’associations de l’industrie maritime et du plus grand armateur de conteneurs au monde, Maersk. L’armateur danois veut atteindre l’objectif net zéro d’ici 2040. En revanche, la Chine, le Brésil, l’Argentine, la Russie et l’Arabie saoudite ont voulu empêcher la réalisation des objectifs intermédiaires pour 2030 et 2040 et n’ont fait qu’un engagement flou en faveur de l’objectif zéro net en 2050.

Une taxe sur le CO2 a également été discutée pour les émissions de la navigation. Les petits États insulaires ont demandé une taxe de 100 dollars US par tonne de CO2 et ont reçu le soutien de l’UE et de quelques autres pays. Mais là encore, ils se sont heurtés à l’opposition des grands pays émergents.

Les organisations environnementales sont déçues par la nouvelle stratégie climatique de l’OMI. La pression sur l’UE pour qu’elle réduise davantage les émissions de la navigation s’en trouve renforcée. Plus d’informations sur Klimareporter et ClimateChangeNews.

Sommet pour un pacte financier mondial

Près de 40 chefs d’État et de gouvernement se sont réunis à Paris en juin pour le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial (Summit for a New Global Financing Pact) du président français Emmanuel Macron. La réunion de deux jours, qui avait pour but de promouvoir les réformes financières pour une meilleure protection du climat, a permis quelques avancées. Mais le problème fondamental de l’endettement des pays pauvres et l’incapacité qui en résulte à investir dans la protection du climat et la lutte contre la pauvreté n’ont pas été abordés.

En conclusion, les chefs d’État et de gouvernement se sont mis d’accord sur le fait qu’ils souhaitaient une nouvelle approche des investissements afin de sortir les pays de la pauvreté, de l’aide étrangère et de la crise climatique. En outre, une feuille de route sera établie pour de nouvelles discussions sur la réalisation de ces objectifs. Le principe retenu est que les besoins financiers se chiffreront en milliards et non en millions, et que la plus grande partie devra provenir du secteur privé. Les initiatives privées doivent être stimulées par des fonds publics. Mais le fossé entre les riches et les pauvres était profond et il le reste. Plus d’informations dans le Guardian ici et ici , NY Times (paywall), Bloomberg (paywall) et Politico.

Blackrock accueille le PDG de Saudi Aramco au sein de son conseil d’administration

Blackrock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, a annoncé début juillet qu’il avait nommé à son conseil d’administration Amin Nasser, un critique bien connu des mesures de protection du climat et PDG de Saudi Aramco, le plus grand groupe pétrolier au monde.

Larry Fink, le PDG de l’entreprise, a déclaré pendant des années que les considérations environnementales, sociales et de gouvernance d’entreprise (connues sous le nom d’ESG) étaient essentielles à l’activité. Cette approche a toutefois été de plus en plus attaquée ces deux dernières années par des politiciens conservateurs américains qui ont critiqué BlackRock en la qualifiant de “woke”. Plusieurs politiciens d’États conservateurs ont retiré des milliards de leurs actifs des caisses de l’entreprise en guise de représailles.

Brad Lander, le commissaire aux comptes de New York, a vivement critiqué la nomination de Nasser. BlackRock est le plus grand gestionnaire externe de fonds de la ville de New York. Lander a déclaré : “BlackRock a clairement déclaré que le risque climatique est un risque d’investissement, mais les actes sont plus éloquents que les mots. A une époque où les institutions financières doivent adopter une approche collective pour gérer les risques financiers liés au changement climatique, les actionnaires de BlackRock attendent des administrateurs compétents en matière de climat et non pas en matière de conflit climatique”. Plus d’informations sur CNN, dans le NY Times (paywall) et chez Bill McKibben.

Politique climatique européenne

La nature en Europe doit être mieux protégée

L’Europe n’a pratiquement plus de nature intacte et les rares vestiges sont souvent fortement menacés. Avec la loi européenne sur la restauration de la nature (EU Nature Restoration Law), la Commission européenne a fait une proposition importante sur la manière de mieux protéger la nature en Europe. Au cours des dernières semaines et des derniers mois, ce sont surtout les groupes conservateurs et de droite qui ont lutté contre le projet de loi au Parlement européen. Début juillet, le Parlement européen a approuvé la proposition de loi à une courte majorité. Un “jalon est ainsi posé pour la protection de la nature en Europe”, a commenté la Fédération allemande pour la protection de la nature (NABU). Les progressistes ont pu s’imposer face aux partis conservateurs et d’extrême droite, qui ont fait sensation jusqu’à la fin en diffusant de fausses déclarations.

Cette victoire a toutefois eu un prix : pour parvenir à un compromis, la proposition initiale de la Commission a été considérablement affaiblie. Le Parlement a notamment supprimé l’article sur la renaturation des terres agricoles et des tourbières. Cela aurait pu contribuer de manière significative au stockage du CO2 dans les sols et à la protection de la biodiversité.

Malgré tout, la loi représente un net progrès. Jusqu’à présent, le droit européen ne prévoyait pas d’objectifs contraignants pour la restauration de différents écosystèmes. Et ce, bien que près de 80% des habitats naturels protégés en Europe soient dégradés, comme le montrent les associations environnementales WWF Allemagne et NABU. Cette loi doit maintenant changer cela. D’ici 2030, au moins 20% des surfaces terrestres et maritimes devront être renaturées. Pour en savoir plus, consultez Euractiv et ARD.

Supprimer les obstacles au développement des énergies renouvelables

Le développement des énergies renouvelables est souvent lié à de nombreux obstacles. Il existe de bonnes solutions pour nombre de ces obstacles, comme le montre une étude de l’Öko-Institut :

L’UE doit renoncer à l’avenir à “Mr. Green Deal”

“Mr. Green Deal quitte le navire”, a titré le TAZ après que le vice-président Frans Timmermans a annoncé qu’il quitterait la Commission européenne à l’automne. Le cofondateur du Green Deal européen se tournera vers la politique néerlandaise et se présentera aux nouvelles élections de novembre comme candidat commun des sociaux-démocrates et des verts de gauche. Cette annonce suscite des sentiments mitigés dans les rangs du Parlement européen. Pour en savoir plus, consultez la chaîne de télévision ZDF ou le Spiegel.

La Grande-Bretagne veut produire plus de pétrole et de gaz

Le gouvernement britannique veut extraire autant de pétrole et de gaz que possible de la mer du Nord. Le Premier ministre Rishi Sunak a annoncé en juillet l’octroi de plus de 100 nouvelles licences de forage. Son porte-parole a fait valoir que cela était “tout à fait compatible” avec l’objectif de zéro net d’ici 2050, étant donné que des combustibles fossiles seraient encore nécessaires à cette date et que l’approvisionnement domestique nécessiterait moins de transports. The Climate Change Committee (CCC), le comité scientifique qui conseille le gouvernement britannique en matière de politique climatique, a en revanche averti que les pays ne devaient pas augmenter l’extraction de combustibles fossiles, mais la réduire d’urgence, voire y mettre fin.

Sunak a également promis 20 milliards de livres pour le captage et le stockage du CO2 . Des études montrent comment le potentiel de cette technologie a été utilisé à plusieurs reprises au cours des deux dernières décennies pour justifier la prolongation de la production d’électricité à partir du charbon et la construction de centrales à gaz. Plus d’informations dans le Guardian.

Allemagne

Vote de la loi sur le chauffage reporté

Après une âpre bataille sur la loi sur l’énergie dans le bâtiment (Gebäudeenergiegesetzes, GEG), la coalition gouvernementale est parvenue à un accord. La GEG, également connue sous le nom de “loi sur le chauffage”, devrait entrer en vigueur comme prévu à partir de 2024, mais dans un premier temps uniquement dans les zones dotées de plans thermiques communaux existants (pour en savoir plus, consultez le centre de compétence “Kommunale Wärmewende“). Dans les communes dépourvues de plans thermiques, l’installation de nouveaux chauffages fossiles nuisibles au climat reste pour l’instant autorisée. Selon le projet de loi actuel, toutes les communes, soit plus de 10.700, devront établir des plans thermiques au plus tard à la mi-2028. Les nouveaux chauffages devront être alimentés à 65% au moins par des énergies renouvelables. Toutefois, sous la pression du FDP, une multitude d’options de chauffage ont été autorisées – notamment les chauffages à hydrogène, pourtant inefficaces.

Une aide de base de 30% sera accordée à l’achat de nouveaux systèmes de chauffage, complétée par un bonus de 20% supplémentaire jusqu’en 2028 si le changement intervient plus tôt que la loi ne le prévoit. Les ménages à faibles revenus pourront bénéficier d’une aide maximale allant jusqu’à 70%. Cependant, le Bundestag n’a pas pu adopter la GEG avant les vacances d’été comme prévu. Suite à l’intervention de la Cour constitutionnelle fédérale – plus d’informations à ce sujet dans le Spiegel (paywall) ici ou – le vote n’aura lieu qu’en septembre.

La loi allemande sur le changement climatique est affaiblie

L’accord de la coalition «feu de signalisation» stipulait déjà que la loi fédérale sur la protection du climat (Bundesklimaschutzgesetz, ou KSG) devait être révisée. Cela parce que jusqu’à présent “personne ne l’a respectée”, selon le ministre du climat Robert Habeck. Il s’agit par exemple de l’obligation de présenter ce que l’on appelle des “programmes sectoriels d’urgence” des ministères compétents si les objectifs d’émissions d’un secteur n’ont pas été respectés auparavant. Plus d’informations à ce sujet dans le Frankfurter Rundschau. Mi-juin, le ministre a présenté des plans concrets à ce sujet. Ainsi, le caractère obligatoire des objectifs sectoriels doit être totalement supprimé et les différents ministères ne doivent plus être responsables de la réalisation des objectifs. C’est plutôt l’ensemble du gouvernement fédéral qui doit veiller à la réalisation des objectifs. C’est une demande du FDP depuis longtemps déjà. Plus de 40 associations environnementales et sociales y voient cependant un affaiblissement flagrant des objectifs sectoriels, l’instrument central de la protection du climat en Allemagne. En outre, le ministre Habeck a reconnu que l’Allemagne n’atteindrait pas ses objectifs climatiques en 2030 malgré d’importants progrès. Informations complémentaires auprès de Klimareporter et WWF Allemagne. La modification de la loi devrait être soumise au processus parlementaire après la pause estivale.

Le prix de l’électricité industrielle sous le feu des critiques

En Allemagne, on discute actuellement de l’introduction d’un prix de l’électricité industrielle pour soulager les gros consommateurs industriels. Sur proposition des Verts, ceux-ci devraient payer un prix nettement réduit de seulement 6 centimes/kWh afin de promouvoir l’électrification de l’économie. Les partisans de cette mesure affirment qu’elle garantit des emplois, renforce la compétitivité et soutient le tournant énergétique. Les opposants critiquent le fait que cela pourrait entraîner des coûts supplémentaires pour les ménages, étant donné que la subvention estimée entre 25 et 30 milliards d’euros pour l’industrie doit être absorbée ailleurs. Les entreprises industrielles seraient soulagées, bien qu’elles continuent de produire des émissions élevées de CO2 . De toute façon, les grandes industries achètent déjà aujourd’hui de l’électricité bien moins chère que les ménages. Les économistes mettent en garde contre l’introduction du prix de l’électricité industrielle. Selon le journal Handelsblatt, l’absence de signaux du marché conduirait à un manque d’innovation de la part des industries. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici.

La crise climatique visible

Vagues de chaleur, incendies, tempêtes et inondations

Cet été, des records sont battus dans le monde entier. En voici une brève énumération : des vagues de chaleur dramatiques dans de nombreuses régions du monde, des incendies au Canada, en Grèce, à Hawaï et dans de nombreux autres pays (ici et ici). A Pékin, il est tombé en juillet près de 7,5 m de pluie en seulement 72 heures, ce qui correspond à peu près à la quantité moyenne annuelle ou à 7500 litres par m2 . Des inondations torrentielles se sont produites. Globalement, juillet a été le mois le plus chaud depuis le début des relevés. Il n’avait probablement pas fait aussi chaud depuis au moins 120 000 ans.

Une étude de World Weather Attribution (WWA) montre que les vagues de chaleur de ces dernières semaines, avec des températures records dépassant parfois 45 degrés Celsius dans le sud de l’Europe, en Chine, au Mexique et aux Etats-Unis, auraient été extrêmement improbables sans le changement climatique. “Le rôle du changement climatique est absolument prépondérant”, a déclaré la climatologue Friederike Otto de l’Imperial College London. L’étude a conclu que les vagues de chaleur en Europe et aux États-Unis étaient au moins 950 et 4400 fois plus probables en raison du réchauffement global. Dans le climat plus chaud d’aujourd’hui, de telles vagues de chaleur sont attendues tous les cinq ans environ en Chine, tous les dix ans en Europe et tous les quinze ans aux États-Unis, et elles seront encore plus fréquentes si les émissions continuent d’augmenter.

Les vagues de chaleur font partie des dangers naturels les plus meurtriers. Rien qu’en Europe, la chaleur a tué au moins 61 000 personnes en 2022. En Suisse, plus de 600 personnes sont mortes l’été dernier des suites de la chaleur. Même sans changement climatique, l’été aurait été chaud, mais on estime qu’il y aurait eu 60% de décès en moins (soit 370 de moins), selon une nouvelle étude.

Plus dans le Guardian ici, ici, ici, ici, le Zeit (paywall), Klimareporter, Insideclimatenews, Tagesanzeiger (paywall), NY Times global heat tracker, Carbon brief et srf.ch.

Nouvelles de la science du climat

L’Atlantique Nord est-il sur le point de basculer ?

Le courant de circulation atlantique assure l’échange de masses d’eau chaudes et froides dans l’océan et maintient l’Europe au chaud. Il alimente également les profondeurs des océans en oxygène et est donc vital pour les écosystèmes marins. Mais le courant a un point de basculement à partir duquel il se tarit lorsque, dans le nord de l’Atlantique, trop d’eau douce dilue l’eau de mer et l’empêche de couler. Trois études récentes publiées dans Nature (ici, ici et ici) montrent que ce point de basculement est probablement beaucoup plus proche qu’on ne le pensait jusqu’à présent et qu’il pourrait être atteint dès les prochaines décennies.

Si le courant de circulation atlantique s’interrompait, un net refroidissement se produirait dans le nord-ouest de l’Europe, notamment sur les îles britanniques et en Scandinavie. Le niveau de la mer dans l’Atlantique Nord augmenterait en outre de jusqu’à un mètre. L’Europe serait menacée par des tempêtes nettement plus violentes. Les ceintures de précipitations tropicales se déplaceraient vers le sud – les zones sèches et pluvieuses ne seraient donc plus situées au-dessus des écosystèmes qui leur correspondent. Et l’océan absorberait nettement moins de CO2 – actuellement 25%, c’est-à-dire qu’il en resterait plus dans l’atmosphère et la réchaufferait davantage.

Stefan Rahmstorf, chercheur en climatologie et océanographie à l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique (PIK), affirme que les études les plus récentes montrent clairement que, certes, il existe toujours une grande incertitude quant à la proximité des points de basculement. “Mais l’incertitude n’est pas notre amie. Car encore une fois, il s’agit ici de risques que nous voulons exclure avec certitude. Pour moi, les études montrent que le risque de franchir le point de basculement au cours de ce siècle n’est en aucun cas inférieur à dix pour cent, comme nous le pensions encore il y a quelques années. Je pense qu’il est désormais plusieurs fois plus élevé”. Plus d’informations de Stefan Rahmsdorf dans le Spiegel, sur Scilogs et sur Realclimate.

Comment l’alimentation végétalienne aide le climat

Sauver le monde grâce à l’alimentation ? Sauver est peut-être un grand mot, mais une alimentation à base de plantes peut réduire considérablement l’empreinte carbone personnelle. De nombreuses études montrent à quel point un régime à base de viande et de produits laitiers est néfaste pour le climat. Ces résultats ont été obtenus à l’aide de modèles de régimes alimentaires et de valeurs moyennes. Une nouvelle étude publiée dans Nature Food a analysé les habitudes alimentaires réelles de 55 000 personnes en Grande-Bretagne ainsi que les données de près de 40 000 exploitations agricoles. Les résultats sont clairs : les personnes qui se nourrissent exclusivement de plantes émettent jusqu’à trois quarts de gaz à effet de serre en moins qu’une alimentation riche en viande de 100 grammes par jour ou plus. La pollution de l’eau et l’utilisation des terres sont également nettement moins importantes.

L’étude montre également que la réduction de la consommation de viande a déjà un impact important. En consommant moins de 50 grammes de viande par jour, l’impact sur le climat est réduit de moitié. Si les consommateurs de viande britanniques faisaient ce pas, l’effet serait aussi important que si 8 millions de voitures à énergie fossile étaient retirées de la circulation. Les auteurs de l’étude soulignent que l’Etat devrait introduire des mesures pour aider les gens à réduire leur consommation de viande. Cela est nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques. Plus d’informations dans le Guardian et le NY Times (paywall).

Quatre graphiques illustrent l’ampleur des changements

Les graphiques suivants proviennent d’un fil Twitter de Rico Grimm. Ils résument de manière impressionnante les changements mesurés.

En 2023, la température à la surface de la Terre (en noir) est bien supérieure à la moyenne historique (bande grise). Ce qui est inquiétant, c’est la raideur et la durabilité de cette “sortie” de la bande.

Le prochain graphique montre les températures moyennes à la surface des océans. L’année actuelle (en noir) est très éloignée de la moyenne historique. L’anomalie semble petite, de 0,25 degré. Mais les océans représentent une surface gigantesque de notre planète. C’est pourquoi de petits écarts ont déjà de grandes conséquences.

Les températures élevées entraînent la formation de beaucoup moins de glace en Antarctique (où c’est l’hiver). Les pointillés noirs représentent l’année actuelle, bien en dessous de la moyenne historique. Il manque de la glace nouvellement formée d’une superficie six fois supérieure à celle de l’Allemagne. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Une autre représentation de @EliotJacobson montre encore plus clairement l’ampleur du manque de glace. La ligne rouge descendant vers le bas indique l’année en cours.

Merci et meilleures salutations de la part d’Anja et Thomas ! N’hésite pas à faire suivre le journal climatique. Si tu n’es pas encore sur la liste de distribution, tu peux t’y abonner ici : https://bit.ly/Klimazeitung

Suisse

La Suisse veut-elle protéger le climat ? Tout se jouera le 18 juin !

Le 18 juin aura lieu la votation sur la loi sur la protection du climat, le contre-projet indirect à l’initiative sur les glaciers. Le Conseil national et le Conseil des Etats avaient approuvé la loi ; officiellement, elle s’appelle “Loi fédérale sur les objectifs de la protection du climat, l’innovation et le renforcement de la sécurité énergétique”. Elle reprend la revendication principale de l’initiative populaire : D’ici 2050, la Suisse doit progressivement atteindre la neutralité climatique, et ce dans la mesure du possible en réduisant les émissions de gaz à effet de serre à l’intérieur du pays. La loi sur la protection du climat comprend également des mesures concrètes pour atteindre les objectifs climatiques : 2 milliards de CHF sont prévus pour le remplacement des chauffages fossiles et 1,2 milliard de CHF pour la promotion de nouvelles technologies.

L’UDC a lancé le référendum et est soutenue par l’Association des propriétaires fonciers. Les autres partis et de nombreuses associations soutiennent le projet. En mars, quelque 200 organisations, associations et entreprises ont lancé la campagne pour le oui, dont le slogan est “Protéger ce qui est important pour nous“. swisscleantech est également co-initiatrice de l’alliance économique “L’économie suisse pour la loi sur le climat“. Les cantons soutiennent la loi sur le climat. Plus d’informations sur watson.

Un approvisionnement en électricité sûr sans centrales à gaz

Pour assurer l’approvisionnement en électricité en Suisse en hiver, il n’est pas nécessaire de recourir aux centrales fossiles. C’est la conclusion d’une étude de la ZHAW, pour laquelle plusieurs projets de recherche ont été menés sur la sécurité de l’approvisionnement en électricité en Suisse. Pour y parvenir, il faut, selon l’auteur de l’étude Jürg Rohrer, professeur en énergies renouvelables, garantir un niveau de remplissage minimal dans les lacs de retenue suisses.

Début 2023, le Conseil fédéral avait décidé d’acquérir des centrales fossiles d’une puissance maximale totale de 1000 mégawatts afin d’éviter une éventuelle pénurie d’électricité. Ces centrales fossiles de réserve seraient enclenchées plusieurs semaines avant une situation de pénurie d’électricité prévisible, afin de ménager les centrales à accumulation, souligne Jürg Roher. En cas de panne surprise des centrales nucléaires, le recours aux centrales fossiles arriverait trop tard et ne pourrait guère empêcher une pénurie d’électricité.

Selon l’étude, pour garantir l’approvisionnement en électricité en hiver, il faut des réserves de force hydraulique pour les barrages, qui doivent être prescrites et surveillées par la loi. La production d’électricité à partir d’énergies renouvelables doit également être rapidement développée. Des mesures concernant l’efficacité énergétique sont également nécessaires pour économiser au moins 5 % d’électricité en hiver. Plus d’informations dans le Finanz und Wirtschaft.

Une étude de l’ETH Zurich montre également que l’approvisionnement en électricité en Suisse peut être assuré par des énergies renouvelables. Différents modèles énergétiques ont été analysés, développés par l’entreprise solaire Helion, l’association Swissolar et le conseiller national PVL Jürg Grossen. Ce sont eux qui ont commandé l’étude. Selon l’analyse de l’ETH, un approvisionnement en électricité reposant principalement sur l’énergie hydraulique et le photovoltaïque peut garantir la demande en électricité à tout moment jusqu’en 2050. L’énergie solaire y joue un rôle central – d’ici 2050, la moitié de la production d’électricité devrait provenir du photovoltaïque. Plus d’informations dans le Sonntagszeitung (paywall). Un document de travail de Swissolar montre comment fonctionne l’interaction entre l’énergie hydraulique, l’énergie solaire et l’énergie éolienne.

A ce jour, la Confédération a conclu des contrats avec trois centrales de réserve fossiles d’une puissance totale de 336 MW. La plus grande se trouve à Birr (AG) et est opérationnelle depuis fin mars. En outre, deux petites centrales à gaz sont opérationnelles à Cornaux (NE) et à Monthey (VS). Lors de la grève du climat, des milliers de personnes ont protesté dans différentes villes suisses contre la mise à disposition des centrales de réserve fossiles, rapportent watson et nau.ch.

Voici comment le Conseil national entend garantir l’approvisionnement énergétique

Lors de la session de printemps, le Conseil national a traité de ce que l’on appelle l’acte modificateur unique. Celui-ci combine la révision de la loi sur l’énergie et de la loi sur l’approvisionnement en électricité et règle la question du développement du système énergétique. La position du Conseil des Etats de l’automne 2022 ne change pas : la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables doit être massivement développée. Pour y parvenir, 15 projets hydroélectriques, sur lesquels l’économie hydraulique et les organisations environnementales s’étaient mises d’accord lors de la table ronde, doivent pouvoir être réalisés de manière accélérée (Infosperber analyse l’impact environnemental des projets). Le Conseil national corrige toutefois le Conseil des Etats sur un point : la protection absolue des biotopes d’importance nationale ne doit pas être supprimée. Cette protection ne s’applique toutefois pas aux nouvelles zones de repli des glaciers ; des installations énergétiques pourraient y être réalisées.

Le Conseil national veut introduire une obligation d’utiliser l’énergie solaire pour les nouvelles constructions, les rénovations importantes de bâtiments existants et les grandes places de parking (voir srf.ch). Par ailleurs, le Conseil national veut encourager l’utilisation de batteries de véhicules électriques pour stabiliser le réseau électrique en supprimant les taxes de réseau pour ces accumulateurs d’électricité décentralisés. Enfin, l’efficacité énergétique doit être encouragée. Le Tages-Anzeiger (paywall) propose un résumé des débats.

Les décisions concernant l’acte modificateur unique sont majoritairement soutenues. L’association économique swisscleantech y voit une étape importante pour renforcer l’approvisionnement en électricité de la Suisse avec des énergies renouvelables. L’association professionnelle Swissolar salue le fait que le développement du photovoltaïque soit encouragé et accéléré. Elle déplore en revanche que la réglementation jusqu’ici restrictive pour les installations PV sur les surfaces agricoles n’ait pas été assouplie. L’UDC est critique, surtout en ce qui concerne l’obligation d’installer des panneaux solaires ; c’est le seul parti à avoir voté contre l’acte modificateur unique. Si l’obligation d’installer des panneaux solaires est introduite, le parti entend lancer un référendum (pour en savoir plus, voir nau.ch).

Les concessions faites par le Conseil national en matière de protection des eaux suscitent la critique. Les prescriptions de la loi sur la protection des eaux concernant le débit résiduel doivent être suspendues jusqu’en 2035. Aujourd’hui, lors de l’attribution d’une nouvelle concession, il est exigé d’augmenter le débit résiduel. Cette décision, rapporte la NZZ (paywall), ne permet de gagner que peu d’énergie supplémentaire, mais met en danger l’ensemble du projet. Il est en effet certain que les organisations environnementales lanceront un référendum si le Conseil des Etats ne corrige pas sa décision lors de la session d’été. Plus d’informations dans l’hebdomadaire.

Le développement de l’énergie éolienne doit également être accéléré

Le Conseil national veut accélérer le développement de l’énergie éolienne. Pour atteindre cet objectif, les procédures d’autorisation des projets d’énergie éolienne déjà avancés doivent être simplifiées. Cela devrait permettre une production annuelle supplémentaire d’un térawattheure ; ce qui correspond à six fois la quantité fournie aujourd’hui par les installations éoliennes en Suisse. Si une potentielle installation est d’intérêt national et qu’il existe un plan d’affectation juridiquement valable, y compris une étude d’impact sur l’environnement, le canton doit désormais pouvoir délivrer le permis de construire. La commune d’implantation n’est plus impliquée dans la procédure. Les recours ne sont plus possibles qu’auprès d’une instance cantonale. Le Tribunal fédéral ne peut plus être saisi que pour des questions juridiques “d’importance fondamentale”. L’Association des communes suisses critique cette décision, car elle affaiblit l’acceptation des grands projets. L’association demande que les communes d’implantation soient indemnisées par une “redevance éolienne”, à l’instar de la redevance hydraulique que les entreprises d’électricité doivent verser aux cantons ou aux communes pour l’utilisation de l’énergie hydraulique. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall) et dans la NZZ (paywall).

Le choix de l’emplacement des éoliennes fera l’objet de nombreuses discussions ces prochains temps. Faut-il les construire uniquement là où la législation en vigueur le permet ? Ou également dans des endroits appropriés, pour lesquels la loi sur l’aménagement du territoire devrait être assouplie ? Une étude de l’ETH Zurich plaide pour la deuxième option. Elle se penche sur la question de savoir comment répartir les éoliennes au niveau régional afin de pouvoir réaliser le plus efficacement possible l’extension visée par la stratégie énergétique. Pour produire les 4,3 TWh d’électricité éolienne prévus d’ici 2050 (ce qui correspond à 7% de la consommation d’électricité), et conclue qu’il faudrait construire environ 760 éoliennes en Suisse. En vue de l’aménagement actuel du territoire, cela nécessiterait un fort développement dans les Alpes, notamment dans les montagnes grisonnes et valaisannes. Si les exigences en matière d’aménagement du territoire étaient assouplies, les terres arables et les prairies arables du Plateau pourraient également être exploitées pour l’énergie éolienne. Cela signifierait près de 200 éoliennes de moins dans les Alpes. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

De nouveaux obstacles pour le Solarexpress

Les grandes installations solaires dans les Alpes qui souhaitent bénéficier de subventions fédérales doivent remplir de nombreuses conditions. C’est ce que montrent les modifications d’ordonnance du Conseil fédéral qui mettent en œuvre l'”offensive solaire” adoptée par le Parlement en automne. Pour bénéficier de la subvention de l’Etat (60% des coûts d’investissement), une installation doit injecter dans le réseau, d’ici fin 2025, au moins 10% de la production d’électricité prévue ou 10 gigawattheures d’électricité (soit les besoins d’environ 3000 ménages). Ce délai est particulièrement court pour les installations situées sur des sites où il n’existe pas encore de raccordement au réseau. De plus, le projet doit faire l’objet d’un permis de construire définitif. L’association professionnelle Swissolar critique le fait que la Confédération n’ait pas encore fourni de scénarios de prix concernant l’évolution du prix de l’électricité et que les investisseurs ne puissent donc pas faire de calcul de rentabilité. Plus d’informations sur srf.ch.

Pour d’autres raisons, on peut se demander combien d’installations solaires alpines seront rapidement réalisées. Ainsi, lors de la session de printemps, le Conseil national s’est prononcé contre la simplification des procédures pour les installations solaires et éoliennes alpines. La NZZ (paywall) fait remarquer que les projets sont ainsi soumis à une obligation de planification. Cela signifie qu’ils doivent être inscrits dans les plans directeurs cantonaux. De plus, pour de nombreux projets, on ne sait pas comment l’électricité produite sera acheminée vers les consommateurs. Aujourd’hui, les lignes nécessaires font défaut. Les procédures d’autorisation d’extension du réseau de transport prennent plusieurs années. Plus d’informations dans le Sonntagszeitung (paywall).

Compte tenu des délais très courts pour la construction d’installations solaires alpines, les spécialistes craignent une prolifération sauvage. Pour obtenir des subventions, les installations solaires ne seraient pas construites en priorité sur des sites adéquats, mais là où elles peuvent être installées le plus rapidement possible. C‘est ce que veut éviter la CI Solalpine. C’est pourquoi elle lance le label “Solalpine”, pour lequel l’emplacement d’une installation est contrôlé. La CI recherche, sur mandat des entreprises suisses d’électricité, des sites appropriés pour les installations solaires en montagne. Le label exclut les installations situées dans des paysages protégés et intacts. Il faut en outre un raccordement au réseau électrique à proximité. Plus d’informations sur srf.ch.

Le projet solaire de Grengiols, dans le Valais, ne devrait pas obtenir le label. Les initiateurs ont quelque peu réduit l’étendue de l’installation – la surface utilisée pour les panneaux n’est plus de 6 kilomètres carrés, mais de 3,4, ce qui correspond à 350 terrains de football et devrait fournir de l’électricité pour 200’000 ménages. En outre, la centrale hydroélectrique de Chummensee, située à proximité, doit être mieux utilisée comme centrale de pompage-turbinage afin de produire davantage d’électricité en hiver. Outre la commune et les fournisseurs d’électricité locaux, les Elektrizitätswerke Zürich, le Groupe E et les Services industriels de Bâle participent également au projet. L’IG Saflischtal s’oppose au projet. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et la NZZ (paywall).

Le parlement du canton du Valais a déjà adapté les règles du jeu afin d’accélérer la construction de grandes installations photovoltaïques en montagne. Les installations seront également autorisées dans les paysages naturels et aucun critère n’est prévu pour le choix du site. Pro Natura et les Verts valaisans ont lancé un référendum contre cette décision. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Depuis le début de l’année, la Confédération attribue des rétributions uniques pour les grandes installations photovoltaïques par le biais d’enchères. La première vente aux enchères a déçu. La quantité totale de puissance solaire mise en adjudication n’a pas été épuisée. Et comme il n’y avait pas assez d’entreprises et de particuliers qui participaient, des installations plus chères ont été retenues. L’Association suisse pour l’énergie solaire critique le fait que les grandes installations de production soient ainsi nettement avantagées par rapport aux petites installations. Trois autres tours d’enchères sont prévus cette année. Plus d’informations sur srf.ch.

Gaz naturel : sécurité de l’approvisionnement ou abandon programmé ?

Le Conseil fédéral estime qu’une pénurie de gaz naturel est également possible pour l’hiver 2023/2024. C’est pourquoi il a prolongé d’un an l’ordonnance relative à une réserve de gaz. Le secteur gazier est ainsi tenu de constituer une réserve qui représente environ 15% de la consommation annuelle de gaz en Suisse. Pour assurer l’approvisionnement en gaz, les terminaux de gaz liquéfié sont également un sujet de préoccupation. Le terminal prévu près de Bâle fait l’objet de critiques de la part des défenseurs du climat. Le fournisseur d’énergie soleurois Regio Energie a lancé une exploitation pilote. Dans ce cadre, une petite quantité de gaz liquide est injectée dans le réseau de gaz local. Plus d’informations sur srf.ch.

Dans une fiche d’information sur le gaz naturel, le biogaz et le power-to-gas, le WWF indique que la crise climatique exige une décarbonisation rapide de la production de chaleur et que le réseau de distribution de gaz en Suisse doit donc être largement démantelé. Les opérateurs de gaz restent dépendants du gaz fossile : Le biogaz, qui représentait en 2022 une part d’environ 8% dans le réseau suisse, restera rare, et les gaz synthétiques, produits à partir de l’énergie solaire et éolienne, sont trop chers. C’est pourquoi le WWF demande que les communes, en tant qu’actionnaires principaux, imposent aux fournisseurs de gaz des plans de sortie avec une date de fin définie. Zurich et Winterthur, où les réseaux de distribution de gaz seront démantelés d’ici 2040, et le canton de Bâle-Ville, où cela se fera déjà d’ici 2037, font figure d’exemples.

Le système d’échange de quotas d’émission de la Suisse ne fonctionne pas

Depuis 2013, les cimenteries, aciéries et autres entreprises suisses qui émettent de grandes quantités de CO2 sont tenues de participer au système d’échange de quotas d’émission (SEQE). En contrepartie, elles sont exemptées de la taxe sur le CO2 . Dans une série en sept parties, le magazine en ligne “Das Lamm” met en évidence les faiblesses fondamentales du système. Dans le cadre du SEQE, les entreprises qui émettent moins de gaz à effet de serre peuvent vendre des certificats excédentaires aux entreprises qui émettent plus de CO2 . Pour que cela fonctionne et que les émissions de CO2 baissent globalement, la quantité de certificats de pollution doit être limitée et continuer à baisser année après année. Or, ce n’est pas le cas en Suisse. La Confédération a remis trop de certificats aux entreprises participant au SEQE, et ce gratuitement. Cette mesure avait pour but d’éviter que les entreprises ne délocalisent leur production dans un autre pays compte tenu des coûts liés au CO2 , mais elle affaiblit l’efficacité du SEQE.

Audition sur la plainte des aînées pour le climat à Strasbourg

Fin mars, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) à Strasbourg a tenu l’audience publique sur la plainte pour le climat de l’association Klimaseniorinnen. Les aînées du climat avaient porté plainte contre la Suisse en 2016 pour politique climatique insuffisante ; elles sont soutenues par l’organisation de protection de l’environnement Greenpeace. Le Tribunal fédéral avait rejeté la plainte en 2020.

L’affaire revêt une grande importance au-delà de la Suisse : c’est la première fois que la Cour européenne des droits de l’homme se penche sur une plainte concernant le climat. La Cour doit clarifier s’il existe des obligations en matière de droits de l’homme pour endiguer le changement climatique et, si oui, lesquelles. Si la Cour donne raison aux seniors climatiques, les 46 Etats membres du Conseil de l’Europe devront améliorer la protection contre les conséquences du changement climatique. Le jugement est attendu dans quelques mois.

Plus d’informations sur la plainte chez Greenpeace, à la CEDH, dans le Süddeutsche Zeitung dans le Tages-Anzeiger (paywall) et dans la NZZ (paywall). Le Strasbourg Observer fournit une analyse détaillée. Et dans Republik, l’avocate spécialisée dans le climat Roda Verheyen explique comment la relation entre la crise climatique et la justice est en train d’évoluer.

Nouvelles initiatives populaires : renforcer ou affaiblir l’environnement ?

Les Jeunes Verts ont déposé l’initiative sur la responsabilité environnementale , lancée l’été dernier. Ils veulent obliger la Suisse à réduire considérablement son impact sur l’environnement. En cas d’acceptation de l’initiative, la Suisse aurait dix ans pour ne pas consommer plus de ressources qu’elle n’en a proportionnellement le droit dans les domaines du changement climatique, de la biodiversité, de la consommation d’eau, de l’utilisation des sols et de l’apport d’azote et de phosphore. Plus d’informations sur nau.ch.

Les agriculteurs suisses doivent produire davantage d’aliments d’origine végétale et moins d’aliments d’origine animale, et le taux d’auto-approvisionnement doit passer de 50% actuellement à 70% au moins. C’est ce que demande l’initiative dite “végane”. Franziska Herren, qui avait déjà lancé l’initiative sur l’eau potable, est à l’origine de cette démarche. Avec cette nouvelle initiative, elle veut faire en sorte que les surfaces cultivées servent moins à nourrir les animaux et produisent davantage d’aliments végétaux pour les humains. Aujourd’hui, 60% des terres arables suisses sont consacrées à la production de fourrage pour la viande. Herren a lancé l’initiative végane sans partis ni grandes organisations. Plus d’informations dans le Sonntagszeitung (paywall).

L’initiative populaire “Chaque kilowattheure indigène et renouvelable compte !” veut accélérer le développement de l’énergie hydraulique au détriment de la nature. L’association des petites centrales hydroélectriques est à l’origine de cette initiative populaire. L’initiative veut ancrer dans la Constitution l’approvisionnement en électricité indigène comme relevant de l’intérêt national. Les organisations de protection de la nature craignent que cela ne mette encore plus sous pression les habitats aquatiques déjà pollués. Plus d’informations sur nau.ch.

Décisions de la Confédération et des cantons en matière de climat

Le Conseil fédéral veut étendre le réseau des routes nationales et dépenser près de 12 milliards de francs à cet effet d’ici 2030. Sont notamment concernés des tronçons d’autoroute entre Wankdorf et Kirchberg ainsi que des projets de tunnels à Bâle, Schaffhouse et Saint-Gall. La proposition du Conseil fédéral est soumise au Parlement. Les critiques font remarquer que les investissements dans les routes entraînent une augmentation du trafic dans les villes. De plus, les objectifs climatiques ne sont pas atteints depuis des années dans le domaine du trafic motorisé. Plus d’informations dans la NZZ (paywall) et la WOZ.

Bien que l’agriculture soit responsable de 15% des émissions de CO2 en Suisse, aucun objectif légal de réduction n’a été fixé. Et cela reste ainsi : Après le Conseil des Etats, le Conseil national a également rejeté une demande du PS et des Verts. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et sur srf.ch.

Politique climatique internationale

Compagnies pétrolières : des profits gigantesques et des subventions énormes

Les groupes pétroliers comme ExxonMobil, Shell, Chevron, TotalEnergies et BP ont réalisé des bénéfices records de 200 milliards de dollars en 2022. Shell a réalisé à elle seule 40 milliards de dollars de bénéfices en 2022, soit le plus élevé de ses 115 ans d’histoire.

Mais ces records font pâle figure en comparaison avec Saudi Aramco, qui a annoncé un bénéfice record de 161 milliards de dollars pour 2022, le plus grand bénéfice annuel jamais enregistré par une compagnie pétrolière. Les bénéfices de l’entreprise, détenue en grande partie par l’État, ont augmenté de 46% par rapport à l’année précédente. Saudi Aramco s’est certes fixé un objectif climatique, mais celui-ci ne comprend pas les émissions de ses produits (scope 3). Or, celles-ci représentent bien plus de 80% de ses émissions totales.  Pour en savoir plus, consultez Aramco, CNBC et le Guardian. Le Spiegel a en outre produit un podcast à ce sujet : “Die schmutzigen Klimalügen der Ölindustrie : Grosse Konzerne wie Exxon liessen frühe den Klimawandel erforschen” (Les sales mensonges climatiques de l’industrie pétrolière : les grands groupes comme Exxon ont fait des recherches précoces sur le changement climatique).

Parallèlement, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé qu’en 2022, les subventions mondiales pour les combustibles fossiles avaient dépassé les mille milliards de dollars. Lors du sommet de l’ONU sur le climat en 2021 (COP26), 39 pays et institutions financières ont signé la Déclaration de Glasgow et se sont engagés à mettre fin au financement public des combustibles fossiles d’ici la fin 2022. Un nouveau rapport d’Oil Change International montre désormais qui, parmi les 16 plus grands signataires, a agi et qui n’a pas agi :

Pour en savoir plus, consultez Oil Change International.

Points positifs et négatifs de la politique climatique américaine

Taxe sur le méthane

Le président américain Joe Biden a signé l’année dernière une grande loi sur le climat. L’Inflation Reduction Act comprend avant tout des mesures et des subventions de plusieurs milliards de dollars pour le développement des énergies renouvelables. Mais elle contient également une taxe sur les fuites de méthane provenant du secteur pétrolier et gazier. Le méthane est un puissant gaz à effet de serre. Sur une période de 20 ans, il emmagasine 80 fois plus de chaleur que le CO2 . Aux États-Unis, le secteur de l’énergie est la plus grande source d’émissions de méthane.

A partir de 2024, une taxe de 900 dollars par tonne de méthane provenant de l’industrie pétrolière et gazière sera prélevée. Après deux ans, la taxe passera à 1500 dollars par tonne. Cette taxe doit permettre de réduire les émissions de méthane de près d’un cinquième d’ici 2030. Sans surprise, la taxe a été fortement critiquée par le lobby pétrolier. Les défenseurs de l’environnement critiquent en revanche les nombreuses failles. La taxe sur le méthane comporte tellement d’exceptions qu’elle ne s’appliquera qu’à 43% des installations pétrolières et gazières. De plus, les élevages de bovins, les décharges et autres sources ne sont pas pris en compte.

Nouveau marché des certificats

Le gouvernement américain veut également développer un nouveau marché de certificats de CO2 .  Dans le cadre de cet Energy Transition Accelerator (ETA), les acteurs régionaux ou étatiques des pays dits pauvres recevraient des crédits d’émission s’ils décarbonisaient leurs secteurs énergétiques. Ils pourraient ensuite vendre ces certificats à des entreprises américaines. Les règles et les détails de l’ETA devraient être développés l’année prochaine. Les critiques font remarquer que les énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire sont devenues entre-temps les sources d’énergie les moins chères et que ces types de projets ne se prêtent donc pas au marché des certificats. Les projets d’énergie renouvelable sont généralement réalisés parce qu’ils sont rentables et ne dépendent pas de revenus supplémentaires provenant du commerce de certificats de CO2 . Ils ne sont donc généralement pas supplémentaires – une condition centrale des certificats. En outre, des pays en développement comme l’Afrique du Sud, le Vietnam et l’Indonésie se sont déjà vu promettre des sommes importantes dans le cadre du partenariat international Just Energy Transition Partnership afin de décarboniser leur secteur électrique. Plus d’informations sur ces deux sujets dans le Financial Times (paywall) ici et ici.

Nouveaux puits de pétrole et de gaz et nouvelles zones protégées

Après des semaines de négociations, le gouvernement Biden a approuvé en mars 2023 un grand projet de forage pétrolier et gazier en Alaska. Le projet de ConocoPhillips doit être construit dans une région sauvage en grande partie intacte et produire plus de 600 millions de barils de pétrole et de gaz au cours des 30 prochaines années. Cela entraînera des émissions annuelles d’environ 9,2 millions de tonnes de CO₂, ce qui correspond à peu près aux émissions annuelles de gaz à effet de serre de deux nouvelles centrales à charbon ou de deux millions de voitures à essence supplémentaires.

Pendant la campagne électorale, Biden avait promis : “Pas de nouveaux forages sur des terres publiques, point. Point, point, point”. Mais le gouvernement a conclu que ConocoPhillips gagnerait au tribunal pour conserver son bail et a approuvé le projet en grinçant des dents.

Les États-Unis sont déjà le plus grand producteur de pétrole et de gaz au monde et le troisième plus grand consommateur de charbon. Cette année, ils seront également le premier exportateur mondial de gaz naturel liquide. Au cours des deux premières années de son mandat, l’administration Biden a accordé plus de permis d’extraction de pétrole et de gaz que l’administration Trump à la même époque.

Bien que l’Inflation Reduction Act soit salué à juste titre comme la loi américaine la plus importante en matière de climat, même les analyses les plus optimistes indiquent qu’elle ne réduira pas la production pétrolière américaine au cours des dix prochaines années. Un nouveau rapport montre que les subventions pour les énergies renouvelables ne suffisent pas, mais qu’il faut des instruments politiques qui rendent obligatoire le démantèlement des infrastructures fossiles.

Il y a aussi une autre nouvelle positive en provenance des Etats-Unis : le gouvernement a annoncé la protection de vastes zones et eaux en Alaska. Près de 3 millions d’hectares de la mer de Beaufort dans l’océan Arctique sont exclus pour une durée indéterminée de la location pour l’exploitation du pétrole et du gaz naturel. En outre, 13 millions d’hectares de zones spéciales “écologiquement sensibles” en Alaska ont été placés sous protection.

Plus d’informations chez Reuters et dans la lettre d’information du NY-Times de David Wallace-Wells. Vous pouvez vous y abonner ici (paywall).

La Chine continue de développer l’énergie au charbon

En 2022, la Chine a approuvé plus de 100 GW de nouvelle production d’électricité à base de charbon, soit plus de 700 nouvelles centrales, quatre fois plus que l’année précédente. La Chine construit environ six fois plus de centrales à charbon que le reste du monde réuni. La Chine produit près de 60 pour cent de son électricité à partir du charbon. La plupart des nouveaux projets de charbon ont été approuvés dans des provinces qui ont été exposées à des coupures de courant paralysantes au cours des deux dernières années en raison de vagues de chaleur. Cela conduit à un cercle vicieux, des émissions de gaz à effet de serre plus élevées accélèrent le changement climatique et cela conduit à des événements climatiques extrêmes plus fréquents. Bien que la Chine encourage également le développement des énergies renouvelables, le nombre de permis délivrés pour la construction de nouvelles centrales à charbon rend les promesses climatiques de la Chine peu crédibles. Pour en savoir plus, consultez Firstpost, le Center for Research on Energy and Clean Air (CREA) et Globalenergymonitor.

Source : IEA Coal 2022

Politique climatique européenne

L’hydrogène issu de l’électricité nucléaire doit être considéré comme renouvelable

La Commission européenne a présenté deux actes délégués très attendus qui complètent la directive sur les énergies renouvelables (RED) de l’UE. L’accent est mis sur la définition des combustibles et carburants d’origine non biologique (RFNBO), tels que l’hydrogène, qui seront produits à partir d’électricité. Ce dernier joue un rôle essentiel dans la décarbonisation de l’économie européenne.

L’acte juridique relatif à la production d’hydrogène contient le “critère d’additionnalité”. Pour pouvoir déclarer l’hydrogène comme “renouvelable”, il ne doit être produit qu’avec des énergies renouvelables supplémentaires installées – donc pas avec de l’électricité provenant du réseau existant.

Il existe des exceptions. Par exemple, si le mix électrique du réseau est composé d’au moins 90% d’énergie renouvelable ou si l’électricité du réseau est comparativement “pauvre en CO2“. Conformément à ces exigences, l’hydrogène “renouvelable” peut être produit avec l’électricité du réseau dans les pays où l’électricité nucléaire occupe une place importante dans le mix électrique, comme en France. Les organisations environnementales critiquent vivement cette situation. Les associations de protection de l’environnement ont émis de vives critiques, comme le Deutscher Naturschutzring et le Bureau européen de l’environnement. Le Conseil et le Parlement de l’UE doivent encore approuver formellement les actes juridiques. Un veto est peu probable.

Accord sur la directive relative aux énergies renouvelables

La Commission européenne, le Parlement et le Conseil se sont mis d’accord fin mars sur l’adaptation de la directive sur les énergies renouvelables (RED). D’ici 2030, leur part dans la consommation totale d’énergie doit passer à 42,5 % ; jusqu’à présent, l’objectif était de 32 %. Par rapport à aujourd’hui, cela correspond presque à un doublement. Les ONG environnementales ont exigé au moins 55% pour être compatibles avec l’accord de Paris. En outre, le fait que l’énergie nucléaire ait fait son entrée dans la RED et que l’énergie issue de la biomasse puisse continuer à être encouragée, bien que son bilan environnemental et climatique soit souvent mauvais, est fortement critiqué. Euractiv a réalisé un aperçu de la décision.

L’arrêt de la combustion n’est pas un arrêt

Les moteurs à combustion pourront continuer à être immatriculés après 2035. Mais seulement s’ils fonctionnent avec des carburants synthétiques (e-fuels) et sans carburants fossiles. La Commission européenne a présenté dès 2021 un projet dans le cadre du programme Fit for 55, selon lequel les nouveaux moteurs à combustion ne seraient plus du tout autorisés dans le secteur des voitures particulières après 2035. La proposition de la Commission a été largement soutenue par la plupart des États membres.

Peu avant le vote final, le gouvernement allemand a mis son veto à la surprise générale et contrairement à ce qui avait été convenu jusqu’à présent. Le fait que les voitures fonctionnant avec des e-fuels “respectueux du climat” puissent continuer à être immatriculées est dû en grande partie à l’intervention véhémente du FDP. Le FDP – et donc le gouvernement fédéral – a réussi à s’imposer malgré les critiques persistantes d’autres États membres européens.

Les e-fuels sont critiqués pour leur manque d’efficacité et leur besoin plus urgent dans d’autres domaines que le transport de voitures. Même les grands constructeurs automobiles avouent ne pas vouloir miser sur les e-fuels à l’avenir. Ils estiment que le marché de l’avenir est celui des voitures particulières à propulsion électrique directe.

Carburants agricoles

Aujourd’hui déjà, les biocarburants – produits à partir de colza, de maïs ou de lisier – sont utilisés dans le secteur des transports. Mais le bilan climatique est décevant. Dans une nouvelle étude commandée par l’ONG Transport & Environment (T&E), il a été constaté que l’on pourrait économiser environ deux fois plus de CO2 si l’on renaturait la surface nécessaire aux carburants agricoles. Cela correspondrait à environ 65 millions de tonnes de CO2 . Si l’on cultivait des aliments sur cette surface, on pourrait nourrir 120 millions de personnes supplémentaires.

Les biocarburants sont également inefficaces d’un point de vue énergétique. Seuls 2,5 % de la surface actuellement utilisée pour les carburants agricoles seraient nécessaires pour produire la même quantité d’énergie grâce au photovoltaïque. Les organisations de protection de l’environnement ont récemment attiré l’attention sur cette situation. Pour plus d’informations, y compris sur les interactions et les interdépendances, consultez le site du reporter climatique.

Green Deal Industrial Plan & Net Zero Industry Act

En réponse à l’Inflation Reduction Act (IRA) américain de 700 milliards de dollars, qui favorise fortement l’industrie américaine, la présidente de la Commission européenne von der Leyen a présenté mi-mars le “Net-Zero Industry Act” (NZIA) dans le cadre du plan industriel Green Deal. L’objectif est de renforcer la résilience  et la compétitivité européennes en matière de production de technologies sans émissions et de rendre le système énergétique plus sûr et plus durable. D’ici 2030, au moins 40% des capacités de production de ces technologies devraient se trouver à l’intérieur des frontières de l’UE. La Commission européenne souhaite éviter que ces secteurs économiques et industriels centraux ne se déplacent vers les États-Unis. Le Critical Raw Material Act et la réforme du design du marché européen de l’électricité doivent également soutenir le Green Industrial Plan. Des informations plus détaillées sur la NZIA et le Green Industrial Plan sont disponibles sur Carbon Brief ou table.media. Une analyse des problèmes liés à la NZIA est également disponible sur Sandbag.

La diplomatie de l’UE pour un “fossil phase out” mondial

Début mars, les États membres de l’UE se sont mis d’accord sur une position commune en matière de “diplomatie climatique et énergétique” en vue de la conférence mondiale sur le climat qui se tiendra à Dubaï (COP28) à la fin de l’année. L’UE souhaite une sortie mondiale des énergies fossiles d’ici 2050 au plus tard ainsi que le passage systématique à un système énergétique sans émissions. La diplomatie climatique et énergétique est considérée comme un élément central de la politique extérieure de l’UE. Le gaz naturel, nuisible au climat, se voit attribuer un rôle de transition. En outre, les technologies “à faible émission de carbone” doivent également être encouragées. L’énergie nucléaire en fait souvent partie (voir le paragraphe sur l’hydrogène issu de l’électricité nucléaire ci-dessus). Les conférences climatiques précédentes ont déjà tenté d’obtenir une concession globale pour l’abandon des énergies fossiles. Pour plus d’informations, consultez Euractiv ou Reuters.

A l’université de Barcelone, la crise climatique devient une matière obligatoire pour tous

Les étudiants de l’université de Barcelone devront suivre un module obligatoire sur la crise climatique à partir de 2024. L’université de Barcelone a cédé à la pression de la manifestation “End Fossil” qui a duré sept jours et a décidé de mettre en place un programme unique au monde. Les 14 000 étudiants devront participer à un cycle de cours sur la crise climatique à partir de l’année universitaire 2024. En outre, l’université développera un programme de formation sur les questions climatiques pour ses 6 000 collaborateurs académiques. Plus d’informations dans le Guardian.

Allemagne

Objectif de protection climatique 2022 à peine respecté

L’Allemagne a tout juste atteint ses objectifs d’émissions en 2022. Les émissions totales ont diminué d’environ 2 % par rapport à l’année précédente. En raison de la crise des énergies fossiles et de l’augmentation des prix du gaz naturel qui en a résulté, davantage de charbon a été importé et consommé pour la production d’électricité et de chaleur ; les objectifs sectoriels ont néanmoins été atteints de justesse. Dans le secteur industriel, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de plus de 10 % en raison de la guerre en Ukraine et de l’augmentation des coûts de l’énergie qui en a résulté.

Deux secteurs se distinguent à nouveau négativement. Le secteur du bâtiment n’a pas réussi à atteindre les objectifs, et ce pour la troisième fois consécutive, malgré des économies massives dans le domaine du chauffage par exemple. L’été dernier, les ministères compétents ont déjà présenté des mesures politiques pour que l’objectif 2030 puisse être respecté. L’une d’entre elles est l’introduction de l’objectif dit de 65 % pour les nouveaux chauffages (voir ci-dessous). Dans le secteur des transports, les mesures de protection du climat adéquates font cependant toujours défaut. Au lieu de diminuer, les émissions ont même augmenté par rapport à l’année précédente. L’Office fédéral de l’environnement explique cela notamment par la baisse des prix de l’essence et du diesel en raison du “rabais à la pompe” de l’été 2022. Des informations détaillées sont disponibles ici. Conformément à la loi fédérale sur la protection du climat, ces chiffres vont maintenant être examinés et évalués par le Conseil d’experts pour les questions climatiques.

Accord sur les principaux points de désaccord du gouvernement Ampel

Fin mars, les dirigeants des trois partis au pouvoir, le SPD, les Verts et le FDP, se sont mis d’accord sur les principaux points de désaccord du gouvernement Ampel. Cela concerne également les thèmes centraux de la protection du climat. Ainsi, la loi sur la protection du climat ne doit plus tenir compte des différents secteurs. Il s’agira plutôt de voir si les objectifs de protection climatique à long terme sont respectés dans le cadre d’une comptabilité globale intersectorielle et pluriannuelle. Ainsi, l’approche sectorielle actuellement en vigueur disparaît, de même que les programmes d’urgence qui s’appliquent lorsqu’un secteur n’atteint pas ses objectifs – comme ce fut le cas l’année dernière pour le secteur du bâtiment. Les défenseurs de l’environnement et du climat ont vivement critiqué cette décision : la loi sur la protection du climat est vidée de sa substance en tant qu’instrument politique central de la protection du climat en Allemagne et la responsabilité d’agir est retirée.

La coalition a également convenu d’accélérer les procédures de planification et d’autorisation pour le développement des énergies renouvelables et d’investir massivement dans l’extension du réseau ferroviaire. L’objectif controversé de 65 % (voir ci-dessous) a également été adapté. Un aperçu est disponible ici.

Tournant thermique – débat houleux sur l’interdiction des chauffages fossiles

Un projet d’adaptation de la loi sur l’énergie dans le bâtiment (GEG), rendu public prématurément, a dominé le débat politique pendant des semaines. Le principal point de désaccord au sein des partis gouvernementaux concerne les options de mise en œuvre de l’objectif de 65 %. Celle-ci prévoit qu’en cas de remplacement du chauffage, les nouvelles installations de chauffage doivent fonctionner avec au moins 65% d’énergie renouvelable. Le SPD et le FDP ont insisté sur “l’ouverture technologique”. En d’autres termes, toutes les options imaginables pour atteindre les objectifs doivent être autorisées dans l’optique de l’économie de marché. Les Verts considèrent que les pompes à chaleur et la transformation des réseaux de chaleur constituent les solutions centrales de la transition thermique.

Début avril, après un long débat, un projet de loi consensuel a été soumis à la consultation des associations et des pays. L’utilisation de chauffages fossiles devrait être totalement interdite à partir de 2045. Pour mettre en œuvre l’objectif de 65%, d’autres options doivent être autorisées en plus des technologies privilégiées par les Verts. Comme les chauffages qui doivent être “prêts pour l’hydrogène”, c’est-à-dire les chauffages au gaz naturel fossile qui peuvent être convertis à l’hydrogène, à condition qu’un réseau d’hydrogène soit construit. L’utilisation de ces derniers est fortement critiquée par les associations de protection de la nature et de l’environnement en raison de leur manque de disponibilité et d’efficacité ainsi que des coûts imprévisibles pour les consommateurs.

Le projet de loi a un potentiel énorme pour la protection du climat dans le secteur du bâtiment et peut constituer un grand levier pour un tournant thermique socialement équitable – la décision finale est décisive. Elle devrait passer au Bundestag avant la pause estivale, de sorte que les nouvelles réglementations puissent entrer en vigueur comme prévu à partir de janvier 2024.

Mise en œuvre du règlement d’urgence de l’UE

Le “règlement d’urgence de l’UE” a déjà été adopté en décembre par l’UE et mis en œuvre en mars 2023 en Allemagne. Il est motivé par la crise des prix de l’énergie fossile provoquée par la guerre en Ukraine. L’objectif du règlement est de devenir plus rapidement indépendant des importations d’énergie russe. Les processus de planification et d’autorisation doivent être simplifiés afin que les énergies renouvelables et les réseaux électriques puissent être développés plus rapidement. Ainsi, dans les zones d’extension déjà désignées, l’obligation de procéder à une étude d’impact sur l’environnement et à un examen de la protection des espèces est supprimée tant qu’il existe une évaluation environnementale stratégique moins exigeante. Les processus devraient ainsi être accélérés de près d’un an. Pour la mise en œuvre, des lois centrales telles que la loi sur les besoins en surfaces d’énergie éolienne ou la loi fédérale sur la protection de la nature ont été modifiées. Les nouvelles règles s’appliquent aux projets commencés avant le 30 juin 2024.

Des sommets pour le vent et le soleil

En mars, le ministre allemand de l’économie et de la protection du climat, Robert Habeck, a invité des représentants de l’industrie et de l’États à deux sommets: l’un sur l’énergie solaire, l’autre sur l’énergie éolienne, qui se sont tenus à quelques jours d’intervalle. Après que de nombreux obstacles au développement des énergies renouvelables aient été levés l’année dernière grâce à de nombreuses modifications de la législation, d’autres doivent maintenant suivre. Ainsi, l’objectif de 80% d’énergies renouvelables dans le mix électrique doit être atteint d’ici 2030. Des stratégies et des paquets de mesures ont également été présentés afin de lever d’autres obstacles et d’accélérer le développement de l’énergie éolienne et solaire. L’accent est mis sur la mise à disposition de surfaces suffisantes pour le développement, le manque de personnel qualifié, l’accélération des processus de planification et d’autorisation ainsi que la suppression des obstacles bureaucratiques. Les deux stratégies ont fait l’objet de consultations auprès des Länder et des associations. Sur cette base, le ministère de l’Économie finalisera les deux stratégies d’ici l’été et élaborera des modifications législatives. Vous trouverez ici les communiqués de presse du ministère concernant le Sommet solaire et le Sommet éolien.

Nouvelles de la science du climat

Le nouveau rapport de synthèse du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) met une fois de plus en garde contre le réchauffement climatique

Après des années de travail acharné non rémunéré et une semaine de négociations ininterrompues à Interlaken, les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont publié leur sixième rapport de synthèse fin mars 2023. Ce document de 2500 pages contient une énorme quantité de littérature spécialisée, plus de 13 500 articles y sont cités.

En résumé, le rapport dit : les conséquences de la crise climatique sont plus menaçantes et se produisent plus rapidement que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Il existe encore une marge de manœuvre, mais il faut agir immédiatement. Ce qui n’était encore qu’une prévision dans le dernier rapport de synthèse de 2013 est devenu une réalité : Fortes précipitations, vagues de chaleur et sécheresse. Le changement climatique n’est plus un scénario d’avenir. Pourtant, l’action reste essentielle : chaque dixième de degré de réchauffement évité fait une différence – sur les chaleurs extrêmes, les fortes précipitations, la sécheresse et la fonte des glaciers.

Jusqu’à présent, nous avons réchauffé la planète de 1,1 degré. Il fait déjà plus chaud qu’il ne l’a jamais fait en 125.000 ans – et la température n’a pas augmenté aussi rapidement depuis au moins 2000 ans, peut-être même depuis que l’homme vit sur Terre.

Dans les années 2030, le réchauffement atteindra 1,5 degré. Les zones terrestres se réchauffent environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Cette moyenne est constituée à 70% des températures des mers, qui augmentent moins parce qu’elles ont un volume beaucoup plus important. En Suisse, le réchauffement atteint déjà 2,5 degrés. Mais le monde risque de se réchauffer encore bien plus que 1,5 degré : Même si les gouvernements mettent en œuvre les efforts de protection du climat qu’ils ont promis, cela conduira à un réchauffement de 2,8 degrés. En Europe, la température augmenterait d’environ 6 degrés.

La faute revient aux pays riches et industrialisés. Les pays les moins développés ont des émissions par habitant beaucoup plus faibles (1,7 t – 4,6 t CO2e) que la moyenne mondiale (6,9 t CO2e). Les 10% des ménages les plus émetteurs par habitant – dont nous, Suisses, faisons partie – sont responsables de 34 à 45% des émissions de gaz à effet de serre, alors que la moitié la plus pauvre de la population mondiale n’y contribue qu’à hauteur de 13 à 15%.

Pourtant, il vaudrait la peine d’agir. Le GIEC écrit : Dans la plupart des études, les avantages économiques de l’objectif des 2 degrés sont plus élevés que les investissements nécessaires à la protection du climat. Et cela ne tient même pas compte des dommages causés par le changement climatique. Les seuls avantages pour la santé humaine d’un air pur pourraient au moins compenser les investissements dans les mesures de protection du climat.

Le changement climatique intensifie les catastrophes naturelles : les fortes pluies deviennent plus intenses, les canicules plus intenses et donc plus meurtrières, les sols plus secs, les cyclones plus violents et plus destructeurs. Le GIEC parle d’une “escalade des pertes et des dommages”. Près de la moitié de la population mondiale vit dans des régions particulièrement menacées par le changement climatique et souffre de graves pénuries d’eau pendant au moins une partie de l’année. L’eau potable et les aliments font souvent défaut, car l’agriculture est difficile dans ces conditions extrêmes. Dans de nombreuses régions, avertissent les auteurs du rapport, nous atteignons déjà les limites de notre capacité d’adaptation à des changements aussi graves. Les conditions météorologiques extrêmes sont “de plus en plus souvent à l’origine de déplacements de population”.

Mais les hommes ne sont pas les seuls concernés. Le rapport constate qu’à l’avenir, c’est surtout le changement climatique qui aggravera l’extinction des espèces qui se poursuit depuis des années. Depuis 1970, les populations de vertébrés, de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens et de poissons ont diminué en moyenne de 69%. Près d’un million d’espèces sont menacées d’extinction.

La dernière section du rapport est le “Résumé à l’intention des décideurs”, rédigé par les scientifiques du GIEC, mais examiné par des représentants des gouvernements du monde entier. Ces derniers peuvent faire pression pour obtenir des changements – et ils le font. Les délégués du Brésil et de l’Argentine, par exemple, ont réussi à faire supprimer toutes les références aux effets négatifs de la viande, y compris les recommandations selon lesquelles les habitants des pays riches devraient réduire leur consommation de viande. La délégation saoudienne a réussi à faire pression à plusieurs reprises pour que les déclarations sur les énergies fossiles soient atténuées. Dans un autre cas, la Finlande avait proposé une phrase qui indiquait clairement que les combustibles fossiles étaient la principale cause du changement climatique. Mais l’Arabie saoudite s’est opposée à cette proposition et la phrase en question a été supprimée.

Plus d’informations sur le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Watson, Carbon Brief, Zeit (paywall), Guardian, Distilled.earth, heatmap.news.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) met en évidence les principaux leviers d’action

Nous le savons depuis longtemps : le monde doit réduire ses émissions de CO2 de près de la moitié au cours des sept prochaines années si l’on veut limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré et éviter les pires effets sur le climat.

Dans le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) se cache un graphique important qui montre où se trouvent les plus grands leviers de réduction. Il montre ainsi une issue à la catastrophe. Les cinq principaux leviers sont l’éolien, le solaire, l’efficacité énergétique, la protection des forêts et la réduction des émissions de méthane.

Le développement de l’énergie solaire et éolienne permettrait de réduire les émissions annuelles de CO2 de 8 milliards de tonnes d’ici 2030. Cela représente plus d’un cinquième des émissions actuelles et équivaut aux émissions des États-Unis et de l’Union européenne réunies. Ce qui est particulièrement positif, c’est que la plus grande partie de cette extension coûte nettement moins cher que si l’on continuait simplement avec les systèmes électriques actuels. Dans cette analyse, les perdants sont tout aussi importants que les gagnants. L’énergie nucléaire et le stockage du CO2 ne représentent chacun que 10 % du potentiel de l’énergie éolienne et solaire, et ce à un coût bien plus élevé. Il en va de même pour la bioénergie – la combustion de bois ou de plantes pour produire de l’électricité.

La protection systématique des forêts et autres écosystèmes permettrait d’économiser 4 milliards de tonnes de CO2 par an d’ici 2030. Cela correspond au double des émissions actuelles de combustibles fossiles de toute l’Afrique et de l’Amérique du Sud. Si l’on reboisait, 3 milliards de tonnes supplémentaires de CO2  pourraient être stockées chaque année. Cela coûterait en grande partie moins de 50 dollars par tonne – la moitié de ce qui est actuellement payé en Europe pour les droits d’émission ou en Suisse pour la taxe sur le CO2 .

L’efficacité énergétique dans les bâtiments et l’industrie pourrait réduire les émissions de 4,5 milliards de tonnes supplémentaires par an d’ici 2030. Et si les fuites de méthane sont colmatées, 3 milliards de tonnes supplémentaires pourraient être économisées.

Un passage à une alimentation plus durable dans les pays riches – c’est-à-dire une réduction de la consommation de viande – permettrait d’économiser 1,7 milliard de tonnes d’émissions.

La promotion des transports publics, des vélos et des vélos électriques a le potentiel de réduire davantage les émissions que l’introduction de voitures électriques. Les deux sont nécessaires à la décarbonisation.

Si le diagramme du GIEC est si important, c’est parce qu’il montre que nous avons encore une grande marge de manœuvre. Il montre que nous pourrions réduire de moitié les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2030, et que cela nous coûterait moins de 100 CHF par tonne. Une aubaine si on la compare au coût des dommages qu’engendrerait inévitablement l’attentisme. Les solutions ne nécessitent pas non plus de nouvelles technologies, elles requièrent une volonté politique déterminée.

Source : bulletin d’information “Down to Earth” du Guardian. Vous pouvez vous y abonner ici.

Les émissions de CO2 augmentent plus lentement, mais celles de méthane beaucoup plus rapidement

Les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 0,9 % en 2022, soit 321 millions de tonnes, pour atteindre un pic de plus de 36,8 milliards de tonnes. L’année précédente, les émissions avaient augmenté de 6% après la levée des mesures Corona. L’évaluation de l’Agence internationale de l’énergie montre que la production d’énergie est responsable de l’augmentation de 2022. Dans le secteur industriel, les émissions ont diminué. Sans le fort développement des installations solaires et éoliennes, les gaz à effet de serre auraient augmenté plus rapidement. L’année dernière, les énergies renouvelables ont couvert 90% de la croissance mondiale de la production d’électricité. Toutefois, même la moindre augmentation des émissions de gaz à effet de serre rend plus difficile la réalisation des objectifs climatiques. Pour limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 °C, les émissions devraient être réduites de moitié d’ici 2030. Plus d’informations dans le Guardian.

Les émissions de méthane provenant des zones humides ont fortement augmenté au cours de ce siècle. Cette augmentation a été plus importante que ce que même les scénarios climatiques les plus pessimistes avaient calculé. Des températures plus élevées et des modèles de précipitations modifiés font que les zones humides libèrent plus rapidement du méthane dans l’atmosphère. Selon une étude publiée dans Nature Climate Change, il y a eu une augmentation exceptionnelle des émissions de méthane en 2020-21, surtout dans les tropiques. Une deuxième étude publiée dans le même magazine indique que le réchauffement climatique influence également les émissions de CO2 et de protoxyde d’azote dans les zones humides. Plus d’informations sur Carbon Brief.

L’extraction de pétrole et de gaz naturel libère également de grandes quantités de méthane. Le Guardian a identifié plus de 1000 “super-émetteurs”, principalement des installations pétrolières et gazières. La plus grande source de méthane, des installations et un pipeline au Turkménistan, a rejeté 427 tonnes de méthane par heure en 2022, ce qui correspond aux émissions horaires de gaz à effet de serre de la France. Les pollueurs ont été repérés à l’aide de données satellites ; la plupart d’entre eux se trouvent aux États-Unis, en Russie et au Turkménistan. Certaines de ces fuites sont délibérément provoquées pour libérer dans l’air du gaz indésirable qui s’échappe du sous-sol lors des forages pétroliers. D’autres proviennent d’installations mal entretenues ou insuffisamment contrôlées. Les émissions de méthane sont aujourd’hui responsables de 25% du réchauffement climatique.

Perte massive de glace dans l’Antarctique

3,3 milliards de tonnes : C’est la quantité de glace qui a fondu dans l’Antarctique occidental au cours des 25 dernières années. C’est ce que révèle une étude publiée dans Nature Communications. Cela correspond à une quantité équivalente à une couche de glace de dix mètres d’épaisseur sur toute l’Allemagne. L’augmentation de la température de la mer et les modifications des courants marins ont contribué à cette perte. La glace de plateau est ainsi perdue et les glaciers s’écoulent plus rapidement vers la mer, ce qui provoque la rupture d’une plus grande quantité de glace. De plus, il a moins neigé sur la masse terrestre, ce qui n’a pas permis de compenser les pertes de glace. Selon les auteurs de l’étude, rien n’indique que ce processus s’inversera dans un avenir proche. Plus d’informations sur tagesschau.de.

Des chercheurs ont étudié la fonte de la calotte glaciaire de Thwaites à l’aide d’un robot de plongée. Cette masse de glace de l’Antarctique occidental est l’une des surfaces de glace qui rétrécit le plus rapidement et qui est la moins stable, et elle représente le plus grand danger en ce qui concerne l’élévation du niveau de la mer. L’étude publiée dans deux articles de Nature (ici et ici) montre que la face inférieure du plateau de Thwaites fond moins vite que ce qui avait été calculé à l’aide de modèles informatiques. Mais en même temps, les chercheurs ont découvert que la fonte la plus rapide se produisait à des endroits inattendus – au niveau des terrasses et des fissures qui s’étendent jusqu’à la glace.  Ces découvertes permettent de mieux évaluer l’impact de la fonte du glacier Thwaites sur le niveau global des mers. Plus d’informations dans le NY Times.

L’étendue de la glace de mer diminue également. Les données satellites de février ont montré qu’une surface de 2,2 millions de kilomètres carrés de l’océan Austral était encore recouverte de glace de mer. Il s’agit du niveau le plus bas jamais enregistré. L’évaluation a surpris les scientifiques, qui n’avaient encore jamais vu une situation aussi extrême. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici dans le Guardian.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a régulièrement revu à la hausse ses prévisions concernant l’élévation du niveau des mers au cours des dernières décennies. Le nouveau rapport indique désormais qu’au cours des 2000 prochaines années, le niveau global des mers s’élèvera d’environ 2 à 3 mètres si le réchauffement est limité à 1,5°C, et de 2 à 6 mètres s’il est limité à 2°C. Pour en savoir plus sur le nouveau rapport du GIEC, voir ci-dessus. 

Suisse

La loi sur le changement climatique sera votée le 18 juin

L’UDC a déposé début janvier 2023 le référendum contre la loi sur la protection du climat avec les signatures nécessaires. Cette loi est le contre-projet indirect à l’initiative sur les glaciers, lancée par l’association Protection du climat suisse. La loi vise à ancrer l’objectif net zéro d’ici 2050. Elle prévoit entre autres 2 milliards de francs pour le remplacement des chauffages fossiles et 1,2 milliard pour la promotion des nouvelles technologies. Selon la NZZ (paywall), l’association des propriétaires fonciers soutient le référendum, bien que ses membres profiteraient du soutien prévu pour l’assainissement des chauffages. Les initiants ont critiqué le référendum comme étant un retard inutile. La loi doit être votée le 18 juin. Plus d’informations sur watson.ch et dans le Blick.

La politique climatique suisse ménage les agriculteurs

L’agriculture est à l’origine de 15% des émissions de CO2 en Suisse, le méthane, nocif pour le climat, étant particulièrement important. Pourtant, aucun objectif de réduction n’a été inscrit dans la loi pour l’agriculture. Les conseillers aux Etats du PS et des Verts voulaient changer cela, mais leur demande de réduire les émissions de 20% d’ici 2030 et de 30% d’ici 2040 a été rejetée en décembre 2022 par la majorité du Conseil des Etats. La commission compétente du Conseil national ne veut pas non plus ancrer d’objectifs climatiques. Plus d’informations dans le Schweizer Bauer et la NZZ (paywall).

En revanche, les agriculteurs devraient à l’avenir être soutenus financièrement s’ils sont touchés par le changement climatique. Le Conseil des Etats a décidé que la Confédération devrait à l’avenir cofinancer les primes d’assurance contre les pertes de récolte. Concrètement, la Confédération devrait prendre en charge jusqu’à 30% des primes. Kilian Baumann, agriculteur et conseiller national des Verts, émet des critiques sur cette réglementation dans la NZZ am Sonntag (paywall). Il demande que les agriculteurs adaptent leur production aux nouvelles conditions climatiques.

Afin de préserver la sécurité alimentaire de la Suisse face au changement climatique et à l’extinction des espèces, 40 scientifiques demandent une taxe CO2 sur les denrées alimentaires, des droits de douane sur les produits animaux ainsi qu’une interdiction des promotions sur la viande. En outre, le rapport du Sustainable Development Solutions Network Switzerland énumère d’autres mesures visant à rendre l’agriculture plus écologique : des programmes de formation et de perfectionnement au financement de l’innovation technologique, en passant par des programmes de soutien à la reconversion des exploitations agricoles. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Soutien aux taxes d’incitation

Les taxes d’incitation sont largement acceptées par la population suisse, comme le montre un sondage réalisé par l’institut de recherche gfs-zürich sur mandat de l’association économique swisscleantech. 47% des personnes interrogées sont d’avis que les taxes d’incitation devraient être prioritaires en matière de politique climatique. Le soutien aux subventions n’est que de 38%. Pourtant, dans sa nouvelle proposition de révision de la loi sur le CO2 , le Conseil fédéral renonce à augmenter la taxe sur le CO2 .

Rösti, nouveau ministre de l’Énergie et de l’Environnement

Albert Rösti, le conseiller fédéral élu en décembre pour succéder à Simonetta Somaruga, a repris le Département de l’environnement, des transports et de la communication au début de l’année 2023. Jusqu’à son élection, Rösti s’est engagé comme lobbyiste pour la branche pétrolière et automobile (président de l’association des négociants en combustibles Swissoil et de l’association des importateurs Auto Suisse ainsi que conseiller de l’association des véhicules utilitaires Astag). Les associations de protection de l’environnement mettent en garde, dans le Tages-Anzeiger (paywall), contre un retour en arrière dans la politique énergétique et environnementale. En tant que conseiller fédéral, Rösti pourrait par exemple exercer une influence sur la mise en œuvre de la législation adoptée par le Parlement. Sur heidi.news (paywall), des climatologues suisses se montrent également critiques ; ils craignent que les intérêts du secteur pétrolier ne soient davantage pris en compte. Selon la NZZ (paywall), la Fondation suisse de l’énergie a lancé un appel aux dons afin de pouvoir à l’avenir surveiller Rösti de très près.

Lors de son intervention au Congrès de l’électricité mi-janvier, Rösti s’est exprimé pour la première fois depuis son élection sur les objectifs climatiques et l’approvisionnement énergétique. Pour atteindre l’objectif zéro net d’ici 2050, il faut plus d’électricité. Celle-ci devrait provenir de l’interaction entre l’énergie solaire et l’énergie hydraulique, complétée par la chaleur issue du sol et de la biomasse. Il a également demandé des centrales d’accumulation supplémentaires afin de pouvoir transférer l’électricité de l’été vers l’hiver. Pour les centrales solaires et hydroélectriques d’intérêt national, la sécurité d’approvisionnement doit primer sur la protection du paysage. Il s’est également exprimé sur l’énergie nucléaire. Les installations restantes ne devraient pas être arrêtées “inutilement tôt” en raison d’investissements de mise à niveau coûteux. L’Office fédéral de l’énergie examine actuellement la possibilité d’obtenir des subventions de l’État. Plus d’informations ici et ici (paywall) dans le Tages-Anzeiger ainsi que dans la NZZ (paywall).

Approvisionnement en gaz et en électricité : Nouvelles réserves et
vieilles questions

Dans l’UE, des terminaux de gaz liquéfié sont actuellement construits sous haute pression afin d’assurer l’approvisionnement en gaz après l’arrêt des livraisons de la Russie. Il existe désormais des projets similaires en Suisse. Dès cette année, le Gasverbund Mittelland veut construire un petit terminal de gaz liquéfié en conteneurs sur le territoire de la commune bâloise de Muttenz. Il s’agirait de la première installation de ce type dans le pays. Elle pourrait couvrir les besoins de la Suisse pendant six jours en hiver. Le gaz liquéfié serait acheminé en Suisse dans des conteneurs par train, camion et bateau. Plus d’informations dans la Sonntagszeitung (paywall).

Grâce aux températures exceptionnellement douces et aux précipitations parfois abondantes, les trois quarts des lacs de retenue suisses étaient encore remplis à la mi-janvier, écrit le Tages-Anzeiger. Et les réservoirs de gaz disposent eux aussi de réserves suffisantes. La situation sur le marché de l’électricité est donc détendue. Pourtant, la Confédération maintient son plan de mise en service de centrales de réserve. La construction des turbines à gaz de Birr se poursuit et la centrale devrait pouvoir fonctionner de mars 2023 à l’hiver 2025/26. Plusieurs riverains ont déposé des recours contre cette décision, mais ceux-ci n’ont pas d’effet suspensif et ne peuvent pas empêcher la mise en service. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall) et dans la NZZ am Sonntag (paywall).

En décembre, la Confédération a conclu de nouveaux contrats pour l’exploitation de centrales de réserve. D’une part avec le Groupe E pour une centrale thermique à Cornaux (NE), qui peut être exploitée avec du gaz naturel et du mazout ; avec une puissance de 36 mégawatts, elle est nettement plus petite que celle de Birr (250 MW). D’autre part, avec Axpo, CKW et FMB pour une centrale de réserve virtuelle composée de groupes électrogènes de secours. Ceux-ci doivent être mis à disposition par leurs propriétaires sur une base volontaire et contre une indemnisation. Toute personne disposant d’un groupe électrogène de secours d’une puissance minimale de 750 kW peut s’inscrire.

Les différentes mesures visant à créer des réserves d’électricité pour l’hiver coûteront environ 2 milliards de francs à la Confédération de 2023 à 2026. L’ordonnance sur les réserves hivernales, qui régit cette question, entrera en vigueur à la mi-février 2023.

La clé pour garantir l’approvisionnement en électricité de la Suisse est un accord sur l’électricité avec l’UE. C’est la conclusion du rapport “System Adequacy” de l’Office fédéral de l’énergie. Sans coopération avec l’Europe, la Suisse court le risque “d’être confrontée à des pénuries d’approvisionnement à partir de 2030 dans certaines constellations météorologiques”. Toutefois, un tel accord avec l’UE n’est pas en vue, la Suisse ayant interrompu les négociations avec l’UE. L’étude met également en évidence l’importance de l’énergie hydraulique qui, grâce à sa flexibilité, peut injecter de l’énergie de manière optimale dans le système. Plus d’informations sur la Fondation pour l’énergie et dans la NZZ (paywall).

De nombreuses questions en suspens sur l’offensive solaire

On ne sait toujours pas à quelle vitesse de grandes installations photovoltaïques seront réalisées dans l’espace alpin grâce à l'”offensive solaire” adoptée par le Parlement lors de la session d’automne 2022. Le secteur de l’électricité critique la mise en œuvre prévue de la loi fédérale urgente sur le développement de l’énergie solaire, comme l’écrit la NZZ (paywall). Les discussions portent notamment sur la manière dont la capacité de production de 2 térawattheures (environ 3% de la production d’électricité suisse) fixée dans la loi sera attribuée. La question de savoir si les installations qui seront encore en construction lorsque cette limite sera atteinte pourront continuer à bénéficier de subventions reste également ouverte.

Il s’avère en outre que la population juge de manière critique les installations d’énergie renouvelable dans les paysages alpins intacts. C’est ce que montre un sondage représentatif réalisé par le WSL (Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage) en octobre 2022. Sur une échelle de -1 (rejet total) à 1 (approbation totale), il en résulte une valeur de -0,89 pour de telles installations. Ce rejet est encore plus fort qu’en 2018 (-0,83), lorsque le même sondage avait été réalisé. Les chercheurs en concluent que ni la guerre en Ukraine ni le débat sur la sécurité de l’approvisionnement n’ont changé quoi que ce soit à la préférence pour les paysages alpins intacts. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

La Société suisse pour l’énergie solaire (SSES) porte également un regard critique sur le développement accéléré des installations photovoltaïques dans les Alpes. L’extension ne doit pas se faire au détriment de l’environnement ou du paysage. Dans l’optique de la sécurité d’approvisionnement, il serait “plus judicieux d’accélérer le développement des installations en plaine”. Mais là aussi, le rythme devrait être plus soutenu. La revue d’architecture Hochparterre explique pourquoi le développement est freiné. Les architectes ont un rôle clé à jouer : ils ont encore du mal à accepter les installations photovoltaïques sur les toits et les façades.

Aujourd’hui déjà, il existe des goulets d’étranglement dans la distribution d’électricité. Pour que la capacité de transport soit suffisante cet hiver, le Conseil fédéral avait décidé à l’automne 2022 que la tension des lignes électriques entre Bickigen (BE) et Chippis (VS) ainsi qu’entre Bassecourt (JU) et Mühleberg (BE) pourrait être augmentée de 220’000 à 380’000 volts si nécessaire. Des critiques s’élèvent désormais dans les communes concernées, écrit la NZZ am Sonntag (paywall). L’opposition aux projets visant à augmenter la capacité de transport à 380 kV sur l’ensemble du territoire est encore plus grande. Sur douze projets, sept sont actuellement bloqués en raison d’oppositions et de recours. Les politiciens de l’énergie exigent désormais que les procédures d’extension du réseau soient accélérées et que les possibilités d’opposition soient limitées.

Le groupe énergétique FMB veut construire dix installations solaires alpines d’ici 2025 afin de produire davantage d’électricité en hiver. L’examen des sites appropriés est actuellement en cours. Ensemble, ces installations pourraient alimenter environ 100 000 foyers, écrit le Berner Zeitung (paywall). Un projet a déjà été présenté en janvier : Belpmoos Solar. Un parc solaire devrait voir le jour sur l’aéroport de Berne-Belp et fournir de l’électricité à 15’000 ménages. La surface prévue de 25 hectares (35 terrains de football) fait partie de la zone clôturée de l’aéroport et est utilisée comme piste en herbe et comme terrain agricole. Comme le rapporte l’hebdomadaire, la prairie concernée est toutefois un biotope d’importance régionale. Et selon l’organisation de protection de l’environnement Pro Natura, la prairie remplit les critères pour être inscrite à l’inventaire fédéral des prairies et pâturages secs d’importance nationale. Selon l’état actuel des discussions sur l’acte modificateur de la loi sur l’énergie, aucune installation énergétique n’est autorisée dans une telle zone protégée. Plus d’informations sur srf.ch et le Tages-Anzeiger.

Dans le canton de Berne, la construction d’installations photovoltaïques flottantes doit également être étudiée. Le parlement cantonal a obligé le Conseil d’Etat à réaliser une étude de faisabilité. Plus d’informations dans le Bund.

Après le Conseil des Etats, une majorité de la Commission de l’environnement et de l’énergie du Conseil national demande l’obligation d’utiliser l’énergie solaire pour les nouveaux bâtiments et en cas de transformations importantes. D’ici 2032, cette obligation s’appliquerait également aux bâtiments existants d’une surface supérieure à 300 m2 , les bâtiments d’habitation étant exclus. A partir de 2035, les propriétaires seraient en outre tenus d’installer des panneaux solaires sur les aires de stationnement d’une surface supérieure à 21 voitures, rapporte la NZZ (paywall).

La commission du Conseil national veut également faciliter la construction d’installations solaires sur des surfaces libres dans la zone agricole, écrit le Tages-Anzeiger (paywall). Les installations dites agri-PV doivent être autorisées même si elles ne portent que “peu” atteinte aux intérêts agricoles. Le Conseil fédéral exige que les installations aient un effet positif sur les récoltes, par exemple en améliorant la protection contre les intempéries.

En ce qui concerne la construction d’installations solaires le long des autoroutes, que le Parlement a accélérée l’automne dernier, le premier tour des procédures de candidature est terminé. 350 parois anti-bruit et 100 aires de repos doivent être utilisées, ce qui permettra de couvrir les besoins annuels en électricité d’environ 12’000 ménages. Plus de 300 demandes de 35 entreprises et personnes intéressées ont été reçues, écrit le Tages-Anzeiger.

En Suisse, l’intérêt d’une installation solaire pour les propriétaires de maison dépend en premier lieu de la rémunération de l’électricité solaire par la compagnie d’électricité. Les différences entre les communes sont considérables, comme le montre une étude de l’EPF de Zurich et de l’Université de Berne. Plus de 2000 villes et communes suisses ont été examinées. Résultat : seule la moitié des propriétaires de maisons individuelles ont intérêt à installer des panneaux solaires. Les auteurs demandent que les rétributions soient harmonisées au niveau national afin d’encourager le développement de l’énergie solaire. Plus d’informations dans le Baublatt et la NZZ (paywall).

Critique du développement de
l’hydroélectricité

L’accord trouvé lors de la table ronde sur l’hydroélectricité entre les branches de l’énergie et certaines associations environnementales continue d’alimenter les discussions. Fin 2021, 15 projets avaient été présentés, pour lesquels les atteintes à la biodiversité et au paysage seraient les plus faibles par énergie stockable. Comme l’écrit le Beobachter, la Confédération étudie 17 grandes installations supplémentaires pour développer l’énergie hydraulique. L’Office fédéral de l’énergie (OFEN) s’est opposé pendant des mois à la publication des documents correspondants. Il en ressort que de nouveaux lacs de retenue, des rehaussements de barrages et diverses nouvelles centrales au fil de l’eau sont évalués, en Valais et dans les Grisons, ainsi que dans les cantons de Berne et de Fribourg. Ces projets devraient entrer en ligne de compte si une partie des 15 projets favorisés ne peut pas être réalisée. Sur infosperber.ch, Bernhard Wehrli, professeur de chimie aquatique, critique la procédure. Il a analysé les documents de l’OFEN qui viennent d’être publiés. Sa conclusion : des “erreurs fondamentales” ont été commises lors de la table ronde et des décisions ont été prises sur la base d’une analyse imprécise et superficielle.

Le projet Trift, qui figure sur la liste des installations favorisées, reste dans la ligne de mire. La géographe et botaniste Mary Leibundgut montre dans un rapport que l’avancée du glacier de 500 terrains de football dans la vallée de Gadmer est une zone alluviale précieuse sur le plan écologique et paysager. Dans le Tages-Anzeiger (paywall), elle demande que la Confédération l’inscrive dans l’inventaire national des zones alluviales et la protège en conséquence. Le nouveau chef de FMB tient en revanche au projet et veut accélérer la construction du barrage, a-t-il déclaré au Berner Zeitung.

Les lacs de barrage existants préoccupent également les spécialistes. La raison en est l’ensablement : Les ruisseaux qui apportent l’eau amènent également du sable et du gravier qui se déposent. Selon une étude parue dans “Sustainability”, les lacs d’accumulation européens ont déjà perdu près d’un cinquième de leur volume. En Suisse, les pertes s’élèvent même à un quart. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Plus d’élan pour l’énergie éolienne ?

La Commission de l’environnement du Conseil national veut accélérer le développement de l’énergie éolienne, à l’instar de l’offensive solaire adoptée par le Parlement à l’automne 2022. Pour les installations éoliennes d’intérêt national et dont la planification est déjà avancée, ce sont les cantons qui devraient à l’avenir délivrer les autorisations de construire, et non plus les communes d’implantation comme c’est le cas aujourd’hui. Et les décisions ne pourraient plus être portées devant le Tribunal fédéral que si une “question juridique d’importance fondamentale” se pose. Cette procédure accélérée s’applique jusqu’à ce qu’un térawattheure (TWh) d’énergie éolienne supplémentaire soit raccordé au réseau (les installations éoliennes produisent actuellement 0,15 TWh en Suisse). L’intervention devrait être adoptée par les deux Chambres dès la session de printemps. L’association économique swisscleantech salue cette décision. Alain Griffel, professeur de droit public et administratif à l’université de Zurich, estime cependant qu’elle est anticonstitutionnelle, car elle restreint l’autonomie des cantons. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et la NZZ (paywall).

Le PVL milite pour un développement rapide de l’énergie éolienne, comme le montre une prise de position sur l’énergie éolienne publiée en janvier. Afin d’améliorer l’acceptation des installations, le parti propose de faire participer les citoyens à la construction des éoliennes. Indépendamment de tels modèles : Dans le canton de Zurich, une majorité est favorable au développement de l’énergie éolienne. Dans un sondage représentatif réalisé par la NZZ (paywall) et l’institut de recherche GfS Berne, deux tiers des personnes interrogées approuvent les projets du gouvernement cantonal visant à développer considérablement l’énergie éolienne. Tant la population urbaine que la population rurale sont favorables à cette technique. Un sondage du Tages-Anzeiger (paywall) donne le même résultat.

Le groupe électrique Axpo, qui a jusqu’à présent surtout participé à des installations à l’étranger, veut désormais construire des éoliennes en Suisse. Selon la NZZ am Sonntag (paywall), sa filiale CKW travaille sur six projets en Suisse centrale. En Argovie, 20 turbines sont prévues. Les conditions de vent sont actuellement analysées sur les sites.

La NZZ (paywall) analyse pourquoi la Suisse est à la traîne par rapport aux pays voisins en matière d’énergie éolienne, malgré un grand potentiel sur la crête du Jura, les grands cols alpins et certaines vallées alpines. La raison principale serait les oppositions qui retardent les projets de plusieurs années. Ainsi, pour l’installation éolienne de Sainte-Croix dans le Jura vaudois, il a fallu 23 ans entre la première étude de faisabilité et l’autorisation de la demande de permis de construire par le Tribunal fédéral en novembre 2022. La longueur des procédures rend les projets peu attractifs pour les investisseurs. De plus, de nombreuses installations seront déjà obsolètes et donc moins performantes avant leur éventuelle réalisation.

2022 a été l’année la plus chaude depuis le début des mesures

La Suisse a connu l’année la plus chaude depuis le début des mesures en 1864. La température annuelle à l’échelle du pays s’est élevée à 7,4 °C, a déterminé MétéoSuisse. Par rapport à la moyenne des années 1991 à 2020, il a fait 1,6 °C de plus, et même 3 °C de plus par rapport aux températures enregistrées entre 1960 et 1980. Les sept années les plus chaudes depuis le début des mesures ont toutes été enregistrées après 2010. L’année dernière a également été plus ensoleillée que la moyenne : trois des quatre sites de mesure avec des séries de données de plus de 120 ans – Genève, Bâle et Zurich – ont enregistré l’année la plus ensoleillée depuis le début des mesures. Au printemps et en été, les précipitations ont par ailleurs été insuffisantes dans toute la Suisse, tandis que le Sud des Alpes a connu un temps trop sec durant les quatre saisons.

Le climat chaud modifie l’entomofaune

En Suisse, les insectes réagissent différemment au changement climatique. Au cours des 40 dernières années, les espèces spécialisées et frileuses des Préalpes et des Alpes ont perdu du terrain. En revanche, les espèces thermophiles de plaine ont pu conserver ou étendre leur aire de répartition, comme le montre l’étude publiée dans “Nature Communications”. Les chercheurs mettent en garde contre le fait que les espèces rares deviennent encore plus rares et que les espèces déjà répandues continuent à augmenter. Ils ont évalué 1,5 million d’observations de papillons diurnes, d’orthoptères et de libellules effectuées par des amateurs et des spécialistes depuis 1980 dans toute la Suisse. Si le changement climatique s’accompagne d’une intensification de l’exploitation des terres – par exemple en cas de sécheresse croissante et d’exploitation plus poussée des prairies -, cela pourrait avoir des répercussions particulièrement négatives sur les insectes. Pour en savoir plus, consultez le site d’Agroscope.

La Banque nationale doit assumer la responsabilité de la protection du climat

L’appel de l’Alliance pour le climat à acheter des actions de la Banque nationale suisse a porté ses fruits. Comme le rapporte le magazine en ligne Watson, 170 membres de l’Alliance ont acheté des actions pour une valeur totale de 800 000 francs. Ils ont ainsi le droit de déposer des propositions à l’assemblée générale de la BNS. Ils font usage de ce droit : lors de l’AG de fin avril, l’Alliance climatique demande que la BNS établisse un plan de transition. Celui-ci doit permettre de mettre le portefeuille de devises en conformité avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat et de la Convention sur la diversité biologique. Une augmentation des fonds propres est également demandée afin de couvrir les risques liés aux investissements dans les entreprises pétrolières, gazières et charbonnières.

Combien la Suisse doit-elle payer pour la crise climatique dans les pays les plus pauvres ?

A partir de 2020, les pays industrialisés devraient mettre 100 milliards de dollars par an à la disposition des pays en développement et émergents pour la lutte contre la crise climatique. C’est ce qu’avait décidé la communauté mondiale en 2010, sachant qu’il doit s’agir de nouveaux fonds supplémentaires. Le Conseil fédéral souhaite que la Suisse contribue à hauteur de 450 à 600 millions de dollars à l’objectif de financement global. Pour les ONG regroupées au sein d’Alliance Sud, ce montant est nettement insuffisant. En tenant compte des émissions de la Suisse à l’étranger, la contribution équitable de la Suisse serait de 1 milliard de dollars. Les ONG critiquent également le fait que la Confédération prenne en compte des fonds provenant du budget existant de la coopération internationale pour le financement climatique. De plus, la Suisse ne met pas à disposition une grande partie des moyens via le fonds climatique prévu, mais via la Banque mondiale et d’autres banques de développement.

Laboratoire climatique de la République : réinventer le journalisme climatique

Le magazine en ligne Republik veut découvrir, en collaboration avec ses lecteurs, comment le journalisme peut mieux remplir son rôle dans la crise climatique. Le laboratoire climatique a été lancé en janvier. D’ici l’été, il s’agit de développer, en échangeant avec des personnes aussi diverses que possible, un format qui touche plus de monde que jusqu’à présent, qui regarde vers l’avant malgré des perspectives sombres et qui soit utile. Dans une interview accordée à persoenlich.com, l’initiateur Elia Blülle explique les objectifs et le contexte du laboratoire.

Décisions de la Confédération et des cantons en matière de climat

Avec sa “Stratégie chaleur 2050” publiée en janvier, l’Office fédéral de l’énergie montre comment l’approvisionnement en chaleur de la Suisse peut devenir neutre en CO2 d’ici 2050. Aujourd’hui, le domaine de la chaleur représente environ la moitié de la consommation d’énergie en Suisse et génère plus d’un tiers des émissions de CO2 . Pour atteindre l’objectif climatique, il faut non seulement passer des énergies fossiles aux énergies renouvelables, mais aussi réduire la consommation. D’ici 2050, celle-ci doit être inférieure de 30% à celle de 2020.

Le Conseil d’Etat du canton du Valais veut que le canton n’émette plus de gaz à effet de serre à partir de 2040. Pour financer les mesures nécessaires, la loi cantonale sur le climat prévoit des investissements annuels de 70 millions de francs, ainsi que la création d’un fonds climatique. La proposition du Conseil d’Etat va maintenant être soumise au Parlement cantonal. Plus d’informations sur srf.ch.

Le Grand Conseil zurichois veut obliger la ZKB à protéger davantage le climat. La banque cantonale devra à l’avenir orienter ses actions vers la neutralité en matière de gaz à effet de serre et soutenir les rénovations énergétiques des bâtiments. La décision définitive à ce sujet sera prise par le Grand Conseil fin février. Plus d’informations dans l’Aargauer Zeitung.

Politique climatique internationale

Le patron du pétrole sera le président des prochaines négociations sur le climat

La prochaine conférence internationale sur le climat (COP 28) se tiendra à Dubaï en novembre 2023 et sera présidée par les Émirats arabes unis. Le rôle de la présidence est important, car de nombreuses négociations bilatérales sont menées en amont des négociations. La présidence marque de son empreinte le choix et la pondération des thèmes. Or, les Emirats ont nommé Sultan Al-Jaber, une personne controversée, à la présidence. Al-Jaber dirige l’entreprise publique Abu Dhabi National Oil Company, la douzième plus grande entreprise pétrolière du monde. Depuis plus d’une décennie, il est un personnage clé de la politique nationale en matière de climat et d’énergie. Al Jaber s’engage certes en faveur des énergies renouvelables, mais il déclarait encore fin 2021 : “Les énergies renouvelables sont le segment du mix énergétique qui connaît la croissance la plus rapide, mais le pétrole et le gaz restent les principales sources d’énergie et le resteront dans les décennies à venir. L’avenir est propre, mais il n’est pas encore là. Nous devons progresser avec pragmatisme”.” Lors de la dernière COP en Egypte, le lobby de l’industrie des énergies fossiles avait déjà eu une grande influence sur les négociations. Plus d’informations sur Climate News.

Un tiers de la planète doit être protégé

Lors de la 15e conférence des Nations unies sur la protection des espèces, de grandes décisions ont été prises en décembre : D’ici 2030, près de 30% de la planète doit être placée sous protection. A titre de comparaison : en Suisse, seuls 6 à 14% de la surface sont actuellement protégés, selon le mode de comptage.

Le Congo et quelques autres pays africains s’étaient opposés à l’accord en demandant un nouveau fonds et un soutien financier accru pour la protection des espèces. Malgré cette opposition, le président chinois de la conférence a déclaré que le nouvel accord (sans nouveau fonds) était accepté.

L’accord engage les gouvernements à préserver près d’un tiers de la planète pour la nature d’ici 2030 et à créer de nouvelles zones protégées tout en respectant les territoires indigènes et traditionnels. Des études ont montré que les peuples autochtones sont les meilleurs gardiens de la biodiversité. Ils représentent 5% de la population mondiale, mais protègent 80% de la biodiversité de la planète. L’accord souligne l’importance d’une gestion efficace de la conservation. Il permet de garantir que les zones humides, les forêts tropicales, les prairies et les récifs coralliens ne sont pas seulement protégés sur le papier, mais aussi dans les faits.

Chaque année, les pays dépensent au moins 1,8 billion de dollars en subventions publiques qui accélèrent l’extinction des espèces et la crise climatique. Dans le nouvel accord, les gouvernements se sont mis d’accord sur le fait que de telles subventions doivent être réduites. Bien que la formulation ait été édulcorée dans le texte final, les gouvernements doivent désormais également s’assurer que les grandes entreprises et les entreprises internationales rendent compte de “leurs risques, dépendances et impacts sur la biodiversité”.

D’ailleurs, les Etats-Unis sont, avec le Vatican, la seule nation à ne pas être membre de l’accord sur la protection des espèces. Bill Clinton avait certes signé l’accord en 1993, mais le Sénat ne l’a jamais ratifié. Plus d’informations sur l’accord dans le Guardian ici et ici, et dans le Climate Reporter. L’accord se trouve ici.

Les certificats de CO2 sont généralement sans valeur

Toute une série d’articles parus dans différents journaux mettent en lumière le marché du CO2 et montrent que les réductions des projets forestiers sont souvent multipliées afin de pouvoir vendre un maximum de certificats. Les critiques ne portent pas seulement sur des entreprises comme la société suisse South Pole, qui vendent de tels certificats, mais aussi sur l’organisation Verra, qui définit les règles des projets climatiques pour le marché des volontaires. Les trois quarts des certificats qui arrivent sur le marché des volontaires sont délivrés par Verra. L’organisation supervise les types de projets les plus divers, des installations solaires aux mesures d’efficacité énergétique. 40% des certificats proviennent de projets visant à protéger les forêts existantes.

Une équipe de recherche mondiale a examiné 29 des 87 projets de protection des forêts actuellement certifiés par Verra. L’évaluation suggère que plus de 90% de tous les certificats en résultant sont sans valeur. 89 millions de certificats ont été vendus à des entreprises telles que Shell, Gucci, Disney et Boeing, qui ont ainsi pu améliorer leur bilan climatique sans que les émissions soient réellement évitées. Etant donné que seul un tiers des projets certifiés par Verra a été examiné, l’ampleur réelle des certificats sans valeur pour le climat devrait être encore bien plus élevée. Plus d’informations dans le Guardian ici et ici et dans le Zeit (paywall).

Il y a beaucoup d’argent à gagner avec de tels certificats. Shell aurait dépensé 450 millions de dollars pour de tels certificats. Le Financial Times (paywall) montre comment le vendeur South Pole continue à dissimuler les problèmes de qualité et estime la valeur de South Pole à un milliard de dollars.

Une équipe de recherche internationale de la Carbon Credit Quality Initiative montre que ce ne sont pas seulement les certificats des projets forestiers qui posent problème, mais que de nombreux types de projets génèrent des certificats qui n’ont pas permis de réaliser les réductions d’émissions qu’ils affichent. Plus d’informations sur quoi?

Une recherche du Zeit montre en outre combien il est facile pour une entreprise de se faire certifier climatiquement neutre par l’organisation suisse myclimate. Ce n’est certes pas bon marché, mais les certificats ne représentent que la plus petite partie des coûts d’une telle certification. La plus grande partie est perçue par myclimate pour les services de conseil.

Inégalité climatique énorme au sein des pays

La différence entre les émissions de CO2 des riches et des pauvres au sein des pays est désormais plus importante que les différences d’émissions entre les pays, comme le montre une nouvelle étude.

La majeure partie de la politique climatique mondiale s’est concentrée sur la différence entre les pays industrialisés et les pays en développement et sur leur responsabilité actuelle et historique dans les émissions de gaz à effet de serre. Or, de plus en plus de travaux indiquent qu’une “élite pollueuse” l’emporte largement sur les émissions des pauvres.

Les auteurs proposent de prélever des impôts sur les excédents de bénéfices afin de financer la protection du climat. En outre, une imposition progressive devrait être introduite dans les pays qui imposent souvent trop faiblement les citoyens et les entreprises riches, y compris dans les pays en développement.

Le rapport souligne également qu’il y aurait suffisamment de marge de manœuvre pour que les plus pauvres du monde augmentent leurs émissions de gaz à effet de serre afin de surmonter leur pauvreté si les riches du monde entier réduisaient leurs émissions. Plus d’informations dans le Guardian et dans le Climate Inequality Report 2023.

Les forêts stockent chaque année 2 milliards de tonnes de CO2 – loin d’être suffisant

Un nouveau rapport montre que les forêts du monde entier éliminent environ deux milliards de tonnes de CO2 de l’atmosphère. Malgré des investissements croissants dans de nouvelles technologies de capture et stockage du carbone telles que la “capture directe de l’air”, elles n’en stockent que 0,01%. Mais pour atteindre les objectifs climatiques de Paris, la performance des forêts ne suffira pas, même si les pays respectent leurs objectifs de réduction. Selon l’étude, il faudrait atteindre 3 milliards de tonnes par an d’ici 2030 et près de 5 milliards d’ici 2050. Plus d’informations sur Nature et Reuters.

Les énergies renouvelables dépasseront le charbon en 2025

La quantité d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables va doubler d’ici 2027. Au cours des cinq prochaines années, autant d’électricité supplémentaire sera produite à partir d’énergies renouvelables qu’au cours des deux dernières décennies réunies, indique l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son nouveau rapport. Les prévisions de l’année dernière concernant la croissance des énergies renouvelables ont été revues à la hausse de 30% suite à l’introduction de nouvelles mesures par certains des plus gros émetteurs mondiaux comme l’UE, les Etats-Unis et la Chine.

Selon le rapport, les énergies renouvelables remplaceront le charbon comme première source de production d’électricité d’ici début 2025. Cela serait dû en grande partie à la crise énergétique mondiale liée à la guerre en Ukraine. Les nouvelles capacités d’énergie fossile construites pour remplacer le gaz russe n’auront probablement qu’un impact à court terme, indique le rapport. Pour en savoir plus, voir Carbon Brief et le NY Times (paywall).

L’AIE rapporte également dans une autre analyse que les pompes à chaleur couvriront un cinquième des besoins mondiaux de chauffage d’ici 2030 si les pays mettent en œuvre leurs plans. Les pompes à chaleur deviendront “la technologie centrale de la transition mondiale vers un chauffage sûr et durable”. Pour en savoir plus, consultez Carbon Brief.

Les banques investissent dans l’énergie fossile malgré la promesse de neutralité carbone

Les banques et les institutions financières qui ont signé des engagements “net zero” continuent d’investir massivement dans les énergies fossiles. L’initiative Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ) a été célébrée en 2021 comme l’une des principales réussites du sommet des Nations unies sur le climat Cop26 à Glasgow. 450 organisations dans 45 pays avec des actifs de plus de 130 milliards de dollars ont rejoint l’initiative GFANZ et se sont fixé un objectif de zéro net. Or, une analyse de Reclaim Finance montre que nombre de ces banques ont depuis investi des centaines de milliards dans les combustibles fossiles. Au moins 56 des plus grandes banques du Net-Zero Banking Alliance Grouping (NZBA) ont soutenu de nombreuses entreprises fossiles avec des prêts et des accords de rachat d’une valeur de 270 milliards de dollars. Plus dans le Guardian.

Exxon savait tout

Dès 1977, un climatologue travaillant pour Exxon a averti le conseil d’administration du groupe pétrolier que la combustion de combustibles fossiles avait un impact sur le climat mondial. Un an plus tard, il indiquait qu’un doublement de la teneur atmosphérique en CO2 augmenterait la température moyenne mondiale de deux à trois degrés. Exxon a réagi par une grande campagne de désinformation. L’historienne des sciences Naomi Oreskes a étudié la communication d’Exxon sur le changement climatique entre 1977 et 2014. Elle est parvenue à la conclusion que 81% des publireportages payés par Exxon Mobil – des annonces rédigées dans des journaux – semaient le doute sur l’existence du changement climatique et le rôle des combustibles fossiles.

Une nouvelle étude a évalué systématiquement les prévisions internes du groupe pétrolier entre 1977 et 2003. Elle montre que les prévisions scientifiques étaient extrêmement précises, dans certains cas même plus précises que les études gouvernementales de l’époque. Même le budget global restant pour le CO2 afin de maintenir le réchauffement en dessous de deux degrés a été évalué de manière réaliste par les scientifiques d’Exxon-Mobil. Sur ce point précis, les déclarations publiques de l’entreprise contredisaient clairement ses propres données scientifiques.

Les auteurs espèrent que leurs conclusions donneront un poids supplémentaire aux procédures juridiques et politiques en cours et à venir contre Exxon Mobil. Plus d’informations sur Klimareporter, Inside Climate News, Guardian et le NY Times (paywall).

Politique climatique européenne

Réforme du système européen d’échange de quotas d’émission

Quelques jours avant Noël, les États membres de l’UE ainsi que le Parlement européen sont parvenus à un compromis sur la réforme du Système européen d’Echange de Quotas d’Emission (SEQE).

Les points centraux suivants ont été réformés : Premièrement, l’objectif de réduction dans les secteurs SEQE (secteur de l’électricité et industrie à forte consommation d’énergie) a été relevé de 43% à 62% d’ici 2030. Deuxièmement, les certificats d’émission gratuits seront progressivement supprimés à partir de 2026 jusqu’en 2034. Troisièmement, un nouveau système d’échange de quotas d’émission séparé sera introduit en 2027 pour les émissions des secteurs du bâtiment et du transport routier. Au niveau national, il existe déjà de nombreux mécanismes visant à réduire les émissions dans ces deux secteurs, comme une taxe sur le CO2 en Suède ou un échange de quotas d’émission comme en Allemagne. Les associations de protection de l’environnement (par exemple ici et ici) constatent certes des progrès, mais critiquent les accords qui ne vont pas assez loin. Elles estiment que les objectifs ne sont pas assez élevés et que la fin de l’allocation gratuite n’est pas assez rapide.

Création d’un système de compensation des émissions de CO2

L’une des principales critiques à l’encontre de l’efficacité du système SEQE a toujours été que l’industrie a reçu des quotas gratuits. Il s’agit en fait de droits à polluer gratuits pour lesquels les industries ne doivent pas payer. L’argument principal était de protéger l’industrie européenne des désavantages concurrentiels sur les marchés internationaux et d’éviter ainsi les délocalisations vers des pays non européens. Il s’agissait également d’éviter une délocalisation de la production d’émissions. Cependant, cette mesure allait en quelque sorte à l’encontre des efforts de protection du climat.

Pour que les quotas gratuits puissent être supprimés d’ici 2034 sans créer de désavantages concurrentiels, un mécanisme de compensation des émissions de CO2 (CBAM) doit être introduit progressivement à partir de 2026 pour les secteurs concernés. Les institutions européennes se sont mises d’accord sur un compromis provisoire. Lors de l’importation de certaines marchandises à fortes émissions, comme les engrais ou l’acier, en provenance de pays tiers, une taxe, pour ainsi dire un prix du CO2 , sera imposée. Le montant de la taxe sera défini en fonction du prix actuel du SEQE. Plus la production des marchandises à l’étranger a provoqué d’émissions, plus l’importation est chère. Il s’agit ainsi d’empêcher le transfert d’émissions nocives pour le climat vers des pays tiers et de créer des incitations supplémentaires à la réduction des émissions en dehors de l’UE. Plus d’informations sur Klimareporter, l’UE et la SRF.

Introduction du fonds social pour le climat

Dans le cadre de la création d’un nouveau système européen d’échange de quotas d’émission pour le secteur du bâtiment et des transports, il a été décidé de mettre en place un “fonds social pour le climat” (FSC) afin de soutenir les citoyens vulnérables en cas de hausse des coûts. Le fonds sera mis en place jusqu’en 2026 et devrait s’élever dans un premier temps à 65 milliards d’euros. D’une part, les fonds seront en partie versés directement aux citoyens concernés. D’autre part, les États membres pourront utiliser l’argent du fonds pour financer l’achat de systèmes de chauffage respectueux du climat, comme des pompes à chaleur, ou des mesures de rénovation. Ils devront pour cela cofinancer le projet à hauteur de 25 %. Plus d’informations sur la décision d’introduire le FSC ici et dans cette infographie.

20 milliards pour la transition énergétique de l’UE

Les négociateurs des 27 États membres de l’UE se sont provisoirement mis d’accord sur une décision concernant le programme REPowerEU. Ce programme a été présenté en mai 2022 en réaction à la guerre en Ukraine et vise à mettre fin à la dépendance vis-à-vis des importations d’énergie russe. REPowerEU poursuit les objectifs suivants : Réduire la consommation d’énergie, produire de l’énergie propre et diversifier l’approvisionnement énergétique européen. Ces trois objectifs doivent être atteints par la mise en œuvre d’un grand nombre de mesures individuelles, telles que des directives et des règlements.

Les ministres des États membres se sont mis d’accord en décembre pour que 20 milliards d’euros supplémentaires soient mis à disposition pour la mise en œuvre de ces mesures. Ceux-ci proviennent en partie des fonds d’aide du Covid-19 ainsi que des recettes du produit des certificats d’émission de la réserve de du SEQE. Pour en savoir plus, voir la NZZ et l’UE.

L’argent doit transformer les agriculteurs en protecteurs du climat

Le 30 novembre 2022, la Commission européenne a présenté une proposition de concept de certification pour l’extraction de CO2 de l’air afin d’atteindre l’objectif “net zéro” d’ici 2050. Il s’agit d’un cadre de certification pour les initiatives volontaires dans un premier temps. Il en va de même pour l’agriculture et la sylviculture. De nouveaux modèles commerciaux peuvent ainsi être créés pour les agriculteurs qui stockent par exemple du CO2 dans leurs sols. L’initiative crée un premier cadre réglementaire pour le prélèvement de CO2 . Les organisations environnementales mettent toutefois en garde contre les abus et le ralentissement de la réduction effective des émissions. Elles craignent que les pollutions ne soient encore plus légitimées. Un groupe d’experts doit se réunir avant la fin du premier trimestre 2023 afin de développer d’autres concepts de prélèvement de CO2 .

Le Royaume-Uni autorise de nouvelles mines de charbon, la Norvège freine la recherche de pétrole

Alors qu’à l’automne 2021, lors de la COP 26 à Glasgow, le gouvernement britannique a plaidé en faveur d’une sortie globale du charbon, le nouveau gouvernement britannique dirigé par le Premier ministre Rishi Sunak a approuvé, pour la première fois depuis plus de trois décennies, la construction d’une nouvelle centrale à charbon, qui devrait voir le jour dans la région de Cumbria. Seuls 15% du charbon extrait seront utilisés au Royaume-Uni, 85% seront exportés. Le gouvernement britannique est fortement critiqué par les défenseurs du climat. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici.

Alors que de nouvelles énergies fossiles doivent être exploitées au Royaume-Uni, une tendance inverse se dessine de l’autre côté de la mer du Nord. Le gouvernement norvégien a reporté de trois ans la recherche de nouveaux gisements de pétrole et de gaz naturel dans la mer de Barents par la société énergétique Equinor, contrôlée par l’Etat. Les défenseurs de l’environnement se réjouissent que ce que l’on appelle la “climate bomb” ait été désamorcée dans un premier temps. L’industrie nationale, en revanche, voit la tendance s’inverser et des temps tristes s’annoncent. Pour en savoir plus, cliquez ici.

La Belgique et les Pays-Bas s’en tiennent au nucléaire
Dans le cadre de la crise énergétique, le débat sur la sortie du nucléaire a repris de plus belle dans plusieurs pays. Le gouvernement bruxellois prolonge la durée de vie de deux centrales nucléaires jusqu’en 2035, tandis que la centrale controversée de Tihange 2, située près de la frontière allemande, devrait être déconnectée du réseau.

Aux Pays-Bas, il est même prévu de construire deux nouvelles centrales d’ici 2035. Les deux centrales devraient alors représenter 15% de l’électricité néerlandaise. Actuellement, les Pays-Bas n’ont plus qu’une seule centrale nucléaire en service, construite en 1973. Avec ces plans, le gouvernement veut renouveler son parc nucléaire. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Extinction Rébellion arrête les perturbations publiques

Les militants du mouvement Extinction Rebellion en Grande-Bretagne ne veulent plus, pour le moment, se coller à des œuvres d’art et bloquer des routes pour protester contre le manque de protection du climat. C’est ce que le groupe a annoncé au début de l’année dans son communiqué “Nous arrêtons”.

Au cours des derniers mois, des activistes climatiques de plusieurs pays s’étaient collés à plusieurs reprises à des œuvres d’art, les avaient recouvertes de soupe à la tomate et de purée de pommes de terre, avaient bloqué des bâtiments et s’étaient collés sur des routes. Les défenseurs du projet parlent d’une tactique de choc visant à sensibiliser les gens à la catastrophe climatique.

Extionction Rebellion a expliqué que les actions de perturbation controversées au sein de la population étaient certes importantes pour éveiller les consciences et dénoncer l’échec systématique de la politique face à la crise climatique. Cependant, “les tactiques doivent être développées en permanence” : C’est pourquoi nous souhaitons désormais faire davantage pression sur les politiciens responsables en mobilisant la grande masse de la société pour des formes de protestation collective. “La conjonction de différentes crises offre une occasion unique de mobiliser et de surmonter les clivages traditionnels”, peut-on lire dans la prise de position. Plus d’informations dans la TAZ, la NZZ (paywall) et le Guardian.

Allemagne

“Nous soulageons l’Allemagne” : l’introduction d’un frein aux prix de l’électricité et du gaz comme mesure d’allègement ?

Avant la guerre d’Ukraine, l’Allemagne était l’un des pays d’Europe les plus dépendants des importations d’énergie fossile russe comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Il s’agissait non seulement de remplacer les énergies fossiles en provenance de Russie, mais aussi de contrer l’explosion des coûts du gaz naturel et de l’électricité. De nombreuses mesures ont été introduites au cours de l’année écoulée afin de soulager les citoyens et l’industrie de la hausse des prix du gaz et de l’électricité : frein à l’essence, subventions pour les coûts énergétiques, subventions pour les coûts de chauffage, pour n’en citer que quelques-unes. Quelques jours avant Noël, le Bundestag a décidé, après de longs débats, de mettre en place des “freins aux prix” pour l’électricité et le gaz naturel.

Pour les citoyens, les PME et les associations, le prix du gaz est plafonné à 12 centimes d’euro, celui du chauffage urbain à 9,5 centimes d’euro et celui de l’électricité à 40 centimes d’euro par kilowattheure. Cela s’applique à 80% de la consommation. Les 20% restants sont payés au prix du marché. Les consommateurs bénéficient ainsi d’une certaine stabilité des prix, tout en étant incités à économiser. Il n’est pas nécessaire d’agir soi-même. Les fournisseurs d’énergie doivent l’appliquer automatiquement. Plus d’informations ici. Les règles pour l’industrie et les grandes entreprises diffèrent. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Les critiques reprochent au gouvernement fédéral de continuer à distribuer l’argent selon le principe de l’arrosoir. Il n’est pas tenu compte des groupes de revenus qui bénéficient d’un allègement. Ainsi, les hauts revenus en profitent également, alors que l’effet d’économie sur les bas revenus devrait de toute façon être plutôt faible. De plus, il s’agit d’une subvention qui récompense un comportement nuisible au climat. Car il s’agit encore et toujours principalement d’énergies fossiles. A long terme, seul le développement des énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire permettra de se libérer de la dépendance aux énergies fossiles. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Pendant ce temps, au niveau de l’UE, un accord sur l’introduction d’un plafond des prix du gaz a été conclu après des mois de lutte. Plus d’informations ici. Les associations industrielles allemandes ont clairement critiqué cette décision.

Les premiers terminaux de gaz liquéfié d’Allemagne

Au début de l’été 2022, la loi sur l’accélération du GNL a été adoptée par le Bundestag allemand. Afin que l’Allemagne puisse compenser au plus vite le manque d’importations de gaz naturel en provenance de Russie, des terminaux GNL doivent être construits en mer du Nord et en mer Baltique. Pour cela, les procédures d’autorisation et d’attribution ont été accélérées. Les normes de protection de l’environnement et de participation ont également été assouplies. Les premiers terminaux sont en service depuis décembre 2022 : à Wilhelmshaven, Lubmin et Brunsbüttel. D’autres terminaux devraient suivre. Des voix critiques reprochent au gouvernement fédéral de ne pas respecter les normes de protection de l’environnement, de créer des surcapacités ainsi que de s’engager dans de nouvelles dépendances aux énergies fossiles pour les deux prochaines décennies. Des associations environnementales ont déposé plainte. L’effet nocif sur le climat du gaz liquéfié, par exemple le gaz de schiste provenant des États-Unis, est fortement critiqué. Le GNL peut ainsi être presque aussi nocif que le charbon. Alors que le pétrole et le gaz russes sont sanctionnés, le GNL russe peut continuer à être importé dans l’UE. Avec une part de 16% des importations entre janvier et novembre de l’année dernière, la Russie occupe la deuxième place après les Etats-Unis avec une part de 44%. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Lützerath : une bonne affaire pour la protection du climat ?

Mi-janvier, les images de l’activiste climatique Greta Thunberg emmenée par la police allemande ont fait le tour du monde. Les yeux de la presse mondiale se sont alors tournés vers le petit village de Lützerath, près de l’exploitation à ciel ouvert de Garzweiler en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, et les manifestations massives contre l’extraction de charbon qui s’y déroulaient.

L’Allemagne veut sortir du charbon en 2038. Trop tard, selon les défenseurs du climat et une partie des politiques. C’est pourquoi, en octobre 2022, le gouvernement fédéral et celui du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie ont négocié un accord avec le groupe énergétique RWE. Résultat : dans le bassin minier rhénan, l’un des trois grands bassins miniers restants en Allemagne, la sortie du charbon sera effective dès 2030. Huit ans avant la sortie du charbon initialement prévue. Le gouvernement fédéral a célébré cette décision comme une “étape importante pour la protection du climat“. Selon le gouvernement fédéral, 280 millions de tonnes d’émissions nocives pour le climat seront économisées, des villages seront épargnés de la démolition et l’approvisionnement en énergie sera assuré. Le village de Lützerath, quant à lui, n’a pas été inclu dans l’accord et sera excavé afin que le charbon puisse être utilisé en dessous du village.

Le mouvement climatique autour de Fridays for Future, l’initiative “Tous les villages restent” ainsi que diverses organisations environnementales ont néanmoins protesté contre cette décision. L’état des études étaye leurs arguments, à savoir que la démolition et le surcroît de combustion dans le cadre de la crise énergétique entraîneront au total une augmentation des émissions. L’objectif climatique allemand et, en fin de compte, la limite de 1,5°C sont ainsi menacés. Des facteurs économiques, tels que la hausse des prix des importations fossiles ou l’augmentation des prix dans le système SEQE, rendraient de toute façon probable une sortie du charbon vers 2030 sous l’impulsion du marché.

Bien que le village ait déjà été abandonné, 35.000 manifestants sont descendus dans la rue le 14 janvier pour la sauvegarde de Lützerath. La démolition du village avait déjà commencé dans les jours précédant la manifestation et s’était achevée quelques jours plus tard. Plus d’informations sur l’histoire du village ici. Plus d’informations sur l’accord RWE évoqué et les critiques d’une série d’ONG environnementales ici et ici. Quelques jours plus tard, on apprenait que le groupe énergétique RWE prévoyait de disposer d’une réserve de 50 millions de tonnes de charbon qui pourraient encore être brûlées après 2030. RWE est le plus grand émetteur de CO2 en Europe.

La crise climatique visible

Les huit dernières années ont été les plus chaudes depuis le début des mesures

L’écart de température en 2022 par rapport à la moyenne des années 1981-2010 (© Copernicus)

Les huit années les plus chaudes depuis le début des relevés ont toutes été enregistrées depuis 2014, comme le montre l’agence climatique européenne Copernicus. 2022 a été la cinquième année la plus chaude, avec une température supérieure de 1,2 °C à la moyenne des années 1850 à 1900. Il a fait particulièrement chaud en Europe, où l’on a enregistré la deuxième année la plus chaude depuis le début des mesures. La chaleur inhabituelle au printemps et en été, associée à de faibles précipitations, a entraîné de la sécheresse, notamment dans le sud et le centre de l’Europe. Des températures inhabituellement élevées ont également été enregistrées dans l’Arctique, l’Antarctique et les régions tropicales.

Les océans se sont également fortement réchauffés en 2022 : les chercheurs ont mesuré les températures les plus élevées de l’histoire. Pour cette étude, le contenu thermique des 2000 premiers mètres par rapport à la surface a été déterminé ; c’est là que se produit la plus grande partie du réchauffement. Au total, 90% du réchauffement global est absorbé par les océans. La stratification de l’eau et le cycle de l’énergie et de l’eau de la Terre ont été profondément modifiés, expliquent les auteurs de l’étude. Cela a déjà entraîné de graves changements dans le système climatique de la Terre. Plus d’informations dans le Guardian et Insight Climate News.

Une étude du service météorologique britannique montre que le changement climatique a rendu 160 fois plus probable la vague de chaleur record qui a touché la Grande-Bretagne durant l’été 2022. Sans le réchauffement climatique, les températures supérieures à 40 degrés qui ont été mesurées ne se produiraient qu’une fois tous les cinq siècles, écrit le Guardian.

Les records de chaleur de 2022 ont été battus malgré La Niña, un phénomène climatique naturel qui a un effet rafraîchissant. Cette année, les chercheur·euses s’attendent à ce que El Niño, qui a l’effet inverse, ait un impact et aggrave les conditions météorologiques extrêmes autour du globe. Il est probable que le réchauffement global dépassera 1,5 degré. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici dans le Guardian.

Les glaciers fondent plus vite

D’ici 2100, les glaciers d’Europe centrale auront presque entièrement fondu. C’est la conclusion d’une étude publiée dans Science, en supposant que les États respectent leurs objectifs climatiques actuels et que la température moyenne mondiale augmente de 2,7 °C par la suite. Selon l’étude, même si l’on parvient à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, 60 % des glaciers d’Europe centrale fondront. Une protection ambitieuse du climat permettrait de conserver les trois quarts de la masse glaciaire dans les régions polaires d’ici 2100. Pour cette étude, l’équipe de recherche a analysé les données des 215 000 glaciers du monde entier. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et sur Carbon Brief.

Au Groenland, les glaciers fondent 100 fois plus vite que ce qui avait été calculé jusqu’à présent. L’étude, publiée dans Geophysical Research Letters, a utilisé un modèle qui tient compte de l’interaction unique entre la glace et l’eau dans les fjords de l’île.

Le risque augmente que des points de basculement climatiques soient bientôt atteints

Dans son rapport “Climate Tipping Points”, l’OCDE met en garde contre le fait que l’atteinte de points de basculement climatiques importants devient possible dès le réchauffement actuel. Dans le cadre des objectifs climatiques de Paris de 1,5 à 2°C de réchauffement, il serait probable d’atteindre des points de basculement. Cela pourrait entraîner des changements irréversibles et graves dans le système climatique. L’effondrement des calottes glaciaires de l’Antarctique occidental et du Groenland ainsi que le dégel brutal du permafrost dans l’Arctique sont au premier plan, ce qui entraînerait une hausse supplémentaire du niveau de la mer et la libération de gaz à effet de serre. Les auteurs du rapport critiquent le fait que les points de basculement sont négligés par la politique climatique actuelle.
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Pourquoi il vaut la peine de s’engager pour le climat

Dans la République, Rebecca Solnit explique pourquoi nous n’avons pas le droit de capituler face à la crise climatique. L’auteure, historienne et cofondatrice du projet d’éducation climatique Not Too Late, souligne que les personnes qui luttent contre les inondations et le feu ne peuvent pas se permettre de perdre espoir. Le texte a été publié en octobre 2022 par The New Statesman sous le titre “Why Climate Despair Is a Luxury“.

Suisse

La politique climatique suisse sous le feu des critiques

Les accords pour des projets de compensation que la Suisse a conclu avec d’autres États se heurtent à des résistances. Le NY Times jette un regard critique sur les accords passés notamment avec la Géorgie, l’Ukraine, le Sénégal et la Thaïlande. En novembre, un autre accord a été signé avec le Ghana ; il a pour objectif de promouvoir des méthodes de culture du riz respectueuses du climat. Le rapport du NY Times met en doute l’équité de tels accords, dans la mesure où la Suisse, pays riche, paie des pays plus pauvres pour qu’ils réduisent leurs émissions en son nom. On craint en outre que de tels accords ne financent des projets déjà en cours. Le Japon et la Suède ont annoncé qu’ils souhaitaient conclure des accords similaires. Plus d’informations dans la NZZ (paywall) et sur heidi.news.

L’objectif net zéro de la Suisse fait également l’objet de critiques. La Suisse ne doit pas attendre 2050 pour atteindre cet objectif, mais 2035, demande Jürg Rohrer de la ZHAW dans une étude. Cette date antérieure résulte de la répartition du budget mondial de CO2 entre les différents pays en fonction de leur population, et de la réduction immédiate et linéaire des émissions par la Suisse. Une date plus tardive serait injuste envers les pays qui ont jusqu’à présent émis peu de CO2 . Une décarbonisation plus rapide est réalisable et serait même bénéfique sur le plan économique, souligne Roher en se référant à d’autres études.

Dans le classement international sur le climat “Climate Change Performance Index” (CCPI), la Suisse est passée de la 15e à la 22e place et a donc reculé dans le milieu du classement. La politique climatique, les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie et les mesures en faveur des énergies renouvelables ont été prises en compte. Le rapport indique que la mise en œuvre de mesures de protection du climat se fait toujours attendre après le rejet de la loi sur le CO2 l’année précédente.

Le fait que le Parlement ait approuvé le contre-projet à l’initiative sur les glaciers lors de la session d’automne (à la suite de quoi le comité d’initiative a retiré sa proposition) n’est pas encore pris en compte dans la notation du CCPI. Comme elle l’avait déjà annoncé en septembre, l’UDC a lancé un référendum contre le contre-projet. Selon l’Aargauer Zeitung, le parti ne peut pas compter sur le soutien de l’Association suisse des propriétaires fonciers. Comme lors de précédentes discussions sur les mesures de protection du climat, l’UDC argumente avec des chiffres douteux, comme le rapporte nau.ch. L’organisation Grève du climat Suisse soutient le contre-projet, même si les objectifs et les mesures ne sont pas suffisants pour atteindre l’objectif de 1,5 degré. La votation aura vraisemblablement lieu le 18 juin 2023.

À quel rythme l’énergie solaire
sera-t-elle développée ?

La loi fédérale urgente sur le développement de l’énergie solaire, adoptée par le Parlement lors de la session d’automne, continue de faire parler d’elle. Cette “offensive solaire” doit permettre d’augmenter la production d’électricité en hiver de deux térawattheures (TWh) d’ici 2025. A titre de comparaison : en 2021, la Suisse a produit cinq TWh d’électricité à partir d’énergies renouvelables (sans compter l’énergie hydraulique). La construction de grandes installations au sol est autorisée, la procédure d’autorisation est allégée et, en outre, les exigences légales pour le rehaussement du barrage du Grimsel sont assouplies. Die Republik fournit un aperçu du conflit entre le développement des énergies renouvelables et l’affaiblissement de la protection de l’environnement et du paysage.

Jusqu’à présent, les communes haut-valaisannes de Gondo (Zwischbergen) et de Grengiols ont été au centre de la construction d’installations solaires alpines. Mais il existe aussi des projets pour d’autres communes. Le projet présenté par la NZZ (paywall) dans la vallée de Viège serait nettement plus grand et prévoit en outre la construction d’un barrage et d’un bassin de compensation afin d’exploiter une centrale de pompage-turbinage avec l’électricité solaire. Il est également prévu de produire de l’électricité solaire alpine en dehors du Valais. Le GI Solapine recherche des sites dans les montagnes de toute la Suisse pour que les grands fournisseurs d’électricité puissent y construire des installations. CKW, EWZ, EKZ et AET Tessin, entre autres, ont rejoint ce groupement d’intérêt, rapporte la NZZ am Sonntag (paywall).

Axpo poursuit également des projets concrets d’installations solaires alpines. Le groupe électrique veut produire de l’électricité pour plus de 300 000 ménages sur plusieurs sites en Suisse et investir pour cela environ 1,5 milliard de CHF. La planification est la plus avancée pour une installation dans la commune de Tujetsch, GR, près du lac de barrage de Nalps, où la construction devrait commencer dès le printemps 2024. Jürg Rohrer de la ZHAW fait remarquer que les projets déjà annoncés permettraient de produire bien plus que les 2 TWh d’électricité prévus par la loi fédérale urgente. Jusqu’à cette quantité, les installations peuvent être construites selon une procédure très simplifiée. Rohrer exige donc des critères permettant de faire un choix qui tienne compte non seulement du prix de revient, mais aussi de la biodiversité et de la possibilité de déconstruction. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Plusieurs obstacles s’opposent toutefois au développement de l’énergie solaire alpine. Il manque des lignes à haute tension et des spécialistes du solaire, et la population s’y oppose. Selon la Sonntagszeitung (paywall), on ne sait pas comment l’électricité produite par les installations solaires sera acheminée du Valais vers les centres du Plateau. Une étude de l’Université de Genève et de la HES-SO Valais conclut que le réseau électrique suisse ne peut actuellement pas absorber l’électricité produite par le projet de Grengiols. La société nationale du réseau Swissgrid est certes en train d’augmenter la capacité des lignes électriques du Valais. Mais celles-ci ne seront pas en mesure de transporter l’électricité supplémentaire avant 2028 au plus tôt, écrit Le Temps (paywall).

Selon l’association professionnelle Swissolar, les entreprises solaires n’arrivent actuellement pas à pourvoir environ 500 postes.
D’ici 2035, il faudrait doubler le nombre de professionnels pour atteindre 20 000 personnes afin d’installer les surfaces nécessaires. Début novembre, la Confédération a donné son feu vert à de nouveaux apprentissages pour le montage et l’installation de systèmes solaires. En attendant, les entreprises solaires misent sur des personnes qui se reconvertissent en suivant des cours de cinq jours pour devenir monteur/euse solaire. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall).

La nouvelle association IG Saflischtal veut s’opposer au projet solaire Grengiols Solar. Selon le Tages-Anzeiger (paywall), environ 200 personnes font partie de l’IG. Elles veulent s’opposer au projet dans la vallée préservée du Salfischtal, un parc paysager d’importance nationale.

Des éoliennes sur la plaine de la Greina? Les zones protégées sous pression

Afin de permettre la production d’énergies renouvelables dans les zones protégées, la Commission de l’environnement du Conseil des Etats veut affaiblir le statut de protection des paysages et monuments naturels inventoriés (IFP) ainsi que des inventaires nationaux de biotopes, dans lesquels figurent les marais, les zones alluviales, les prairies sèches ainsi que les sites de reproduction des amphibiens. Selon la volonté de la Commission, le Parlement devrait décider individuellement pour chaque zone inventoriée si elle doit être placée sous protection ; un référendum pourrait être lancé contre chacune de ces décisions. Une disposition en ce sens doit être inscrite dans l’acte modificateur unique de la loi sur l’énergie et l’approvisionnement en électricité. Dans les zones où le Parlement refuserait le statut de protection, la construction d’installations énergétiques serait possible. Lors de la session d’automne, le Conseil des Etats avait déjà décidé que, dans l’acte modificateur unique, la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, hors énergie hydraulique, devait être portée à 35 térawattheures d’ici 2035. Le Conseil national sera le prochain à se pencher sur la loi. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Les commissions de l’environnement du Conseil national et du Conseil des Etats veulent accélérer le développement des installations éoliennes. Pour ce faire, les possibilités de recours doivent être restreintes. Le Conseil fédéral est également en train d’adapter les procédures d’autorisation. Comme on ne sait pas encore si l’intervention parlementaire nécessitera une consultation, on ne sait pas encore si le projet sera soumis au Parlement dès la session d’hiver. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

La centrale d’urgence de Birr risque de nuire gravement à l’environnement

Des travaux sont en cours à Birr, dans le canton d’Argovie, afin que huit turbines à gaz mobiles soient prêtes d’ici février 2023 si l’électricité venait à manquer. Des exceptions sont prévues pour la protection contre le bruit et l’ordonnance sur la protection de l’air, car l’installation entraîne des émissions élevées. La NZZ (paywall) a calculé à combien s’élèvent ces dernières : La centrale d’urgence émettrait 4800 tonnes de CO2 par jour si elle fonctionnait au mazout, soit presque autant que la ville de Zurich. Avec le gaz naturel, les émissions seraient inférieures d’un quart. De grandes quantités d’oxyde d’azote et de monoxyde de carbone seraient également émises. Entre-temps, une opposition a été déposée contre le projet ; cela n’a toutefois aucune conséquence, car la centrale a été autorisée en vertu du droit d’urgence. Le fait que des riverains s’opposent au projet ne retardera pas non plus la construction. Plus d’informations dans l’Aargauer Zeitung et le Tages-Anzeiger.

Soupe, superglue et blocages de routes – utiles ou nuisibles ?

Depuis des semaines, les protestations radicales pour le climat suscitent l’attention et des réactions de colère dans de nombreuses villes d’Europe, y compris en Suisse. Les actions des activistes de Renovate Switzerland, Letzte Generation ou JustStopOil font-elles avancer la protection du climat ? La recherche ne fournit pas de réponse claire. Certaines études indiquent que de telles actions pourraient avoir un effet positif à long terme. Le politologue autrichien Reinhard Steurer déclare à ce sujet : “La catastrophe climatique fait à nouveau l’objet d’un plus large débat. Dans les articles de journaux et les talk-shows, il n’est pas seulement question des actions, mais aussi du problème contre lequel ces actions sont dirigées. Cela ne se reflète peut-être pas directement dans les sondages. Mais je m’attends à ce que cela ait des effets à moyen terme. Tout discours vaut mieux que le silence. “D’autres chercheurs sont moins confiants.  La sociologue américaine Dana R. Fishe ne s’attend certes pas à ce que ces actions fassent du tort, mais elle n’en attend pas non plus de bénéfice. Des études montrent que cette stratégie ne fait pas changer les gens d’avis, a-t-elle récemment déclaré dans le Washington Post.

Une étude publiée par le Spiegel Online conclut qu’une grande majorité de l’opinion publique veut davantage de protection du climat (ce qui correspond à de nombreux autres sondages), mais rejette les formes d’action radicales. De nombreux activistes en sont conscients. Ils comptent cependant sur le fait que leurs protestations radicales font apparaître les activistes climatiques et les initiatives plus modérées comme moins menaçantes et les rendent donc plus consensuelles ; c’est ce qu’on appelle le “radical flank effect“. Cependant, des sondages réalisés en Allemagne montrent que le public ne fait pas de différence entre les défenseurs du climat “radicaux” et “modérés”. Sven Hillenkamp explique à ce sujet dans son article de synthèse que les protestations radicales ont généralement un effet positif sur la cause “lorsque 1) l’approbation des radicaux augmente de telle sorte que les gouvernements tentent de couper l’herbe sous le pied des radicaux en faisant des concessions aux modérés et lorsque 2) les “modérés se distinguent et se distancient clairement des radicaux. “Or, ce n’est pas le cas actuellement dans le mouvement climatique.

Les études ne sont toutefois que des arrêts sur image et se contredisent souvent. Plus d’informations sur Klimafakten.de, The Guardian, Tagesanzeiger (paywall), SRF. Une analyse détaillée de la manière dont la justice zurichoise traite les activistes climatiques est fournie par Republik.

Le mois d’octobre a également été beaucoup trop chaud

Cette année, des températures bien trop élevées ont encore été mesurées en Suisse. Selon MétéoSuisse, les valeurs moyennes du mois d’octobre ont dépassé en maints endroits de quatre degrés les valeurs normales de 1991-2020. Depuis le début des mesures, jamais des températures moyennes aussi élevées n’avaient été mesurées en octobre. Cette grande chaleur a été causée par des courants persistants d’ouest et de sud-ouest qui ont transporté de l’air doux vers la Suisse. La durée d’ensoleillement a également été supérieure aux valeurs à long terme en de nombreux endroits.

La Banque nationale ne doit pas être plus engagée dans la protection du climat

La Banque nationale est depuis longtemps critiquée pour avoir contribué au changement climatique par sa politique de placement. Pourtant, le Conseil fédéral ne veut pas élargir le mandat de la Banque nationale suisse (BNS) avec des tâches liées à la protection de l’environnement et du climat. Le mandat de la BNS se limite à la stabilité des prix, indique le Conseil fédéral dans un rapport répondant au postulat “Objectifs de durabilité pour la Banque nationale suisse“. Selon lui, il appartient au Conseil fédéral et au Parlement de définir des objectifs concrets de durabilité et d’adopter les instruments nécessaires à cet effet. Le WWF critique la décision du Conseil fédéral. Selon lui, de nombreuses banques centrales et autorités de surveillance des marchés financiers ont clairement indiqué que la crise de la biodiversité et la crise climatique avaient un impact direct sur la stabilité des prix et la stabilité financière et que les banques centrales devaient donc contribuer à l’atténuation du changement climatique et à l’arrêt de la perte de biodiversité. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

La coalition de la BNS, dont font notamment partie Fossil Free Schweiz, Greenpeace, WWF Suisse et le Forum de politique monétaire, veut pouvoir à l’avenir déposer des propositions lors des assemblées générales de la Banque nationale suisse. Les personnes physiques et morales sont donc appelées à acheter une action de la BNS. Si 20 actionnaires ou plus se regroupent, ils auront le droit de présenter des propositions à l’assemblée générale de la BNS.

Décisions de la Confédération et des cantons en matière de climat

Le canton de Bâle-Ville doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre sur le territoire cantonal à zéro net d’ici 2037. Le contre-projet à l’initiative pour une justice climatique a été adopté à une majorité de près de deux tiers. L’initiative exigeait déjà une réduction nette à zéro en 2030. Elle a également été acceptée, mais lors de la question subsidiaire, la majorité s’est prononcée en faveur du contre-projet. Plus d’informations sur nau.ch.

Le canton du Valais veut atteindre la neutralité climatique d’ici 2040. C’est ce que prévoit le projet de loi sur le climat que le Conseil d’Etat a adopté. D’ici 2030, les émissions de gaz à effet de serre devront être réduites de 50%. Le Parlement cantonal valaisan débattra de ce projet l’année prochaine. Plus d’informations sur nau.ch.

Le canton de Zurich veut couvrir environ 7% des besoins en électricité du canton avec de l’énergie éolienne locale d’ici 2050. La nouvelle stratégie éolienne prévoit l’installation de 120 éoliennes sur plus de 40 sites. Selon la volonté du directeur des travaux publics zurichois Martin Neukomm, les lois cantonales doivent être adaptées afin que les communes ne puissent plus s’opposer à une décision d’implantation. Seules les demandes concrètes de permis de construire pourraient encore faire l’objet d’un recours. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall) et la NZZ (paywall).

Le canton de Zurich veut faciliter la construction d’installations solaires et de pompes à chaleur. Pour ce faire, le Conseil d’Etat veut introduire une procédure d’annonce au lieu d’une procédure de permis de construire. Des déclarations devraient également suffire à l’avenir pour les raccordements au chauffage urbain et les stations de recharge pour voitures électriques accessibles au public, écrit l’Aargauer Zeitung.

Le canton de Genève veut faire progresser la géothermie. D’ici 2035, 14% des besoins en chaleur du canton devraient être produits avec l’énergie issue des entrailles de la terre, et 30% au total d’ici 2050. Plus d’informations dans l’Aargauer Zeitung.

Négociations internationales sur le climat

Le 20 novembre 2022, les 27e négociations internationales sur le climat (COP27) se sont achevées à Charm-el-Sheich. Le résultat est décevant à bien des égards. Cela est notamment dû à la mauvaise organisation et à la mauvaise gestion du pays hôte. Les hôtes égyptiens ont toujours été fortement critiqués de part et d’autre : pour leur mauvaise préparation diplomatique (l’alpha et l’oméga des conférences sur le climat) et pour la répression de la population civile. Patrick Hofstetter, responsable climat du WWF, qui participe depuis 18 ans aux conférences sur le climat, déclare à ce sujet dans le journal Republik :La présidence égyptienne a été très passive en amont et n’a pas réussi à créer un bon momentum. Au lieu de cela, elle organise des événements où l’industrie gazière est sur scène et parle de la manière dont le continent africain pourra à l’avenir brûler et vendre plus de gaz naturel – c’est-à-dire le contraire de ce que la conférence souhaite réellement. Jusqu’à présent, 12 contrats de gaz naturel auraient déjà été conclus avant et pendant la conférence sur le climat. Malgré tout, il y a eu quelques résultats réjouissants :

Pour la première fois, les pays riches doivent payer pour les dommages
climatiques

La plus grande percée a été réalisée dans le domaine des paiements pour les dommages climatiques. Les pays riches doivent ainsi aider les pays pauvres à faire face aux catastrophes climatiques.

Ces paiements pour les dommages climatiques sont l’un des sujets les plus controversés dans les négociations sur le climat. Depuis plus de trois décennies, les pays en développement font pression pour obtenir des fonds pour de tels dommages et pertes (Loss & Damage) et exigent des pays riches et industrialisés une compensation pour les tempêtes, les vagues de chaleur et les sécheresses causées par le réchauffement climatique.

Cependant, les États-Unis et d’autres pays riches s’étaient longtemps opposés à cette idée. La pression exercée depuis des années par les pays concernés et les ONG a contribué à changer la donne. En amont et durant les premiers jours de la COP, un certain nombre d’États membres de l’UE, dont l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, l’Allemagne et l’Irlande, ainsi que la Commission européenne, avaient pris des engagements pour financer les pertes et les dommages. Bien que la plupart de ces fonds ne soient ni nouveaux ni supplémentaires, ce signal a contribué à faire avancer la création du fonds.

De nombreux pays riches craignaient d’être tenus légalement responsables de leurs émissions de gaz à effet de serre. Pour s’assurer de l’accord de ces pays, le nouvel accord exclut donc une telle responsabilité. L’efficacité du fonds reste incertaine. De nombreux détails importants doivent encore être discutés. Un comité composé de représentants de 24 pays se penchera l’année prochaine sur la forme exacte que prendra le fonds, sur les pays qui devront y contribuer et sur la destination de l’argent. Un nouveau rapport estime qu’environ 2 milliards de dollars par an seront nécessaires d’ici 2030 pour aider les pays en développement à faire face à la crise climatique (plus d’informations dans le Guardian). Selon les estimations de l’ONU, les nations riches devraient fournir dix fois plus de fonds qu’actuellement pour aider les pays en développement à s’adapter au changement climatique.

Les experts partent du principe qu’il sera politiquement plus facile de conclure des accords avec les différents pays bénéficiaires, comme cela a été décidé par exemple avec l’Indonésie et l’Afrique du Sud pour leur sortie du charbon.

Les pays n’ont pas amélioré leurs promesses climatiques

Il est particulièrement inquiétant de constater qu’aucun progrès n’a été réalisé lors de la COP27 en ce qui concerne l’abandon des combustibles fossiles. L’année dernière, lors de la COP26 à Glasgow, les chefs d’État et de gouvernement s’étaient mis d’accord pour demander à tous les gouvernements de réviser et de renforcer leurs plans climatiques en 2022. Mais seule une poignée de pays l’ont fait. Les experts ont calculé que tous les plans nationaux soumis jusqu’à présent conduiraient à un réchauffement global d’environ 2,5 degrés. Bien qu’il s’agisse d’une légère amélioration par rapport aux estimations de l’année dernière, ce chiffre est nettement supérieur à la limite de 1,5 degré et suppose que tous les plans soient effectivement mis en œuvre. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a déjà clairement indiqué il y a quelques années que les émissions mondiales devraient diminuer d’environ 35% d’ici 2030 pour limiter le réchauffement bien en dessous de 2 degrés. Or, selon la CCNUCC, les promesses climatiques actuelles des pays entraînent des émissions nettement plus élevées d’ici 2030. Sans efforts supplémentaires, elles seront en 2030 supérieures de plus de 50% à celles de 1990, respectivement à peu près équivalentes à celles de 2019 (plus d’informations dans le Guardian, le Rapport sur les écarts d‘émissions du PNUE 2022, le Carbon Brief et le rapport UNFCC-NDC).

Source : The Guardian

Peu de choses ont également été réalisées en matière d’adaptation au climat. Le rapport Adaptation Gap du PNUE donne un aperçu de la planification, du financement et de la mise en œuvre des mesures d’adaptation. Au moins 84% des pays ont mis en place des plans et des stratégies d’adaptation. C’est 5% de plus que l’année précédente. Cependant, les moyens financiers manquent pour mettre en œuvre ces plans et stratégies. Les pays riches se sont certes déjà mis d’accord à Copenhague en 2009 pour cofinancer les mesures d’adaptation dans les pays en développement, mais ce financement est 5 à 10 fois inférieur aux besoins estimés et l’écart ne cesse de se creuser.

En raison de la lenteur des progrès, on se demande souvent si les conférences internationales sur le climat sont vraiment utiles. Patrick Hofstetter, du WWF Republik, répond à nouveau : “Lors de la conférence, nous donnons à la politique climatique mondiale un cadre commun auquel les pays peuvent se référer. C’est nécessaire, car l’économie s’en inspire ensuite. Ce mécanisme est toujours valable. Mais s’il s’agit de demander si ce que nous faisons ici est suffisant ? Je dois alors répondre : Non, bien sûr que non. Nous avons besoin d’une coopération mondiale supplémentaire ; outre la conférence sur le climat, des instances comme le G7 et le G20 doivent également se pencher sur de nouvelles solutions climatiques. Et il faut des coalitions de pays qui veulent aller plus loin que le reste du monde dans certains domaines – par exemple pour la sortie du charbon. “

Pour en savoir plus sur la COP27 : Carbon Brief, NY Times (paywall), swisscleantech.

Politique climatique internationale

Les Etats-Unis et la Chine veulent à nouveau s’associer pour protéger le climat

La Chine et les Etats-Unis ont renouvelé leur partenariat sur le climat. Les relations entre les deux pays avaient atteint un point bas après la visite de la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, à Taiwan l’été dernier. Toutes les négociations ont alors été interrompues par la Chine, y compris la coopération climatique. Lors de la COP26 à Glasgow, les deux plus grands émetteurs et économies du monde avaient encore annoncé un dialogue commun sur le climat afin de réduire ensemble les émissions de gaz à effet de serre.  C’est donc un bon signe que les deux pays veuillent à présent reprendre leur dialogue. Plus d’informations dans le Guardian.

L’ONU s’attaque au greenwashing

Un nouveau rapport de l’ONU critique les entreprises et les institutions financières dont les engagements nets zéro “présentent des failles par lesquelles un camion diesel pourrait passer”. Le rapport critique les stratégies “net zero” qui misent sur la compensation au moyen de certificats bon marché. Le rapport contient une liste de recommandations que les entreprises et autres acteurs non gouvernementaux devraient suivre pour s’assurer que leurs promesses climatiques sont crédibles. Par exemple, une entreprise ne devrait pas pouvoir prétendre être nette zéro si elle continue à investir dans des infrastructures de combustibles fossiles ou dans la déforestation.

L’ONU a mis en place un comité de haut niveau chargé d’élaborer des normes pour les objectifs nets zéro des entreprises et des gouvernements infranationaux. Le groupe de 16 membres devrait publier ses recommandations dans un an, avec pour objectif qu’elles soient ensuite intégrées dans les législations nationales et internationales. Pour en savoir plus, consultez Reuters et Climate Change News.

L’Australie poursuivie avec succès

Le nouveau gouvernement australien a adopté une loi sur le changement climatique qui prévoit une réduction des émissions de 43% d’ici 2030 (par rapport à 2005). La nouvelle loi prévoit notamment que 82% de la production d’électricité devra provenir d’énergies renouvelables à cette date. Mais la plus grande contribution de l’Australie à la crise climatique reste l’exportation de combustibles fossiles. Les exportations ont presque doublé depuis 2005 : le pays est désormais le troisième plus grand exportateur de combustibles fossiles au monde, se plaçant seulement derrière la Russie et l’Arabie saoudite. Plus de 100 nouveaux projets d’extraction d’énergie fossile sont en cours de planification ou de réalisation. Le gouvernement ne veut pas s’engager à stopper ces projets, car une telle interdiction entraînerait des “risques économiques”.

Un lanceur d’alerte accuse l’industrie charbonnière australienne d’avoir amélioré la qualité du charbon avec de faux résultats de laboratoire. Le charbon extrait sur le continent contiendrait ainsi plus d’eau qu’indiqué. Cela entraîne la formation de plus de substances nocives lors de la combustion. Les autorités seraient au courant de l’incident depuis longtemps. L’un des laboratoires de test se serait dénoncé en 2020 et aurait reconnu avoir falsifié des certificats de charbon. Plus d’informations dans le Sidney Morning Herald et la NZZ (paywall).

Comme l’Australie s’oppose depuis des décennies à la mise en place d’une politique climatique efficace, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a décidé dans une plainte que l’Australie n’avait pas protégé les habitants de quatre îles du détroit de Torres contre les effets de la crise climatique et a obligé le pays à réparer les dommages causés. Il s’agit de la première plainte de ce type qui aboutit. Les habitants des îles situées au large de la pointe nord de l’Australie perdent des terres, des sources de nourriture traditionnelles et des sites culturels importants en raison de l’élévation du niveau de la mer. Le jugement aura un effet de signal pour d’autres actions climatiques. Pour en savoir plus, consultez l‘université Monash, Nature et Reuters.

Nous sommes maintenant 8 milliards

La population mondiale a quadruplé au cours des 100 dernières années. En novembre, l’ONU a annoncé que la population mondiale avait désormais atteint huit milliards. En 12 ans seulement, elle est passée de 7 à 8 milliards. D’ici 15 ans environ, la population atteindra 9 milliards, signe que le taux de croissance ralentit.

La croissance démographique contribue au changement climatique, à la consommation de ressources et à la perte de biodiversité. Pourtant, ce sont les pays aux revenus les plus élevés qui pèsent le plus sur l’environnement, et non ceux dont la population croît rapidement. Les 23 pays les plus riches sont responsables de 50 % des émissions historiques. Une étude d’Oxfam révèle que les près de 1% les plus riches de la population mondiale, soit environ 63 millions de personnes, sont responsables de deux fois plus d’émissions de CO2 que les 3 milliards de personnes les plus pauvres de la planète. Plus d’informations sur la population et la consommation sur Population Matters et sur ce podcast (tous deux en anglais).

Politique climatique européenne

L’UE adopte des objectifs climatiques pour les États membres

En novembre, les Etats membres de l’UE se sont mis d’accord sur la révision de l’Effort Sharing Regulation (ESR), qui régit actuellement environ 60% des émissions de l’UE. L’ESR fixe des objectifs annuels de réduction contraignants pour les États membres de l’UE dans les secteurs du transport routier, des bâtiments, de l’agriculture, des petites installations industrielles et de la gestion des déchets. L’objectif de réduction à l’échelle de l’UE pour 2030 a été relevé de 30% à 40% par rapport au niveau de 1990. Les objectifs de réduction pour les différents États membres se basent sur le PIB par habitant et le rapport coût-efficacité et se situent entre 10 et 50%. Pour la première fois, tous les pays de l’UE doivent désormais réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

L’UE adopte des objectifs climatiques pour le secteur forestier, mais…

L’UE est également parvenue à un accord sur le troisième dossier du paquet climatique “”Fit for 55 in 2030” : La révision du règlement sur l’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie (LULUCF) vise à réduire les émissions naturelles de CO2 et à améliorer la biodiversité.

Le secteur LULUF devrait stocker 310 millions de tonnes de CO2 en 2030, soit environ 15 % de plus qu’aujourd’hui. Pour ce faire, les États membres doivent augmenter de manière linéaire les quantités de CO2 stockées d’ici 2030. L’objectif UTCATF fait de facto passer l’objectif climatique de l’UE pour 2030 de 55% à 57%.

Le Parlement européen ne veut en outre plus subventionner les coupes de bois destinées à la production d’énergie. Seuls les déchets de bois comme la sciure doivent être considérés comme renouvelables et donc éligibles aux subventions. Ainsi, les forêts peuvent être utilisées plus souvent comme réservoir de CO2 à long terme au lieu d’être brûlées. Malgré cela, de nombreux pays européens continuent de défricher trop de forêts. L’Union européenne a proposé en juin une nouvelle loi (Nature Restoration Law) qui prévoit de restaurer d’ici 2030 20% des forêts et des zones humides dans l’état où elles se trouvaient il y a 70 ans.

Mais plusieurs pays européens riches en forêts s’y opposent. La Finlande, dont 75% du territoire est couvert de forêts, craint que son industrie du bois ne devienne nettement moins rentable. En prévision de la nouvelle loi, l’industrie finlandaise du bois a accéléré l’abattage de très vieux arbres. En juillet 2021, dix États membres de l’UE (outre la Finlande, l’Allemagne, l’Autriche, la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie) avaient adressé une lettre commune à la Commission pour lui faire part de leur “profonde inquiétude” face à cette initiative. Les Etats soulignent que la responsabilité des forêts incombe aux Etats membres. Cependant, les experts soulignent qu’après une décennie de mesures volontaires, la protection des forêts dans les pays de l’UE est insuffisante et que cette situation ne changera pas sans une intervention active de l’UE. En raison de la forte déforestation, les forêts finlandaises sont devenues cette année pour la première fois une source nette d’émissions. Plus d’informations sur VDI, Öko Institut, Phys.org.

L’utilisation du bois est-elle bonne pour le climat ? La réponse est complexe. Le chauffage au bois est certes meilleur que le chauffage au mazout, mais il est loin d’être neutre en termes d’émissions de CO2 . Un article paru dans le magazine NZZ (paywall) explique les principaux aspects à ce sujet.

Un groupe d’États de l’UE veut faire avancer la protection du climat

En octobre 2022, à l’approche de la COP27, certains États membres de l’UE ont formé le groupe des “Amis pour une diplomatie climatique ambitieuse de l’UE” (GoF) afin de placer la protection du climat au cœur de la politique étrangère et de sécurité de l’UE. Le groupe veut accélérer une transition énergétique globale et l’abandon des combustibles fossiles au niveau international et au niveau de l’UE. Les pays membres sont : Danemark, Finlande, France, Allemagne, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Espagne, Suède. Plus d’informations sur Climate Diplomacy.

L’UE décide de supprimer les voitures diesel et essence à partir de 2035

A partir de 2035, seuls les voitures et les véhicules utilitaires légers climatiquement neutres pourront être immatriculés dans l’UE. Les voitures d’occasion équipées d’un moteur à combustion pourront toutefois continuer à être vendues. Plus d’informations auprès du Parlement européen et ici, ici et ici dans la NZZ (paywall).

La guerre en Ukraine accélère le développement des énergies renouvelables

L’invasion de la Russie en Ukraine accélère la transition mondiale vers les énergies renouvelables. Certes, certains pays brûlent davantage de charbon cette année en raison de la pénurie de gaz naturel, mais cela ne devrait être que de courte durée. Le dernier World Energy Outlook de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) conclut que la guerre en Russie et la crise énergétique mondiale qu’elle a déclenchée ont accéléré l’abandon des combustibles fossiles.

L’énergie renouvelable est généralement moins chère et plus sûre que le système énergétique “fragile et non durable” des combustibles fossiles, selon l’AIE. La croissance énergétique mondiale sera “presque entièrement” couverte par les énergies renouvelables. D’ici 2030, la capacité solaire mondiale devrait augmenter de 18% et l’énergie éolienne de 14% par rapport aux prévisions de l’année dernière. L’AIE prévoit que les émissions mondiales de CO2 diminueront au plus tard à partir de 2026.

Une autre analyse montre que les émissions de CO2 dans l’UE sont en baisse depuis quatre mois par rapport à la même période de l’année précédente. L’analyse confirme de nombreux résultats de l’AIE et montre que la demande de combustibles fossiles diminue en raison de “prix élevés” et d’une “forte énergie éolienne et solaire”.

“Il est donc faux de craindre que la crise soit un revers pour la protection du climat”, affirme l’AIE. “En fait, cela peut être un tournant historique vers un système énergétique plus propre et plus sûr. ” Plus sur Inside Climate News, Carbon Brief, IEA World Energy Outlook, NY Times (paywall).

Pourtant, selon les chercheurs du Climate Action Tracker, le développement mondial de l’infrastructure gazière, qui doit permettre de garantir l’approvisionnement énergétique à court terme, rend plus difficile la réalisation des objectifs climatiques de l’accord de Paris. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall) et dans le Guardian.

La crise climatique visible

Vague de chaleur et sécheresse meurtrières en Europe

Cet été, 15 000 personnes sont mortes en Europe à cause de la chaleur. Ce chiffre a été établi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la base des données de certains pays. Près de 4500 décès ont été enregistrés en Allemagne, 4000 en Espagne et 3200 en Grande-Bretagne. Plus d’informations sur srf.ch. Le Guardian estime même que plus de 20 000 personnes sont décédées à l’échelle européenne en raison des températures élevées.

Les températures records associées à de faibles précipitations ont entraîné la pire sécheresse en Europe depuis 500 ans. Les rivières se sont asséchées, de grandes surfaces ont été touchées par des incendies de forêt et les récoltes ont été perdues. Une étude réalisée dans le cadre de la World Weather Attribution initiative conclut qu’un tel événement météorologique extrême est devenu 20 fois plus probable en raison du changement climatique. Des sécheresses de cette intensité ne se produiraient qu’une fois tous les 400 ans ou moins dans l’hémisphère nord dans un monde sans changement climatique. Dans les conditions climatiques actuelles, elles peuvent survenir tous les 20 ans. Pour en savoir plus, consultez Carbon Brief et le NY Times.

L’Europe est particulièrement touchée par le réchauffement. Selon une étude de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les températures annuelles en Europe ont augmenté plus de deux fois plus vite que la moyenne mondiale entre 1991 et 2021. Par décennie, le réchauffement a été de 0,5°C. Sur aucun autre continent, les températures n’augmentent aussi nettement. L’Europe a une masse terrestre importante, qui se réchauffe plus rapidement que la mer, et une partie relativement importante de l’Europe se trouve sous les latitudes nord, où l’augmentation des températures est généralement plus élevée. Les auteurs de l’étude s’attendent également à ce que la hausse des températures en Europe reste supérieure à la moyenne mondiale. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et le Guardian.

Dans l’Arctique, les températures ont augmenté environ quatre fois plus vite que la moyenne mondiale au cours des quatre dernières décennies. Cela entraîne des incendies de forêt plus fréquents et plus intenses, comme le montre une étude publiée dans Science. A l’aide de données satellites, il a été déterminé qu’en Sibérie, plus de dix millions d’hectares de forêt ont brûlé rien qu’en 2019 et 2020, soit presque autant que dans les années 1982 à 2018 réunies. Les facteurs déclencheurs sont notamment l’augmentation des températures de l’air et de la surface. Les chercheurs préviennent que les incendies de forêt de 2019 et 2020 pourraient devenir la norme d’ici la fin du siècle. Plus d’informations dans le NY Times. Dans un reportage détaillé, le New Yorker explique comment le réchauffement climatique affecte le permafrost en Sibérie et quelles en sont les graves conséquences à l’échelle mondiale.

Inondations dévastatrices et vagues de chaleur en Afrique

Les ravages causés par les phénomènes météorologiques extrêmes en Afrique sont rarement rapportés par les médias en dehors du continent. Carbon Brief a comblé cette lacune en examinant la situation à l’aide de données sur les catastrophes, de rapports d’ONG et de témoignages sur place. Depuis le début de l’année 2022, les inondations, les cyclones, les vagues de chaleur, les sécheresses et les incendies de forêt ont affecté 19 millions de personnes et en ont tué au moins 4000. Comme les effets des événements extrêmes africains ne sont souvent pas enregistrés, les chiffres effectifs sont probablement bien plus élevés.

Selon une étude, les fortes précipitations qui ont provoqué les inondations au Nigeria, au Tchad et dans les pays voisins en Afrique de l’Ouest sont 80 fois plus probables en raison du changement climatique.

Le changement climatique coûterait jusqu’à 30 000 milliards de dollars

Le changement climatique a jusqu’à présent coûté des milliers de milliards à l’économie mondiale. Les auteurs d’une étude concluent que les pertes économiques mondiales dues à l’augmentation des vagues de chaleur entre 1992 et 2013 se situent entre 5 et 29 milliards de dollars. Le montant exact ne peut pas être déterminé, car de nombreux aspects sont entachés d’incertitude. Il est toutefois clair que les pays à faible revenu des régions tropicales subissent l’essentiel de ces pertes, bien qu’ils aient le moins contribué au réchauffement climatique d’origine humaine. La performance économique y a baissé en moyenne de 6,7%, alors que les pays à haut revenu n’ont enregistré qu’une baisse de 1,5%. Ces pertes sont notamment dues aux vagues de chaleur et aux baisses de productivité du travail qui en découlent, à la production alimentaire et à un moins bon approvisionnement en denrées alimentaires. Pour en savoir plus, consultez Carbon Brief.

La glace du Groenland et l’Antarctique sont sérieusement menacés selon l’OMM

Dans son rapport préliminaire Global Climate 2022, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) met en garde contre une hausse rapide du niveau de la mer. La perte de la calotte glaciaire au Groenland et dans certaines parties de l’Antarctique se poursuit de plus en plus rapidement et est en grande partie irréversible. Depuis 1993, l’élévation du niveau de la mer a doublé. Rien que depuis janvier 2020, il a augmenté de près de 10 mm et a atteint un pic en 2022. Les chercheurs attribuent une grande partie de cette hausse à la fonte des calottes glaciaires et non à la dilatation thermique de l’eau.

Selon le rapport State of the Cryosphere 2022, la glace de mer arctique devrait disparaître complètement avant 2050. Cela renforce le réchauffement, car la surface de l’eau absorbe plus de chaleur que la glace. Plus d’informations dans le Guardian.

Dans un long reportage, Das Magazin met en lumière la manière dont le réchauffement climatique affecte le glacier Thwaites en Antarctique, pourquoi les climatologues s’inquiètent de sa fonte et pourquoi le glacier détermine l’avenir de l’humanité.

Le recul simultané des glaciers dans les régions de haute montagne aggrave la pénurie d’eau dans les régions densément peuplées du monde. La fonte des glaciers augmente en outre le risque de glissements de terrain et d’inondations catastrophiques, comme le montre Yale Environment 360 pour les hautes montagnes d’Asie centrale et d’Asie du Sud.

Les populations d’animaux sauvages ont diminué de plus de deux tiers en 50 ans

Depuis 1998, le “Rapport Planète Vivante” analyse tous les deux ans le risque d’extinction de différentes espèces et l’état des principaux écosystèmes. L’étude montre l’ampleur de la menace qui pèse sur la faune. Les populations de vertébrés (poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles) ont diminué de 69% entre 1970 et 2018. Les principales causes de ce déclin mondial sont la perte d’habitats, la pollution, la crise climatique, les maladies ainsi que la propagation des espèces invasives.

Une autre étude approfondie porte sur l’impact de la crise climatique sur les insectes. Les auteurs avertissent que si aucune mesure n’est prise pour lutter contre la crise climatique et protéger les insectes, “notre capacité à construire un avenir durable sur la base d’écosystèmes sains et fonctionnels sera considérablement réduite.

Nouvelles de la recherche sur le climat

L’objectif de 1,5 degré devient de plus en plus irréaliste

Les émissions mondiales de CO2 , y compris l’utilisation des terres, ont augmenté d’environ 0,8 % en 2022 pour atteindre 40,5 milliards de tonnes. Selon le rapport Global Carbon Budget, les émissions dues à l’utilisation des terres sont restées inchangées, tandis que les émissions de CO2 dues aux combustibles fossiles et à l’industrie du ciment ont atteint un niveau record de 36,6 milliards de tonnes. Dans l’ensemble, les émissions de CO2 sont restées juste en dessous du niveau de 2019, avant la pandémie de Corona. Selon les calculs du Global Carbon Project (GCP), qui a rédigé le rapport, le budget carbone restant pour limiter le réchauffement à moins de 1,5°C avec une probabilité de 50 % est encore de 380 milliards de tonnes de CO2. Au rythme actuel des émissions, ce budget serait épuisé dans neuf ans. Pour ramener les émissions mondiales de CO2 à zéro d’ici 2050, il faudrait qu’elles diminuent d’environ 1,4 milliard de tonnes chaque année, ce qui est comparable à la baisse enregistrée en 2020 suite à la pandémie de Corona. Pour en savoir plus, cliquez ici et ici sur Carbon Brief et dans le NY Times.

Risque croissant de vagues de chaleur

L’ONU et la FICR (Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge) mettent en garde contre le danger croissant des vagues de chaleur. Leur rapport indique que les vagues de chaleur pourraient rendre inhabitables certaines régions du Sahel, de la Corne de l’Afrique et de l’Asie du Sud et du Sud-Ouest au cours des prochaines décennies. Les experts préviennent que d’ici la fin du siècle, autant de personnes mourront des suites de la chaleur que de cancers. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Dans un nouveau rapport, l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, met également en garde contre les dangers de la chaleur. D’ici 2050, presque tous les enfants de la planète seront exposés à des vagues de chaleur plus fréquentes. Plus les vagues de chaleur seront fréquentes, longues et violentes, plus les conséquences sur la santé, la sécurité, la nutrition, l’éducation et l’accès à l’eau seront importantes.

Le NY Times montre dans un reportage très élaboré comment les vagues de chaleur extrêmes nous affectent. Deux villes déjà affectées par le changement climatique ont été étudiées : Koweït City et Bassora en Irak. Avec l’augmentation attendue des températures, des milliards de personnes pourraient à l’avenir être exposées à des risques sanitaires comparables.

Une agriculture respectueuse du
climat : moins de viande, plus de forêts

Si l’alimentation était modifiée sur le modèle du “Planetary Health Diet”, il serait possible d’économiser en Allemagne les trois quarts des gaz à effet de serre produits aujourd’hui par l’agriculture. C’est la conclusion d’une étude de l’Öko-Institut réalisée à la demande de Greenpeace. La commission EAT Lancet avait décrit en 2019 les bases d’une alimentation durable et saine pour une population mondiale croissante. Elle se base sur le fait que seul un quart des produits animaux actuels est consommé, mais que l’on consomme deux fois plus de fruits, de légumes, de noix et de légumineuses. Parallèlement, les aliments sont cultivés selon des normes écologiques. La plus grande contribution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre provient de la réhydratation à grande échelle des marais. Un tel système alimentaire n’occuperait plus que 56% des terres arables et 45% des prairies utilisées aujourd’hui. Les surfaces ainsi disponibles pourraient être utilisées pour cultiver des denrées végétales destinées à l’exportation et nourrir ainsi 70 millions de personnes supplémentaires. Si ces surfaces étaient boisées, il serait possible d’extraire de l’atmosphère une quantité de CO2 suffisante pour compenser presque entièrement les émissions de l’agriculture allemande.

Mise à jour de la recherche sur le changement climatique et le comportement humain

Le comportement humain n’est pas seulement le moteur du changement climatique, il est également essentiel pour lutter contre ses conséquences. Les revues Nature Human Behaviour et Nature Climate Change consacrent un numéro spécial à la science du comportement et proposent un large éventail d’articles de synthèse, de recherches empiriques et de commentaires sur le rôle du comportement humain autour du changement climatique.

Visions pour une vie après le
changement climatique

Le journaliste scientifique David Wallace-Wells a publié dans le NY Times deux articles détaillés et richement illustrés sur les conséquences du changement climatique, ici et ici. Il n’y est plus aussi pessimiste que dans son best-seller “The Uninhabitable Earth : Life After Warming”. Il souligne qu’il y a quelques années encore, la plupart des scientifiques avaient prévenu que la voie “business as usual” conduirait à un réchauffement de la planète de 4 à 5 °C. Aujourd’hui, les prévisions pour cette voie se situent entre 2 et 3 °C. Pour Wallace-Wells, cela s’explique notamment par l’effondrement des prix des énergies renouvelables.

Wallace-Wells décrit ici clairement à quel point l’humanité est intervenue dans le système climatique. La teneur en CO2- dans l’atmosphère est généralement exprimée en concentration en ppm (parties par million), le rapport entre les molécules de CO2 et toutes les autres molécules présentes dans l’atmosphère. L’augmentation de la concentration de CO2 est la conséquence du fait que nous avons émis 1 milliard de tonnes de CO2 , dans l’atmosphère au cours des 100 dernières années. A titre de comparaison, 1 milliard de tonnes correspond à la masse totale de toutes les structures construites par l’homme sur la Terre, des voitures et porte-conteneurs aux bâtiments en passant par tous les réseaux routiers et ferroviaires.

Pour finir, un ABC du changement climatique

La grande journaliste Elizabeth Kolbert a écrit un nouvel article impressionnant pour le New Yorker : Climate Change from A to Z, The stories we tell ourselves about the future.

Suisse

Le Parlement approuve le contre-projet à l’initiative sur les glaciers

Le Conseil national et le Conseil des Etats se sont prononcés en faveur du contre-projet indirect à l’initiative sur les glaciers. Celui-ci reprend la revendication principale de l’initiative populaire : D’ici 2050, la Suisse doit progressivement atteindre la neutralité climatique, et ce autant que possible par la réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’intérieur du pays. D’ici 2040, les émissions doivent être réduites de 75% par rapport à 1990. Le comité d’initiative a décidé de retirer l’initiative sur les glaciers. Cette décision est motivée par le fait que la proposition de compromis permet de protéger efficacement et rapidement le climat en Suisse. Un portrait de Sophie Würst, co-directrice de campagne de l’Initiative des glaciers, dans le Tages-Anzeiger.

Pour atteindre l’objectif climatique, le contre-projet indirect (dont le nom officiel est “Loi fédérale sur les objectifs de la protection du climat, l’innovation et le renforcement de la sécurité énergétique”) ancrera 2 milliards de CHF pour le remplacement des chauffages à combustibles fossiles et 1,2 milliard de CHF pour la promotion des nouvelles technologies. A l’exception de l’UDC, tous les partis ont soutenu le contre-projet. L’UDC a déjà annoncé qu’elle lancerait un référendum. De nombreuses associations et organisations saluent le contre-projet indirect, notamment swisscleantech et la Fondation suisse de l’énergie. Plus d’informations dans la NZZ (paywall), l‘Aargauer Zeitung et le Tages-Anzeiger.

Le Conseil fédéral ne veut pas faire d’ombre à la loi sur le CO2

Le Conseil fédéral a adopté le message relatif à la révision de la loi sur le CO2. Celle-ci doit permettre de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et d’atteindre l’objectif climatique fixé pour 2030.  Les émissions doivent en outre être inférieures d’au moins 35% à leur niveau de 1990 en moyenne pour les années 2021-2030. La réduction doit se faire pour deux tiers en Suisse et pour un tiers avec des projets de protection du climat à l’étranger. La loi se rattache à l’actuelle loi sur le CO2 , qui a été prolongée par le Parlement jusqu’en 2024, et comprend des mesures pour 2025 à 2030. Comme on le savait déjà depuis longtemps, le projet ne prévoit pas d’augmentation des taxes sur le pétrole et le gaz ni de nouvelles taxes sur l’essence et les billets d’avion. Le gouvernement veut ainsi éviter que la loi ne soit rejetée une deuxième fois par le peuple si un référendum devait à nouveau être lancé contre elle.

Comme la taxe sur le CO2 n’augmentera pas (120 CHF inchangés) et que le Conseil fédéral veut néanmoins consacrer davantage de moyens à la protection du climat dans le domaine du bâtiment (2,8 milliards de CHF au total), seule la moitié de la taxe prélevée en tant qu’impôt d’incitation sera à l’avenir reversée à la population et à l’économie. Jusqu’à présent, il s’agissait de deux tiers. Pour le secteur des transports, 800 millions de CHF sont prévus (entre autres pour le développement de l’infrastructure de recharge pour les voitures électriques et l’acquisition de bus électriques dans les transports publics). Dans le secteur aérien, il est prévu d’introduire – sur le modèle de l’UE – des quotas de mélange (part minimale de carburant durable pour le trafic aérien au départ de la Suisse) ; dans l’UE, cette part passera à 5% d’ici 2030. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall) et la NZZ (paywall).

L’association économique swisscleantech critique la proposition du Conseil fédéral de réduire la redistribution (d’environ 88 CHF à 68 CHF). L’effet incitatif de la taxe devrait plutôt être renforcé. Le professeur de droit René Wiederkehr de l’université de Lucerne estime qu’il serait anticonstitutionnel de réduire la redistribution à la population (NZZ, paywall).

Comment la Suisse peut-elle atteindre l’objectif zéro net d’ici 2050 ?

Un approvisionnement énergétique sûr en Suisse, avec des émissions nettes de gaz à effet de serre nulles, est réalisable d’ici 2050 grâce à une approche coordonnée de tous les secteurs énergétiques. C’est la conclusion d’une étude des Académies suisses des sciences. Elle se base sur un fort développement de la production d’électricité renouvelable en Suisse et sur l’importation future de combustibles et carburants synthétiques. L’étude présente des points de départ concrets. Selon les auteurs, les économies réalisées par les consommateurs et l’amélioration de l’efficacité sont essentielles. Il s’agit notamment d’isoler l’enveloppe des bâtiments, d’installer des pompes à chaleur et de limiter l’utilisation de véhicules privés surdimensionnés et dotés de moteurs puissants. Le retrait de l’atmosphère d’environ 3 millions de tonnes de CO2 (7% des émissions actuelles de gaz à effet de serre) serait également nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Le Parlement veut développer les énergies renouvelables – au détriment de l’environnement

Lors de la session d’automne, le débat sur l’approvisionnement futur en électricité a été au centre des discussions. Il s’agissait avant tout de développer les énergies renouvelables à court terme, par crainte d’une éventuelle pénurie en hiver. Les commissions de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie du Conseil national et du Conseil des États ont provoqué de vives réactions en proposant de restreindre fortement la protection de la nature et de l’environnement à cette occasion. Lors de l’élimination des divergences, une partie des modifications ont été affaiblies. Articles de synthèse et classement des différentes interventions dans la NZZ (paywall), la Republik, le Zeit et l’Wochenzeitung.

Avant de résumer le débat, voici une autre façon de garantir l’approvisionnement en électricité, plus respectueuse de l’environnement : l’amélioration de l’efficacité. Selon un rapport de l’Office fédéral de l’énergie, 25 à 40% de la consommation d’électricité pourraient être réduits d’ici 2030, sans perte de confort et sans législation plus stricte. Pour exploiter ce potentiel, les ménages, les entreprises et les communes sont appelés à agir. Ils devraient remplacer les appareils obsolètes par ceux de la dernière génération et les équiper de capteurs et de commandes intelligentes. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall).

Loi fédérale urgente pour le développement de l’énergie solaire : lors de la session d’automne, le Conseil national et le Conseil des Etats ont adopté une loi fédérale urgente pour le développement de l’énergie solaire (“Loi sur des mesures urgentes visant à garantir à court terme un approvisionnement sûr en électricité en hiver”). Cette “offensive solaire” doit permettre d’augmenter la production d’électricité en hiver de 2 térawattheures (TWh) d’ici 2025 – à titre de comparaison : en 2021, la Suisse a produit 5 TWh d’électricité à partir d’énergies renouvelables (sans compter l’énergie hydraulique). Les exigences légales en matière de protection de la nature et de l’environnement sont assouplies. Concrètement, la loi prévoit des procédures d’autorisation fortement allégées pour les grandes installations solaires alpines : L’obligation de procédure de planification est supprimée, la loi sur l’aménagement du territoire est contournée. En revanche, aucune installation au sol ne peut être construite dans des zones protégées de grande valeur (sites marécageux, biotopes d’importance nationale et réserves d’oiseaux d’eau et de migrateurs) (c’est ce qu’avait proposé le Conseil des Etats).

L’énergie solaire est obligatoire pour les nouvelles constructions d’une superficie supérieure à 300 mètres carrés. La plupart des maisons individuelles en sont toutefois exclues. Le Conseil des États souhaitait un seuil plus bas afin d’inclure également les petites constructions. En effet, des opportunités sont manquées dans les nouvelles constructions : en 2020, sur 12 000 bâtiments nouvellement construits, seuls 3 000 ont été équipés d’installations photovoltaïques. Une obligation d’installer des panneaux solaires dans les bâtiments existants, qui serait bien plus efficace, a également été rejetée par le Parlement. En revanche, les cantons veulent introduire une telle obligation, comme le rapporte le Tages-Anzeiger (paywall). Dans les modèles de prescriptions prévus par les cantons dans le domaine du bâtiment, l’obligation d’utiliser l’énergie solaire devrait être prescrite par exemple lors de la rénovation des toits.

La loi fédérale urgente assouplit en outre les exigences légales pour le rehaussement du barrage du Grimsel.

Alain Griffel,  professeur de droit public et administratif à l’Université de Zurich, explique dans le Tages-Anzeiger (paywall) pourquoi la loi n’est pas compatible avec la Constitution fédérale. L’Alliance-Environnement, dont font partie Greenpeace, Pro Natura, l’ATE et le WWF, salue le développement de la production d’électricité renouvelable en hiver. Elle estime toutefois que les concessions faites en matière de protection de la nature et d’aménagement du territoire sont “très problématiques”.

La loi fédérale doit entrer en vigueur dès le 1er octobre. Un référendum peut être lancé contre cette loi. Plus d’informations dans l’Aargauer Zeitung, la SRF, la NZZ (paywall, ici et ici) et le Tages-Anzeiger.

Loi fédérale sur la sécurité de l’approvisionnement en électricité grâce aux énergies renouvelables : Le Conseil des Etats veut également faire des concessions en matière de protection de la nature et de l’environnement dans l’acte modificateur unique de la loi sur l’énergie et l’approvisionnement en électricité, qui traite de l’approvisionnement en électricité à long terme. Avec cette loi, la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, sans compter l’énergie hydraulique, doit atteindre au moins 35 térawattheures en 2035, soit le double de ce que le Conseil fédéral avait proposé. Pour ce faire, le Conseil des États veut supprimer la protection absolue des biotopes d’importance nationale. Ainsi, des régions comme le Maderanertal, le Val Roseg ou la Greina pourront être utilisées pour des projets énergétiques. Les organisations environnementales avaient déjà critiqué les plans du Conseil des Etats et mis en garde contre une relâche de la protection de la nature. Le Conseil des Etats renonce en revanche à des mesures efficaces qui permettraient de réduire la consommation d’électricité. Ainsi, les chauffages électriques ne seront pas interdits. Cela permettrait d’économiser environ 2 TWh par an, soit autant que la production supplémentaire prévue par l'”offensive solaire”. Le Conseil national examinera la loi lors de la prochaine session. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Autres mesures pour garantir l’approvisionnement en électricité

Une centrale de réserve sera construite à Birr, dans le canton d’Argovie, comme l’a décidé le Conseil fédéral. Dès cet hiver, huit turbines à gaz mobiles devraient y être disponibles en tant que réserve pouvant être mise en service en cas de pénurie d’électricité. Les turbines peuvent fonctionner au gaz, mais aussi au pétrole ou à l’hydrogène, et fournissent au total environ 250 mégawatts. Cela correspond à un quart de la puissance de la centrale nucléaire de Leibstadt. Le contrat avec GE Gas Power dure jusqu’en avril 2026, pour un coût total de 470 millions de francs. Plus d’informations dans la NZZ (paywall) et dans l’Aargauer Zeitung.

En décidant de construire une centrale de réserve, le Conseil fédéral a abrogé le droit environnemental. Afin d’accélérer la construction, d’importantes dispositions de la loi sur l’aménagement du territoire et l’obligation de réaliser une étude d’impact sur l’environnement ont été abrogées pour une durée limitée. Des exceptions à la protection contre le bruit et à l’ordonnance sur la protection de l’air sont également nécessaires. Dans la NZZ, les professeurs de droit public zurichois Andreas Glaser (ici, paywall) et Giovanni Biaggini (ici, paywall ) critiquent la décision du Conseil fédéral. Le contrôle démocratique par le Parlement et le peuple est ainsi exclu. La Fondation suisse de l’énergie estime que les centrales de réserve sont judicieuses.  Les centrales fossiles ne devraient toutefois être utilisées qu’en dernier recours. Les réserves renouvelables, par exemple dans les lacs d’accumulation, doivent être privilégiées par rapport aux centrales fossiles.

Le Conseil fédéral a par ailleurs décidé de réduire le débit résiduel de certaines centrales hydroélectriques. De début octobre 2022 à fin avril 2023, 45 centrales au total pourront descendre en dessous de cette valeur, pourtant importante pour la biodiversité. La migration des poissons sera ainsi limitée durant cette période, ce qui compliquera la reproduction de la population piscicole. En 1992, ces centrales s’étaient engagées à fournir des débits résiduels supérieurs à ceux prescrits par la loi pour des raisons écologiques. Aujourd’hui, la redevance est réduite à la quantité minimale nécessaire. Le Conseil fédéral prévoit ainsi une augmentation de la production d’électricité de 150 GWh au maximum, ce qui correspond à la production annuelle d’électricité d’une des centrales au fil de l’Aar. Plus d’informations dans l’Aargauer Zeitung.

Depuis fin août circule la campagne d’économie d’énergie “L’énergie est rare. Ne la gaspillons pas”. Elle vise à réduire la consommation d’électricité et de gaz. Les chiffres actuels de la consommation en Suisse, datant de fin septembre, ne montrent toutefois pas d’effet d’économie sur la consommation d’électricité jusqu’à présent. Plus d’informations à ce sujet dans la NZZ et le Tages-Anzeiger.

Mesures visant à garantir l’approvisionnement en gaz

Le Conseil fédéral espère que des mesures volontaires permettront de réduire de 15% la consommation de gaz en Suisse – il rejoint ainsi l’objectif d’économie de l’UE. Il recommande que les installations dites bicombustibles (turbines et brûleurs pouvant fonctionner au gaz et au mazout) soient converties au mazout à partir du 1er octobre 2022. Comme ces installations émettent une plus grande quantité de polluants lorsqu’elles fonctionnent au mazout, les valeurs limites de l’ordonnance sur la protection de l’air seront adaptées, notamment pour les oxydes d’azote. Parallèlement, le Conseil fédéral a libéré des réserves obligatoires pour l’essence, le diesel, le mazout et le kérosène. En outre, le Conseil fédéral a fixé d’autres principes pour faire face à la menace d’une pénurie de gaz : Appels à l’économie pour la population, restrictions de consommation et interdictions de certaines utilisations (entre autres, limitation de la température ambiante à 19 degrés et interdiction de chauffer les piscines ou les saunas). La dernière étape est le contingentement (à l’exception des ménages et des services sociaux de base comme les hôpitaux). Aucune mesure de rigueur n’est pour l’instant prévue pour le transport motorisé, bien que ce secteur soit le plus gourmand en énergie fossile. L’Association suisse des transports veut changer cela et demande une vitesse maximale de 100 km/h sur les autoroutes suisses. Plus d’informations dans la NZZ (paywall) et l’Aargauer Zeitung.

Plus d’actualités sur le développement des énergies renouvelables

Le Conseil des Etats veut rétribuer plus généreusement l’électricité solaire et a approuvé l’introduction d’un tarif unique pour toute la Suisse. Les rétributions seront ensuite adaptées tous les trimestres au prix du marché. Parallèlement, il est prévu que le Conseil fédéral fixe une limite inférieure et une limite supérieure pour le tarif unique. La rétribution minimale doit être fixée de manière à ce que les propriétaires d’installations photovoltaïques puissent couvrir leurs frais. La valeur maximale doit être fixée au double. Aujourd’hui, les rétributions des gestionnaires de réseau locaux diffèrent énormément et sont parfois inférieures aux coûts de revient. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

Le potentiel d’énergie éolienne en Suisse est bien plus élevé que ce que l’on pensait jusqu’à présent. C’est ce que montre une étude réalisée par Meteotest à la demande de l’Office fédéral de l’énergie. En Suisse, 29,5 térawattheures (TWh) d’électricité pourraient être produits chaque année à partir de l’énergie éolienne, dont 19 TWh rien que pendant le semestre d’hiver. Si 30% du potentiel utilisable était exploité, ce qui correspond à environ 1000 installations éoliennes, la Suisse pourrait produire 8,9 TWh d’électricité éolienne par an, dont 5,7 TWh en hiver. En 2021, le potentiel n’était estimé qu’à 3,7 TWh par an. Cette nette augmentation s’explique d’une part par le développement technique (les éoliennes actuelles sont beaucoup plus grandes et peuvent produire plus d’électricité). D’autre part, de nouvelles régions peuvent être exploitées, car les éoliennes peuvent désormais être installées en forêt et dans des zones protégées (paysages et monuments naturels d’importance nationale, mais pas dans des biotopes). Cela a été rendu possible par une modification de la loi sur l’énergie : depuis 2017, les parcs éoliens d’une certaine taille sont considérés comme étant d’intérêt national.

Le potentiel du photovoltaïque sur les murs antibruit le long des routes nationales est estimé à 55 GWh par an. Afin de l’exploiter le plus rapidement possible, l’Office fédéral des routes met gratuitement les surfaces à disposition et lance à cet effet une procédure de candidature. L’accent est mis sur environ 350 parois antibruit et 100 aires de repos. Les entreprises intéressées peuvent déposer leur candidature jusqu’en février 2023.

La Nagra veut stocker définitivement les déchets radioactifs dans le Lägern

Cela fait exactement 50 ans que l’on cherche en Suisse un dépôt final pour les déchets radioactifs. La Nagra (Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs) vient de prendre la décision tant attendue sur le site du dépôt en couches géologiques profondes (ici le dossier de presse de la Nagra). Le dépôt en profondeur pour déchets radioactifs doit être construit dans la région d’implantation du nord de la Lägern (cantons d’Argovie et de Zurich, près de la frontière allemande). L’autorité est d’avis que le sous-sol géologique (argile à Opalinus) y offre le plus grand effet de barrière géologique par rapport aux régions Jura Est (Bözberg) et Zurich Nord-Est (Weinland). Les demandes d’autorisation générale devraient être déposées dans environ deux ans. La décision définitive devrait intervenir d’ici la fin des années 2020. Le dépôt final pourra ­être mis en service au plus tôt à partir de 2050.

Dans le Tages-Anzeiger, le géologue Marcos Buser s’exprime de manière critique sur la sélection et doute que le site soit approprié. Pour la Fondation suisse de l’énergie, la décision d’aujourd’hui arrive au mauvais moment. De nombreuses questions indépendantes du lieu ne sont pas encore résolues. Il manque des connaissances sur le concept de stockage, de barrière et de conteneur, ainsi qu’un plan de surveillance à long terme (au-delà de la période d’observation prévue de 50 ans) et un concept de récupération des déchets. Plus d’informations dans le Zeit, la NZZ (paywall) et le Tages-Anzeiger.

Nouvelles initiatives populaires sur le climat et l’énergie

La Jeunesse socialiste suisse (JS) veut introduire un impôt sur les successions et utiliser l’argent “pour lutter contre la crise climatique de manière socialement équitable et pour la restructuration de l’économie globale nécessaire à cet effet”. C’est ce que demande l’initiative populaire lancée “pour un avenir”. Le taux d’imposition sur les successions et les donations de personnes physiques serait de 50%, l’impôt n’étant prélevé qu’à partir d’une franchise de 50 millions de CHF. Les auteurs de l’initiative estiment que cela permettrait de disposer d’environ six milliards de CHF par an. Plus d’informations sur nau.ch.

L’association Energie-Club Suisse, présidée par la jeune politicienne UDC Vanessa Meury, a lancé une initiative populaire visant à supprimer l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires. La Fondation suisse de l’énergie critique cette démarche. La construction coûteuse de nouvelles centrales nucléaires se ferait au détriment du développement des énergies renouvelables. De plus, les nouvelles installations ne seraient pas opérationnelles avant 20-25 ans au plus tôt et ne pourraient pas contribuer à la sécurité d’approvisionnement d’ici là. Plus d’informations dans le Sonntagszeitung (paywall).

Bilan de l’été caniculaire

En Suisse, l’été 2022 a été le deuxième plus chaud depuis le début des mesures en 1864. Selon MétéoSuisse, la température estivale moyenne sur l’ensemble du pays a été de 2,3 °C supérieure à la moyenne des années 1991-2020. Seul l’été caniculaire de 2003 a été encore plus chaud avec 3 °C. Par rapport à la moyenne des années 1961-1990, l’été 2022 a été trop chaud de 4 °C. La chaleur a commencé inhabituellement tôt en juin, et un manque massif de pluie s’est en outre produit pendant une longue période. Dans le Tages-Anzeiger (paywall), une mise en perspective.

En 2022, les glaciers ont perdu plus de glace que jamais. Entre fin septembre 2021 et début octobre 2022, 3,1 kilomètres cubes de glace ont fondu, soit plus de 6% de leur volume, selon les glaciologues du réseau suisse de mesure des glaciers. Plusieurs petits glaciers ont disparu au cours des derniers mois , le Pizolgletscher (SG), le Vadret dal Corvatsch (GR) et le Schwarzbachfirn (UR). Les raisons de cette fonte importante des glaciers sont les suivantes : un hiver peu enneigé, la poussière du Sahara au printemps (qui diminue la réflexion de la lumière du soleil et favorise le réchauffement), plusieurs vagues de chaleur en été et peu de neige fraîche en montagne. Plus d’informations dans la NZZ (paywall) et nau.ch.

L’été caniculaire a fortement réchauffé de nombreux fleuves suisses. Dans le Rhin près de Bâle, la température de mi-mai à début septembre était généralement de 3 à 4 degrés supérieure à la moyenne à long terme. Des écarts similaires sont observés pour l’Aar, la Limmat et de nombreux lacs suisses. De petites rivières se sont complètement asséchées, plus que les années précédentes ; des pêches d’urgence ont été effectuées dans presque tous les cantons pour sauver les poissons. La revitalisation des cours d’eau et des débits résiduels suffisants permettent de lutter contre le réchauffement. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger et la Sonntagszeitung (paywall).

La chaleur est également associée à la surmortalité observée en été. De juin à fin août, 1600 personnes de plus que c’à quoi on pouvait s’attendre statistiquement sont décédées dans le seul groupe d’âge des plus de 65 ans. Parmi celles-ci, seule une petite partie concerne des maladies coronariennes, raison pour laquelle les spécialistes considèrent la chaleur comme une cause probable. Lors de l’été record de 2003, près de 1000 personnes de plus que d’habitude étaient décédées entre juin et août à cette période de l’année. Plus d’informations dans la NZZ (paywall).

L’été a été très peu pluvieux, surtout en Suisse romande et au Tessin. Mais l’évaporation a également augmenté, de sorte que les sols se sont asséchés jusque dans les couches profondes. L’EPF, qui mesure l’évaporation dans le nord-ouest de la Suisse depuis 1976, n’a jamais enregistré de valeurs aussi élevées que cet été. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger (paywall).

Holcim de l’île de Pari accusé de justice climatique

Les habitants de l’île indonésienne de Pari poursuivent le groupe cimentier suisse Holcim en justice en raison du réchauffement climatique. La production de ciment est responsable d’environ 8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Lafarge Holcim est le deuxième plus grand producteur de ciment au monde et a généré en 2019 environ 1700 millions de tonnes de CO 2. Sur la petite île, l’élévation du niveau de la mer a déjà causé des dommages aux maisons, aux routes et aux commerces. Le point le plus élevé n’est qu’à trois mètres au-dessus du niveau de la mer. Les habitants exigent que Holcim réduise ses émissions de gaz à effet de serre et participe aux coûts des mesures de protection contre la montée du niveau de la mer à Pari. C’est la première fois qu’une entreprise suisse doit répondre juridiquement de son rôle dans le changement climatique. L’affaire est soutenue par plusieurs ONG. Pour en savoir plus, voir Watson et call for climate justice.

Décisions de la Confédération et des cantons en matière de climat

En Appenzell Rhodes-Extérieures, la loi révisée sur l’énergie a été approuvée par 61% des voix. Lors du remplacement d’un chauffage, il faudra à l’avenir utiliser au moins 20% d’énergies renouvelables. Pour la première fois, le lobby du pétrole a participé directement au processus politique : Les négociants en combustibles de Suisse orientale avaient – avec l’UDC – lancé un référendum contre la loi sur l’énergie. Plus d’informations dans l’Appenzeller Zeitung (paywall).

Le 1er septembre, la loi sur l’énergie est entrée en vigueur dans le canton de Zurich. Et l’on discute déjà de la suspension de l’interdiction d’installer des chauffages au mazout et au gaz, inscrite dans la loi : Le Grand Conseil a adopté une motion de l’UDC allant dans ce sens. L’UDC a justifié sa proposition par le fait qu’en cas de panne des chauffages au mazout, il ne serait pas possible d’installer assez rapidement une pompe à chaleur en raison des difficultés de livraison et que les chauffages électriques seraient utilisés à la place. Cela augmenterait encore les besoins en électricité. Le Conseil d’Etat zurichois prendra position sur la motion avant que le Parlement ne prenne une décision définitive. Plus d’informations dans la NZZ (paywall)      .

La ville de Lucerne doit aller de l’avant en matière de protection du climat. La population a approuvé la nouvelle stratégie énergétique et climatique. Selon cette stratégie, Lucerne ne devra plus émettre de gaz à effet de serre d’ici 2040, soit dix ans plus tôt que ce que prévoient la Confédération et le canton. Pour atteindre cet objectif, l’installation de nouveaux chauffages au mazout ou au gaz doit être interdite. A partir de 2040, plus aucun véhicule fonctionnant aux énergies fossiles ne sera autorisé. Plus d’informations sur SRF.

La Suisse a conclu de nouveaux accords climatiques – avec le Maroc, le Malawi et l’Uruguay. Les accords approuvés par le Conseil fédéral créent les conditions cadres pour les projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les réductions d’émissions obtenues peuvent être comptabilisées par la Suisse dans son objectif de réduction.

Le Conseil fédéral ne veut pas de banque climatique pour le moment. Il a rejeté les motions correspondantes qui demandaient que la Confédération mette en place sa propre banque pour investir dans des projets de protection du climat. Le Conseil fédéral veut d’abord procéder à une analyse coûts-avantages et clarifier d’autres questions en suspens. Tous les partis (à l’exception de l’UDC) avaient soutenu le projet qui prévoyait que la Confédération injecterait 100 à 200 millions de CHF de capital par an. Cela permettrait de déclencher des investissements de 10 milliards de CHF. Plus d’informations dans le Tages-Anzeiger.

Exposition littéraire sur le climat et ses changements au Strauhof de Zurich

La littérature a toujours parlé de l’homme et de l’environnement, de visions et de catastrophes. Avec la menace de la crise climatique, cette relation apparaît sous une nouvelle perspective. Le musée de la littérature Strauhof à Zurich veut la rendre visible et palpable à l’exposition “Climate Fiction” avec des histoires et des poèmes (jusqu’au 8 janvier 2023).

Politique climatique européenne

L’énergie solaire a le vent en poupe

L’Europe est confrontée à une crise énergétique d’une ampleur sans précédent. Mais il y a aussi de bonnes nouvelles : Dans l’UE, l’énergie solaire a fourni plus d’électricité que jamais au cours de l’été 2022. L’électricité solaire a permis d’éviter des importations de gaz naturel d’une valeur de 29 milliards d’euros. De mai à août, l’énergie solaire a représenté une part record de 12% de la production totale d’électricité de l’UE. L’été précédent, ce chiffre était encore de 9%. L’énergie solaire se place ainsi au même niveau que l’énergie éolienne et devant l’énergie hydraulique, mais toujours quatre points de pourcentage derrière l’énergie au charbon. Dans l’UE, la capacité solaire installée augmente de 15% chaque année. Cet été, les Pays-Bas ont produit près d’un quart de leur électricité à partir de l’énergie solaire, la part la plus élevée de l’UE. L’Allemagne (19%) et l’Espagne (17%) suivent de près. Pour en savoir plus, consultez Carbon Brief.

Paquets énergie et climat de l’UE

Dans le cadre des négociations Fit for 55, les membres du Parlement européen ont voté en septembre en faveur d’un objectif européen contraignant en matière d’efficacité énergétique de 14,5% et d’un objectif européen en matière d’énergies renouvelables de 45% pour 2030. Les groupes de défense du climat avaient demandé des objectifs nettement plus élevés, d’au moins 20% et 50% respectivement. Les objectifs doivent maintenant être approuvés par le Conseil de l’UE.

Au cours des prochains mois, les chefs d’État et de gouvernement négocieront également sur le secteur du gaz et la performance énergétique des bâtiments. La proposition de la Commission sur le thème “Économiser le gaz pour passer l’hiver en toute sécurité“, approuvée par les ministres de l’Énergie, s’éloigne de la diversification de l’approvisionnement en gaz pour s’orienter vers une discussion sur la réduction de la consommation.

Un nouveau rapport de Climate Analytics montre que les objectifs climatiques actuels de l’UE (réduction de 55% des émissions de CO2 d’ici 2030) ne sont pas compatibles avec l’objectif de 1,5°C et que l’UE pourrait très bien, avec les bonnes mesures, réduire ses émissions de gaz à effet de serre à zéro net d’ici 2040. Un rapport d’Airclim montre les conséquences politiques de l’affaiblissement du budget CO en2- Europe.

L’Europe sacrifie ses dernières forêts primaires pour l’énergie du bois

Dans l’UE, la combustion du bois pour la production de chaleur et d’électricité est déclarée neutre en termes d’émissions de CO2 et est subventionnée. Lorsque l’UE a commencé à subventionner la combustion de la biomasse il y a plus de dix ans, l’espoir était que les ménages et les centrales électriques se détournent le plus rapidement possible du charbon et du gaz. Les copeaux et les pellets de bois ont été promus comme une possibilité de transformer les déchets de sciure en électricité verte. Ces subventions ont entraîné un marché en plein essor, si bien que le bois est aujourd’hui la plus grande source d’énergie renouvelable en Europe, avec une part de 60%, loin devant le vent et le soleil.

Mais la demande croissante de bois n’est pas seulement discutable du point de vue climatique (voir ici et ici), elle menace de décimer les dernières grandes forêts primaires d’Europe de l’Est. Entre-temps, des forêts entières sont défrichées et des arbres entiers sont déchiquetés et brûlés pour être ensuite commercialisés sous forme d’électricité ou de chaleur renouvelables.  Bien que le défrichement des forêts protégées européennes nécessite une évaluation de l’impact environnemental, celle-ci est souvent contournée. L’année dernière, la Cour des comptes européenne a tiré la sonnette d’alarme sur ces forêts prétendument protégées et a constaté que nombre d’entre elles étaient en mauvais état. En Hongrie, le gouvernement a abrogé le mois dernier les dispositions relatives à la protection de la nature afin de permettre un abattage accru des vieilles forêts. Les forêts de Finlande et d’Estonie, autrefois considérées comme d’importants puits de CO2 , sont aujourd’hui tellement déboisées qu’elles émettent désormais plus de CO2 qu’elles n’en absorbent.

La hausse des prix de l’énergie continue de faire grimper la demande de bois. Mais le chauffage au bois produit non seulement du CO2 , mais aussi des particules fines et d’autres polluants. En 2019, l’UE a enregistré plus de 300 000 décès prématurés dus à la pollution aux particules fines.

La législation européenne doit maintenant être renforcée et les subventions doivent être réduites. Seuls les déchets de bois comme la sciure devraient être considérés comme renouvelables et donc éligibles aux subventions. Mais de nombreux pays européens riches en forêts s’opposent à un tel durcissement.  On ne sait pas encore si l’UE durcira la législation. Plus d’informations dans le New York Times et FERN.

Politique climatique internationale

L’industrie financière devient-elle plus adaptée au climat ?

La Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFAZ) a été fondée en 2021 par l’ancien gouverneur de la banque centrale britannique Mark Carney, aujourd’hui envoyé spécial de l’ONU pour le climat et la finance. Environ 500 banques, compagnies d’assurance, fonds de pension, bourses et agences de notation, fournisseurs d’indices et sociétés d’audit sont membres de l’alliance. Ils gèrent 40% de l’ensemble des actifs financiers du monde et veulent ne plus émettre de gaz à effet de serre d’ici 2050. En Suisse, 15 établissements y participent, dont l’UBS, le Credit Suisse et Pictet.

La GFAZ vient de publier de nouvelles propositions de lignes directrices qui expliquent plus concrètement comment atteindre des objectifs nets zéro. Bien que des lignes directrices plus précises soient importantes, le renforcement des lignes directrices suscite désormais des résistances. Plusieurs des plus grandes banques de Wall Street, dont Morgan Stanley, Bank of America ou JP Morgan, envisagent publiquement de quitter la GFAZ. Les banques craignent que les exigences strictes de l’organisation ne les rendent juridiquement vulnérables.  Plus d’informations sur Bloomberg, Edie et le Tages Anzeiger (paywall).

De nombreuses organisations climatiques veulent demander des comptes au secteur financier.  Le WWF et 90 organisations cosignataires lancent un appel mondial aux banques centrales et aux autorités de surveillance des marchés financiers. Ces dernières doivent prendre en compte les risques financiers liés au réchauffement climatique et à la perte de biodiversité dans le cadre de leur mission principale.

Les investissements dans les énergies fossiles ont doublé

Malgré de nombreuses promesses sur le climat, le soutien public aux énergies fossiles a presque doublé dans 51 pays en 2021, passant de 362 milliards de dollars en 2020 à près de 700 milliards de dollars, selon le nouveau rapport de l’OCDE et de l’AIE. Parmi ces pays figurent le G20 et 33 autres grandes économies, qui représentent environ 85 % de l’approvisionnement énergétique mondial.

Les É-Us signent un accord international sur le climat

Pour la première fois depuis des décennies

, les États-Unis ont ratifié un accord international sur le climat : l’amendement de Kigali au protocole de Montréal, qui prévoit l’élimination progressive des HFC. Les HFC sont de puissants gaz à effet de serre qui peuvent être libérés par les systèmes de réfrigération et de climatisation. L’amendement de Kigali exige des pays qu’ils réduisent leur consommation de HFC de 85% en 15 ans. Cela permettrait de réduire le réchauffement global de 0,5°C. L’UE a ratifié l’accord en 2017, la Suisse en 2018.

Loi complète sur la santé, le climat et la fiscalité aux États-Unis

Le président américain Biden a signé une loi de lutte contre l’inflation visant à investir 370 milliards de dollars américains dans les énergies renouvelables et la protection du climat d’ici 2030. Ce paquet de lois doit permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis d’environ 40% d’ici 2030 par rapport à 2005. Actuellement, l’objectif est une réduction d’environ 30%. Mais la nouvelle loi ne suffit pas pour atteindre l’objectif climatique 2030 d’au moins 50% que le gouvernement a soumis dans le cadre de l’accord de Paris. Pour cela, il faut prendre beaucoup plus de mesures. Plus d’informations dans le New York Times (paywall) et Rhodium Group

Les documents internes des grandes entreprises pétrolières sont décevants

Dans le cadre d’une enquête de la Chambre des représentants américaine, de nombreux documents internes de grandes entreprises pétrolières ont été publiés. Bien que ces entreprises se soient entre-temps engagées publiquement en faveur de la protection du climat, les dossiers montrent une toute autre image. En 2019 encore, le responsable de la politique environnementale d’Exxon écrivait dans un mémo interne : “La référence à l’Accord de Paris doit être supprimée de la déclaration … [car] établir un lien entre notre engagement et l’Accord de Paris pourrait conduire à une obligation potentielle de s’engager en faveur des objectifs de l’Accord de Paris”. Chez Royal Dutch Shell, un courriel interne datant de 2020 indiquait que l’annonce de l’entreprise de s’engager sur la voie des émissions nettes zéro “n’a rien à voir avec nos plans d’affaires”. ” Plus dans le News York Times (paywall).

Les promesses climatiques de l’industrie aérienne sont totalement insuffisantes

Après avoir diminué pendant la pandémie, les émissions dues au transport aérien augmentent à nouveau de manière significative. C’est exactement le contraire de ce qui est nécessaire pour atteindre l’accord de Paris et les objectifs nets zéro. Le Climate Tracker a classé les objectifs climatiques de l’aviation comme très insuffisants. L’analyse montre que la plupart des objectifs climatiques internationaux ou nationaux pour l’aviation misent sur la compensation climatique et ne réduisent pas leurs propres émissions. Les émissions de l’aviation ne sont pas incluses dans les objectifs climatiques nationaux et sont donc de facto ignorées depuis plus de 20 ans. En 2018, seulement 1% de la population mondiale était responsable de 50% des émissions de gaz à effet de serre provenant de l’aviation.

Les fuites de gazoducs entraînent une forte augmentation du méthane

Les deux grands gazoducs fossiles de la mer Baltique, Nordstream 1 et Nordstream 2, ont été sabotés fin septembre et de grandes quantités de méthane s’en échappent. Nord Stream 1 a été fermé après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais il est toujours rempli de gaz naturel, composé à environ 90% de méthane. Il en va de même pour Nord Stream 2 : bien qu’il n’ait jamais été mis en service, il est rempli de gaz.

En tant que molécule, le méthane est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2 , mais il se décompose aussi plus rapidement. Sur une période de 20 ans, il est donc environ 80 fois plus puissant, et sur une période de 100 ans, environ 20 fois plus puissant. Lorsque le méthane est converti en équivalents CO2 (CO2 e), l’horizon temporel généralement retenu est de 100 ans. Les estimations concernant la quantité de méthane qui s’échappera jusqu’à ce que les tubes soient vides divergent. L’agence fédérale allemande pour l’environnement estime que les fuites provoqueront 7,5 millions de tonnes de CO2e, ce qui correspond à environ 1 % des émissions annuelles de l’Allemagne. L’agence danoise de l’énergie estime que ce chiffre est presque deux fois plus élevé.

Il est d’ores et déjà clair que les bombardements ont provoqué les plus grandes fuites de gaz naturel jamais observées.  Bien qu’il s’agisse d’une quantité énorme, elle ne représente toutefois qu’environ 5% du méthane libéré chaque année par l’extraction de pétrole et de gaz naturel. Pour en savoir plus, consultez Nature et Zeit (paywall).

Première plainte climatique contre le gouvernement russe

En Russie, un groupe d’activistes et d’organisations a déposé la première plainte pour le climat. Ils demandent au gouvernement de prendre des mesures plus fortes contre la crise climatique et de respecter les objectifs climatiques de Paris. La Russie est le quatrième pays au monde à émettre le plus de gaz à effet de serre. En 2050, le pays prévoit encore d’émettre près de 2 milliards de tonnes de CO2 , soit autant que ce qu’il rejette aujourd’hui. Climate Tracker estime que les objectifs climatiques de la Russie sont très insuffisants. Plus d’informations dans le Guardian.

La crise climatique visible

La crise climatique alimente les famines

La faim extrême est étroitement liée à la crise climatique. Une nouvelle étude d’Oxfam a examiné dix des pires hotspots climatiques du monde, frappés par des sécheresses, des inondations, de fortes tempêtes et d’autres événements climatiques extrêmes. Elle montre que le nombre de personnes souffrant de la faim y a plus que doublé au cours des six dernières années.

L’étude identifie dix foyers de crise climatique – la Somalie, Haïti, Djibouti, le Kenya, le Niger, l’Afghanistan, le Guatemala, Madagascar, le Burkina Faso et le Zimbabwe. Aujourd’hui, 48 millions de personnes souffrent de la faim aiguë dans ces pays, et 18 millions d’entre elles sont proches de la famine.

La faim alimentée par la crise climatique est également une conséquence des inégalités mondiales. Ces pays ne sont responsables que de 0,1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais ce sont eux qui en subissent le plus les conséquences tout en ayant le moins de ressources pour se protéger. A l’inverse, les pays industrialisés comme le G20 sont responsables de plus des trois quarts des émissions mondiales de CO2. Un coup d’œil sur les bénéfices des groupes d’énergie fossile met particulièrement en évidence l’injustice : ils se sont élevés en moyenne à 2,8 milliards de dollars par jour au cours des 50 dernières années. Cela signifie que les revenus de même pas 18 jours suffiraient à financer toute l’aide humanitaire nécessaire pour l’année 2022, selon l’ONU.

La croissance économique de l’Afrique est également nettement affaiblie par la crise climatique. Selon la Banque africaine de développement, le continent perd 5 à 15 % de sa croissance économique par habitant en raison des effets du changement climatique et fait face à un important déficit de financement climatique. Pour la période de 2020 à 2030, il manque encore 1,3 milliard de dollars de financement climatique pourtant promis par les nations les plus riches pour l’adaptation au climat. Selon un nouveau rapport de l’OMM sur l’Afrique, la crise climatique en Afrique déstabilisera des régions entières. Plus d’informations chez Oxfam, The Guardian, Reuters, WMO.

Un tiers du Pakistan inondé

Avec des rivières qui débordent, des crues soudaines et des lacs glaciaires en éruption, le Pakistan connaît les pires inondations de ce siècle. Au moins un tiers du pays est sous l’eau, environ 33 millions de personnes (50 millions selon des chiffres officieux) ont été déplacées et plus de 1500 personnes sont mortes. Un·e Pakistanais·e sur sept est touché·e, beaucoup doivent dormir à la belle étoile. 90% des récoltes ont été endommagées.

Plusieurs facteurs ont contribué à cet événement extrême, à commencer par de grandes vagues de chaleur et une mousson plus longue et plus forte. La crise climatique a provoqué les inondations, du moins en partie. Une étude montre que les précipitations dans les provinces du Sindh et du Baloutchistan ont été 75 % plus élevées par rapport à un monde qui ne se serait pas réchauffé de 1,2 °C. Les inondations ont été plus fréquentes dans les provinces de l’est de l’Inde et du Pakistan. Un système d’alerte précoce inefficace, une mauvaise gestion des catastrophes et l’instabilité politique ont également contribué à la catastrophe.

Le gouvernement pakistanais estime le coût de la reconstruction à plus de 10 milliards de dollars. La pénurie alimentaire qui s’annonce et l’exode massif attendu à l’intérieur du pays vont probablement faire grimper ce chiffre. Plus d’informations dans le New York Times (paywall), AP News, Nature. Collecte de fonds entre autres par la Chaîne du Bonheur, MSF

Un été extrême dans le monde entier

Il n’y a pas qu’au Pakistan que l’été a été marqué par des phénomènes météorologiques extrêmes :

Comment l’ouragan Ian est devenu si vite si grand

L’ouragan Ian a provoqué d’importantes inondations et des ravages en Floride. Selon les scientifiques, la mer chaude a contribué à renforcer l’ouragan de 67% en moins de 22 heures. L’eau dans les Caraïbes est environ 1 ℃ plus chaude que la moyenne historique. Il est difficile de déterminer l’impact du changement climatique sur la formation ou l’intensité d’une seule tempête. Mais dans l’ensemble, le réchauffement global rend les cyclones plus susceptibles de s’intensifier rapidement. Plus d’informations sur AP News.

Nouveau de la recherche sur le climat

CO2 concentration aussi élevée qu’il y a 4 millions d’années

La teneur en CO2 de l’atmosphère est aujourd’hui 50% plus élevée qu’à l’époque préindustrielle : l’observatoire du Mauna Loa à Hawaï a mesuré un pic de concentration de CO2 atmosphérique de 421 ppm (parties par million), une valeur qui n’a pas été atteinte depuis au moins 4 millions d’années.

Unis dans la science 2022

Chaque année, les grandes organisations de recherche (OMM, PNUE, GCP, UK Met Office, IPCC, UNDRR) résument les dernières connaissances scientifiques sur la crise climatique. A propos du rapport de cette année, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a déclaré : “La nouvelle ampleur de ces catastrophes n’a rien de naturel. Elles sont le prix à payer pour l’addiction de l’humanité aux combustibles fossiles. ” Le graphique résume les principales conclusions :

 

Les points de bascule mondiaux sont-ils déjà atteints ?

Une nouvelle étude publiée dans Science montre que même avec un réchauffement de 1,5 °C, des points de bascule climatiques pourraient être dépassés, notamment l’effondrement de la calotte glaciaire du Groenland et de la circulation océanique atlantique. Le Climate Action Tracker prévoit un réchauffement moyen de 1,8 °C si toutes les promesses climatiques mondiales actuelles sont tenues.

Les auteurs de l’étude mettent en garde contre le fait que la stabilité du climat, qui a duré dix mille ans au cours de l’Holocène, est peut-être déjà définitivement révolue. “Le danger se rapproche plus vite qu’on ne le pense”, écrit le groupe de chercheurs, qui étudie depuis 2008 les risques de changements irréversibles et potentiellement abrupts – les éléments de basculement climatique.

Le co-auteur Johan Rockström, directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique (PIK), estime que le danger représenté par les éléments de basculement climatique – le talon d’Achille du système terrestre – a été nettement sous-estimé jusqu’à présent. “A partir de 1,5 degré déjà, nous acceptons des risques énormes. […] L’idée que si nous ne parvenons pas à atteindre 1,5 degré, alors ce sera deux degrés, est une dangereuse illusion.” Les auteurs font référence à neuf éléments globaux qui sont en mesure de déstabiliser l’ensemble du système terrestre, ainsi qu’à sept autres éléments de basculement d’importance régionale.

L’écart entre les conclusions des scientifiques sur les effets que le point de basculement climatique risque d’avoir sur la société et l’état des connaissances des décideurs politiques est flagrant. C’est pourquoi les chercheurs ont organisé en septembre une conférence sur les points de basculement mondiaux dans le but d’améliorer la compréhension des points de basculement. En même temps, ils voulaient découvrir ce qu’il fallait faire pour déclencher des points de basculement sociaux positifs et déclencher ainsi les changements sociaux et économiques nécessaires pour éviter le pire. Plus d’informations dans le FAZ, Carbon Brief, et Climate Tippingpoint Info.

Ci-dessus un aperçu des éléments de basculement mondiaux et régionaux.

Les animaux marins menacés

Le réchauffement actuel et le manque d’oxygène qui en résulte dans les océans pourraient provoquer la plus grande extinction de la vie marine depuis 250 millions d’années, avertissent les scientifiques dans une nouvelle étude. Lors de l’extinction de masse à la fin du Permien, il y a environ 250-300 millions d’années, les chercheurs estiment que jusqu’à 90% des organismes marins ont disparu dans des océans surchauffés, acides et pauvres en oxygène. Pour en savoir plus, consultez Inside Climate News.

L’infrastructure fossile doit être démantelée à temps

Une grande partie des installations d’extraction de combustibles fossiles existantes devront être fermées prématurément si le réchauffement climatique doit être limité à 1,5 °C, révèle une nouvelle étude. Elle conclut que 40 % des installations existantes devront cesser prématurément leur production si l’on veut limiter le réchauffement à 1,5 °C avec une probabilité de 50 %.

Les énergies fossiles engendrent également d’énormes coûts de santé. Selon l’OMS, la pollution atmosphérique due aux combustibles fossiles est responsable de plus de 6,5 millions de décès par an. Une coalition de groupes de santé demande un “traité de non-prolifération” (comparable aux armes nucléaires) pour mettre fin à l’utilisation des combustibles fossiles dans le monde entier. Dans une lettre publique, ils demandent également l’arrêt immédiat de l’exploitation et de l’extraction de nouveaux combustibles fossiles. “La dépendance moderne aux combustibles fossiles n’est pas seulement un acte de vandalisme environnemental. Du point de vue de la santé, c’est un acte d’auto-sabotage”, a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. L’OMS soutient cette initiative, en collaboration avec l’Alliance mondiale pour le climat et la santé, Physicians for Social Responsibility, Health Care Without Harm et d’autres groupes. Plus d’informations sur DW.

L’énergie propre pourrait permettre d’économiser des milliers de milliards de dollars

Une transition rapide vers des sources d’énergie propres permettrait d’économiser jusqu’à 12 000 milliards de dollars dans le monde, même sans tenir compte des avantages climatiques. Une étude montre que les coûts de l’énergie solaire et éolienne ont baissé plus que ce que prévoyaient les prévisions précédentes. Et les prix continueront à baisser rapidement – mais l’ampleur de cette baisse dépendra de la politique climatique agressive et de l’innovation technologique menées dans le monde. Les auteurs écrivent : “”Notre principale conclusion est que nous devons nous engager à fond dans la transition énergétique verte, car elle nous fera économiser de l’argent. “Plus d’informations sur la BBC.